Adhyaya 12
Brahma KhandaAdhyaya 1264 Verses

Adhyaya 12

Protection of Brāhmaṇas

Śaunaka demande comment celui qui est délivré du péché parvient au séjour de Hari. Sūta répond que protéger un brāhmaṇa —même au prix de la richesse ou de la vie— mène au monde de Viṣṇu. L’enseignement est illustré par le roi Dīnanātha, puissant mais sans enfant, désireux d’un héritier compatissant. Sur le conseil du sage Gālava, un Naramedha est envisagé, et des messagers royaux partent chercher une offrande. À Daśapura, ils contraignent une famille de brāhmaṇas vaiṣṇavas : ils extorquent l’or et tentent d’enlever un fils, plongeant les parents dans le chagrin et la cécité. Le sage Viśvāmitra, mû par la compassion, intervient et redresse l’affaire vers la vérité et la protection : l’enfant est rendu et la vue des parents revient. Plus tard, le roi obtient lui-même un fils. Le chapitre loue la sauvegarde des brāhmaṇas et le mérite salvateur d’entendre ou de réciter ce récit.

Shlokas

Verse 1

शौनक उवाच । केन पुण्येन भो सूत चान्येन गतपातकः । नरो याति हरेः स्थानं तद्वदस्वानुकंपया

Śaunaka dit : «Ô Sūta, par quel mérite —et par quel autre moyen— un homme, délivré du péché, atteint-il la demeure de Hari ? Dis-le-moi, par compassion.»

Verse 2

सूत उवाच । ब्राह्मणस्य धनैः प्राणान्प्राणैर्वापि द्विजोत्तम । रक्षां करोति यो मर्त्यो विष्णुलोकं स गच्छति

Sūta dit : «Ô le meilleur des deux-fois-nés, le mortel qui protège un brāhmaṇa —par ses biens ou même au prix de sa propre vie— va au monde de Viṣṇu.»

Verse 3

पुरा राजा दीननाथो द्वापरे संज्ञके युगे । आसीदपुत्रो बलवान्वैष्णवः स तु याजकः

Autrefois, dans l’âge nommé Dvāpara, il y eut un roi appelé Dīnanātha. Puissant, mais sans fils, il était vaiṣṇava et servait aussi comme prêtre, accomplissant les yajñas.

Verse 4

एकदा गालवं राजा पप्रच्छ विनयान्वितः । केन पुण्येन जायेत पुत्रो वै करुणार्णव

Un jour, le roi, plein de déférence, interrogea Gālava : «Par quel mérite peut naître un fils, véritable océan de compassion ?»

Verse 5

वदस्व मुनिशार्दूल करिष्यामि तवाज्ञया । येषां नृणां नास्ति सुतो जीवनं हि निरर्थकम्

Parle, ô tigre parmi les sages ; j’agirai selon ton ordre. Car pour les hommes qui n’ont pas de fils, la vie est vraiment sans but.

Verse 6

गालव उवाच । राजन्शृणुष्वावहितो यत्पृष्टोऽस्मि तवाग्रतः । कथयामि समासेन पुत्रस्योद्भवकारणम्

Gālava dit : «Ô roi, écoute avec attention. Puisque tu m’as interrogé en ta présence, je te dirai brièvement la cause de la naissance d’un fils.»

Verse 7

क्रतुं च नरमेधाख्यं कुरुष्व राजसत्तम । तदा ते संततिः स्याद्वै सर्वलक्षणसंयुता

Et accomplis le sacrifice nommé Naramedha, ô meilleur des rois ; alors, assurément, tu auras une descendance pourvue de tous les signes de bon augure.

Verse 8

राजोवाच । नरमेधं महायज्ञं यज्ञानां प्रवरं द्विज । कीदृशं नरमानीय करिष्यामि गुरो वद

Le Roi dit : «Ô deux-fois-né, le Naramedha est un grand yajña, le plus éminent des sacrifices. Quel homme dois-je amener comme offrande pour l’accomplir ? Dis-le-moi, ô maître.»

Verse 9

गालव उवाच । सुंदरांगः सुवदनः समस्तशास्त्रविद्भवेत् । सत्कुले यदि जातः स तदा यज्ञाय कल्पते

Gālava dit : «Si quelqu’un a une belle stature et un visage harmonieux, et devient savant en tous les śāstras, alors, s’il est né dans une lignée noble, il est apte au yajña.»

Verse 10

अंगहीनः कृष्णवर्णो मूर्खो योग्यो भवेन्नहि । इत्युक्ते गालवे विप्र स राजा मनुजेश्वरः

«S’il lui manque un membre, s’il est de teint sombre et s’il est sot, il n’est pas apte.» Ainsi parla Gālava ; alors, ô brāhmaṇa, ce roi, seigneur des hommes, (répondit).

Verse 11

प्रेषयामास दूतांश्च कथयित्वा मुनेर्वचः । द्रविणं बहु दत्वा च गालवप्रमुखान्द्विजान्

Il dépêcha des messagers, portant les paroles du muni ; et, après avoir donné d’abondantes richesses, il honora comme il se doit les deux-fois-nés, conduits par Gālava.

Verse 12

इति श्रीपाद्मे महापुराणे सूतशौनकसंवादे ब्रह्मखंडे ब्राह्मणपालनं । नाम द्वादशोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Padma Mahāpurāṇa, au sein du dialogue entre Sūta et Śaunaka, dans le Brahma-khaṇḍa, s’achève le douzième chapitre, intitulé «Brāhmaṇa-pālana» (La protection des brāhmaṇas).

Verse 13

ग्रामे ग्रामे द्विजश्रेष्ठ पत्तनेऽपि समाहिताः । कुत्रापि न प्राप्तवंतो गता जनपदं ततः

Ô le meilleur des deux-fois-nés, ils cherchèrent avec recueillement de village en village, et jusque dans les cités ; mais ne le trouvant nulle part, ils quittèrent ensuite cette contrée.

Verse 14

नाम्ना दशपुरं विप्र प्रकीर्णं गुणिभिर्द्विजैः । यत्र नारीः सुकेशीश्च मृगशावक चक्षुषः

Ô brāhmane, il est un lieu nommé Daśapura, rempli de deux-fois-nés vertueux ; là, les femmes ont une belle chevelure et des yeux semblables à ceux des faons.

Verse 15

दृष्ट्वा मुह्यंति पुरुषाश्चंद्रमुख्यश्च ता यतः । तस्मिन्पुरे मनोरम्ये कृष्णदेव इति द्विजः

En les voyant, les hommes—même les plus beaux au visage de lune—étaient saisis de trouble. Dans cette cité charmante vivait un deux-fois-né nommé Kṛṣṇadeva.

Verse 16

आसीत्पुत्रैस्त्रिभिः सार्द्धं भार्यया च सुशीलया । वैष्णवः प्रियवादी च विष्णुपूजारतः सदा

Il vivait avec ses trois fils et son épouse de conduite irréprochable ; il était vaiṣṇava, doux en paroles, et toujours adonné au culte de Viṣṇu.

Verse 17

साग्निकः पितृभक्तश्च वैष्णवानां प्रियंकरः । प्रार्थनां चक्रुरथ ते राज्ञो दूता द्विजोत्तमम्

Alors ces messagers du roi—fidèles au feu sacré, dévoués aux ancêtres et chers aux vaiṣṇavas—adressèrent une requête au meilleur des brāhmanes.

Verse 18

पुत्रं देहीति देहीति वद ब्राह्मणसत्तम । नास्ति राज्ञो द्विजश्रेष्ठ पुत्रः संतापनाशनः

«Dis : “Accorde-moi un fils—accorde-moi un fils”, ô le plus éminent des brāhmaṇas. Car le roi, ô le premier des deux-fois-nés, n’a point de fils capable d’effacer sa douleur.»

Verse 19

तदर्थं नरमेधाख्ये यज्ञेभव स दीक्षितः । नेष्यामस्तव पुत्रं वै बलिं दातुं महाक्रतौ

«À cette fin, reçois la dīkṣā pour le sacrifice nommé Naramedha ; et, en vérité, nous mènerons ton fils afin de l’offrir comme bali dans le grand rite.»

Verse 20

सुवर्णानां चतुर्लक्षं ब्रह्मन्नय समाहितः । सुखेन यदि दातव्यो नो पुत्रः पुत्रलालसात्

«Ô brāhmaṇa, l’esprit recueilli et attentif, apporte quatre lakhs d’or. Qu’il soit donné volontiers et sans peine, non par convoitise d’un fils.»

Verse 21

तदा बलेन नेष्यामो राजाज्ञाकारिणो वयम् । दूतानां वचनं श्रुत्वा ब्राह्मणौ शोकविह्वलौ

«Alors nous t’emmènerons de force ; nous sommes les exécutants de l’ordre du roi.» Entendant les paroles des messagers, les deux brāhmaṇas furent accablés de chagrin.

Verse 22

अभूतां विगतप्राणाविव संशयमानसौ । किं धनेन सुवर्णेन जीवनेनापि सद्मना । प्रोवाचेदं वचः सोऽपि ब्राह्मणो राजपूरुषान्

Leur esprit fut saisi de doute, comme si l’irréel s’était produit, presque comme si la vie les avait quittés. Alors ce brāhmaṇa dit aussi aux hommes du roi : «À quoi servent la richesse et l’or, ou même la vie, ou une demeure ?»

Verse 23

ब्राह्मण उवाच । यदि दूताः समानेतुं पुत्रं शोकतमोपहम् । आगता निश्चितं यूयं शृणुध्वं वचनं मम

Le brāhmane dit : « Si vraiment vous êtes venus comme messagers pour ramener mon fils—celui qui dissipe ma plus profonde douleur—alors, certes, vous êtes arrivés avec cette résolution. Écoutez donc mes paroles. »

Verse 24

स्थित्वा पृथिव्यां को भ्रष्टां राजाज्ञां कर्तुमिच्छति । पुत्रं हित्वा किंतु यूयं वृद्धं मां नयत द्विजम्

Qui, demeurant sur cette terre, voudrait exécuter un ordre royal égaré hors de la justice ? Et pourtant vous—laissant mon fils—m’emmenez au loin, moi, vieux brāhmane, ô messagers.

Verse 25

इति तस्य वचः श्रुत्वा दूताः क्रोधसमन्विताः । बलात्कारेण तद्गेहे सुवर्णानि च तत्यजुः

Ayant entendu ses paroles, les messagers—emplis de colère—jetèrent de force l’or dans cette demeure.

Verse 26

यदा नेतुं मनश्चक्रुस्तत्पुत्रं किल ते क्रुधा । बद्धांजलिपुटोभूत्वा रुदन्प्रोवोच स द्विजः

Lorsqu’ils décidèrent, dans leur colère, d’emporter ce fils, le brāhmane, les mains jointes en supplication et les larmes aux yeux, prit la parole.

Verse 27

पुत्राणां ज्येष्ठपुत्रं मे हित्वान्यं पुत्रमुत्तमम् । नयतेति वचो वक्तुं वक्त्रेनायाति हे जनाः

«Laissant mon fils aîné, il emmène un autre—un fils excellent.» Ô gens, de telles paroles viennent à ma bouche pour être prononcées.

Verse 28

द्विजस्य वचनं श्रुत्वा ब्राह्मणीं रुदतीं सतीम् । प्रोचुर्दूताः कनीयांसं पुत्रं देहीति सत्तम

Ayant entendu les paroles du deux-fois-né et voyant la brāhmaṇī vertueuse en pleurs, les messagers dirent : « Ô meilleur des hommes, donne-nous ton fils cadet. »

Verse 29

तेषामिति वचः श्रुत्वा ब्राह्मणी भूमितस्तदा । पपात वात्यया सार्द्धं रंभेव भृशदुःखिनी

Entendant ces paroles, la femme brāhmaṇa tomba aussitôt à terre, telle Rambhā, accablée d’une douleur extrême, comme emportée par un tourbillon violent.

Verse 30

मुद्गरं सा समादाय मौलौ चाताडयद्बलात् । कनिष्ठं मत्सुतं दूता नापि दास्यामि सर्वथा

S’emparant d’un maillet, elle frappa violemment sur la tête et dit : « Ô messager, jamais, en aucune manière, je ne te donnerai mon plus jeune fils. »

Verse 31

एतस्मिन्समये विप्र विप्रस्य मध्यमः सुतः । प्रोवाच विनयाविष्टः प्रणम्य पितरौ रुदन्

En ce moment-là, ô brāhmaṇa, le fils du milieu du brāhmaṇa, pénétré d’humilité, se prosterna devant ses parents et, en pleurant, prit la parole.

Verse 32

माता यदि विषं दद्यात्पित्रा विक्रीयते सुतः । राजा हरति सर्वस्वं कस्तत्र पालको भवेत्

Si une mère donnait du poison, si un père vendait son fils, et si un roi s’emparait de tous les biens, qui donc, en une telle situation, pourrait être un véritable protecteur ?

Verse 33

इत्युक्त्वा तत्सुतो मूर्ध्ना प्रणम्य पितरौ सह । दूतैर्जगाम त्वरितै राज्ञोऽस्य दीक्षितस्य च

Ayant ainsi parlé, leur fils se prosterna, la tête inclinée, devant ses deux parents; puis il partit en hâte avec les messagers rapides, vers ce roi et vers celui qui avait reçu la consécration (dīkṣita).

Verse 34

अथ तौ ब्राह्मणौ पुत्रविच्छेदक्लिष्टमानसौ । रुदित्वा च रुदित्वा च अंधभावं प्रजग्मतुः

Alors ces deux brāhmaṇas, l’esprit tourmenté par la séparation d’avec leur fils, pleurèrent encore et encore; puis ils tombèrent dans un état de cécité.

Verse 35

अथ ते पथ्यगच्छंत विश्वामित्रमुनेः किल । आश्रमं शिष्ययुक्तं च सेवितं मृगशावकैः

Puis ils poursuivirent leur route et, dit-on, atteignirent l’āśrama du sage Viśvāmitra, entouré de ses disciples et fréquenté par de jeunes faons.

Verse 36

स मुनी राजपुरुषान्दृष्ट्वा पप्रच्छ सादरम् । के यूयं हो कुत्र गता यथाका वृत्तिरुच्यताम्

Voyant les hommes du roi, le muni demanda avec respect : «Qui êtes-vous ? Où êtes-vous allés ? Dites-moi exactement ce qui s’est passé».

Verse 37

राजदूता ऊचुः । शृणुष्वावहितो विप्र राज्ञः पुत्रो न जायते । तदर्थं नरमेधाख्ये यज्ञे राजा सुदीक्षितः

Les messagers du roi dirent : «Écoute attentivement, ô vipra : le roi n’a pas reçu de fils. C’est pourquoi, à cette fin, le roi a été dûment initié (dīkṣita) à un sacrifice nommé Naramedha».

Verse 38

नयामस्तत्र बल्यर्थमिमं ब्राह्मणपुत्रकम् । इति तेषां वचः श्रुत्वा स विप्रः सदयोऽभवत्

«Nous emmenons là-bas ce fils de brāhmane comme offrande.» Entendant ces paroles, le brāhmane fut saisi de compassion.

Verse 39

प्राणा ममापि गच्छंतु सुखी भवतु बालकः । बालकार्थे द्विजार्थे च स्वाम्यर्थे ये जना इह

«Que mon propre souffle vital s’en aille même; que l’enfant soit heureux. Ceux qui agissent ici pour l’enfant, pour un brāhmane et pour leur maître sont dignes d’honneur.»

Verse 40

त्यजन्ति तृणवत्प्राणांस्तेषां लोकाः सनातनाः । विमृश्येति मुनिः स्वांते स प्रोवाच द्विजर्षभः

«Ils renoncent à la vie comme à un brin de paille; pour eux existent des mondes éternels.» Après l’avoir médité en son cœur, le sage parla—ô meilleur des deux-fois-nés.

Verse 41

यज्ञे बलिं समादातुमिमं ब्राह्मणबालकम् । हित्वा मां नयथाथाशु ह्ययं बालक उत्तमः

«Pour prendre l’offrande du yajña, emmenez ce jeune brāhmane. Laissez-moi et emportez-le sans tarder, car cet enfant est le meilleur.»

Verse 42

संसारे जन्मसंप्राप्य न लब्धं सुखमत्र च । अनेन बालकेनापि मरिष्यति कथं त्वयम्

«Ayant obtenu la naissance dans ce saṃsāra, on n’y trouve point de bonheur. Même ce tout petit enfant mourra; comment donc échapperas-tu (à la mort) ?»

Verse 43

आगतेऽस्मिन्गृहाद्दूताः पितरावस्य दुःखितौ । हतभाग्यौ गतो नूनं यमस्येव गृहं प्रति

Lorsque les messagers arrivèrent en cette demeure, ses deux parents furent accablés de chagrin : « Hélas, que nous sommes infortunés ! Il est sûrement allé vers la demeure même de Yama, la Mort. »

Verse 44

एवं तस्य वचः श्रुत्वा दूताः प्रोचुरथ द्विजम् । भूपालस्य विनाज्ञां वै दीननाथस्य भूसुर

Ayant ainsi entendu ses paroles, les messagers s’adressèrent au brahmane : « Ô brāhmaṇa, ô “dieu de la terre”, cela ne peut se faire qu’avec l’autorisation du roi, Dīnanātha. »

Verse 45

नेतुं त्वां पलितं प्राज्ञ नेष्यामो हि कथं वयम् । एवमुक्त्वा च ते दूता जग्मू राज्ञः पुरीं तदा

« Comment pourrions-nous t’emmener, toi qui es âgé et sage ? » Ayant ainsi parlé, ces messagers se rendirent alors à la cité du roi.

Verse 46

स मुनिर्दूतसंघैश्च गतवान्यज्ञमंदिरम् । राजानं कथयामासुर्दूता विप्रस्य चेष्टितम्

Ce sage muni, accompagné d’une troupe de messagers, se rendit au hall du sacrifice ; et les messagers rapportèrent au roi la conduite du brahmane.

Verse 47

तच्छ्रुत्वाशंकितमनाः प्रोवाचेदं वचः स तम् । मुने यद्यपि मे यज्ञे कृते पुत्रो भविष्यति

L’ayant entendu, l’esprit saisi d’inquiétude, il dit ces paroles au muni : « Ô muni, bien qu’il soit dit que lorsque j’accomplirai le sacrifice, un fils me naîtra… »

Verse 48

बलिं विनापि भो ब्रह्मन्तदा विप्रसुतं नय

«Ô brahmane, même sans l’offrande (bali), emmène alors et éloigne le fils du vipra.»

Verse 49

मुनिरुवाच । यज्ञे त्वया कृते राजन्महापुत्रो भविष्यति । अत्र ते संशयो मा भूदमोघमपि दर्शनम्

Le sage dit : «Ô Roi, lorsque tu accompliras le yajña, un grand fils naîtra pour toi. N’aie aucun doute : cette vision n’est pas vaine.»

Verse 50

इति तस्य वचः श्रुत्वा राजात्यंतसहर्षकः । चक्रे पूर्णाहुतिं यज्ञे समस्तैर्मुनिभिः सह

Ayant entendu ces paroles, le roi, transporté de joie, accomplit l’oblation finale du yajña avec l’ensemble des sages.

Verse 51

अथातः स मुनिः श्रेष्ठो ब्राह्मणस्य सुतं च तम् । गृह्य दशपुरं नाम नगरं गतवांस्तदा

Alors ce sage éminent, prenant avec lui le fils du brāhmaṇa, se rendit en ce temps-là à la cité nommée Daśapura.

Verse 52

भवनं तस्य गत्वा च उक्तवान्वचनं मुनिः । गृहे त्वं तिष्ठसे विप्र तिष्ठामि मृतवन्मुने

Étant allé jusqu’à sa demeure, le sage prononça ces mots : «Ô vipra, demeure dans ta maison ; et moi, ô muni, je demeurerai comme mort.»

Verse 53

राजा बलेन मे पुत्रं नीतवान्किं करोम्यहम् । पुत्रे गते च भो विप्र दंपत्योरावयोः पुनः

«Le roi a emmené mon fils par la force—que puis-je faire ? Et maintenant que l’enfant est parti, ô brāhmaṇa, que deviendrons-nous, mari et femme ?»

Verse 54

गतानि चांधभावं वै क्रंदनैर्लोचनान्यपि । अथासौ मुनिशार्दूलः पुत्रं पश्य नयेति च

Et même ses yeux, à force de pleurer sans cesse, étaient vraiment tombés dans la cécité. Alors ce tigre parmi les sages dit : «Regarde—conduis-moi jusqu’à mon fils.»

Verse 55

उक्तवांस्तौ यदा विप्र ब्राह्मणौ जातहर्षकौ । पुत्रायाकारणं कृत्वा गतावेतौ बहिः क्षणात्

Ô brāhmaṇa, lorsqu’il eut parlé ainsi, ces deux brāhmaṇas, remplis de joie, prirent les dispositions pour l’enfant et, en un instant, sortirent au dehors.

Verse 56

मुनेर्वचनसिद्धित्वात्तत्क्षणं लोचनं तयोः । आलोकं तु गतं तूर्णं पुत्रस्य दर्शनादपि

Parce que la parole du sage s’accomplit, à cet instant même la vue revint aux yeux de tous deux ; et, en vérité, par la vision de leur fils, la lumière de leurs yeux revint promptement.

Verse 57

पुत्रस्य मुखपद्मं तौ लोचनैरलिसंनिभैः । पीत्वा मुनिं चिरंतं च नमस्कृत्य पुनः पुनः

Avec des yeux pareils à des abeilles sombres, ils burent du regard le visage-lotus de leur fils ; puis, s’étant prosternés encore et encore devant le sage à la longue vie, ils lui rendirent hommage sans cesse.

Verse 58

प्रोचतुर्वचनं विप्रा ब्राह्मणौ प्रियवादिनौ । अहो मुने जीवदानमावयोः सुकृतं किल

Alors les deux sages brāhmaṇa, au langage doux, prononcèrent ces paroles : « Ah, ô muni ! En vérité, le don de la vie (que nous avons reçu) est le fruit de nos mérites d’autrefois. »

Verse 59

तयोरेव वचः श्रुत्वा स मुनिः करुणार्णवः । दत्वाशिषं च तौ विप्र जगाम निजमाश्रमम्

Entendant les paroles de ces deux-là, le sage—océan de compassion—leur accorda sa bénédiction, ô brāhmaṇa, puis se rendit à son propre āśrama.

Verse 60

मुनिः करगतं चैव कृत्वा विष्णोः परं पदम् । तपस्तेपे महाभागो दैवतैरपि दुर्ल्लभम्

Ce sage bienheureux, comme s’il tenait dans sa propre main la demeure suprême de Viṣṇu, accomplit des austérités (tapas), un accomplissement difficile même pour les dieux.

Verse 61

किंचित्काले गते विप्र तस्य राज्ञोऽभवत्सुतः । सुंदरो राजयोग्यश्च इंदुःक्षीरनिधाविव । पुत्रोत्सवे सोऽपि विप्र राजा दत्वा धनानि वै

Après quelque temps, ô brāhmaṇa, ce roi eut un fils : beau et digne de régner, tel la lune sur l’océan de lait. Et lors de la fête de la naissance, le roi aussi, ô brāhmaṇa, fit don de richesses.

Verse 62

बुभुजे देववद्भूम्यां विशोको जातकौतुकः । विप्रान्पालयते यस्तु प्राणान्दत्वा धनान्यपि

Il jouit sur la terre tel un deva, sans chagrin et rempli d’une joie ardente. Mais est vraiment loué celui qui protège les brāhmaṇas, offrant même sa propre vie ainsi que ses richesses.

Verse 63

स याति विष्णुभवनं पुनरावृत्तिदुर्ल्लभम् । पठंति येऽत्र भक्त्या च शृण्वंति विप्रतः कथाम्

Il atteint la demeure de Viṣṇu—qu’il est difficile de regagner en revenant aux renaissances du monde—celui qui, avec dévotion, récite ici et écoute aussi ce récit sacré de la bouche d’un brāhmaṇa.

Verse 64

आख्यानं श्लोकमेकं वा गच्छंति विष्णुमंदिरम्

Même un seul récit, ou ne fût-ce qu’un vers, conduit à la demeure de Viṣṇu.