
The Aśūnyaśayanā Vow (Unempty Bed) and the Aṅgāraka Caturthī Observance
Brahmā demande à Śiva une pratique dispensatrice de grâces, capable d’écarter chagrin, maladie, peur et souffrance. Śaṅkara enseigne le vœu d’Aśūnyaśayanā, à accomplir lors de la Śrāvaṇa kṛṣṇa-dvitīyā, moment où Keśava est dit demeurer avec Lakṣmī dans l’Océan de Lait. Le rite comporte une pūjā prescrite à Viṣṇu, des prières de protection du foyer—pérennité de l’union conjugale, sauvegarde des feux sacrés et des divinités domestiques—ainsi que musique, ou à défaut le tintement d’une cloche. Il requiert une discipline alimentaire et une grande dāna : offrir un lit richement préparé à un couple brāhmane vaiṣṇava, maître de maison, digne. Le chapitre insère ensuite un récit : Bhārgava (Śukra) instruit Virocana sur l’observance d’Aṅgāraka Caturthī, le quatrième jour lunaire tombant un mardi, liée à Bhauma/Mars. Les objets rituels sont détaillés, et l’on promet beauté, santé, prospérité et des honneurs célestes de longue durée.
Verse 1
ब्रह्मोवाच । भगवन्पुरुषस्येह स्त्रियाश्च वरदायकम् । शोकव्याधिभयं दुःखं न भवेद्येन तद्वद
Brahmā dit : Ô Seigneur Bienheureux, dis-moi ici le moyen qui accorde des grâces aux hommes et aux femmes, par lequel ne naissent ni chagrin, ni maladie, ni peur, ni souffrance.
Verse 2
शंकर उवाच । श्रावणस्य द्वितीयायां कृष्णायां मधुसूदनः । क्षीरार्णवे सपत्नीकः सदा वसति केशवः
Śaṅkara dit : Au deuxième jour lunaire de la quinzaine sombre du mois de Śrāvaṇa, Madhusūdana—Keśava—demeure à jamais dans l’Océan de Lait, avec son épouse divine.
Verse 3
तस्यां संपूज्य गोविंदं सर्वान्कामानवाप्नुयात् । गोभूहिरण्यदानादि सप्तकल्पशतानुगम्
Là, en vénérant dûment Govinda, on obtient tous les buts désirés; et le mérite des dons tels que vaches, terres et or suit le dévot durant sept cents kalpas.
Verse 4
आवाहनादिकां पूजां पूर्ववत्परिकल्पयेत् । अशून्यशयना नाम द्वितीयासौ प्रकीर्तिता
Qu’on prépare le culte, en commençant par l’invocation (āvāhana), comme il fut prescrit auparavant. Cette observance est proclamée comme la seconde, nommée Aśūnyaśayanā, « le vœu de ne pas laisser le lit vide ».
Verse 5
तस्यां संपूजयेद्विष्णुमेभिर्मंत्रैर्विधानतः । श्रीवत्सधारिन्श्रीकांत श्रीपते श्रीधराव्यय
Là, qu’on adore dûment Viṣṇu selon le rite prescrit, par ces mantras : « Ô porteur du signe de Śrīvatsa, ô bien-aimé de Śrī (Lakṣmī), ô Seigneur de Śrī, ô Śrīdhara, ô Impérissable ».
Verse 6
गार्हस्थ्यं मा प्रणाशं मे यातु धर्मार्थकामदं । अग्नयो मा प्रणश्यंतु देवताः पुरुषोत्तम
Que ma vie de maître de maison ne tombe pas en ruine, elle qui accorde dharma, artha et kāma. Que mes feux sacrés et mes divinités ne soient pas détruits, ô Puruṣottama.
Verse 7
पितरो मा प्रणश्यंतु मम दांपत्यभेदतः । लक्ष्म्या वियुज्यते देवो न कदाचिद्यथा हरिः
Que mes ancêtres ne périssent pas à cause d’une rupture de mon mariage ; de même que Hari (Viṣṇu) n’est jamais, en aucun temps, séparé de Lakṣmī, ainsi le Seigneur ne soit pas séparé (d’elle).
Verse 8
तथा कलत्रसंबंधो देव मा मे वियुज्यतां । लक्ष्म्या न शून्यं वरद यथा ते शयनं सदा
De même, ô Seigneur, que mon lien avec mon épouse ne soit jamais rompu. Ô dispensateur de grâces, que ma demeure ne soit pas privée de Lakṣmī, comme ton lit est toujours accompagné d’elle.
Verse 9
शय्या ममाप्यशून्यास्तु तथैव मधुसूदन । गीतवादित्रनिर्घोषान्देवदेवस्य कारयेत्
« Ô Madhusūdana, que mon lit non plus ne demeure pas vide ; et de même, qu’on fasse retentir pour le Dieu des dieux les sons résonnants du chant et des instruments ».
Verse 10
घंटा भवेदशक्तस्य सर्ववाद्यमयो यतः । एवं संपूज्य गोविंदमश्नीयात्तैलवर्जितम्
Pour celui qui ne peut offrir de nombreux instruments de musique, une simple cloche suffit, car elle porte en elle l’effet de tous. Ainsi, après avoir dûment adoré Govinda, qu’il prenne une nourriture sans huile.
Verse 11
नक्तमक्षारलवणं यावत्तु स्याच्चतुष्टयं । ततः प्रभाते संजाते लक्ष्मीपतिसमन्विताम्
La nuit, qu’on prenne un mélange d’alcali et de sel, jusqu’à quatre mesures. Puis, lorsque l’aurore se lève, qu’on accomplisse le rite en compagnie du Seigneur de Lakṣmī (Viṣṇu).
Verse 12
दीपान्नभाजनैर्युक्तां शय्यां दद्याद्विलक्षणाम् । पादुकोपानहच्छत्र चामरासन संयुताम्
Qu’on offre une couche éminente, pourvue de lampes et de récipients pour la nourriture, et munie de sandales, de chaussures, d’un parasol, d’un éventail chāmara et d’un siège.
Verse 13
अभीष्टोपस्करैर्युक्तां शुक्लपुष्पांबरावृताम् । अव्यंगाय च विप्राय वैष्णवाय कुटुंबिने
Pourvu des objets souhaités et recouvert de fleurs blanches et d’un tissu blanc, qu’on l’offre à un brāhmaṇa sans défaut, vaiṣṇava et maître de maison.
Verse 14
दातव्या वेदविदुषे न वंध्यापतये क्वचित् । तत्रोपवेश्य दांपत्यमलंकृत्य विधानतः
Qu’on le donne à un connaisseur des Veda; jamais, en aucune circonstance, au mari d’une femme stérile. Après y avoir fait asseoir le couple, qu’on l’orne et qu’on l’honore selon le rite prescrit.
Verse 15
पत्न्यास्तु भाजनं दद्याद्भक्ष्यभोज्यसमन्वितम् । ब्राह्मणस्यापि सौवर्णीमुपस्करसमन्विताम्
Qu’il donne à l’épouse un récipient rempli de mets à manger et à savourer ; et, à un brāhmaṇa aussi, un vase d’or accompagné des ustensiles requis.
Verse 16
प्रतिमां देवदेवस्य सोदकुंभां निवेदयेत् । एवं यस्तु पुमान्कुर्यादशून्यशयनं हरेः
Qu’on présente une image du Dieu des dieux, avec une jarre d’eau. Ainsi, l’homme qui accomplit ce rite ne laisse pas le lit de Hari vide, car il le sert et l’honore comme il se doit.
Verse 17
वित्तशाठ्येन रहितो नारायणपरायणः । न तस्य पत्न्या विरहः कदाचिदपि जायते
Exempt de tromperie en matière de biens et tout entier voué à Nārāyaṇa, il ne connaît jamais, en aucun temps, la séparation d’avec son épouse.
Verse 18
नारी वा विधवा ब्रह्मन्यावच्चंद्रार्कतारकं । न विरूपौ न शोकार्तौ दंपती भवतः क्वचित्
Ô Brahmane, qu’elle soit épouse ou veuve — tant que dureront la lune, le soleil et les étoiles — qu’il n’advienne jamais que le couple soit défiguré ni accablé de chagrin.
Verse 19
न पुत्रपशुरत्नानि क्षयं यांति पितामह । सप्तकल्पसहस्राणि सप्तकल्पशतानि च
Ô Aïeul (Pitāmaha), ni les fils, ni le bétail, ni les trésors ne vont à la ruine durant sept mille kalpas, et encore durant sept cents kalpas.
Verse 20
कुर्वन्नशून्यशयनं विष्णुलोके महीयते । ब्रह्मोवाच । कथमारोग्यमैश्वर्यं मतिर्धर्मस्थितिस्सदा
Celui qui veille à ce que la couche ne demeure pas vide—soutenant la vie du foyer et l’union juste—est honoré dans le monde de Viṣṇu. Brahmā dit : «Comment obtient-on la santé et la prospérité, comment acquiert-on le discernement, et comment demeure-t-on à jamais établi dans le dharma ?»
Verse 21
अव्यंगाथ परे भक्तिर्विष्णौ चापि भवेत्कथम् । ईश्वर उवाच । साधु ब्रह्मंस्त्वया पृष्टमिदानीं कथयामि ते
«Alors, comment la dévotion suprême à Viṣṇu pourrait-elle naître chez celui qui est entaché de défauts ?» Īśvara dit : «Ta question est bonne, ô Brahmane ; tu as demandé avec droiture. À présent, je te l’exposerai.»
Verse 22
विरोचनस्य संवादं भार्गवस्य च धीमतः । प्रह्लादस्य सुतं दृष्ट्वा द्विरष्टपरिवत्सरम्
Ayant vu le fils de Prahlāda—âgé de seize ans—il prit connaissance du dialogue entre Virocana et le sage Bhārgava (Śukra).
Verse 23
तस्य रूपमिदं ब्रह्मन्सोहसद्भृगुनंदनः । साधुसाधु महाबाहो विरोचन शिवं तव
«Voici, en vérité, sa forme, ô Brahmane», dit en souriant le fils de Bhṛgu. «Bien, bien, ô Virocana aux bras puissants : que l’auspice soit sur toi.»
Verse 24
तत्तथा हसितं तस्य पप्रच्छ सुरसूदनः । ब्रह्मन्किमर्थमेतत्ते हास्यं वै मामकं कृतम्
Le voyant rire ainsi, Surasūdana demanda : «Ô Brahmane, pour quelle raison as-tu ri de moi ?»
Verse 25
साधुसाध्विति मामेवमुक्तवांस्त्वं वदस्व मे । तमेवं वादिनं युक्तमुवाच वदतां वरः
« Excellent, excellent ! »—m’ayant ainsi parlé, dis-le-moi maintenant. À celui qui parlait d’une manière juste et convenable, le meilleur des orateurs répondit.
Verse 26
विस्मयाद्व्रतमाहात्म्याद्धास्यमेतत्कृतं मया । पुरा दक्षविनाशाय कुपितस्य त्रिशूलिनः
Par étonnement devant la grandeur de ce vœu, je fis jadis cela en plaisanterie—au temps où le Porteur du Trident, courroucé, entreprit la ruine de Dakṣa.
Verse 27
अपतद्भीमवक्त्रस्य स्वेदबिंदुर्ललाटजः । भित्वा स सप्तपातालानदहत्सप्तसागरान्
Une goutte de sueur, née du front de celui au visage terrible, tomba ; perçant les sept mondes souterrains, elle brûla les sept océans.
Verse 28
अनेकवक्त्रनयनोज्वलज्ज्वलन भीषणः । वीरभद्र इति ख्यातः करपादायुतैर्युतः
Terrifiant, flamboyant de feux éclatants, pourvu de nombreux visages et de nombreux yeux—il était célèbre sous le nom de Vīrabhadra, doté de milliers de mains et de pieds.
Verse 29
कृत्वा स यज्ञमथनं पुनर्भूतस्य संप्लवः । त्रिजगद्दहनाद्भूयः शिवेन विनिवारितः
Après qu’il eut broyé le sacrifice (yajña), le déluge se leva de nouveau ; et encore—alors que les trois mondes allaient être consumés—Śiva l’arrêta.
Verse 30
कृतं त्वया वीरभद्र दक्षयज्ञविनाशनं । इदानीमलमेतेन लोकदाहेन कर्मणा
Ô Vīrabhadra, tu as accompli la destruction du sacrifice de Dakṣa. À présent, que cesse cet acte qui embrase les mondes.
Verse 31
शांतिप्रदानात्सर्वेषां ग्रहणां प्रथमो भव । प्रहृष्टाभिजनाः पूजां करिष्यंति कृतात्मनः
En accordant la paix à tous, sois le premier parmi ceux qui reçoivent honneur et offrandes. Des gens de noble lignée, le cœur réjoui, t’adresseront le culte, l’âme vertueuse.
Verse 32
अंगारक इति ख्यातिं गमिष्यसि धरात्मज । देवलोके द्वितीयं च तव रूपं भविष्यति
Ô fils de la Terre, tu parviendras à la renommée sous le nom d’« Aṅgāraka » ; et dans le monde des dieux, une seconde forme de toi adviendra aussi.
Verse 33
ये च त्वां पूजयिष्यंति चतुर्थ्यां तु दिने नराः । रूपमारोग्यमैश्वर्यं तेष्वनंतं भविष्यति
Et les hommes qui t’adoreront au quatrième jour lunaire (Caturthī) : pour eux, beauté, santé et prospérité deviendront sans fin.
Verse 34
एवमुक्तस्ततः शांतिमगमत्कामरूपधृत् । स जातस्तत्क्षणाद्राजन्ग्रहत्वमगमत्पुनः
Ainsi interpellé, celui qui prenait les formes à son gré s’apaisa. Et, ô roi, à l’instant même, renaissant, il reprit de nouveau l’état de Graha.
Verse 35
स कदाचिद्भवांस्तस्य पूजार्घादिकमुत्तमं । दृष्टवान्क्रियमाणं च शूद्रेण त्वं व्यवस्थितः
Un jour, il t’arriva de voir cet excellent culte—avec l’offrande d’arghya et autres rites—accompli par un Śūdra, tandis que tu te tenais là, en témoin.
Verse 36
तेन त्वं रूपवान्जातो सुरः शत्रुकुलाशनिः । विविधा च रुचिर्जाता यस्मात्तव विदूरगा
Par cela, tu naquis beau, tel un être divin, foudre pour les clans ennemis. Et puisque ton éclat porte au loin, une splendeur aux mille nuances s’est levée en toi.
Verse 37
विरोचन इति प्राहुस्तस्मात् त्वां देवदानवाः । शूद्रेण क्रियमाणस्य व्रतस्य तव दर्शनात्
C’est pourquoi les dieux et les Dānavas te nomment « Virocana », car on t’a vu en lien avec un vœu accompli par un Śūdra.
Verse 38
ईदृशी रूपसंपत्तिरिति विस्मितवानहम् । साधुसाध्विति तेनोक्तमहो माहात्म्यमुत्तमं
«Quelle prodigieuse richesse de beauté !»—ainsi fus-je saisi d’étonnement. Alors il s’écria : «Très bien, très bien ! Ah, voici une grandeur sacrée souverainement sublime !»
Verse 39
पश्यतोपि भवेद्रूपमैश्वर्यं किमु कुर्वतः । यस्माच्च भक्त्या धरणीसुतस्य विनिंद्यमानेन गवादिदानम्
Rien qu’à le contempler, beauté et prospérité naissent—que dire de celui qui sert ? Car, par la dévotion au Fils de la Terre, même le don de vaches et autres offrandes, s’il est fait avec mépris, devient blâmable.
Verse 40
आलोकितं तेन सुरारिगर्भे संभूतिरेषा तव दैत्य जाता । अथ तद्वचनं श्रुत्वा भार्गवस्य महात्मनः
«Il t’a contemplé dans le sein de l’ennemi des devas ; de cette vision est née ta naissance en tant que Daitya.» Ayant entendu ces paroles du grand Bhārgava, …
Verse 41
प्रह्लादनंदनो वीरः पुनः पप्रच्छ भार्गवम् । विरोचन उवाच । भगवंस्तद्व्रतं सम्यक्श्रोतुमिच्छामि तत्वतः
Alors le vaillant fils de Prahlāda interrogea de nouveau Bhārgava. Virocana dit : «Ô Bienheureux, je souhaite entendre ce vœu correctement, dans sa véritable essence».
Verse 42
दीयमानं तु यद्दानं मया दृष्टं भवांतरे । माहात्म्यं च विधिं तस्य यथावद्वक्तुमर्हसि
«Mais le don que j’ai vu offrir dans une autre existence : daigne exposer comme il se doit sa grandeur et la juste manière de l’accomplir».
Verse 43
इति तद्वचनं श्रुत्वा विप्रः प्रोवाच सादरं । चतुर्थ्यंगारकदिने यदा भवति दानव
Ayant entendu ces paroles, le brāhmane répondit avec déférence : «Ô Dānava, lorsque le quatrième jour lunaire (Caturthī) tombe un mardi, le jour d’Aṅgāraka…».
Verse 44
मृदास्नानं तदा कुर्यात्पद्मरागविभूषितः । अग्निर्मूर्द्धादिवो मंत्रं जपेत्स्नात उदङ्मुखः
«Alors, paré d’un rubis (padmarāga), qu’il accomplisse le bain rituel avec de la terre. Après le bain, tourné vers le nord, qu’il récite le mantra commençant par : “Agni est la tête…”».
Verse 45
शूद्रस्तूष्णीं स्मरन्भौममास्तां भोगविवर्जितः । अथास्तमित आदित्ये गोमयेनानुलेपयेत्
Qu’un Śūdra, demeurant en silence et se souvenant de Bhauma (Mars), s’asseye sans se livrer aux plaisirs ; puis, lorsque le soleil s’est couché, qu’il s’oigne (le sol ou le corps) de bouse de vache.
Verse 46
प्रांगणं पुष्पमालाभिरक्षताद्भिः समंततः । तदभ्यर्च्यालिखेत्पद्मं कुंकुमेनाष्टपत्रकम्
Qu’on orne la cour de tous côtés de guirlandes de fleurs et de grains de riz intacts ; puis, après avoir dûment adoré ce lieu, qu’on y dessine au kuṅkuma un lotus à huit pétales.
Verse 47
कुंकुमस्याप्यभावेन रक्तचंदनमिष्यते । चत्वारः करकाः कार्याः भक्ष्यभोज्यसमन्विताः
Si le kuṅkuma fait défaut, le santal rouge est tenu pour acceptable. Qu’on prépare quatre vases d’eau, pourvus de mets et d’offrandes comestibles.
Verse 48
तंडुलै रक्तशालेयैः पद्मरागैश्च संयुताः । चतुःकोणेषु तान्कृत्वा फलानि विविधानि च
Avec des grains de riz śāli rouge mêlés de rubis, qu’il les dispose aux quatre coins, et qu’il y place aussi des fruits variés.
Verse 49
गंधमाल्यादिकं सर्वं तथैव विनिवेशयेत् । सुवर्णशृंगां कपिलामथार्च्य रौप्यैः खुरैः कांस्यदोहां सवस्त्राम्
De même, qu’on dispose tout, tels les parfums et les guirlandes. Puis, après avoir dûment honoré une vache kapilā, fauve, aux cornes d’or, aux sabots gainés d’argent, avec un récipient de traite en bronze et parée d’un vêtement, qu’on l’offre.
Verse 50
धुरंधरं रक्तखुरं च सौम्यं धान्यानि सप्तांबरसंयुतानि । अंगुष्ठमात्रं पुरुषं तथैव सौवर्णमप्यायतबाहुदंडम्
Une robuste bête de somme aux sabots rouges, douce de nature ; des grains accompagnés de sept vêtements ; un homme de la taille d’un pouce ; et encore une effigie d’or aux longs bras déployés.
Verse 51
चतुर्भुजं हेममयं च ताम्रपात्रे गुडस्योपरि सर्पियुक्तम् । सामस्वरज्ञाय जितेंद्रियाय वाग्रूपशीलान्वयसंयुताय
Une effigie d’or à quatre bras—placée dans un vase de cuivre, posée sur du jaggery et mêlée de ghee—(doit être offerte) à celui qui connaît les mélodies des chants du Sāman, qui a dompté les sens, et qui est pourvu d’une parole noble, d’une allure digne, d’une bonne conduite et d’une lignée élevée.
Verse 52
दातव्यमेतत्सकलं द्विजाय कुटुम्बिने नैव तु दंभयुक्ते । भूमिपुत्र महाभाग स्वेदोद्भव पिनाकिनः
Tout cela doit être donné à un dvija (brāhmane) chef de maison—jamais à celui que souille l’hypocrisie. Ô noble fils de la Terre, ô grand et fortuné ; ô né de la sueur, ô porteur de l’arc Pināka (Śiva).
Verse 53
रूपार्थी त्वां प्रपन्नोहं गृहाणार्घ्यं नमोऽस्तु ते । मंत्रेणानेन दत्वार्घ्यं रक्तचंदनवारिणा
Désireux de beauté, je me réfugie en toi. Reçois cette offrande d’arghya ; salutations à toi. Ayant offert l’arghya par ce mantra, avec de l’eau parfumée au santal rouge, (qu’on adore ainsi).
Verse 54
ततोर्चयेद्विप्रवरं रक्तमाल्यांबरादिभिः । दद्यात्तेनैव मंत्रेण भौमं गोमिथुनान्वितम्
Ensuite, qu’on honore le plus éminent des brāhmanes par des guirlandes rouges, des vêtements et autres présents ; et, par ce même mantra, qu’on offre à Bhūmā (la Terre) avec une paire de vaches.
Verse 55
शय्यां च शक्तिमान्दद्यात्सर्वोपस्करसंयुताम् । यद्यदिष्टतमं लोके यच्चास्य दयितं गृहे
Et celui qui en a le pouvoir doit offrir une couche garnie de tous ses accessoires, ainsi que ce qui est le plus désiré en ce monde et ce qui lui est cher dans sa maison.
Verse 56
तत्तद्गुणवते देयं दत्तस्याक्षयमिच्छता । ततः प्रदक्षिणं कृत्वा विसृज्य द्विजसत्तमम्
Celui qui souhaite que le don porte un mérite impérissable doit l’offrir à un être pourvu des qualités requises. Ensuite, après avoir fait la circumambulation en signe de révérence, qu’il prenne congé avec respect du meilleur des deux-fois-nés.
Verse 57
नक्तं क्षीराशनं कुर्यादेवं चांगारकाष्टकम् । चतुरो वाथ वातस्य यत्पुण्यं तद्वदामि ते
La nuit, qu’il ne prenne pour nourriture que du lait : telle est l’observance dite Aṅgāraka-aṣṭaka. À présent, je te dirai son mérite, égal à celui de quatre observances de Vāta.
Verse 58
रूपसौभाग्यसंपन्नः पुमान्जन्मनि जन्मनि । विष्णौ वाथ शिवे भक्तः सप्तद्वीपाधिपो भवेत्
Pourvu de beauté et de bonne fortune, naissance après naissance, l’homme dévot à Viṣṇu ou à Śiva devient le souverain des sept continents (saptadvīpas).
Verse 59
सप्तकल्पसहस्राणि रुद्रलोके महीयते । तस्मात्वमपि दैत्येंद्र व्रतमेतत्समाचर
Pendant sept mille kalpas, il est honoré dans le monde de Rudra. C’est pourquoi, ô seigneur des Daityas, toi aussi entreprends et observe ce vœu.
Verse 60
इत्येवमुक्तो भुगुनंदनेन चकार सर्वं व्रतमेव दैत्यः । त्वं चापि राजन्कुरु सर्वमेतद्यतोक्षयं वेदविदो वदंति
Ainsi instruit par le fils de Bhṛgu, le Daitya accomplit entièrement le vœu. Toi aussi, ô Roi, fais tout cela, car les connaisseurs du Veda déclarent que ses fruits sont impérissables.
Verse 61
शृणोति यश्चैनमनन्यचेतास्तस्यापि सर्वं भगवान्विधत्ते
Et quiconque écoute ceci d’un esprit sans partage, pour cette personne aussi le Seigneur Bienheureux ordonne l’accomplissement de toute chose.