
Description of Cyavana’s Austerity and Enjoyment
Le PP.5.15 raconte le long service ascétique de Sukanyā auprès du sage Cyavana, vieux et aveugle, et l’érige en modèle de strī-dharma : fidélité, pureté et constance dans le devoir conjugal. Par sa patience et sa discipline intérieure, elle transforme l’épreuve en voie de yoga. Les Aśvinī-kumāras, médecins divins, arrivent et reçoivent les honneurs. Ils offrent une grâce, et Sukanyā demande la vue — et le bien-être — de son époux. Un thème sacrificiel se déploie : lorsque Cyavana accepte de leur attribuer une part dans le yajña, leur droit est confirmé, et ils répondent par une aide transformatrice, ouvrant sur l’imagerie du rajeunissement. Vient ensuite l’épisode des trois hommes d’égale beauté, destiné à éprouver la chasteté et la lucidité de Sukanyā. Enfin, Cyavana manifeste l’opulence accordée par le tapas : un vimāna exauçant les souhaits et une demeure somptueuse, semblable à un joyau, montrant que dharma et grâce peuvent mener à la fois à la jouissance (bhoga) et à l’assurance spirituelle, sans peur ni chagrin.
Verse 1
सुमतिरुवाच । अथर्षिः स्वाश्रमं गत्वा मानव्या सह भार्यया । मुदं प्राप हताशेष पातको योगयुक्तया
Sumati dit : Alors le rishi retourna à son propre āśrama avec son épouse Mānavī, et il atteignit la joie—tous ses péchés entièrement anéantis—par sa pratique constante du yoga.
Verse 2
सा मानवी तं वरमात्मनः पतिं । नेत्रेणहीनं जरसा गतौजसम् । सिषेव एनं हरिमेधसोत्तमं । निजेष्टदात्रीं कुलदेवतां यथा
Cette femme mortelle, Mānavī, le servit—l’époux qu’elle avait choisi—bien qu’il fût privé de la vue et que sa vigueur eût décliné sous le poids de l’âge ; elle servit ce plus excellent des pieux comme on sert la divinité tutélaire du lignage (kuladevatā), dispensatrice des vœux chéris.
Verse 3
शूश्रूषती स्वं पतिमिंगितज्ञा । महानुभावं तपसां निधिं प्रियम् । परां मुदं प्राप सती मनोहरा । शची यथा शक्रनिषेवणोद्यता
Servant avec attention son propre époux, pénétrant ses désirs inexprimés, la belle et vertueuse Satī obtint la joie suprême en son bien-aimé, l’âme magnanime, trésor des austérités, comme Śacī se réjouit de servir avec dévotion Śakra (Indra).
Verse 4
चरणौ सेवते तन्वी सर्वलक्षणलक्षिता । राजपुत्री सुंदरांगी फलमूलोदकाशना
Cette princesse svelte, marquée de tous les signes de bon augure et aux membres gracieux, servait (ses) pieds, ne se nourrissant que de fruits, de racines et d’eau.
Verse 5
नित्यं तद्वाक्यकरणे तत्परा पूजने रता । कालक्षेपं प्रकुरुते सर्वभूतहिते रता
Toujours appliquée à accomplir ses paroles, tout entière vouée et se réjouissant du culte, elle passe son temps absorbée dans le bien de tous les êtres.
Verse 6
विसृज्य कामं दंभं च द्वेषं लोभमघं मदम् । अप्रमत्तोद्यता नित्यं च्यवनं समतोषयत्
Rejetant le désir, l’hypocrisie, la haine, l’avidité, le péché et l’orgueil, et demeurant toujours vigilants et constants, ils réjouissaient sans cesse Cyavana.
Verse 7
एवं तस्य प्रकुर्वाणा सेवां वाक्कायकर्मभिः । सहस्राब्दं महाराज सा च कामं मनस्यधात्
Ainsi, lui rendant service par la parole, par le corps et par les actes durant mille ans, ô grand roi, elle conçut alors un désir dans son esprit.
Verse 8
कदाचिद्देवभिषजावागतावाश्रमे मुनेः । स्वागतेन सुसंभाव्य तयोः पूजां चकार सा
Un jour, deux médecins divins arrivèrent à l’āśrama du sage. Elle les accueillit avec les honneurs requis et accomplit un culte en leur faveur.
Verse 9
शर्यातिकन्याकृतपूजनार्घ । पाद्यादिना तोषितचित्तवृत्ती । तावूचतुः स्नेहवशेन सुंदरौ । वरं वृणुष्वेति मनोहरांगीम्
Le cœur et l’esprit comblés par la fille du roi Śaryāti, qui les avait honorés d’arghya et d’hospitalité, telle l’eau pour les pieds, ces deux beaux êtres, émus d’affection, dirent à la jeune fille aux membres gracieux : «Choisis une grâce».
Verse 10
तुष्टौ तौ वीक्ष्य भिषजौ देवानां वरयाचने । मतिं चकार नृपतेः पुत्री मतिमतां वरा
Voyant ces deux médecins satisfaits, à la demande des dieux d’accorder une grâce, la fille du roi, la plus sage des sages, prit sa résolution.
Verse 11
पत्यभिप्रायमालक्ष्य वाचमूचे नृपात्मजा । दत्तं मे चक्षुषी पत्युर्यदि तुष्टौ युवां सुरौ
Devant l’intention de son époux, la fille du roi déclara : «Si vous deux, ô dieux, êtes satisfaits, accordez-moi les yeux de mon mari».
Verse 12
इत्येतद्वचनं श्रुत्वा सुकन्या या मनोहरम् । सतीत्वं च विलोक्येदमूचतुर्भिषजां वरौ
Entendant ces paroles, la charmante Sukanyā, et voyant sa fidélité chaste, s’adressa ainsi aux deux médecins les plus éminents.
Verse 13
त्वत्पतिर्यदि देवानां भागं यज्ञे दधात्यसौ । आवयोरधुना कुर्वश्चक्षुषोः स्फुटदर्शनम्
Si ton époux offre vraiment aux devas la part qui leur revient dans le yajña, alors, dès maintenant, accorde à nous deux une vision nette par nos yeux.
Verse 14
च्यवनोऽप्योमिति प्राह भागदाने वरौजसोः । तदा हृष्टावश्विनौ तमूचतुस्तपतां वरम्
Même Cyavana prononça « Oṁ » lorsque se faisait le partage des parts du sacrifice pour le puissant. Alors, ravis, les jumeaux Aśvin lui dirent : « Choisis une grâce, ô le meilleur des ascètes ».
Verse 15
इति श्रीपद्मपुराणे पातालखंडे शेषवात्स्यायनसंवादे रामाश्वमेधे । च्यवनस्य तपोभोगवर्णनं नाम पंचदशोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Padma Purāṇa, au Pātālakhaṇḍa, dans le dialogue entre Śeṣa et Vātsyāyana, dans la section concernant l’Aśvamedha de Rāma, s’achève le quinzième chapitre, intitulé « Description de l’austérité et de la jouissance de Cyavana ».
Verse 16
ह्रदं प्रवेशितोऽश्विभ्यां स्वयं चामज्जतां ह्रदे । पुरुषास्त्रय उत्तस्थुरपीच्या वनिताप्रियाः
Guidés vers le lac par les Aśvin, ils s’immergèrent eux-mêmes dans ses eaux. Alors se levèrent trois hommes, d’une beauté extrême, chers aux femmes.
Verse 17
रुक्मस्रजः कुंडलिनस्तुल्यरूपाः सुवाससः । तान्निरीक्ष्य वरारोहा सुरूपान्सूर्यवर्चसः
Ils portaient des guirlandes d’or et des boucles d’oreilles, semblables de forme, vêtus de riches étoffes. Voyant ces beaux êtres, rayonnants de l’éclat du soleil, la dame aux hanches gracieuses les contempla.
Verse 18
अजानती पतिं साध्वी ह्यश्विनौ शरणं ययौ । दर्शयित्वा पतिं तस्यै पातिव्रत्येन तोषितौ
Ne reconnaissant pas son époux, la femme chaste et vertueuse chercha refuge auprès des Aśvins. Satisfaits de sa fidélité d’épouse (pativratya), ils lui révélèrent son mari.
Verse 19
ऋषिमामंत्र्य ययतुर्विमानेन त्रिविष्टपम् । यक्ष्यमाणे क्रतौ स्वीयभागकार्याशयायुतौ
Après avoir pris congé du ṛṣi, tous deux partirent dans un vimāna céleste vers Triviṣṭapa (le ciel), résolus à obtenir leurs parts légitimes dans le sacrifice sur le point d’être accompli.
Verse 20
कालेन भूयसा क्षामां कर्शितां व्रतचर्यया । प्रेमगद्गदया वाचा पीडितः कृपयाब्रवीत्
La voyant, au fil du temps, devenue émaciée, épuisée par l’observance des vœux, il—la voix tremblante d’amour et saisi de compassion—prit la parole.
Verse 21
तुष्टोऽहमद्य तव भामिनि मानदायाः । शुश्रूषया परमया हृदि चैकभक्त्या । यो देहिनामयमतीव सुहृत्स्वदेहो । नावेक्षितः समुचितः क्षपितुं मदर्थे
Ô toi l’ardente, ô dame honorée : aujourd’hui je suis comblé par ton service suprême et par ta dévotion au cœur d’un seul élan. Ce corps qui est le tien, si cher et véritable bienfaiteur des êtres incarnés, ne doit pas être négligé ; il n’est pas juste qu’il s’use pour moi.
Verse 22
ये मे स्वधर्मनिरतस्य तपः समाधि । विद्यात्मयोगविजिता भगवत्प्रसादाः । तानेव ते मदनुसेवनयाऽविरुद्धान् । दृष्टिं प्रपश्य वितराम्यभयानशोकान्
Les grâces divines que j’ai obtenues—par ma constance dans mon propre dharma, par l’austérité et le samādhi profond, et par la connaissance et le yoga du Soi, toutes conquises par la grâce du Seigneur—ces mêmes dons, accordés sans contredire ton service dévot envers moi, contemple-les de tes propres yeux. Je t’accorde une vision qui rend sans crainte et sans chagrin.
Verse 23
अन्ये पुनर्भगवतो भ्रुव उद्विजृंभ । विस्रंसितार्थरचनाः किमुरुक्रमस्य । सिद्धासि भुंक्ष्व विभवान्निजधर्मदोहान् । दिव्यान्नरैर्दुरधिगान्नृपविक्रियाभिः
D’autres, au contraire, ne sont qu’un frémissement du sourcil du Seigneur; leurs agencements de sens et de parole s’effondrent : que pourraient-ils accomplir pour Urukrama, Viṣṇu aux pas puissants ? Toi, tu as atteint la perfection ; jouis donc des prospérités, fruits de ton propre dharma : des dons divins, difficiles à obtenir pour les hommes par les caprices des rois.
Verse 24
एवं ब्रुवाणमबलाखिलयोगमाया । विद्याविचक्षणमवेक्ष्य गताधिरासीत् । संप्रश्रयप्रणयविह्वलया गिरेषद् । व्रीडाविलोकविलसद्धसिताननाह
Le voyant—si habile en science et parlant ainsi—la femme, incarnation de toute la māyā yogique, se recueillit au-dedans. Puis, la voix légèrement tremblante d’une affection respectueuse, elle parla, le visage éclairé d’un regard pudique et d’un doux sourire.
Verse 25
सुकन्योवाच । राद्धं बत द्विजवृषैतदमोघयोग । मायाधिपे त्वयि विभो तदवैमि भर्तः । यस्तेऽभ्यधायि समयः सकृदंगसंगो । भूयाद्गरीयसि गुणः प्रसवः सतीनाम्
Sukanyā dit : «Vraiment, ce don est accompli, ô taureau parmi les brahmanes : cette union infaillible ! Je le comprends à présent, mon seigneur : en toi, ô Maître de la māyā, ô Omniprésent, il en est ainsi. La condition posée pour toi—qu’il n’y ait qu’une seule union des corps—qu’elle devienne une vertu plus grande encore : donner une descendance aux épouses vertueuses.»
Verse 26
तत्रेति कृत्यमुपशिक्ष्य यथोपदेशं । येनैष कर्शिततमोति रिरंसयात्मा । सिध्येत ते कृतमनोभव धर्षिताया । दीनस्तदीशभवनं सदृशं विचक्ष्व
Après lui avoir enseigné ce qu’il fallait y faire, conformément à l’instruction, il dit : «Par cela, que cet être, tourmenté par une épaisse ténèbre, soit apaisé. Que ton dessein réussisse, ô toi dont le désir s’est éveillé, auprès de l’affligée. Et toi, bien que démuni, cherche une demeure du Seigneur qui soit convenable.»
Verse 27
सुमतिरुवाच । प्रियायाः प्रियमन्विच्छंश्च्यवनो योगमास्थितः । विमानं कामगं राजंस्तर्ह्येवाविरचीकरत्
Sumati dit : Cherchant ce qui plairait à sa bien-aimée, Cyavana entra en recueillement yogique ; et à l’instant même, ô roi, il fit apparaître un vimāna, un char aérien qui se meut selon le désir.
Verse 28
सर्वकामदुघं रम्यं सर्वरत्नसमन्वितम् । सर्वार्थोपचयोदर्कं मणिस्तंभैरुपस्कृतम्
Charmant, exauçant tous les vœux, pourvu de toutes les gemmes ; il faisait croître et abonder toute prospérité, et se parait de colonnes de joyaux.
Verse 29
दिव्योपस्तरणोपेतं सर्वकालसुखावहम् । पट्टिकाभिः पताकाभिर्विचित्राभिरलंकृतम्
Pourvu d’un divin revêtement, dispensant la douceur en tout temps, il était orné de bandes et d’étendards aux couleurs variées.
Verse 30
स्रग्भिर्विचित्रमालाभिर्मंजुसिंजत्षडंघ्रिभिः । दुकूलक्षौमकौशेयैर्नानावस्त्रैर्विराजितम्
Il resplendissait de guirlandes et de couronnes de fleurs variées ; des êtres à six pattes y bourdonnaient doucement, et il brillait de maints vêtements : fin dukūla, lin et soie.
Verse 31
उपर्युपरि विन्यस्तनिलयेषु पृथक्पृथक् । कॢप्तैः कशिपुभिः कांतं पर्यंकव्यजनादिभिः
Dans les demeures disposées étage sur étage, chacune à part, on avait préparé un séjour charmant avec des lits bien apprêtés : coussins, couchettes, éventails et autres.
Verse 32
तत्रतत्र विनिक्षिप्त नानाशिल्पोपशोभितम् । महामरकतस्थल्या जुष्टं विद्रुमवेदिभिः
Çà et là étaient déposés des objets, embellis par maints ouvrages d’art ; il avait un vaste sol pavé d’émeraudes et s’enrichissait d’autels de corail.
Verse 33
द्वाःसु विद्रुमदेहल्या भातं वज्रकपाटकम् । शिखरेष्विंद्रनीलेषु हेमकुंभैरधिश्रितम्
Au seuil, un vantail pareil au diamant resplendissait, enchâssé dans une maçonnerie de corail ; et sur les sommets de saphir bleu (Indranīla) il était surmonté de fleurons d’or, tels des urnes sacrées.
Verse 34
चक्षुष्मत्पद्मरागाग्र्यैर्वज्रभित्तिषु निर्मितैः । जुष्टं विचित्रवैतानैर्मुक्ताहारावलंबितैः
Il était paré de rubis d’élite, éclatants, enchâssés dans des parois semblables au diamant ; embelli de dais merveilleux, d’où pendaient des guirlandes de perles.
Verse 35
हंसपारावतव्रातैस्तत्र तत्र निकूजितम् । कृत्रिमान्मन्यमानैस्तानधिरुह्याधिरुह्य च
Çà et là retentissait le roucoulement de troupes de cygnes et de colombes ; et les gens, les croyant artificiels, ne cessaient d’y monter, encore et encore.
Verse 36
विहारस्थानविश्राम संवेश प्रांगणाजिरैः । यथोपजोषं रचितैर्विस्मापनमिवात्मनः
Avec des jardins de plaisir, des lieux de repos, des chambres de sommeil, des cours et de vastes esplanades—agencés selon le gré—le lieu semblait façonné pour réjouir et émerveiller l’âme elle-même.
Verse 37
एवं गृहं प्रपश्यंतीं नातिप्रीतेन चेतसा । सर्वभूताशयाभिज्ञः स्वयं प्रोवाच तां प्रति
Ainsi, tandis qu’elle regardait la demeure avec un cœur point trop réjoui, Celui qui connaît les intentions logées en tous les êtres lui adressa de lui-même la parole.
Verse 38
निमज्ज्यास्मिन्ह्रदे भीरु विमानमिदमारुह । सुभ्रूर्भर्तुः समादाय वचः कुवलयेक्षणा
«Après t’être immergée dans ce lac, ô timide, monte sur ce char céleste. La dame aux yeux de lotus, reprenant les paroles de son époux, s’adressa à la femme aux beaux sourcils.»
Verse 39
सरजो बिभ्रती वासो वेणीभूतांश्च मूर्द्धजान् । अंगं च मलपंकेन संछन्नं शबलस्तनम्
Elle portait des vêtements souillés de poussière, les cheveux rassemblés en tresses, et le corps enduit et couvert d’une boue impure; sa poitrine paraissait tachetée : elle se montrait sale et échevelée.
Verse 40
आविवेश सरस्तत्र मुदा शिवजलाशयम् । सांतःसरसि वेश्मस्थाः शतानि दशकन्यकाः
Joyeusement, il entra dans le lac de là, le réservoir sacré de Śiva. Dans ce lac intérieur de lotus se trouvaient des demeures, où vivaient des centaines de jeunes filles d’environ dix ans.
Verse 41
सर्वाः किशोरवयसो ददर्शोत्पलगंधयः । तां दृष्ट्वा शीघ्रमुत्थाय प्रोचुः प्रांजलयः स्त्रियः
Toutes les jeunes femmes, parfumées comme des lotus, la virent; et l’ayant vue, elles se levèrent promptement et, les mains jointes en signe de vénération, lui adressèrent la parole.
Verse 42
वयं कर्मकरीस्तुभ्यं शाधि नः करवाम किम् । स्नानेन ता महार्हेण स्नापयित्वा मनस्विनीम्
«Nous sommes tes servantes; commande-nous. Que devons-nous faire ? Après avoir baigné cette dame noble et résolue selon un rite de bain très précieux, avec des eaux parfumées…»
Verse 43
दुकूले निर्मले नूत्ने ददुरस्यै च मानद । भूषणानि परार्घ्यानि वरीयांसि द्युमंति च
Ô dispensateur d’honneur, ils lui offrirent deux vêtements neufs et sans tache, ainsi que des parures resplendissantes, les plus excellentes et d’un prix inestimable.
Verse 44
अन्नं सर्वगुणोपेतं पानं चैवामृतासवम् । अथादर्शे स्वमात्मानं स्रग्विणं विरजोंबरम्
Il reçut ensuite une nourriture pourvue de toutes les excellences, et une boisson semblable à une liqueur d’amṛta. Puis, dans un miroir, il vit son propre être, paré de guirlandes et vêtu d’habits sans tache.
Verse 45
ताभिः कृतस्वस्त्ययनं कन्याभिर्बहुमानितम् । हारेण च महार्हेण रुचकेन च भूषितम्
Grandement honoré par ces jeunes filles, après qu’elles eurent accompli pour lui les rites de bon augure, il fut paré d’un collier très précieux et d’un ornement éclatant.
Verse 46
निष्कग्रीवं वलयिनं क्वणत्कांचननूपुरम् । श्रोण्योरध्यस्तया कांच्या कांचन्या बहुरत्नया
Avec un ornement d’or au cou, parée de bracelets et de grelots d’or tintinnabulants aux chevilles, ses hanches étaient ceintes d’une ceinture d’or sertie de nombreuses gemmes.
Verse 47
सुभ्रुवा सुदता शुक्लस्निग्धापांगेन चक्षुषा । पद्मकोशस्पृधा नीलैरलकैश्च लसन्मुखम्
Elle avait de beaux sourcils et des dents ravissantes ; ses yeux, aux coins blancs et luisants, lançaient de doux regards. Son visage rayonnant était encadré de boucles bleu sombre, rivalisant avec la beauté d’un bouton de lotus.
Verse 48
यदा सस्मार दयितमृषीणां वल्लभं पतिम् । तत्र चास्ते सहस्त्रीभिर्यत्रास्ते स मुनीश्वरः
Lorsqu’elle se souvint de l’époux bien-aimé—cher aux ṛṣi et seigneur vénéré—elle se trouva là, au lieu même où demeurait ce maître des sages, entouré de mille femmes.
Verse 49
भर्तुः पुरस्तादात्मानं स्त्रीसहस्रवृतं तदा । निशाम्य तद्योगगतिं संशयं प्रत्यपद्यत
Alors, voyant son époux devant elle—son être entouré de mille femmes—et observant cet état yogique hors du commun, elle fut saisie de doute.
Verse 50
सतां कृत मलस्नानां विभ्राजंतीमपूर्ववत् । आत्मनो बिभ्रतीं रूपं संवीतरुचिरस्तनीम्
Elle resplendit comme jamais, après avoir été baignée de l’ablution purificatrice préparée par les vertueux; et elle portait sa propre beauté, les seins gracieux pudiquement voilés.
Verse 51
विद्याधरी सहस्रेण सेव्यमानां सुवाससम् । जातभावो विमानं तदारोहयदमित्रहन्
Servie par mille jeunes Vidyādharī et vêtue d’habits splendides, le pourfendeur des ennemis—sa résolution désormais éveillée—la fit monter dans ce vimāna céleste.
Verse 52
तस्मिन्नलुप्तमहिमा प्रिययानुषक्तो । विद्याधरीभिरुपचीर्णवपुर्विमाने । बभ्राज उत्कचकुमुद्गणवानपीच्य । स्ताराभिरावृत इवोडुपतिर्नभःस्थः
Là, sa gloire intacte et attaché à sa bien-aimée, il resplendit dans le vimāna aérien, son corps paré par les Vidyādharī, tel le seigneur des astres—la lune au ciel—entouré d’une multitude de kumuda blancs épanouis et des étoiles.
Verse 53
तेनाष्टलोकपविहारकुलाचलेंद्र । द्रोणीष्वनंगसखमारुतसौभगासु । सिद्धैर्नुतोद्युधुनिपातशिवस्वनासु । रेमे चिरं धनदवल्ललनावरूथी
Avec lui, la montagne souveraine—célèbre comme lieu de délices des huit mondes—se réjouit longtemps dans ses vallées, rendues suaves par des brises, compagnes de Kāma ; en des lieux retentissant des sons propices des ruisseaux en cascade, loués par les Siddha, au milieu du cortège resplendissant des bien-aimées de Kubera.
Verse 54
वैश्रंभके सुरवने नंदने पुष्पभद्रके । मानसे चैत्ररथ्ये च सरे मे रामया रतः
À Vaiśrambhaka, dans la forêt divine, à Nandana, à Puṣpabhadraka, à Mānasarovara, et aussi à Caitraratha : en tous ces lacs je me réjouis en la compagnie de ma Rāmā.