
Dharma of the Conduct of the Vānaprastha Āśrama (Forest-Dweller Discipline)
PP.3.58 codifie le vānaprastha comme le troisième āśrama, à entreprendre après l’accomplissement des devoirs de gṛhastha et lorsque la lignée est solidement établie. Il prescrit le départ vers la forêt à des moments propices, l’entretien du feu sacré, le culte des dieux et des Pitṛs, l’hospitalité et une nourriture prise avec mesure. Le chapitre expose les règles de pureté, les contraintes de tenue et de toilette, l’étude védique, ainsi que l’Agnihotra et les pañca-mahāyajñas, avec les sacrifices de nouvelle et pleine lune et les rites saisonniers. Sont soulignés les interdits alimentaires, le refus des produits et dons du village, l’ahiṃsā, la véracité et la discipline de la nuit. La conduite sexuelle est sévèrement réglée : l’union charnelle annule l’observance et requiert une expiation. Sont aussi décrites des austérités graduées, puis l’aboutissement en sacrifice intériorisé—yoga, récitation des Upaniṣads—et, en option, des pratiques ultimes d’auto-offrande visant la délivrance.
Verse 1
व्यास उवाच । एवं गृहाश्रमे स्थित्वा द्वितीयं भागमायुषः । वानप्रस्थाश्रमं गच्छेत्सदारः साग्निरेव च
Vyāsa dit : Ayant ainsi demeuré dans l’āśrama du maître de maison durant la seconde part de la vie, qu’il se rende à l’āśrama du résident de la forêt (vānaprastha), avec son épouse et en gardant le feu sacré.
Verse 2
निक्षिप्य भार्यां पुत्रेषु गच्छेद्वनमथापि वा । दृष्ट्वापत्यस्य वापत्यं जर्जरीकृतविग्रहः
Ayant confié son épouse à ses fils, qu’il parte — peut-être même vers la forêt. Voyant l’enfant de son enfant (son petit-fils), son corps est usé et brisé par la vieillesse.
Verse 3
शुक्लपक्षस्य पूर्वाह्णे प्रशस्ते चोत्तरायणे । गत्वारण्यं नियमवांस्तपः कुर्यात्समाहितः
Au matin de la quinzaine claire, à une heure favorable et durant l’uttarāyaṇa (la marche du soleil vers le nord), qu’il aille en forêt et, ferme dans ses observances, accomplisse des austérités, l’esprit concentré.
Verse 4
फलमूलानि पूतानि नित्यमाहारमाहरेत् । यदाहारो भवेत्तेन पूजयेत्पितृदेवताः
Qu’il prenne régulièrement pour nourriture des fruits et des racines purs. Avec tout aliment dont il dispose, qu’il rende un culte aux Pitṛs, divinités ancestrales.
Verse 5
पूजयेदतिथिं नित्यं स्नात्वा चाभ्यर्चयेत्सुरान् । गृहादादाय चाश्नीयादष्टौ ग्रासान्समाहितः
Qu’il honore toujours l’hôte; et, après s’être baigné, qu’il adore les dieux. Puis, prenant la nourriture de la maison, qu’il mange huit bouchées l’esprit recueilli.
Verse 6
जटाश्च बिभृयान्नित्यं नखरोमाणि नोत्सृजेत् । स्वाध्यायं सर्वथा कुर्यान्नियच्छेद्वाचमन्यतः
Qu’il porte toujours les cheveux en jata, et qu’il ne coupe ni ses ongles ni les poils de son corps. Qu’il accomplisse en tout temps le svādhyāya, l’étude du Veda, et qu’il retienne sa parole de tout bavardage futile.
Verse 7
अग्निहोत्रं च जुहुयात्पंचयज्ञान्समाचरेत् । उत्पन्नैर्विविधैर्मेध्यैः शाकमूलफलेन वा
Qu’il offre aussi l’Agnihotra et accomplisse comme il se doit les cinq grands yajñas, en utilisant les offrandes pures disponibles : divers produits issus de la terre, ou même légumes, racines et fruits.
Verse 8
चीरवासा भवेन्नित्यं स्नायात्त्रिषवणं शुचिः । सर्वभूतानुकंपश्च प्रतिग्रहविवर्जितः
Qu’il porte toujours un simple vêtement d’écorce, se baigne trois fois par jour et demeure pur. Qu’il ait compassion pour tous les êtres et s’abstienne d’accepter des dons.
Verse 9
दर्शेन पौर्णमासेन यजेत नियतं द्विजः । ऋत्विष्ट्याग्रयणे चैव चातुर्मास्यानि कारयेत्
Le deux-fois-né, maître de lui-même, doit accomplir régulièrement les sacrifices de nouvelle lune et de pleine lune ; et il doit aussi faire célébrer les rites saisonniers—tels l’offrande d’Agrayaṇa avec les prêtres officiants—ainsi que les sacrifices de Cāturmāsya.
Verse 10
उत्तरायणं च क्रमशो दक्षिणायनमेव च । वासंतशारदैर्मेद्ध्यैरुत्पन्नैः स्वयमाहृतैः
Selon l’ordre prescrit, il observe l’Uttarāyaṇa et de même le Dakṣiṇāyana, en utilisant des offrandes pures nées au printemps et en automne, qu’il a lui-même recueillies.
Verse 11
पुरोडाशांश्चरूंश्चैव विधिवन्निर्वपेत्पृथक् । देवताभ्यः पितृभ्यश्च दत्त्वा मेध्यतरं हविः
Selon la règle rituelle, il doit préparer séparément les gâteaux sacrificiels (puroḍāśa) et les oblations cuites (caru) ; puis, après avoir offert l’offrande la plus pure aux dieux et aux ancêtres, le rite est accompli.
Verse 12
शेषं समुपभुंजीत लवणं च स्वयंकृतम् । वर्ज्जयेन्मद्यमांसानि भौमानि कवकानि च
Ensuite, qu’il prenne ce qui reste comme prasāda, et qu’il use aussi de sel préparé par lui-même. Qu’il s’abstienne de liqueur enivrante, de viande, et des produits nés de la terre tels que les champignons.
Verse 13
भूस्तृणं शष्पकं चैव श्लेष्मातक फलानि च । न फालकृष्टमश्नीयादुत्सृष्टमपि केनचित्
Qu’il ne mange ni herbe de terre, ni jeunes pousses, ni fruits de śleṣmātaka ; et qu’il ne mange rien de ce qui a été retourné par la charrue, même si quelqu’un l’a rejeté.
Verse 14
न ग्रामजातान्यार्तोपि पुष्पाणि च फलानि च । श्रावणेनैव विधिना वह्निं परिचरेत्सदा
Même dans la détresse, qu’on n’accepte ni fleurs ni fruits provenant d’un village ; qu’on serve toujours le Feu sacré selon le rite prescrit du mois de Śrāvaṇa.
Verse 15
न द्रुह्येत्सर्वभूतानि निर्द्वंद्वो निर्भयो भवेत् । न नक्तं किंचिदश्नीयाद्रात्रौ ध्यानपरो भवेत्
Qu’on ne nourrisse aucune malveillance envers aucun être ; qu’on soit libre des dualités et sans crainte. Qu’on ne mange rien la nuit ; la nuit, qu’on demeure voué à la méditation.
Verse 16
जितेंद्रियो जितक्रोधस्तत्त्वज्ञानविचिंतकः । ब्रह्मचारी भवेन्नित्यं न पत्नीमपि संश्रयेत्
Qu’il ait vaincu les sens et maîtrisé la colère, méditant sur la connaissance véritable. Qu’il demeure toujours brahmacārin, sans chercher refuge même auprès d’une épouse.
Verse 17
यस्तु पत्न्या वनं गत्वा मैथुनं कामतश्चरेत् । तद्व्रतं तस्य लुप्येत प्रायश्चित्तीयते द्विजः
Mais si un homme, étant allé en forêt avec son épouse, s’unit à elle par désir, son observance est annulée ; alors le deux-fois-né doit accomplir une expiation.
Verse 18
तत्र यो जायते गर्भो न स स्पृश्यो द्विजातिभिः । न हि वेदेधिकारोस्य तद्वंशेप्येवमेव हि
L’enfant conçu là ne doit pas être touché par les deux-fois-nés, car il n’a pas droit au Veda ; et il en va de même, certes, pour sa lignée.
Verse 19
भूमौ शयीत सततं सावित्रीजप्यतत्परः । शरण्यः सर्वभूतानां सद्विभागपरः सदा
Qu’il repose toujours à même la terre, voué à la récitation de la Sāvitrī (Gāyatrī), refuge de tous les êtres, et qu’il demeure sans cesse appliqué au partage juste et conforme au dharma.
Verse 20
परिवादं मृषावादं निद्रालस्ये च वर्जयेत् । एकाग्निरनिकेतः स्यात्प्रोक्षितां भूमिमाश्रयेत्
Qu’il évite la médisance, le mensonge, ainsi que le sommeil et la paresse. Qu’il n’entretienne qu’un seul feu sacré, vive sans demeure fixe et séjourne sur une terre purifiée par l’aspersion rituelle.
Verse 21
मृगैः सह चरेद्दांतस्तैः सहैव च संवसेत् । शिलायां शर्करायां वा शयीत सुसमाहितः
Devenu maître de lui-même, qu’il chemine avec les cerfs et demeure en leur compagnie ; et, l’esprit parfaitement recueilli, qu’il s’étende pour se reposer sur la roche nue ou sur le gravier (sable).
Verse 22
सद्यः प्रक्षालको वा स्यान्माससंचयिकोपि वा । षण्मासनिचयो वापि समानिचय एव वा
Qu’il soit un purificateur immédiat, ou celui qui accumule le mérite pendant un mois, ou même celui qui l’accumule durant six mois — ou encore celui dont l’accumulation (de mérite) est équivalente.
Verse 23
नक्तं चान्नं समश्नीयाद्दिवा चाहृत्य शक्तितः । चतुर्थकालको वा स्यात्किं वाप्यष्टमकालिकः
Qu’il prenne sa nourriture la nuit, l’ayant obtenue le jour selon ses forces. Ou bien qu’il soit de ceux qui mangent au quatrième moment du repas — voire au huitième moment.
Verse 24
चांद्रायणविधानैर्वा शुक्लेकृष्णे च वर्जयेत् । पक्षेपक्षे समश्नीयाद्यवागूं क्वथितां सकृत्
Ou bien, selon les observances du vœu de Cāndrāyaṇa, qu’il s’abstienne durant les quinzaines claire et sombre ; et, à chaque quinzaine, qu’il ne mange qu’une seule fois, prenant une unique portion de bouillie d’orge cuite.
Verse 25
पुष्पमूलफलैर्वापि केवलैर्वर्तयेत्सदा । स्वाभाविकैः स्वयंशीर्णैर्वैखानसमते स्थितः
Demeurant dans la discipline vaikhānasa, qu’il se nourrisse toujours uniquement de fleurs, de racines et de fruits—ceux qui sont naturels et tombés d’eux-mêmes.
Verse 26
भूमौ वा परिवर्तेत तिष्ठेद्वा प्रपदैर्दिनम् । स्थानासनाभ्यां विहरेन्न क्वचिद्धैर्य्यमुत्सृजेत्
Qu’il se roule sur le sol, ou qu’il demeure tout le jour debout sur la pointe des pieds ; qu’il n’aille que de la station debout à la station assise—mais qu’en aucun lieu il ne renonce à la constance du courage.
Verse 27
ग्रीष्मे पंचतपाश्च स्याद्वर्षास्वभ्रावकाशिकः । आर्द्रवासाश्च हेमंते क्रमशो वर्द्धयेत्तपः
En été, qu’il pratique l’austérité des cinq feux ; durant la saison des pluies, qu’il demeure à découvert sous le ciel ; et en hiver, qu’il porte des vêtements humides—ainsi, peu à peu, qu’il accroisse son tapas (pénitence).
Verse 28
उपस्पृशेत्त्रिषवणं पितृदेवांश्च तर्पयेत् । एकपादेन तिष्ठेत मरीचिं वा पिबेत्सदा
Qu’il accomplisse l’ācāmana aux trois jonctions du jour et qu’il offre le tārpaṇa aux Ancêtres et aux Dieux. Qu’il se tienne sur un seul pied, ou bien qu’il boive sans cesse les rayons du soleil, vivant de la seule lumière.
Verse 29
पंचाग्निधूमगो वा स्यादूष्मगः सोमपोपि वा । पयः पिबेच्छुक्लपक्षे कृष्णपक्षे तु गोमयम्
Il peut demeurer au milieu de la fumée des cinq feux sacrés, ou se nourrir de vapeur brûlante, ou même vivre de gâteaux de Soma. Dans la quinzaine claire, qu’il boive du lait; dans la quinzaine sombre, qu’il prenne de la bouse de vache.
Verse 30
शीर्णपर्णाशनो वा स्यात्कृच्छ्रैर्वा वर्तयेत्सदा । योगाभ्यासरतश्च स्याद्रुद्राध्यायी भवेत्सदा
Il peut se nourrir de feuilles flétries, ou vivre sans cesse par de rudes austérités. Qu’il soit voué à la pratique du yoga et qu’il récite et étudie constamment Rudra.
Verse 31
अथर्वशिरसोध्येता वेदांताभ्यासतत्परः । यमान्सेवेत सततं नियमांश्चाप्यतंद्रितः
Qu’il soit disciple de l’Atharvaśiras et tout entier voué à la pratique du Vedānta. Qu’il observe sans cesse les yama et, sans relâche, les niyama également.
Verse 32
अथ चाग्नीन्समारोप्य स्वात्मनि ध्यानतत्परः
Puis, ayant allumé les feux sacrés au-dedans de son propre être, il devint entièrement absorbé dans la méditation du Soi.
Verse 33
अनग्निरनिकेतो वा मुनिर्मोक्षपरो भवेत् । तापसेष्वेव विप्रेषु यात्रिकं भैक्षमाहरेत्
Un sage peut vivre sans entretenir de feu sacré et sans demeure fixe, n’ayant pour but que la délivrance. En pèlerin, qu’il ne recueille l’aumône qu’auprès de brahmanes ascètes.
Verse 34
गृहमेधिषु चान्येषु द्विजेषु वनचारिषु । ग्रामादाहृत्य चाश्नीयादष्टौ ग्रासान्वने वसन्
Demeurant dans la forêt, qu’il aille chercher sa nourriture au village et ne prenne que huit bouchées ; qu’il le fasse parmi les maîtres de maison et les autres deux-fois-nés, y compris ceux qui vivent dans les bois.
Verse 35
प्रतिगृह्य पुटेनैव पाणिना शकलेन वा । विविधाश्चोपनिषद आत्मसंसिद्धये जपेत्
L’ayant reçu dans les mains jointes en coupe, ou dans la main, ou même en une petite part, qu’il récite diverses formules et enseignements des Upaniṣad pour parvenir à la réalisation du Soi.
Verse 36
विद्याविशेषान्सावित्रीं रुद्राध्यायं तथैव च । महाप्रस्थानिकं वासौ कुर्य्यादनशनं तथा । अग्निप्रवेशमन्यद्वा ब्रह्मार्पणविधौ स्थितः
Établi dans le rite de s’offrir à Brahman, qu’il récite les formules sacrées particulières — la Sāvitrī, le chapitre de Rudra, ainsi que le Mahāprasthānika ; puis qu’il entreprenne le jeûne jusqu’à la mort, ou l’entrée dans le feu, ou quelque autre voie ultime d’offrande de soi.
Verse 58
इति श्रीपाद्मे महापुराणे स्वर्गखंडे वानप्रस्थाश्रमाचारधर्मो । नामाष्टपंचाशत्तमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le cinquante-huitième chapitre, intitulé « Le Dharma de la conduite de l’āśrama du Vānaprastha », dans le Svarga-khaṇḍa du Śrī Padma Mahāpurāṇa.