
अयोध्यायां शोकविलापः — Lamentation in Ayodhya after Daśaratha’s death
अयोध्याकाण्ड
Dans le Sarga 66, après l’ascension de Daśaratha au ciel, le deuil éclate avec une intensité concentrée au palais. Kausalyā, submergée de chagrin, soulève la tête du roi et la pose sur ses genoux; puis elle s’adresse à Kaikeyī dans une plainte accusatrice, peignant la catastrophe par des comparaisons tranchantes : feu éteint, océan sans eau, soleil privé d’éclat. Son discours élargit le cercle de la souffrance : la fragilité de Sītā face aux terreurs de la forêt, et l’effondrement probable de Janaka sous le poids du malheur. Au comble de l’angoisse de la veuve royale, Kausalyā affirme vouloir entrer dans le feu avec le corps de son époux; les femmes de service la retiennent et l’éloignent. Pendant ce temps, les ministres, sur l’ordre des anciens, conservent la dépouille dans une auge d’huile et reportent explicitement les funérailles jusqu’à la présence d’un fils, selon le protocole dynastique et rituel. Les femmes du palais se lamentent ensemble, et Ayodhyā est décrite comme assombrie et désordonnée, semblable à une nuit sans lune ou à un jour sans soleil. Le sentiment public se change en réprobation contre Kaikeyī, montrant comment une décision de cour devient traumatisme civique et jugement moral.
Verse 1
तमग्निमिव संशान्तमम्बुहीनमिवार्णवम्।हतप्रभमिवाऽऽदित्यं स्वर्गस्थं प्रेक्ष्य पार्थिवम्।।।।कौसल्या बाष्पपूर्णाक्षी विविधां शोककर्शिता।उपगृह्य शिरो राज्ञः कैकेयीं प्रत्यभाषत।।।।
Voyant le roi monté au ciel—tel un feu brusquement éteint, tel un océan privé d’eau, tel le soleil dépouillé de sa splendeur—Kausalyā, les yeux pleins de larmes et accablée de mille douleurs, posa la tête du roi sur ses genoux et s’adressa à Kaikeyī.
Verse 2
तमग्निमिव संशान्तमम्बुहीनमिवार्णवम्।हतप्रभमिवाऽऽदित्यं स्वर्गस्थं प्रेक्ष्य पार्थिवम्।।2.66.1।। कौसल्या बाष्पपूर्णाक्षी विविधां शोककर्शिता।उपगृह्य शिरो राज्ञः कैकेयीं प्रत्यभाषत।।2.66.2।।
Voyant le roi monté au ciel—tel un feu soudain éteint, tel un océan privé d’eau, tel le soleil dépouillé de sa splendeur—Kausalyā, les yeux pleins de larmes et accablée de mille douleurs, souleva la tête du souverain et s’adressa à Kaikeyī.
Verse 3
सकामा भव कैकेयि भुङ्क्ष्व राज्यमकण्टकम्।त्यक्त्वा राजानमेकाग्रा नृशंसे दुष्टचारिणि।।।।
Sois donc comblée, ô Kaikeyī ; jouis d’un royaume sans entrave. D’un esprit obstiné tu as rejeté le roi—ô cruelle, ô femme aux mœurs mauvaises !
Verse 4
विहाय मां गतो रामः भर्ता च स्वर्गतो मम।विपथे सार्थहीनेव नाहं जीवितुमुत्सहे।।।।
Rāma s’en est allé, me laissant derrière lui; et mon seigneur (Daśaratha) est monté au ciel. Tel un voyageur égaré sur une mauvaise route, sans compagnons, je n’ai plus la force de vivre.
Verse 5
भर्तारं तं परित्यज्य का स्त्री दैवतमात्मनः।इच्छेज्जीवितुमन्यत्र कैकेय्यास्त्यक्तधर्मणः।।।।
Quelle femme, après avoir délaissé son époux—sa divinité vivante—désirerait encore vivre ? Aucune, sinon Kaikeyī, qui a rejeté le dharma.
Verse 6
न लुब्धो बुध्यते दोषान् किम्पाकमिव भक्षयन्।कुब्जानिमित्तं कैकेय्या राघवाणां कुलं हतम्।।।।
L’avidité, en mangeant le fruit kimpāka, ne discerne pas ses défauts. Ainsi, sous l’emprise de la bossue, Kaikeyī a frappé de ruine la lignée des Rāghava.
Verse 7
अनियोगे नियुक्तेन राज्ञा रामं विवासितम्।सभार्यं जनकश्श्रुत्वा परितप्स्यत्यहं यथा।।।।
Quand Janaka apprendra que le roi, contraint à une voie injuste, a exilé Rāma avec son épouse, il brûlera de douleur, comme je brûle moi-même.
Verse 8
स मामनाथां विधवां नाद्य जानाति धार्मिकः।रामः कमलपत्राक्षः जीवन्नाशमितो गतः।।।।
Ce juste Rāma, aux yeux pareils à des pétales de lotus, ne sait pas aujourd’hui que je suis sans refuge, veuve. Bien qu’il vive, pour moi il est parti comme perdu au-delà de toute espérance.
Verse 9
विदेहराजस्य सुता तथा सीता तपस्विनी।दुःखस्यानुचिता दुःखं वने पर्युद्विजिष्यति।।।।
Ainsi Sītā, la fille du roi de Videha, au cœur d’ascète, peu faite pour de telles épreuves, sera profondément ébranlée par la douleur dans la forêt.
Verse 10
नदतां भीमघोषाणां निशासु मृगपक्षिणाम्।निशम्य नूनं सन्त्रस्ता राघवं संश्रयिष्यति।।।।
Entendant la nuit les cris terrifiants des bêtes et des oiseaux, Sītā, assurément, prendra peur et cherchera refuge auprès de Rāghava (Rāma).
Verse 11
वृद्धश्चैवाल्पपुत्रश्च वैदेहीमनुचिन्तयन्।सोऽपि शोकसमाविष्टो ननु त्यक्ष्यति जीवितम्।।।।
Vieux et sans fils, Janaka lui aussi—songeant sans cesse à Vaidehī (Sītā)—submergé par le chagrin, abandonnera assurément la vie.
Verse 12
साऽहमद्यैव दिष्टान्तं गमिष्यामि पतिव्रता।इदं शरीर मालिङ्ग्य प्रवेक्ष्यामि हुताशनम्।।।।
Moi, épouse fidèle à mon seigneur, j’irai dès aujourd’hui vers la mort décrétée; serrant ce corps contre moi, j’entrerai dans le feu sacré.
Verse 13
तां ततस्सम्परिष्वज्य विलपन्तीं तपस्विनीम्।व्यपनीय सुदुःखार्तां कौसल्यां व्यावहारिकाः।।।।
Alors, l’ayant enlacée tandis qu’elle gémissait—Kausalyā, l’ascète, reine accablée—les femmes de service, transpercées d’une profonde douleur, l’emmenèrent doucement à l’écart.
Verse 14
तैलद्रोण्यामथामात्या सम्वेश्य जगतीपतिम्।राज्ञस्सर्वाण्यथादिष्टाश्चक्रुः कर्माण्यनन्तरम्।।।।
Puis les ministres, selon l’ordre reçu, déposèrent le seigneur de la terre dans une cuve d’huile, et accomplirent aussitôt les rites prescrits pour la suite.
Verse 15
न तु सङ्कलनं राज्ञो विना पुत्रेण मन्त्रिणः।सर्वज्ञाः कर्तुमीषुस्ते ततो रक्षन्ति भूमिपम्।।।।
Mais les ministres, instruits en ces usages, ne voulurent pas accomplir les obsèques royales sans la présence d’un fils; aussi veillèrent-ils le corps du souverain.
Verse 16
तैलद्रोण्यां तु सचिवैश्शायितं तं नराधिपम्।हा मृतोऽयमिति ज्ञात्वा स्त्रियस्ताः पर्यदेवयन्।।।।
Voyant le seigneur des hommes étendu par les ministres dans la cuve d’huile, et comprenant : «Hélas, il est mort !», ces femmes éclatèrent en lamentations.
Verse 17
बाहूनुद्यम्य कृपणाः नेत्रप्रस्रवणैर्मुखैः।रुदन्त्य श्शोकसन्तप्ताः कृपणं पर्यदेवयन्।।।।
Les bras levés, le visage ruisselant de larmes, consumées par le chagrin et sanglotant, elles se lamentèrent pitoyablement, sans retenue.
Verse 18
हा महाराज रामेण सततं प्रियवादिना।विहीनास्सत्यसन्धेन किमर्थं विजहासि नः।।।।
Hélas, ô grand roi ! Déjà privés de Rāma, toujours doux en parole et fidèle à la vérité, pourquoi nous abandonnes-tu maintenant ?
Verse 19
कैकेय्या दुष्टभावायाः राघवेण वियोजिताः।कथं पतिघ्नया वत्स्याम स्समीपे विधवा वयम्।।।।
Arrachées à Rāghava par Kaikeyī au cœur mauvais, et désormais réduites à l’état de veuves, comment vivre auprès de celle qui est devenue meurtrière de son époux ?
Verse 20
स हि नाथस्सदास्माकं तव च प्रभुरात्मवान्।वनं रामो गतश्श्रीमान्विहाय नृपतिश्रियम्।।।।
Car Rāma, toujours notre protecteur et le tien aussi, maître de lui-même et noble, est allé à la forêt, abandonnant la splendeur de la royauté.
Verse 21
त्वया तेन च वीरेण विना व्यसनमोहिताः।कथं वयं निवत्स्यामः कैकेय्या च विदूषिताः।।।।
Sans toi, et sans le héros Rāma, comment pourrions-nous encore vivre, accablées par le malheur et le chagrin, et de surcroît humiliées par Kaikeyī ?
Verse 22
यया तु राजा रामश्च लक्ष्मणश्च महाबलः।सीतया सह सन्त्यक्ता स्साकमन्यं न हास्यति।।।।
Celle qui a pu rejeter le roi, Rāma et le très puissant Lakṣmaṇa—avec Sītā—qui donc cette Kaikeyī ne rejetterait-elle pas ?
Verse 23
ता बाष्पेण च संवीताश्शोकेन विपुलेन च।व्यवेष्टन्त निरानन्दा राघवस्य वरस्त्रियः।।।।
Les nobles reines de Rāghava, voilées de larmes et submergées d’une vaste affliction, se tordaient, privées de toute joie.
Verse 24
निशा चन्द्रविहीनेव स्त्रीव भर्तृविवर्जिता।पुरी नाराजतायोध्या हीना राज्ञा महात्मना।।।।
Ayodhyā, privée du roi à la grande âme, ne brillait plus—telle une nuit sans lune, telle une femme délaissée par son époux.
Verse 25
बाष्पपर्याकुलजना हाहाभूतकुलाङ्गना।शून्यचत्वरवेश्मान्ता न बभ्राज यथापुरम्।।।।
Le peuple, bouleversé de larmes, les femmes des maisons criant « hélas, hélas ! », et les cours comme les places désertes : la cité ne brillait plus comme jadis.
Verse 26
गते तु शोकात् त्रिदिवं नराधिपे महीतलस्थासु नृपाङ्गनासु च।निवृत्तचारस्सहसा गतो रविः प्रवृत्तचारा रजनी ह्युपस्थिता।।।।
Lorsque le seigneur des hommes, accablé de chagrin, fut monté au ciel, et que les reines gisaient à même la terre, le soleil, comme s’il eût soudain interrompu sa course, se retira ; et la nuit, favorable à ceux qui errent dans les ténèbres, survint brusquement.
Verse 27
ऋते तु पुत्राद्धहनं महीपतेर्नरोचयन्ते सुहृदस्समागताः।इतीव तस्मिन् शयने न्यवेशयन् वनिचिन्त्य राजानमचिन्त्य दर्शनम्।।।।
Mais, faute de la présence du fils, les amis assemblés ne consentirent pas à allumer le feu funéraire du roi ; aussi, après délibération, déposèrent-ils le roi—dans un état qu’on n’eût point imaginé—sur ce lit.
Verse 28
गतप्रभा द्यौरिव भास्करं विना व्यपेतनक्षत्रगणेव शर्वरी।पुरी बभासे रहिता महात्मना न चास्रकण्ठाऽकुलमार्गचत्वरा।।।।
Privée de ce roi au grand cœur, la cité perdit son éclat—comme le ciel sans le soleil, comme une nuit dépouillée de la troupe des étoiles ; et ses rues et carrefours furent remplis de sanglots qui serraient la gorge.
Verse 29
नराश्च नार्यश्च समेत्य सङ्घशः विगर्हमाणा भरतस्य मातरम्।तदा नगर्यां नरदेवसङ्क्षये बभूवुरार्ता न च शर्म लेभिरे।।।।
Alors, après la mort du roi semblable à un dieu, hommes et femmes de la cité se rassemblèrent par groupes, blâmant la mère de Bharata ; accablés d’angoisse, ils ne trouvèrent point de paix.
The sarga highlights the dharma-protocol of antyeṣṭi: ministers refuse to perform the king’s funeral obsequies without the presence of a son, so they preserve the body in a tailadroṇī (oil trough) while awaiting rightful ritual agency.
Grief is portrayed as both personal and political: private choices (boons, exile) generate cascading suffering across family, allies, and city; the text implies that dharma must be safeguarded even amid emotional collapse, yet it records the moral cost of adharma through communal lament.
Ayodhyā is the central civic landmark, depicted through deserted squares and courtyards; culturally, the oil-trough preservation of the corpse and the deferred cremation rites foreground courtly funerary practice tied to dynastic legitimacy.
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