
The Āditya-Śayana (Ravi-Śayana) Vow: Night-Meal Discipline, Nakṣatra Limb-Worship, and the Unity of Sūrya and Śiva
Bhīṣma demande quel vœu convient à ceux qui ne peuvent jeûner, par maladie ou manque de force. Pulastya enseigne une discipline de remplacement approuvée—prendre le repas la nuit—au sein d’une grande observance appelée Āditya-śayana / Ravi-śayana, à accomplir avec l’adoration correcte de Śaṅkara. Le chapitre définit une conjonction calendérique propice (dimanche, Saptamī, Hasta et Sūrya-saṅkrānti) nommée Sārvakāmikī. Il transmet l’identité rituelle : vénérer Umā–Maheśvara sous des noms solaires revient à vénérer Sūrya et le Śiva-liṅga, car aucune différence n’est admise entre Umāpati et Ravi. Une correspondance de type nyāsa assigne les nakṣatras aux membres du corps pour le culte, puis viennent les règles alimentaires, la charité et des dānas somptueux (lotus d’or, lit, vache ornée de joyaux). Le tout s’achève par des prières, des prescriptions de discrétion et d’éligibilité, et des avertissements moraux contre la tromperie.
Verse 1
भीष्म उवाच । उपवासेष्वशक्तस्य तदेव फलमिच्छतः । अनभ्यासेन रोगाद्वा किमिष्टं व्रतमुच्यताम्
Bhīṣma dit : Pour celui qui ne peut observer les jeûnes et pourtant désire le même fruit—par manque d’habitude ou à cause de la maladie—quel vœu de prédilection faut-il prescrire ?
Verse 2
पुलस्त्य उवाच । उपवासेष्वशक्तानां नक्तं भोजनमिष्यते । यस्मिन्व्रते तदप्यत्र श्रूयतां वै व्रतं महत्
Pulastya dit : Pour ceux qui ne peuvent jeûner, un repas pris la nuit est approuvé. Dans le vœu où cela est prescrit, écoute ici aussi ce grand vœu.
Verse 3
आदित्यशयनं नाम यथावच्छंकरार्चनम् । येषु नक्षत्रयोगेषु पुराणज्ञाः प्रचक्षते
Le rite nommé « Āditya-śayana » et l’adoration correcte de Śaṅkara : les connaisseurs des Purāṇa indiquent dans quelles combinaisons de nakṣatra et de yoga ils doivent être accomplis.
Verse 4
यदा हस्तेन सप्तम्यामादित्यस्य दिनं भवेत् । सूर्यस्य चापि संक्रांतिस्तिथिस्सा सार्वकामिकी
Lorsque le jour d’Āditya (le dimanche) tombe sur la septième tithi, la Saptamī, avec la constellation Hasta, et que survient aussi la saṅkrānti du Soleil, cette tithi est appelée « Sārvakāmikī », celle qui accomplit tous les vœux.
Verse 5
उमामहेश्वरस्यार्चामर्चयेत्सूर्यनामभिः । सूर्यार्चां शिवलिगं च उभयं पूजयेद्यतः
Qu’on vénère l’effigie d’Umā et de Maheśvara par les noms du Soleil ; car en agissant ainsi, on honore ensemble l’image de Sūrya et le Śiva-liṅga.
Verse 6
उमापते रवेश्चापि न भेदः क्वचिदिष्यते । यस्मात्तस्मान्नृपश्रेष्ठ गृहे भानुं समर्चयेत्
Ô le meilleur des rois, aucune distinction n’est jamais admise entre Umāpati (Śiva) et Ravi (le Soleil). C’est pourquoi l’on doit vénérer le Soleil dans sa propre demeure.
Verse 7
हस्तेन सूर्याय नमोस्तुपादावर्काय चित्रासु च गुल्फदेशं । स्वातीषु जंघे पुरुषोत्तमाय धात्रे विशाखासु च जानुदेशम्
Dans Hasta, salut à Sūrya ; à Arka, hommage aux pieds. Dans Citrā, j’adore la région des chevilles ; dans Svātī, les jambes. Là je me prosterne devant Puruṣottama ; et dans Viśākhā, devant Dhātṛ, je vénère la région des genoux.
Verse 8
तथानुराधासु नमोभि पूज्यमुरुद्द्वयं चैव सहस्रभानोः । ज्येष्ठास्वनंगाय नमोस्तु गुह्यमिन्द्रा यभीमाय कटिं च मूले
De même, dans Anurādhā, par des salutations on honore Celui qui est digne d’adoration ; et l’on salue aussi la paire des Rudra du Soleil aux mille rayons. Dans Jyeṣṭhā, salut à Anaṅga ; salut au mystérieux Guhya ; à Indra ; à Bhīma ; et à la puissance qui préside à la taille et à la racine, à la base.
Verse 9
पूर्वोत्तराषाढयुगे च नाभिं त्वष्ट्रे नमः सप्ततुरंगमाय । तीक्ष्णांशवे श्रवणे चाथ कुक्षिं पृष्ठं धनिष्ठासु विकर्तनाय
À la jonction de Pūrvāṣāḍhā et d’Uttarāṣāḍhā, qu’on vénère le nombril : hommage à Tvaṣṭṛ, celui aux sept chevaux. En Śravaṇa, qu’on vénère les oreilles ; puis le ventre ; et en Dhaniṣṭhā, le dos : hommage à Vikartana (le Soleil), aux rayons tranchants.
Verse 10
वक्षस्थलं ध्वांतविनाशनाय जलाधिपर्क्षे प्रतिपूजनीयम् । पूर्वोत्तरा भाद्रपदद्वये च बाहूत्तमश्चंडकराय पूज्यौ
La poitrine doit être vénérée pour la destruction des ténèbres, surtout au tithi relevant du Seigneur des eaux. De même, durant les deux Bhādrapada—en quinzaine claire comme en quinzaine sombre—qu’on vénère les avant-bras et les bras excellents pour le Soleil aux rayons farouches.
Verse 11
साम्नामधीशाय करद्वयं च संपूजनीयं नृप रेवतीषु । नखानि पूज्यानि तथाश्विनीषु नमोस्तु सप्ताश्वधुरंधराय
Ô roi, en Revatī qu’on vénère comme il se doit la paire de mains du Seigneur des Sāman ; de même, en Aśvinī qu’on vénère les ongles. Hommage à Celui qui porte le fardeau des sept chevaux.
Verse 12
कठोरधाम्ने भरणीषु कंठं दिवाकरायेत्यभिपूजनीयम् । ग्रीवाग्निपर्क्षे धरसंपुटे तु संपूजयेद्भारत रोहिणीषु
En Bharaṇī, qu’on vénère Kaṇṭha, au rayonnement âpre, en tant que Divākara, le Soleil. Dans la région dite Grīvāgni-parkṣa et dans le Dhara-saṃpuṭa, ô Bhārata, qu’on l’adore pleinement en Rohiṇī.
Verse 13
मृगेर्चनीया रसना पुरारे रौद्रे तु दंता हरये नमस्ते । नमः सवित्रे इति शंकरस्य नासाभि पूज्या च पुनर्वसौ च
Ô Purāri, destructeur des cités, en Mṛga la langue doit être vénérée ; en Raudra, les dents : hommage à Hari. Avec le mantra « namaḥ savitre », le nez de Śaṅkara doit aussi être vénéré, de même en Punarvasu.
Verse 14
ललाटमंभोरुहवल्लभाय पुष्येलकान्वेदशरीरधारिणे । सार्पे च मौलिविबुधप्रियाय मघासु कर्णाविति पूजनीयौ
En Puṣya, qu’on vénère le front, cher au Seigneur du lotus (Lakṣmī/Viṣṇu), et les hanches, qui portent les Veda comme un corps. En Sārpa, qu’on vénère la tête, aimée des dieux; et en Maghā, les oreilles : tels sont ceux qu’il convient d’honorer.
Verse 15
पूर्वासु गोब्राह्मणनंदनाय नेत्राणि संपूज्यतमानि शंभोः । अथोत्तराफाल्गुनि भे भ्रुवौ च विश्वेश्वरायेति च पूजनीये
En Pūrvāṣāḍhā, qu’on adore les yeux, les plus ravissants, de Śambhu, en l’invoquant : «Joie des vaches et des brāhmaṇa». Puis, en Uttarāphālgunī, qu’on vénère ses sourcils, en l’honorant comme «Viśveśvara, Seigneur de l’Univers».
Verse 16
नमोस्तु पाशांकुशपद्मशूल कपालसर्पेन्दुधनुर्धराय । गयासुरानङ्गपुरांधकादि विनाशमूलाय नमः शिवाय
Hommage à Śiva, porteur du lacet, de l’aiguillon, du lotus, du trident, du crâne, du serpent, de la lune et de l’arc; racine même de la destruction de Gayāsura, d’Andhaka et de la cité d’Anaṅga. Hommage à Śiva.
Verse 17
इत्यादिकांगानि च पूजयित्वा विश्वेश्वरायेति शिरोभिपूज्यम् । अत्रापि भोक्तव्यमतैलमन्नममांसमक्षारमभुक्तशेषम्
Après avoir ainsi adoré les divers membres du rite, qu’on s’incline la tête en signe de révérence en disant : «(Hommage) à Viśveśvara». Ici encore, qu’on prenne une nourriture sans huile, sans viande, sans additifs alcalins ou salés, et seulement ce qui demeure après l’offrande.
Verse 18
इत्येवं नृप नक्तानि कृत्वा दद्यात्पुनर्वसौ । शालेयतंडुलप्रस्थमौदुंबरमथो घृतम्
Ainsi, ô roi, après avoir observé de la sorte les règles du jeûne nocturne, au jour de Punarvasu qu’on donne en aumône une mesure (prastha) de fin riz śāli, avec une offrande d’udumbara (figuier) et du ghee.
Verse 19
संस्थाप्य पात्रे विप्राय सहिरण्यं निवेदयेत् । सप्तमे वस्त्रयुग्मं तु पारणे त्वधिकं भवेत्
Après l’avoir déposé dans un récipient, qu’on l’offre à un brāhmane digne, accompagné d’or. Le septième jour, qu’on donne une paire de vêtements ; et lors de la clôture du vœu (pāraṇa), que le don soit plus abondant encore.
Verse 20
चतुर्दशे तु संप्राप्ते पारणे भारतादिके । ब्राह्मणं भोजयेद्भक्त्या गुडक्षीरघृतादिभिः
Lorsque survient le quatorzième jour—au moment de clore l’observance (pāraṇa), en commençant par le rite Bhārata—qu’on nourrisse avec dévotion un brāhmane de jaggery, de lait, de ghee et d’autres mets semblables.
Verse 21
कृत्वा च कांचनं पद्ममष्टपत्रं सकर्णिकम् । शुद्धमष्टांगुलं तच्च पद्मरागदलान्वितम्
Et ayant façonné un lotus d’or, à huit pétales et muni de son cœur central, pur et mesurant huit aṅgulas, ce lotus fut orné de pétales de padmarāga (rubis).
Verse 22
शय्यां सुलक्षणां कृत्वा विरुद्धग्रंथिवर्जिताम् । सोपधानवितानां च स्वास्तरावरणाश्रयाम्
Ayant préparé une couche bien faite—exempte de nœuds et de bosses contraires—munie d’oreillers et d’un dais, et recouverte de ses propres draps et couvertures.
Verse 23
पादुकोपानहच्छत्र चामरासनदर्पणैः । भूपणैरपिसंयुक्तां फलवस्त्रानुलेपनैः
Avec des sandales et des chaussures, des ombrelles, des chasse-mouches (chāmara), des sièges et des miroirs ; accompagnés aussi d’ornements royaux, ainsi que de fruits, de vêtements et d’onguents.
Verse 24
तस्यां विधाय तत्पद्ममलंकृत्य गुणान्विताम् । कपिलां वस्त्रसंयुक्तामतिशीलां पयस्विनीम्
Ayant placé là ce lotus et l’ayant paré, (il prépara) une vache fauve, riche de vertus : vêtue, d’une conduite très douce, et abondante en lait.
Verse 25
रौप्यखुरां हेमशृंगीं सवत्सां कांस्यदोहनाम् । दद्यान्मंत्रेण तां धेनुं पूर्वाह्णं नातिलंघयेत्
Qu’on donne, avec le mantra prescrit, une vache aux sabots d’argent et aux cornes d’or, accompagnée de son veau et munie d’un récipient de traite en bronze ; et que l’on ne laisse pas s’écouler la matinée avant d’accomplir ce don.
Verse 26
यथैवादित्य शयनमशून्यं तव सर्वदा । कांत्या धृत्या श्रिया पुष्ट्या तथा मे संतु वृद्धयः
Ô Soleil (Āditya), de même que ton lieu de repos n’est jamais vide en aucun temps, ainsi que mes prospérités ne manquent jamais : avec éclat, constance, fortune et nourriture.
Verse 27
यथा न देवाः श्रेयांसं त्वदन्यमनघं विदुः । तथा मामुद्धराशेष दुःखसंसारसागरात्
De même que les dieux ne connaissent nul autre plus bienfaisant que toi, ô sans tache, ainsi délivre-moi entièrement de l’océan du samsara, empli de souffrance.
Verse 28
ततः प्रदक्षिणीकृत्य प्रणम्य च विसर्जयेत् । शय्यां गवादि तत्सर्वं द्विजस्य भवनं नयेत्
Ensuite, après avoir fait la circumambulation (pradakṣiṇā) et s’être prosterné, qu’il prenne congé. Puis qu’il prenne le lit, la vache et tout le reste, et les porte à la demeure du deux-fois-né (brāhmane).
Verse 29
नैतद्विशीलाय न दांभिकाय प्रकाशनीयं व्रतमिंदुमौलेः । गोविप्रदेवर्षिविकर्मयोगिनां यश्चापि निंदामधिकां विधत्ते
Ce vœu du Seigneur au croissant de lune (Śiva) ne doit pas être divulgué à l’homme de mauvaise conduite ni à l’hypocrite, ni à celui qui accable de blâme les vaches, les brāhmaṇa, les dieux, les ṛṣi et les yogin voués à l’action juste.
Verse 30
भक्ताय दांताय च गुह्यमेतदाख्येयमानंदकरं शिवञ्च । इदं महापातकिनां नराणां अघक्षयं वेदविदो वदंति
Cet enseignement secret doit être transmis au dévot et à celui qui se maîtrise ; lorsqu’il est enseigné, il apporte joie et bon augure. Les connaisseurs du Veda déclarent qu’il détruit les fautes même des hommes coupables des plus grands forfaits.
Verse 31
न बंधुपुत्रैर्न धनैर्वियुक्तः पत्नीभिरानंदकरः सुराणां । नाभ्येति रोगं न च दुःखमोहं या चापि नारी कुरुतेथ भक्त्या
L’homme n’est pas privé de parents, de fils ni de richesses, et il devient une source de joie pour ses épouses, tel un être béni parmi les dieux. Il ne tombe ni dans la maladie, ni dans la peine ou l’égarement, lorsqu’une femme se conduit avec dévotion.
Verse 32
इदं वसिष्ठेन पुरार्जुनेन कृतं कुबेरेण पुरंदरेण । यत्कीर्तनादप्यखिलानि नाशमायांति पापानि न संशयोत्र
Ceci fut composé par Vasiṣṭha, par Purārjuna, par Kubera et par Purandara ; par sa seule récitation, tous les péchés vont à la destruction — il n’y a là aucun doute.
Verse 33
इति पठति शृणोति वा य इत्थं रविशयनं पुरुहूतवल्लभः स्यात् । अपि नरकगतान्पितॄनशेषानपि दिवमानयतीह यः करोति
Quiconque le récite ainsi ou l’écoute devient cher à Indra ; et celui qui accomplit ici le rite du « Ravi-śayana » conduit au ciel même tous ses ancêtres tombés en enfer, sans exception.
Verse 34
अश्वत्थं च वटं चैवोदुंबरं वृक्षमेव च । नंदीशं जंबुवृक्षं च बिल्वं प्राहुर्महर्षयः
Les grands sages ont proclamé sacrés ces arbres : l’aśvattha, le vaṭa, l’udumbara, l’arbre nandīśa, le jambu et le bilva.
Verse 35
मार्गशीर्षादिमासाभ्यां द्वाभ्यां द्वाभ्यामथ क्रमात् । एकैकं दंतधवनं वृक्षेष्वेतेषु कारयेत्
À partir de Mārgaśīrṣa, par paires de mois successives, selon l’ordre prescrit, qu’on emploie une seule brindille de ces arbres pour se nettoyer les dents.
Verse 36
दद्यात्समाप्ते दध्यन्नं वितानध्वजचामरम् । द्विजानामुदकुंभांश्च पंचरत्नसमन्वितान्
À l’achèvement du rite, qu’on donne en offrande du riz au caillé, avec un dais, une bannière et un chāmara ; et qu’on offre aussi aux dvija des jarres d’eau ornées des cinq joyaux précieux.
Verse 37
न वित्तशाठ्यं कुर्वीत कुर्वन्दोषानवाप्नुयात्
Qu’on ne commette point de tromperie au sujet des biens ; car en agissant ainsi, on s’attire des fautes (péchés).