
The Greatness of Prayāga: Confluence Theology and the Totality of Tīrthas
Ce chapitre magnifie Prayāga comme le plus grand de tous les tīrtha, le plaçant au-dessus de Naimiṣa, Puṣkara, Go-tīrtha, Sindhu-mukha, Kurukṣetra, Gayā et Gaṅgāsāgara. Il affirme qu’innombrables gués sacrés « résident » éternellement à Prayāga, si bien que la confluence devient une totalité condensée du mérite du pèlerinage. La Gaṅgā (Jāhnavī) y est décrite coulant au milieu de trois agni-kuṇḍa et ressortant de Prayāga comme le tīrtha suprême. Par la voix divine de Vāyu, sa grandeur est universalisée : Gaṅgā est la somme du divin sur la terre et dans la région intermédiaire. Le texte devient ensuite prescriptif : ce māhātmya est un « secret » à transmettre avec discernement. Entendre et se souvenir de Prayāga purifie les fautes, confère une mémoire extraordinaire (des naissances passées), élève les ancêtres et accorde l’accès aux cieux, au point qu’aucun autre lieu n’égale ne serait-ce qu’un seizième de son puṇya.
Verse 1
मार्कंडेय उवाच । शृणु राजन्प्रयागस्य माहात्म्यं पुनरेव तु । नैमिषं पुष्करं चैव गोतीर्थं सिंधुसागरम्
Mārkaṇḍeya dit : Ô Roi, écoute de nouveau la grandeur de Prayāga, ainsi que Naimiṣa, Puṣkara, Go-tīrtha et l’océan à l’embouchure du Sindhu.
Verse 2
कुरुक्षेत्रं गया चैव गंगासागरमेव च । एते चान्ये च बहवो ये च पुण्याः शिलोच्चयाः
Kurukṣetra, Gayā, et aussi Gaṅgāsāgara : ceux-ci, et bien d’autres hauteurs rocheuses sacrées, sont des lieux riches en grand mérite.
Verse 3
दशतीर्थसहस्राणि त्रिंशत्कोट्यस्तथापरे । प्रयागे संस्थिता नित्यमेवमाहुर्मनीषिणः
Dix mille tīrthas, et de même d’autres ensembles atteignant trente crores, demeurent, dit-on, éternellement à Prayāga : ainsi l’affirment les sages.
Verse 4
त्रीणि चाप्यग्निकुंडानि येषां मध्ये तु जाह्नवी । प्रयागादभिनिष्क्रांता सर्वतीर्थपुरस्कृता
Il y a aussi trois Agni-kuṇḍas, au milieu desquels coule la Jāhnavī (Gaṅgā). Sortant de Prayāga, elle s’avance, honorée comme la première de tous les tīrthas.
Verse 5
तपनस्य सुता देवी त्रिषु लोकेषु विश्रुता । गंगायमुनया सार्धं संस्थिता लोकभाविनी
La Déesse, renommée dans les trois mondes comme la fille de Tapaṇa (le Soleil), demeure avec Gaṅgā et Yamunā—elle qui soutient et bénit les mondes.
Verse 6
गंगायमुनयोर्मध्ये पृथिव्या जघनं स्मृतम् । प्रयागं राजशार्दूल कलां नार्हंति षोडशीम्
Entre la Gaṅgā et la Yamunā, on dit que se trouve la « région inférieure » de la terre, ses reins. Ô tigre parmi les rois, Prayāga est tel que même la seizième part du mérite ne peut être justement mesurée.
Verse 7
तिस्रः कोट्योऽर्द्धकोटी च तीर्थानां वायुरब्रवीत् । दिव्यं भुव्यंतरिक्षे च तत्सर्वं जाह्नवि स्मृता
Vāyu déclara qu’il existe trois crores et un demi-crore de tīrthas, les gués sacrés ; et tout ce qui est divin, sur la terre comme dans la région intermédiaire (l’atmosphère), tout cela est rappelé comme Jāhnavī, la Gaṅgā.
Verse 8
प्रयागं समधिष्ठानं कंबलाश्वतरावुभौ । भोगवत्यथ या चैव वेदिरेषा प्रजापतेः
Prayāga ; Samadhiṣṭhāna ; les deux lieux Kambala et Aśvatara ; Bhogavatī également ; et cet autel de Prajāpati — tels sont les lieux sacrés évoqués.
Verse 9
तत्र देवाश्च यज्ञाश्च मूर्तिमंतो युधिष्ठिर । पूजयंति प्रयागं ते ऋषयश्च तपोधनाः
Là, ô Yudhiṣṭhira, les dieux et les sacrifices (yajñas), comme des présences vivantes et incarnées, vénèrent Prayāga ; et de même les ṛṣis, riches en austérités.
Verse 10
यजंते क्रतुभिर्देवांस्तथा बहुधना नृपाः । ततः पुण्यतमो नास्ति त्रिषु लोकेषु भारत
Les rois riches accomplissent des yajña et honorent les devas par des rites sacrés ; pourtant, ô Bhārata, dans les trois mondes rien n’engendre un mérite plus grand que cela.
Verse 11
प्रभावात्सर्वतीर्थेभ्यः प्रभवत्यधिकं विभो । दशतीर्थसहस्राणि तिस्रः कोट्यस्तथापरे
Ô Puissant, par sa force spirituelle il donne un fruit supérieur à celui de tous les autres tīrthas. Il équivaut à dix mille tīrthas et, de plus, à trois crores encore.
Verse 12
यत्र गंगा महाभागा स देशस्तत्तपोवनम् । सिद्धक्षेत्रं तु तज्ज्ञेयं गंगातीरसमाश्रितम्
Là où coule la très fortunée Gaṅgā, cette contrée est un bois sacré d’austérité (tapas). Sache que ce lieu, établi sur les rives de la Gaṅgā, est un siddha-kṣetra, un champ saint accompli.
Verse 13
इति सत्यं द्विजातीनां साधूनामात्मजस्य वा । सुहृदां च जपेत्कर्णे शिष्यस्यानुगतस्य वा
Ainsi, cette vérité doit être murmurée à l’oreille des dvija, des hommes vertueux, de son propre fils, et aussi des amis sûrs — ou d’un disciple dévot qui suit avec fidélité.
Verse 14
इदं धन्यमिदं स्वर्ग्यमिदं सेव्यमिदं शुभम् । इदं पुण्यमिदं रम्यं पावनं धर्ममुत्तमम्
Ceci est béni ; ceci mène au ciel ; ceci mérite d’être pratiqué ; ceci est de bon augure. Ceci est méritoire ; ceci est délicieux ; ceci est purifiant : tel est le Dharma suprême.
Verse 15
महर्षीणामिदं गुह्यं सर्वपापप्रणाशनम् । अधीत्य च द्विजो ध्यायन्निर्मलत्वमवाप्नुयात्
Cet enseignement secret des grands ṛṣi détruit tous les péchés. L’ayant étudié, le deux-fois-né qui le médite obtient la pureté.
Verse 16
यश्चेदं शृणुयान्नित्यं तीर्थं पुण्यं सदा शुचिः । जातिस्मरत्वं लभते नाकपृष्ठे च मोदते
Quiconque, demeurant toujours pur, écoute régulièrement ce récit sacré et méritoire du tīrtha, obtient le pouvoir de se souvenir des naissances passées et se réjouit sur les hauteurs du ciel.
Verse 17
प्राप्यंते तानि तीर्थानि सद्भिः शिष्टार्थदर्शिभिः । स्नाहि तीर्थेषु कौरव्य न च वक्रमतिर्भव
Ces tīrtha sont atteints par les hommes de bien, par les instruits qui discernent le vrai but. Ô fils de Kuru, baigne-toi dans les tīrtha et ne deviens pas au cœur tortueux.
Verse 18
त्वया तु सम्यक्पृष्टेन कथितं तु मया विभो । पितरस्तारिताः सर्वे तारिताश्च पितामहाः
Puisque tu as interrogé comme il convient, ô Seigneur, je l’ai exposé. Tous les ancêtres ont été délivrés, et les aïeux l’ont été aussi.
Verse 19
प्रयागस्य तु सर्वे ते कलां नार्हंति षोडशीम् । एवं ज्ञानं च योगं च तीर्थं चैव युधिष्ठिर
Mais tous ces (autres lieux saints) n’égalent pas même un seizième de Prayāga. Il en va de même pour la connaissance sacrée, pour le yoga et pour le pèlerinage, ô Yudhiṣṭhira.
Verse 20
बहुक्लेशेन युज्यंते ततो यांति परां गतिम् । प्रयागस्मरणाल्लोकः स्वर्गलोकं च गच्छति
Après bien des épreuves, ils atteignent l’état suprême. Par le seul souvenir de Prayāga, l’être humain parvient aussi au monde céleste.
Verse 47
इति श्रीपाद्मे महापुराणे स्वर्गखंडे प्रयागमाहात्म्ये । सप्तचत्वारिंशोऽध्यायः
Ainsi, dans le vénérable Padma Mahāpurāṇa, au sein du Svarga-khaṇḍa, dans la section sur la Grandeur de Prayāga, s’achève le quarante-septième chapitre.