
Primordial Creation: From Brahman to the Cosmic Egg
Le chapitre s’ouvre sur la promesse de Sūta d’exposer la création primordiale afin de faire connaître le Soi suprême, éternel. Après la dissolution, seule demeure l’Unique Lumière appelée Brahman. La création se déploie ensuite selon une suite proche du Sāṅkhya : apparaît Pradhāna, puis Mahat (triple selon les guṇa), puis trois formes d’Ahaṅkāra. Du courant tāmasa procèdent les tanmātra et les cinq éléments, dans l’ordre, chacun ajoutant une qualité nouvelle, du son jusqu’à l’odeur. Sont énumérés les sens, les organes d’action et le mental avec leurs fonctions, et l’on explique pourquoi les éléments doivent se combiner pour engendrer des êtres incarnés. De la conjonction des principes naît l’Œuf cosmique sur les eaux ; en lui, Viṣṇu devient Brahmā pour créer, soutient au fil des kalpa, puis retire l’univers, prenant des formes de protection et de dissolution.
Verse 1
सूत उवाच । आदिसर्गमहं तावत्कथयामि द्विजोत्तमाः । ज्ञायते येन भगवान्परमात्मा सनातनः
Sūta dit : Ô meilleurs des deux-fois-nés, je vais maintenant exposer la création primordiale ; en la connaissant, on comprend le Seigneur Bienheureux, le Soi suprême, éternel.
Verse 2
इति श्रीपाद्मेमहापुराणेस्वर्गखंडेद्वितीयोऽध्यायः
Ainsi s’achève le deuxième chapitre du Svarga-khaṇḍa du Śrī Padma Mahāpurāṇa.
Verse 3
नित्यं निरंजनं शांतं निर्मलं नित्यनिर्मलम् । आनंदसागरंस्वच्छं यत्कांक्षंति मुमुक्षवः
Éternel, sans souillure, paisible, pur—à jamais pur ; océan limpide de béatitude : tel est l’objet du désir de ceux qui aspirent à la délivrance.
Verse 4
सर्वज्ञं ज्ञानरूपत्वादनंतमजमव्ययम् । अविनाशि सदास्वच्छमच्युतं व्यापकं महत्
Omniscient—car sa nature même est conscience—infini, non né, impérissable ; incorruptible, toujours pur et limpide ; l’Infaillible, omniprésent, la Suprême Grande Réalité.
Verse 5
सर्गकाले तु संप्राप्ते ज्ञात्वा तं ज्ञानरूपकम् । आत्मलीनं विकारं च तत्स्रष्टुमुपचक्रमे
Lorsque vint le temps de la création, ayant reconnu ce principe comme de nature consciente, ainsi que la modification résorbée dans le Soi, il entreprit alors de la manifester.
Verse 6
तस्मात्प्रधानमुद्भूतं ततश्चापि महानभूत् । सात्विको राजसश्चैव तामसश्च त्रिधा महान्
De Cela surgit le Pradhāna; et de lui naquit le Mahat, le Grand Principe. Ce Mahat est triple : sāttvique, rājassique et tāmassique.
Verse 7
प्रधानेनावृतो ह्येव त्वचा बीजमिवावृतम् । वैकारिकस्तैजसश्च भूतादिश्चैव तामसः
En vérité, il est enveloppé par le Pradhāna, comme une graine est couverte par sa peau. De ce Pradhāna naît l’ahaṅkāra triple : le vaikārika (sāttvique), le taijasa (rājassique) et le bhūtādi (tāmassique).
Verse 8
त्रिविधोयमहंकारो महत्तत्वादजायत । यथा प्रधानेन महान्महता स तथा वृतः
Du principe du Mahat naquit l’ego triple, l’ahaṅkāra. Et de même que le Mahat est enveloppé par le Pradhāna, ainsi cet ahaṅkāra est-il recouvert par le Mahat.
Verse 9
भूतादिस्तु विकुर्वाणः शब्दतन्मात्रकं ततः । ससर्ज शब्दतन्मात्रादाकाशं शब्दलक्षणम्
Alors Bhūtādi, source primordiale des éléments, en se transformant produisit le tanmātra du son. Et du tanmātra du son il créa l’ākāśa, l’éther, dont le signe propre est le son.
Verse 10
शब्दमात्रं तथाकाशं भूतादिः सममावृणोत् । शब्दमात्रं तथाकाशं स्पर्शमात्रं ससर्ज ह
Puis Bhūtādi enveloppa entièrement l’ākāśa, dont l’essence n’est que le son. Et de cet ākāśa—marqué seulement par le son—il produisit le tanmātra du toucher.
Verse 11
बलवानभवद्वायुस्तस्य स्पर्शो गुणो मतः । आकाशं शब्दमात्रं तु स्पर्शमात्रं समावृणोत्
Alors Vāyu devint puissant ; sa qualité propre est tenue pour le toucher. Et l’Ākāśa—fait du seul son—fut, pour ainsi dire, enveloppé par le simple contact du vent.
Verse 12
ततो वायुविकुर्वाणो रूपमात्रं ससर्ज ह । ज्योतिरुत्पद्यते वायोस्तद्रूपगुणमुच्यते
Puis, lorsque Vāyu se transforma, il engendra la seule forme (rūpa). De Vāyu naît la lumière (jyotis) ; telle est, dit-on, la qualité associée à la forme.
Verse 13
स्पर्शमात्रस्तु वै वायू रूपमात्रं समावृणोत् । ज्योतिश्चापि विकुर्वाणं रसमात्रं ससर्ज ह
L’air, n’ayant que la qualité du toucher, enveloppa la seule forme ; et le Feu aussi, en se transformant, fit naître la seule qualité de la saveur.
Verse 14
संभवंति ततोंभांसि रसमात्राणि तानि तु । रसमात्राणिचांभांसि रूपमात्रं समावृणोत्
De là naquirent les eaux, constituées de la seule saveur. Et ces eaux, n’étant que saveur, enveloppèrent alors le principe de la forme.
Verse 15
विकुर्वाणानिचांभांसिगंधमात्रंससर्जिरे । तस्माज्जाता मही चेयं सर्वभूतगुणाधिका
Lorsque les eaux se transformèrent, il produisit la seule fragrance comme qualité subtile. De là naquit cette Terre, riche, en excellence, des qualités de tous les êtres.
Verse 16
ससंघातो यतस्तस्मात्तस्य गंधो गुणो मतः । तस्मिंस्तस्मिंस्तु तन्मात्रात्तेन तन्मात्रता स्मृता
Parce qu’il est un composé (fait d’agrégats), sa qualité est tenue pour être l’odeur. Et, en chaque cas, à partir de son élément subtil (tanmātra), on se souvient de cet état de tanmātra, car il est défini par l’essence subtile dont il procède.
Verse 17
तन्मात्राण्यविशेषाणि विशेषाः क्रमशो पराः । भूततन्मात्रसर्गोयमहंकारात्तु तामसात्
Les tanmātras, éléments subtils, sont indifférenciés ; ensuite, les particularités différenciées surgissent selon l’ordre. Cette création des éléments subtils et des éléments grossiers procède de l’aspect tāmasa de l’ahaṃkāra (l’egoïté).
Verse 18
कीर्तितस्तु समासेन मुनिवर्यास्तपोधनाः । तैजसानींद्रियाण्याहुर्देवा वैकारिका दश
Ainsi, en bref, ô meilleurs des munis riches en tapas, on dit que les dix dieux issus du principe sāttvique (vaikārika) sont les divinités présidant aux sens (taijasa).
Verse 19
एकादशं मनश्चात्र कीर्तितं तत्त्वचिंतकैः । ज्ञानेंद्रियाणि पंचात्र पंचकर्मेंद्रियाणि च
Ici, le mental (manas) est proclamé onzième par ceux qui méditent la réalité ; et l’on y compte aussi les cinq organes de connaissance et les cinq organes d’action.
Verse 20
तानि वक्ष्यामि तेषां च कर्माणि कुलपावनाः । श्रवणं त्वक्चक्षुर्जिह्वा नासिका चैव पंचमी
Je vais énoncer ces facultés et leurs fonctions, ô purificateurs de la lignée : l’ouïe, le toucher (la peau), la vue (les yeux), le goût (la langue) et l’odorat (le nez) comme cinquième.
Verse 21
शब्दादिज्ञानसिद्ध्यर्थं बुद्धियुक्तानि पंच वै । पायूपस्थं हस्तपादौ कीर्तिता वाक्चपंचमी
Pour accomplir la connaissance du son et du reste, il est en vérité cinq facultés liées à l’intellect : l’anus, les organes génitaux, les mains, les pieds — et la parole est proclamée la cinquième.
Verse 22
विसर्गानंदनादानगत्युक्तिकर्मतत्स्मृतम् । आकाशवायुतेजांसि सलिलं पृथिवी तथा
On s’en souvient comme de l’activité en cinq : émission, joie, réception, mouvement et expression. Puis sont nommés l’espace, le vent, le feu, l’eau, et de même la terre.
Verse 23
शब्दादिभिर्गुणैर्विप्राः संयुक्ता उत्तरोत्तरैः । नानावीर्याः पृथग्भूतास्ततस्ते संहतिं विना
Ô brāhmaṇas, les êtres sont pourvus de qualités commençant par le son, chaque série suivante s’ajoutant selon l’ordre. Ainsi ont-ils des puissances diverses et demeurent distincts ; dès lors, sans union, ils ne forment pas un tout harmonieux.
Verse 24
नाशक्नुवन्प्रजाः स्रष्टुमसमागत्य कृत्स्नशः । समेत्यान्योन्यसंयोगं परस्परमथाश्रयात्
Incapables de créer les créatures tant qu’ils demeuraient non assemblés et entièrement séparés, ils se réunirent alors, s’unissant les uns aux autres et se soutenant mutuellement.
Verse 25
एकसंघास्सलक्ष्याश्च संप्राप्यैक्यमशेषतः । पुरुषाधिष्ठितत्वाच्च प्रधानानुग्रहेण च
Tous ceux-ci, formant un seul agrégat et portant un même signe distinctif, parviennent à l’unité parfaite, parce qu’ils sont présidés par le Puruṣa et par la grâce du Pradhāna.
Verse 26
महदादयो विशेषांता अंडमुत्पादयंति ते । तत्क्रमेण विवृद्धं तु जलबुद्बुदवत्सदा
De Mahat et des autres principes, jusqu’aux éléments particuliers, ils engendrent l’Œuf cosmique ; puis, selon l’ordre établi, il croît sans cesse, tel une bulle à la surface de l’eau.
Verse 27
भूतेभ्योंडं महाप्राज्ञा वृद्धं तदुदकेशयम् । प्राकृतं ब्रह्मरूपस्य विष्णोः स्थानमनुत्तमम्
Ô très sage, des éléments naquit l’Œuf cosmique, pleinement développé et reposant sur les eaux ; ce domaine primordial (matériel) est la demeure sans égale de Viṣṇu sous la forme de Brahmā.
Verse 28
तत्राव्यक्तस्वरूपोसौ विष्णुर्विश्वेश्वरः प्रभुः । ब्रह्मरूपं समास्थाय स्वयमेव व्यवस्थितः
Là, ce Seigneur Viṣṇu—dont la vraie nature est non manifestée, Souverain de l’univers—assuma la forme de Brahmā et, de lui-même, s’y établit.
Verse 29
स्वेदजांडमभूत्तस्य जरायुश्च महीधराः । गर्भोदकं समुद्राश्च तस्याभून्महदात्मनः
De ce grand Être naquirent les œufs issus de la sueur ; de la membrane du sein surgirent les montagnes, et des eaux de gestation naquirent les océans.
Verse 30
साद्रिद्वीपसमुद्राश्च सज्योतिर्लोकसंग्रहः । तस्मिन्नंडेभवत्सर्वं सदेवासुरमानुषम्
Avec ses montagnes, ses continents et ses océans, ainsi que l’assemblée des mondes lumineux, dans cet Œuf cosmique tout advint : les domaines avec devas, asuras et humains.
Verse 31
अनादिनिधनस्यैव विष्णोर्नाभेः समुत्थितम् । यत्पद्मं तद्धैममंडमभूच्छ्रीकेशवेच्छया
Ce lotus né du nombril de Viṣṇu—l’Être sans commencement ni fin—devint une sphère d’or, par la volonté de Śrī Keśava.
Verse 32
रजोगुणधरो देवः स्वयमेव हरिः परः । ब्रह्मरूपंसमास्थाय जगत्स्रष्टुं प्रवर्तते
Hari, le Suprême, portant la qualité de rajas, revêt de lui-même la forme de Brahmā et s’engage à créer l’univers.
Verse 33
सृष्टं च पात्यनुयुगं यावत्कल्पविकल्पना । नारसिंहादिरूपेण रुद्ररुपेण संहरेत्
Après avoir créé, Il le soutient âge après âge tant que se poursuivent les cycles des kalpas; puis, à la fin, Il le résorbe, se manifestant en formes telles que Narasiṃha, et aussi sous la forme de Rudra.
Verse 34
सब्रह्मरूपं विसृजन्महात्मा जगत्समस्तं परिपातुमिच्छन् । रामादिरूपं स तु गृह्य याति बभूव रुद्रो जगदेतदत्तुम्
Cette grande âme, après avoir déployé la forme de Brahmā et désirant protéger l’univers tout entier, revêt ensuite la forme commençant par Rāma; et Il devient Rudra afin de consumer ce monde.