
दशरथस्य शोकानुचिन्तनं शब्धवेधि-दोषस्मरणं च (Daśaratha’s grief, karmic reflection, and the remembered ‘śabdavedhī’ misdeed)
अयोध्याकाण्ड
Dans le Sarga 63, Daśaratha, réveillé après l’exil de Rāma, est saisi d’un chagrin accablant. Se tournant vers Kausalyā, il énonce une loi du karma : l’agent reçoit infailliblement le fruit de ses actes, et celui qui entreprend sans peser le bien et la faute agit comme un enfant. Il l’illustre par l’image de qui coupe des manguiers et arrose le palāśa (kiṃśuka), puis ne se repent qu’à la saison des fruits ; de même, dit-il, il a banni Rāma au moment même où la vie devait porter ses fruits. Il raconte ensuite un épisode ancien qui éclaire sa chute présente. Pendant la saison des pluies, chassant près de la Sarayū, il guetta dans l’obscurité près d’un point d’eau et, trompé par un bruit, décocha une flèche croyant viser un éléphant. Le cri révéla qu’il avait frappé un jeune ascète venu puiser de l’eau pour ses parents aveugles et âgés. À l’agonie, l’ermite déplore la violence injuste faite à un renonçant et s’afflige surtout du malheur qui attend ses parents ; il presse Daśaratha de solliciter leur pardon afin d’éviter une malédiction et demande qu’on retire la flèche. Le roi hésite : la laisser fait souffrir, l’ôter donne la mort ; il la retire enfin, et le jeune homme meurt. Ainsi se tisse un récit karmique où description de la nature, causalité morale et remords conduisent au destin du roi.
Verse 1
प्रतिबुद्धो मुहूर्तेन शोकोपहतचेतनः।अथ राजा दशरथस्सचिन्तामभ्यपद्यत।।2.63.1।।
Ranimé au bout d’un instant, l’esprit terrassé par le chagrin, le roi Daśaratha retomba dans une méditation anxieuse.
Verse 2
रामलक्ष्मणयोश्चैव विवासा द्वासवोपमम्।आविवेशोपसर्गस्तं तम स्सूर्यमिवासुरम्।।2.63.2।।
À cause de l’exil de Rāma et de Lakṣmaṇa, un grand malheur saisit Daśaratha, semblable à Indra—comme une ténèbre démoniaque engloutissant le soleil lors d’une éclipse.
Verse 3
सभार्ये निर्गते रामे कौसल्यां कोशलेश्वरः।विवक्षुरसितापाङ्गां स्मृत्वा दुष्कृतमात्मनः।।2.63.3।।
Lorsque Rāma fut parti avec son épouse, le seigneur de Kośala (Daśaratha), se souvenant de sa faute passée, voulut en parler à Kausalyā aux yeux sombres.
Verse 4
स राजा रजनीं षष्ठीं रामे प्रव्राजिते वनम्।अर्धरात्रे दशरथ स्संस्मरन् दुष्कृतं कृतम्।।2.63.4।।
Lorsque Rāma eut été banni dans la forêt, le roi Daśaratha passa la sixième nuit ; à minuit, il ne cessait de se remémorer le forfait accompli jadis.
Verse 5
स राजा पुत्रशोकार्तः स्मृत्वा दुष्कृतमात्मनः।कौसल्यां पुत्रशोकार्तामिदं वचनमब्रवीत्।।2.63.5।।
Ce roi, tourmenté par le chagrin pour son fils et se souvenant de sa propre faute passée, adressa ces paroles à Kausalya, qui était également frappée de douleur pour son fils.
Verse 6
यदाचरति कल्याणि शुभं वा यदि वाऽशुभम्।तदेव लभते भद्रे कर्ता कर्मजमात्मनः।।2.63.6।।
Ô bienheureuse, quoi qu’un homme accomplisse—bien ou mal—c’est cela même qu’il reçoit : le fruit né de son propre acte.
Verse 7
गुरुलाघवमर्थानामारम्भे कर्मणां फलम्।दोषं वा यो न जानाति न बाल इति होच्यते।।2.63.7।।
On n’appelle pas simple enfant celui qui, dès l’amorce des actes, comprend la gravité ou la légèreté de leurs fruits—qu’il s’agisse d’avantage ou de faute.
Verse 8
कश्चिदाम्रवणं छित्त्वा पलाशां श्च निषिञ्चति।पुष्पं दृष्ट्वा फले गृध्नु स्स शोचति फलागमे।।2.63.8।।
Tel homme abat un verger de manguiers et, à la place, arrose des palāśa ; avide de fruits, il se réjouit à la vue des fleurs, puis, quand vient la saison des fruits, il se lamente.
Verse 9
अविज्ञाय फलं यो हि कर्म त्वेवानुधावति।स शोचेत्फलवेलायां यथा किंशुकसेचकः।।2.63.9।।
En vérité, celui qui se jette dans l’action sans en connaître le fruit se lamentera au temps de la récolte, tel l’homme qui arrose le kiṃśuka en espérant des fruits.
Verse 10
सोऽहमाम्रवणं छित्वा पलाशांश्च न्यषेचयम्।रामं फलागमे त्यक्त्वा पश्चाच्छोचामि दुर्मतिः।।2.63.10।।
Moi—tel celui qui abat un verger de manguiers et arrose des palāśa—dans ma folie j’ai rejeté Rāma au temps même de la fructification, et maintenant je pleure après coup.
Verse 11
लब्धशब्देन कौसल्ये कुमारेण धनुष्मता।कुमारश्शब्दवेधीति मया पापमिदं कृतम्।।2.63.11।।
Ô Kausalyā, lorsque j’étais un jeune archer, habile à frapper d’après le son, j’ai commis ce péché, fier d’être nommé «celui qui perce par le son».
Verse 12
तदिदं मेऽनुसंम्प्राप्तं देवि दुःखं स्वयं कृतम्।सम्मोहादिह बालेन यथा स्याद्भक्षितं विषम्।।2.63.12।।
Ô Déesse, cette douleur m’est advenue comme le fruit de mon propre acte—tel un poison qu’un enfant, dans l’égarement, avale en ce monde même.
Verse 13
यथान्यः पुरुषः कश्चित्पलाशैर्मोहितो भवेत्।एवं ममाऽप्यविज्ञातं शब्दवेध्यमयं फलम्।।2.63.13।।
De même qu’un homme peut être abusé par les fleurs de palāśa, de même moi aussi je n’ai pas su prévoir le fruit issu de mon « tir guidé par le son ».
Verse 14
देव्यनूढा त्वमभवो युवराजो भवाम्यहम्।ततः प्रावृडनुप्राप्ता मदकामविवर्धिनी।।2.63.14।।
Ô Dame, alors tu n’étais pas encore mariée, et moi j’étais le prince héritier; puis vint la saison des pluies, qui attise le désir et enivre l’orgueil.
Verse 15
उपास्य च रसान्भौमां स्तप्त्वा च जगदंशुभिः।परेताचरितां भीमां रविराविशते दिशम्।।2.63.15।।
Après avoir aspiré les sucs de la terre et brûlé le monde de ses rayons, le Soleil entra dans la redoutable région du sud, dite la voie que parcourent les défunts.
Verse 16
उष्णमन्तर्दधे सद्य स्स्निग्धा ददृशिरे घनाः।ततो जहृषिरे सर्वे भेकसारङ्गबर्हिणः।।2.63.16।।
Aussitôt la chaleur s’évanouit ; des nuées de pluie, luisantes, apparurent. Alors tous se réjouirent : grenouilles, oies et paons.
Verse 17
क्लिन्न पक्षोत्तरास्स्नाताः कृच्छ्रादिव पतत्रिणः।वृष्टिवातावधूताग्रान्पादपानभिपेदिरे।।2.63.17।।
Les oiseaux, les ailes et le plumage du dessus trempés comme après un bain, gagnèrent presque avec peine les arbres dont les cimes étaient secouées par la pluie et le vent.
Verse 18
पतितेनाम्भसाच्छन्नः पतमानेन चासकृत्।आबभौ मत्तसारङ्गस्तोयराशिरिवाचलः।।2.63.18।।
Couverte d’eau tombée et d’eau tombant sans cesse, la montagne—hantée par des antilopes en rut—semblait un amas d’eau entassée.
Verse 19
पाण्डुरारुणवर्णानि स्रोतांसि विमलान्यपि।सुस्रुवुर्गिरिधातुभ्यस्सभस्मानि भुजङ्गवत्।।2.63.19।।
Même les ruisseaux, pourtant limpides, s’écoulèrent en prenant des teintes pâles et roussâtres à cause des minéraux de la montagne, coulant comme des serpents, comme mêlés de cendre.
Verse 20
आकुलारुण तोयानि स्रोतांसि विमलान्यपि।उन्मार्गजलवाहिनी बभूवुर्जलदागमे।।2.63.20।।
À l’arrivée des nuages de pluie, même les ruisseaux limpides devinrent troubles et rougeâtres, la terre étant remuée, et ils emportèrent l’eau hors de son lit par des chenaux irréguliers.
Verse 21
तस्मिन्नतिसुखे काले धनुष्मानिषुमान्रथी।व्यायामकृतसङ्कल्पस्सरयूमन्वगां नदीम्।।2.63.21।।
En cette saison d’une douceur extrême, moi—armé de l’arc et des flèches, monté sur un char, résolu à m’exercer à la chasse—je longeai la rivière Sarayū.
Verse 22
निपाने महिषं रात्रौ गजं वाऽभ्यागतं नदीम्।अन्यं वा श्वापदं कञ्चिज्जिघांसु रजितेन्द्रियः।तस्मिं स्तत्राहमेकान्ते रात्रौ विवृतकार्मुकः।।2.63.22।।
Au point d’eau près du fleuve, la nuit, les sens sans maîtrise et avide de tuer, je guettai seul, l’arc bandé—songeant à abattre un buffle, ou un éléphant, ou quelque autre bête sauvage venue boire.
Verse 23
तत्राहं संवृतं वन्यं हतवांस्तीरमागतम्।अन्यं चापि मृगं हिंस्रं शब्दं श्रुत्वाऽभ्युपागतम्।।2.63.23।।
Là, dissimulé, je tuai une bête sauvage venue au rivage; et j’abattis aussi un autre animal féroce qui s’approcha lorsque j’en entendis le bruit.
Verse 24
अथान्धकारे त्वश्रौषं जले कुम्भस्य पूर्यतः।अचक्षुर्विषये घोषं वारणस्येव नर्दतः।।2.63.24।।
Alors, dans l’obscurité, d’un endroit hors de ma vue, j’entendis le bruit d’une cruche qu’on remplissait d’eau—pareil au barrissement d’un éléphant.
Verse 25
ततोऽहं शरमुधृत्य दीप्तमाशीविषोपमम्।शब्दं प्रति गजप्रेप्सुरभिलक्ष्य त्वपातयम्।।2.63.25।।
Alors, brûlant d’abattre l’éléphant, je saisis une flèche étincelante, pareille à un serpent venimeux ; visant le bruit, je la décochai.
Verse 26
अमुञ्चं निशितं बाणमहमाशीविषोपमम्।तत्र वागुषसि व्यक्ता प्रादुरासीद्वनौकसः।।2.63.26।।हाहेति पततस्तोये बाणाभिहतमर्मणः।।2.63.27।।
Je lâchai cette flèche acérée, pareille à un serpent venimeux ; puis, à l’aube, de là jaillit soudain la voix distincte d’un habitant de la forêt.
Verse 27
अमुञ्चं निशितं बाणमहमाशीविषोपमम्।तत्र वागुषसि व्यक्ता प्रादुरासीद्वनौकसः।।2.63.26।।हाहेति पततस्तोये बाणाभिहतमर्मणः।।2.63.27।।
Criant «Hélas ! hélas !», atteint au point vital par la flèche, il tomba dans l’eau.
Verse 28
तस्मिन्निपतिते बाणे वागभूत्तत्र मानुषी। कथमस्मद्विधे शस्त्रं निपतेत्तु तपस्विनि।।2.63.28।।
Quand la flèche frappa, on entendit là une voix humaine : «Comment une arme peut-elle s’abattre sur quelqu’un comme moi, un ascète ?»
Verse 29
प्रविविक्तां नदीं रात्रावुदाहाऽरोहमागतः।इषुणाऽभिहतः केन कस्य वा किं कृतं मया।।2.63.29।।
«De nuit, je suis venu sur cette rive déserte de la rivière pour puiser de l’eau. Par qui ai-je été frappé d’une flèche ? Quel tort ai-je fait, à qui que ce soit ?»
Verse 30
ऋषेर्हिन्यस्तदण्डस्य वने वन्येन जीवतः।कथं नु शस्रेण वधो मद्विधस्य विधीयते।।2.63.30।।
Car je suis un ascète qui a déposé la violence, vivant en forêt de la nourriture de la forêt ; comment donc, en vérité, la mise à mort d’un être tel que moi pourrait-elle s’accomplir par une arme ?
Verse 31
जटाभारधरस्यैव वल्कलाजिनवाससः।को वधेन ममर्थी स्यात्किंवाऽस्यापकृतं मया।।2.63.31।।
Qui donc voudrait ma mort—moi qui porte le fardeau des cheveux emmêlés et qui suis vêtu d’écorce et de peau d’antilope ? Quel tort lui ai-je fait ?
Verse 32
एवं निष्फलमारब्धं केवलानर्थसंहितम्।न कश्चित्साधु मन्येत यथैव गुरुतल्पगम्।।2.63.32।।
Un tel acte—entrepris sans but, sans fruit, et ne contenant que du mal—nul homme de bien ne l’approuverait, pas plus que le grave péché de souiller la couche du maître.
Verse 33
नाहं तथाऽनु शोचामि जीवितक्षयमात्मनः।मातरं पितरं चोभावनुशोचामि मद्वधे।।2.63.33।।
Je ne m’afflige pas tant de la perte de ma propre vie ; je m’afflige plutôt pour ma mère et mon père : que deviendront-ils lorsque je serai tué ?
Verse 34
तदेतन्मिथुनं वृद्धं चिरकालभृतं मया।मयि पञ्चत्वमापन्ने कां वृत्तिं वर्तयिष्यति।।2.63.34।।
Depuis longtemps j’ai soutenu ce couple âgé ; lorsque, mort, je retournerai aux cinq éléments, par quel moyen poursuivront-ils leur existence ?
Verse 35
वृद्धै च मतापितरावहं चैकेषुणा हता।केन स्मनिहता स्सर्वे सुबालेनाकृतात्मना।।2.63.35।।
Mes parents âgés et moi-même sommes, pour ainsi dire, tous tués par une seule flèche. Par qui avons-nous été détruits ? Par un jeune garçon à l'esprit immature et insouciant.
Verse 36
तां गिरं करुणां श्रुत्वा मम धर्मानुकाङ्क्षिणः।कराभ्यां सशरं चापं व्यथितस्यापतद्भुवि।।2.63.36।।
Entendant ce cri pitoyable, et soucieux de droiture, secoué par la détresse, je laissai tomber de mes mains mon arc et la flèche sur le sol.
Verse 37
तस्याहं करुणं श्रुत्वा निशि लालवतो बहु।सम्भ्रान्त श्शोकवेगेन भृशमासं विचेतनः।।2.63.37।।
En entendant sa plainte pitoyable dans la nuit, je fus saisi de terreur par la vague de chagrin et restai totalement désemparé, comme privé de sens.
Verse 38
तं देशमहमागम्य दीनसत्त्वस्सुदुर्मनाः।अपश्यमिषुणा तीरे सरय्वास्तापसं हतम्।।2.63.38।।अवकीर्ण जटाभारं प्रविद्धकलशोदकम्।पांसुशोणितदिग्धाङ्गं शयानं शल्यपीडितम्।।2.63.39।।
Arrivant à cet endroit, vidé de mes forces et le cœur malade, je vis sur la rive de la Sarayū un ascète abattu par ma flèche, ses mèches emmêlées éparses, son pot à eau renversé, ses membres souillés de poussière et de sang, gisant percé et tourmenté par le trait.
Verse 39
तं देशमहमागम्य दीनसत्त्वस्सुदुर्मनाः।अपश्यमिषुणा तीरे सरय्वास्तापसं हतम्।।2.63.38।।अवकीर्ण जटाभारं प्रविद्धकलशोदकम्।पांसुशोणितदिग्धाङ्गं शयानं शल्यपीडितम्।।2.63.39।।
Arrivant à cet endroit, vidé de mes forces et le cœur malade, je vis sur la rive de la Sarayū un ascète abattu par ma flèche, ses mèches emmêlées éparses, son pot à eau renversé, ses membres souillés de poussière et de sang, gisant percé et tourmenté par le trait.
Verse 40
स मामुद्वीक्ष्य नेत्राभ्यां त्रस्तमस्वस्थचेतसम्।इत्युवाच ततः क्रूरं दिधक्षन्निव तेजसा।।2.63.40।।
Me voyant effrayé et l'esprit ébranlé, il leva les yeux vers moi comme pour me brûler de son éclat, puis il parla : « Cruel en effet ! »
Verse 41
किं तवापकृतं राजन्वने निवसता मया।जिहीर्षुरम्भो गुर्वुर्थं यदहं ताडितस्त्वया।।2.63.41।।
Ô roi, quel tort t’ai-je fait, moi qui demeure dans la forêt ? Je ne cherchais qu’à puiser de l’eau pour mes aînés, et pourtant tu m’as frappé.
Verse 42
एकेन खलु बाणेन मर्मण्यभिहते मयि।द्वावन्धौ निहतौ वृद्धौ माता जनयिता च मे।।2.63.42।।
D’une seule flèche, m’ayant frappé en un point vital, tu as, en vérité, tué aussi mes deux parents âgés et aveugles : ma mère et mon père.
Verse 43
तौ कथं दुर्बलावन्धौ मत्प्रतीक्षौ पिपासितौ।चिरमाशाकृतां तृष्णां कष्टां सन्धारयिष्यतः।।2.63.43।।
Comment ces deux êtres—faibles et aveugles, m’attendant et tourmentés par la soif—pourront-ils longtemps supporter cette soif cruelle, soutenus seulement par l’espérance ?
Verse 44
न नूनं तपसो वास्ति फलयोगश्श्रुतस्य वा।पिता यन्मां न जानाति शयानं पतितं भुवि।।2.63.44।।
Assurément, il semble qu’il n’y ait de fruit ni de l’ascèse ni de la science sacrée, puisque mon père ne sait même pas que je gis ici, tombé à terre.
Verse 45
जानन्नपि च किं कुर्यादशक्तिरपरिक्रमः।भिद्यमानमिवाशक्त स्त्रतुमन्यो नगो नगम्।।2.63.45।।
Quand bien même il le saurait, que pourrait faire mon père, sans force et incapable de se mouvoir ? Tel un arbre qui ne peut sauver un autre arbre qu’on abat, il demeure impuissant.
Verse 46
पितुस्त्वमेव मे गत्वा शीघ्रमाचक्ष्य राघव।न त्वामनुदहेत्क्रुद्धो वनं वह्निरिवैधितः।।2.63.46।।
Ô Rāghava, va toi-même sans tarder l’annoncer à mon père, de peur que, courroucé, il ne te brûle comme un feu attisé qui dévore une forêt.
Verse 47
इयमेकपदी राजन्यतो मे पितुराश्रमः।तं प्रसादय गत्वा त्वं न त्वां स कुपितश्शपेत्।।2.63.47।।
Ô roi, ce sentier étroit mène à l’āśrama de mon père. Va l’y apaiser et implorer sa grâce, afin que, dans sa colère, il ne te maudisse pas.
Verse 48
विशल्यं कुरु मां राजन्मर्म मे निशितश्शरः।रुणद्धि मृदुसोत्सेधं तीरमम्बुरयो यथा।।2.63.48।।
Ô roi, retire doucement de moi la flèche ; son trait acéré a saisi mon point vital, comme le courant d’un fleuve presse une berge tendre et saillante.
Verse 49
सशल्यः क्लिश्यते प्राणैर्विशल्यो विनशिष्यति।इति मामविशच्चिन्ता तस्य शल्यापकर्षणे।।2.63.49।।
Une inquiétude me saisit au sujet de l’extraction de sa flèche : si elle demeure, il souffre tant que la vie subsiste ; si on la retire, il mourra.
Verse 50
दुःखितस्य च दीनस्य मम शोकातुरस्य च।लक्षयामास हृदये चिन्तां मुनिसुतस्तदा।।2.63.50।।
Alors le fils de l'ascète perçut l'angoisse dans mon cœur, me voyant affligé, misérable et accablé par le chagrin.
Verse 51
ताम्यमानस्स मां कृच्छ्रादुवाच परमार्तवत्।सीदमानो विवृत्ताङ्गो वेष्टमानो गतः क्षयम्।।2.63.51।।
Tourmenté et sombrant vers la mort, ses membres se tordant et se convulsant, il me parla avec une extrême angoisse et seulement avec une grande difficulté.
Verse 52
संस्तभ्य शोकं धैर्येण स्थिरचित्तो भवाम्यहम्। ब्रह्महत्याकृतं पापं हृदयादपनीयताम्।।2.63.52।।
Apaisant mon chagrin par la patience, je deviens ferme d'esprit. Que la peur soit ôtée de ton cœur d'avoir commis le péché de tuer un brahmane.
Verse 53
न द्विजातिरहं राजन्मा भूत्ते मनसो व्यथा।शूद्रायामस्मि वैश्येन जातो जनपदाधिप।।2.63.53।।
Ô roi, seigneur du royaume, je ne suis pas des deux-fois-nés. Qu'aucune anxiété ne trouble ton esprit. Je suis né d'une mère Śūdra par un père Vaiśya.
Verse 54
Tandis qu’il parlait ainsi avec peine—la flèche ayant percé un point vital—tremblant, vacillant et se tordant sur le sol, je me penchai et retirai cette flèche. En me voyant, l’ascète, dont la richesse était l’austérité (tapas), fut saisi d’effroi et rendit le souffle de vie.
Verse 55
प्रतिबुद्धो मुहूर्तेन शोकोपहतचेतनः।अथ राजा दशरथस्सचिन्तामभ्यपद्यत।।2.63.1।।
Ô douce dame, le voyant étendu sur la rive de la Sarayū—le corps trempé, gémissant de douleur, et la blessure au point vital lui arrachant des halètements sans fin—je fus accablé d’une profonde tristesse.
Daśaratha’s pivotal act is shooting by sound in darkness (śabdavedhī), mistaking a water-pitcher’s sound for an elephant; the dilemma then becomes whether to remove the embedded arrow—relieving pain but causing death—or leave it—prolonging suffering.
The sarga teaches karma-phala and foresight: actions begun without discerning outcomes lead to repentance at fruition, exemplified by the mango–palāśa metaphor and by Daśaratha’s past misdeed returning as present calamity.
The Sarayū River and its forested banks are central, along with the rainy-season landscape; culturally, the ascetic’s hermitage-path (ekapadī) and the water-fetching duty for aged parents frame a renunciant household economy within forest life.
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