
The Yayāti Episode (with the Glory of Mātā–Pitṛ Tīrtha)
Dans PP.2.78, le roi Yayāti, bien que frappé par la vieillesse, demeure tourmenté par le désir. Il demande à ses fils de prendre sur eux son infirmité et de lui donner leur jeunesse. Les fils s’étonnent de ce trouble soudain ; Yayāti confesse que des danseuses et une femme ont embrasé son esprit. Lorsque Turu, puis Yadu, refusent d’accepter la vieillesse, Yayāti, irrité, profère de sévères malédictions qui modifient leur statut dharmique et marquent l’avenir de leurs lignées, avec des issues liées au mleccha ; pour Yadu, une consolation partielle annonce aussi une purification future par une manifestation de Mahādeva. Pūru, au contraire, accepte le fardeau, reçoit la royauté, et Yayāti recouvre la vigueur de la jeunesse pour poursuivre les plaisirs des sens. Par l’entremise de Viśālā, il accède à la femme désirée et l’on débat de la « faute » ; l’ensemble sert d’instruction sur le devoir filial, la retenue du souverain et la longue ombre karmique des malédictions, rattachée à la gloire du Mātā–Pitṛ Tīrtha.
Verse 1
ययातिरुवाच । एकेन गृह्यतां पुत्रा जरा मे दुःखदायिनी । धीरेण भवतां मध्ये तारुण्यं मम दीयताम्
Yayāti dit : «Ô mes fils, que l’un de vous prenne sur lui ma vieillesse, qui m’apporte la souffrance. Que le plus constant parmi vous me donne la jeunesse.»
Verse 2
स्वकीयं हि महाभागाः स्वरूपमिदमुत्तमम् । संतप्तं मानसं मेद्य स्त्रियां सक्तं सुचंचलम्
En vérité, ô très fortunés, telle est ma propre condition excellente : mon esprit brûle de détresse, attaché à une femme et d’une agitation extrême.
Verse 3
भाजनस्था यथा आप आवर्त्तयति पावकः । तथा मे मानसं पुत्राः कामानलसुचालितम्
De même que le feu remue et met en mouvement l’eau dans un vase, de même, mes fils, mon esprit a été troublé et agité par le feu du désir.
Verse 4
एको गृह्णातु मे पुत्रा जरां दुःखप्रदायिनीम् । स्वकं ददातु तारुण्यं यथाकामं चराम्यहम्
Qu’un de mes fils prenne sur lui ma vieillesse, dispensatrice de peine, et me donne sa propre jeunesse ; alors je vivrai selon mon désir.
Verse 5
यो मे जरापसरणं करिष्यति सुतोत्तमः । स च मे भोक्ष्यते राज्यं धनुर्वंशं धरिष्यति
Le meilleur des fils qui ôtera de moi l’infirmité de la vieillesse, celui-là jouira de mon royaume et maintiendra la lignée de l’arc, la dynastie royale des archers.
Verse 6
तस्य सौख्यं सुसंपत्तिर्धनं धान्यं भविष्यति । विपुला संततिस्तस्य यशः कीर्तिर्भविष्यति
Pour lui il y aura bonheur et parfaite prospérité : richesses et grains en abondance. Il aura aussi une vaste descendance, et sa gloire comme sa bonne renommée s’élèveront.
Verse 7
पुत्रा ऊचुः । भवान्धर्मपरो राजन्प्रजाः सत्येन पालकः । कस्मात्ते हीदृशो भावो जातः प्रकृतिचापलः
Les fils dirent : «Ô Roi, tu es voué au dharma et tu protèges tes sujets par la vérité. Pourquoi donc un tel changement d’humeur est-il né en toi, cette inconstance qui semble contraire à ta nature ?»
Verse 8
राजोवाच । आगता नर्तकाः पूर्वं पुरं मे हि प्रनर्तकाः । तेभ्यो मे कामसंमोहे जातो मोहश्च ईदृशः
Le Roi dit : «Auparavant, des danseuses vinrent dans ma cité ; c’étaient vraiment des artistes accomplies. À cause d’elles, au milieu de mon trouble né du désir, une telle illusion s’est levée en moi.»
Verse 9
जरया व्यापितः कायो मन्मथाविष्टमानसः । संबभूव सुतश्रेष्ठाः कामेनाकुलव्याकुलः
Son corps était envahi par la vieillesse, et son esprit saisi par Kāma. Ô meilleurs des fils, il devint agité et profondément bouleversé par le désir.
Verse 10
काचिद्दृष्टा मया नारी दिव्यरूपा वरानना । मया संभाषिता पुत्राः किंचिन्नोवाच मे सती
Je vis une femme, d’une beauté divine, au visage exquis. Je lui adressai la parole, ô mes fils, mais cette dame vertueuse ne me répondit pas d’un mot.
Verse 11
विशालानाम तस्याश्च सखी चारुविचक्षणा । सा मामाह शुभं वाक्यं मम सौख्यप्रदायकम्
Elle avait une amie nommée Viśālā, charmante et avisée ; elle me dit des paroles de bon augure qui me donnèrent la joie.
Verse 12
जराहीनो यदा स्यास्त्वं तदा ते सुप्रिया भवेत् । एवमंगीकृतं वाक्यं तयोक्तं गृहमागतः
«Quand tu seras délivré de la vieillesse, alors elle te sera la plus chère.» Ayant ainsi accepté les paroles qu’ils avaient prononcées, il retourna à sa demeure.
Verse 13
मया जरापनोदार्थं तदेवं समुदाहृतम् । एवं ज्ञात्वा प्रकर्तव्यं मत्सुखं हि सुपुत्रकाः
Je l’ai ainsi proclamé afin d’écarter les effets de la vieillesse. L’ayant compris de la sorte, agissez en conséquence, pour ma satisfaction, ô bons fils.
Verse 14
तुरुरुवाच । शरीरं प्राप्यते पुत्रैः पितुर्मातुः प्रसादतः । धर्मश्च क्रियते राजञ्शरीरेण विपश्चिता
Turu dit : «Les fils obtiennent un corps par la grâce de leur père et de leur mère ; et, ô roi, c’est au moyen du corps que les sages accomplissent le dharma».
Verse 15
पित्रोः शुश्रूषणं कार्यं पुत्रैश्चापि विशेषतः । न च यौवनदानस्य कालोऽयं मे नराधिप
Les fils, avant tout, doivent servir avec dévotion leur père et leur mère. Et, ô roi, ce n’est pas le moment pour moi d’accorder la jeunesse ou la vigueur de la jeunesse.
Verse 16
प्रथमे वयसि भोक्तव्यं विषयं मानवैर्नृप । इदानीं तन्न कालोयं वर्तते तव सांप्रतम्
Ô roi, les plaisirs du monde doivent être goûtés par les hommes au premier âge de la vie ; mais maintenant, à présent, ce n’est pas le moment convenable pour toi.
Verse 17
जरां तात प्रदत्वा वै पुत्रे तात महद्गताम् । पश्चात्सुखं प्रभोक्तव्यं न तु स्यात्तव जीवितम्
Ô bien-aimé, après avoir vraiment transmis la vieillesse à ton fils —parvenu à une haute destinée—, tu devras ensuite goûter au bonheur ; ta vie ne demeurera plus telle qu’elle est.
Verse 18
तस्माद्वाक्यं महाराज करिष्ये नैव ते पुनः । एवमाभाषत नृपं तुरुर्ज्येष्ठसुतस्तदा
«C’est pourquoi, ô grand roi, je n’exécuterai plus ton ordre.» Ainsi, en ce temps-là, le fils aîné de Turu s’adressa au roi.
Verse 19
तुरोर्वाक्यं तु तच्छ्रुत्वा क्रुद्धो राजा बभूव सः । तुरुं शशाप धर्मात्मा क्रोधेनारुणलोचनः
Entendant les paroles de Turu, le roi s’emporta. Cet homme à l’âme droite, les yeux rougis de colère, maudit Turu.
Verse 20
अपध्वस्तस्त्वयाऽदेशो ममायं पापचेतन । तस्मात्पापी भव स्वत्वं सर्वधर्मबहिष्कृतः
Toi, à l’esprit pécheur, tu as renversé mon ordre. Ainsi, par ton propre fait, deviens pécheur, retranché de toute conduite conforme au dharma.
Verse 21
शिखया त्वं विहीनश्च वेदशास्त्रविवर्जितः । सर्वाचारविहीनस्त्वं भविष्यसि न संशयः
Privé de la śikhā et écarté des Vedas et des śāstras sacrés, tu seras dépouillé de toute bonne conduite ; il n’y a là aucun doute.
Verse 22
ब्रह्मघ्नस्त्वं देवदुष्टः सुरापः सत्यवर्जितः । चंडकर्मप्रकर्ता त्वं भविष्यसि नराधमः
Tu es meurtrier de brāhmaṇas, impie envers les devas, buveur d’alcool et privé de vérité; artisan d’actes cruels: tu deviendras le plus abject des hommes.
Verse 23
सुरालीनः क्षुधी पापी गोघ्नश्च त्वं भविष्यसि । दुश्चर्मा मुक्तकच्छश्च ब्रह्मद्वेष्टा निराकृतिः
Tu deviendras asservi à l’alcool, toujours affamé et pécheur, tueur de vaches; tu souffriras de maladies de peau et d’un vêtement de reins relâché, et tu haïras les brāhmaṇas—banni et couvert d’opprobre.
Verse 24
परदाराभिगामी त्वं महाचंडः प्रलंपटः । सर्वभक्षश्च दुर्मेधाः सदात्वं च भविष्यसि
Tu deviendras celui qui convoite l’épouse d’autrui—farouche et entièrement dépravé; dévoreur de tout, à l’intelligence corrompue, et tu demeureras ainsi pour toujours.
Verse 25
सगोत्रां रमसे नारीं सर्वधर्मप्रणाशकः । पुण्यज्ञानविहीनात्मा कुष्ठवांश्च भविष्यसि
Si tu prends plaisir avec une femme de ton propre lignage, tu deviens destructeur de tout dharma; privé de mérite et de vraie connaissance, tu seras frappé de lèpre.
Verse 26
तव पुत्राश्च पौत्राश्च भविष्यंति न संशयः । ईदृशाः सर्वपुण्यघ्ना म्लेच्छाः सुकलुषीकृताः
Tes fils et tes petits-fils naîtront assurément, sans aucun doute. Ils seront tels: des mlecchas, destructeurs de tout mérite, entièrement souillés par le péché.
Verse 27
एवं तुरुं सुशप्त्वैव यदुं पुत्रमथाब्रवीत् । जरां वै धारयस्वेह भुंक्ष्व राज्यमकंटकम्
Ainsi, après avoir durement maudit Turu, il parla à son fils Yadu : «Ici, prends sur toi la vieillesse, et jouis d’un royaume sans épines, libre d’obstacles et d’ennemis.»
Verse 28
बद्धाञ्जलिपुटो भूत्वा यदू राजानमब्रवीत् । यदुरुवाच । जराभारं न शक्नोमि वोढुं तात कृपां कुरु
Les paumes jointes en signe de révérence, Yadu dit au roi : «Père, je ne puis porter le fardeau de la vieillesse ; aie pitié de moi.»
Verse 29
शीतमध्वा कदन्नं च वयोतीताश्च योषितः । मनसः प्रातिकूल्यं च जरायाः पंचहेतवः
Miel froide, nourriture malsaine, femmes au-delà de leur prime jeunesse, et une inclination mentale contraire : tels sont les cinq facteurs de la vieillesse.
Verse 30
जरादुःखं न शक्नोमि नवे वयसि भूपते । कः समर्थो हि वै धर्तुं क्षमस्व त्वं ममाधुना
Ô roi, je ne puis endurer la peine de la vieillesse alors que je suis encore dans la fraîcheur de la jeunesse. Qui donc pourrait la porter ? Pardonne-moi à présent.
Verse 31
यदुं क्रुद्धो महाराजः शशाप द्विजनंदन । राज्यार्हो न च ते वंशः कदाचिद्वै भविष्यति
Ô joie des deux-fois-nés, le grand roi, courroucé, maudit Yadu : «Ni toi ni ta lignée ne serez jamais dignes de régner sur un royaume.»
Verse 32
बलतेजः क्षमाहीनः क्षात्रधर्मविवर्जितः । भविष्यति न संदेहो मच्छासनपराङ्मुखः
Il sera puissant et flamboyant, mais privé de patience et dépouillé du dharma du kṣatriya ; il n’y a nul doute, car il s’est détourné de mon ordre.
Verse 33
यदुरुवाच । निर्दोषोहं महाराज कस्माच्छप्तस्त्वयाधुना । कृपां कुरुष्व दीनस्य प्रसादसुमुखो भव
Yadu dit : «Ô grand roi, je suis sans faute ; pourquoi m’as-tu maudit à présent ? Aie pitié de l’affligé ; sois gracieux et montre un visage favorable.»
Verse 34
राजोवाच । महादेवः कुले ते वै स्वांशेनापि हि पुत्रक । करिष्यति विसृष्टिं च तदा पूतं कुलं तव
Le roi dit : «Mon cher enfant, en vérité Mahādeva, fût-ce par une part de sa propre essence, fera naître une manifestation dans ta lignée ; alors ta famille sera purifiée.»
Verse 35
यदुरुवाच । अहं पुत्रो महाराज निर्दोषः शापितस्त्वया । अनुग्रहो दीयतां मे यदि मे वर्त्तते दया
Yadu dit : «Ô grand roi, je suis ton fils, et pourtant, sans faute, tu m’as maudit. Si tu as de la compassion pour moi, accorde-moi ta grâce.»
Verse 36
राजोवाच । यो भवेज्ज्येष्ठपुत्रस्तु पितुर्दुःखापहारकः । राज्यदायं सुभुंक्ते च भारवोढा भवेत्स हि
Le roi dit : «Celui qui est le fils aîné, qui dissipe la peine de son père, jouit à juste titre de l’héritage du royaume ; en vérité, c’est lui qui porte le fardeau de la lignée.»
Verse 37
त्वया धर्मं न प्रवृत्तमभाष्योसि न संशयः । भवता नाशिताज्ञा मे महादंडेन घातिनः
Tu n’as pas mis le dharma en mouvement—il n’y a nul doute—et tu n’es pas de ceux qu’on peut raisonner. Par toi mon ordre a été détruit, et tu frappes d’un grand bâton.
Verse 38
तस्मादनुग्रहो नास्ति यथेष्टं च तथा कुरु । यदुरुवाच । यस्मान्मे नाशितं राज्यं कुलं रूपं त्वया नृप
«Ainsi, il n’y aura pour toi aucune faveur : fais selon ton bon plaisir.» Ainsi parla Yadu : «Car tu as détruit mon royaume, ma lignée et jusqu’à ma propre forme, ô roi.»
Verse 39
तस्माद्दुष्टो भविष्यामि तव वंशपतिर्नृप । तव वंशे भविष्यंति नानाभेदास्तु क्षत्त्रियाः
Ainsi, ô roi, je deviendrai un seigneur mauvais de ta dynastie ; et dans ta lignée naîtront des kṣatriya aux divisions multiples.
Verse 40
तेषां ग्रामान्सुदेशांश्च स्त्रियो रत्नानि यानि वै । भोक्ष्यंति च न संदेहो अतिचंडा महाबलाः
Sans nul doute, ils s’empareront de leurs villages et de leurs belles provinces, ainsi que de leurs femmes et de tous les joyaux et trésors ; car ils sont d’une férocité extrême et d’une grande puissance.
Verse 41
मम वंशात्समुत्पन्नास्तुरुष्का म्लेच्छरूपिणः । त्वया ये नाशिताः सर्वे शप्ताः शापैः सुदारुणैः
«De ma lignée sont issus les Turuṣkas, portant l’apparence des mleccha. Tous ceux que tu as détruits ont été maudits, frappés de malédictions d’une effroyable dureté.»
Verse 42
एवं बभाषे राजानं यदुः क्रुद्धो नृपोत्तम । अथ क्रुद्धो महाराजः पुनश्चैवं शशाप ह
Ainsi Yadu parla au roi, dans la colère, ô le meilleur des souverains. Alors le grand roi, lui aussi courroucé, proféra de nouveau une malédiction en ces termes.
Verse 43
मत्प्रजानाशकाः सर्वे वंशजास्ते शृणुष्व हि । यावच्चंद्रश्च सूर्यश्च पृथ्वी नक्षत्रतारकाः
Écoute donc en vérité : tous tes descendants seront les destructeurs de mes sujets, tant que dureront la lune et le soleil, et tant que subsisteront la terre, les constellations et les étoiles.
Verse 44
तावन्म्लेच्छाः प्रपक्ष्यंते कुंभीपाके चरौ रवे । कुरुं दृष्ट्वा ततो बालं क्रीडमानं सुलक्षणम्
Aussi longtemps les mlecchas seront-ils cuits dans le Kumbhīpāka (enfer), tandis que le soleil poursuit sa course. Puis, voyant là un enfant aux signes heureux qui jouait, ils tournèrent leurs regards vers Kuru.
Verse 45
समाह्वयति तं राजा न सुतं नृपनंदनम् । शिशुं ज्ञात्वा परित्यक्तः सकुरुस्तेन वै तदा
Le roi l’appela, ô prince, mais ne le reconnut pas pour son fils. Ayant su qu’il n’était qu’un enfant, il le rejeta alors ; ainsi en fut-il en ce temps-là.
Verse 46
शर्मिष्ठायाः सुतं पुण्यं तं पूरुं जगदीश्वरः । समाहूय बभाषे च जरा मे गृह्यतां पुनः
Alors le Seigneur du monde appela Pūru, le fils vertueux de Śarmiṣṭhā, et dit : «Reçois de nouveau sur toi ma vieillesse».
Verse 47
भुंक्ष्व राज्यं मया दत्तं सुपुण्यं हतकंटकम् । पूरुरुवाच । राज्यं देवे न भोक्तव्यं पित्रा भुक्तं यथा तव
«Jouis du royaume que je t’ai donné, riche de mérite sacré et sans épines (ennemis et peines).» Pūru répondit : «Ô être divin, un royaume ne doit pas être accepté lorsqu’il a déjà été goûté par le père, comme tu l’as fait».
Verse 48
त्वदादेशं करिष्यामि जरा मे दीयतां नृप । तारुण्येन ममाद्यैव भूत्वा सुंदररूपदृक्
«J’accomplirai ton ordre, ô roi. Donne-moi la vieillesse; et, redevenant jeune dès ce jour, que je contemple et porte une forme belle».
Verse 49
भुंक्ष्व भोगान्सुकर्माणि विषयासक्तचेतसा । यावदिच्छा महाभाग विहरस्व तया सह
«Jouis des plaisirs acquis par tes bonnes actions, l’esprit attaché aux objets des sens. Aussi longtemps que tu le désires, ô bienheureux, demeure et joue joyeusement avec elle».
Verse 50
यावज्जीवाम्यहं तात जरां तावद्धराम्यहम् । एवमुक्तस्तु तेनापि पूरुणा जगतीपतिः
«Tant que je vivrai, mon enfant, je porterai la vieillesse tout ce temps.» Ainsi le seigneur de la terre fut-il aussi adressé par Pūru.
Verse 51
हर्षेण महताविष्टस्तं पुत्रं प्रत्युवाच सः । यस्माद्वत्स ममाज्ञा वै न हता कृतवानिह
Saisi d’une grande joie, il répondit à son fils : «Puisque, mon cher enfant, tu n’as pas transgressé ici mon ordre, tu as agi comme il convient».
Verse 52
तस्मादहं विधास्यामि बहुसौख्यप्रदायकम् । यस्माज्जरागृहीता मे दत्तं तारुण्यकं स्वकम्
C’est pourquoi j’ordonnerai ce qui prodigue une joie abondante ; car, bien que saisi par la vieillesse, ma propre jeunesse m’a été rendue en don.
Verse 53
तेन राज्यं प्रभुंक्ष्व त्वं मया दत्तं महामते । एवमुक्तः सुपूरुश्च तेन राज्ञा महीपते
«Règne sur ce royaume que je t’ai accordé, ô grand d’esprit.» Ainsi interpellé par ce roi, ô seigneur de la terre, Supūru accepta lui aussi la charge.
Verse 54
तारुण्यंदत्तवानस्मै जग्राहास्माज्जरां नृप । ततः कृते विनिमये वयसोस्तातपुत्रयोः
Il lui donna la jeunesse et lui ôta la vieillesse, ô roi. Ainsi s’accomplit l’échange des âges entre le père et le fils.
Verse 55
तस्माद्वृद्धतरः पूरुः सर्वांगेषु व्यदृश्यत । नूतनत्वं गतो राजा यथा षोडशवार्षिकः
Ainsi Pūru parut plus âgé dans tous ses membres, tandis que le roi retrouva la jeunesse, comme s’il avait seize ans.
Verse 56
रूपेण महताविष्टो द्वितीय इव मन्मथः । धनूराज्यं च छत्रं च व्यजनं चासनं गजम्
Saisi d’une beauté extraordinaire, il semblait un second Manmatha ; et l’on voyait l’arc de la souveraineté, l’ombrelle royale, l’éventail, le trône et l’éléphant.
Verse 57
कोशं देशं बलं सर्वं चामरं स्यंदनं तथा । ददौ तस्य महाराजः पूरोश्चैव महात्मनः
Le grand roi lui accorda le trésor, le pays, toute l’armée, ainsi que les insignes royaux—le chasse-mouches de yak et le char—; oui, le roi Puru donna tout cela à cet être à l’âme magnanime.
Verse 58
कामासक्तश्च धर्मात्मा तां नारीमनुचिंतयन् । तत्सरः सागरप्रख्यंकामाख्यं नहुषात्मजः
Bien que juste au fond de lui, le fils de Nahusha fut saisi par le désir; méditant sans cesse sur cette femme, il fit naître un lac, vaste comme l’océan, nommé Kāmā.
Verse 59
अश्रुबिंदुमती यत्र जगाम लघुविक्रमः । तां दृष्ट्वा तु विशालाक्षीं चारुपीनपयोधराम्
Là, Laghuvikrama se rendit auprès d’Aśrubindumatī. Et la voyant—aux grands yeux, belle, aux seins pleins—
Verse 60
विशालां च महाराजः कंदर्पाकृष्टमानसः । राजोवाच । आगतोऽस्मि महाभागे विशाले चारुलोचने
Alors le grand roi, l’esprit attiré par Kāma, s’adressa à Viśālā : «Je suis venu, ô bienheureuse, ô Viśālā aux beaux yeux».
Verse 61
जरात्यागःकृतो भद्रे तारुण्येन समन्वितः । युवा भूत्वा समायातो भवत्वेषा ममाधुना
Ô dame bénie, j’ai rejeté la vieillesse et me voici pourvu de jeunesse. Redevenu jeune, je suis revenu ; qu’elle soit à moi désormais.
Verse 62
यंयं हि वांछते चैषा तंतं दद्मि न संशयः । विशालोवाच । यदा भवान्समायातो जरां दुष्टां विहाय च
« Quoi qu’elle désire—cela même, je le lui accorde, sans aucun doute. » Viśāla dit : « Lorsque tu es venu, ayant rejeté la vieillesse mauvaise… »
Verse 63
दोषेणैकेनलिप्तोसि भवंतं नैव मन्यते । राजोवाच । मम दोषं वदस्व त्वं यदि जानासि निश्चितम्
Souillé par une seule faute, il ne te tient plus en respect. Le roi dit : « Dis-moi ma faute, si tu la sais avec certitude. »
Verse 64
तं तु दोषं परित्यक्ष्येगुणरूपंनसंशयः
Mais je rejetterai cette faute ; sans aucun doute, je demeurerai dans la forme de la vertu.
Verse 78
इति श्रीपद्मपुराणेभूमिखंडेवेनोपाख्यानेमातापितृतीर्थवर्णने ययातिचरितेऽष्टसप्ततितमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le soixante-dix-huitième chapitre du Bhūmi-khaṇḍa du Śrī Padma Purāṇa, dans l’épisode de Venu, décrivant le saint Mātā-Pitṛ Tīrtha et relatant le récit de Yayāti.