Adhyaya 67
Bhumi KhandaAdhyaya 67115 Verses

Adhyaya 67

Pitṛ-tīrtha Context: Marks of Sin, Śrāddha Discipline, and Karmic Ripening (in Yayāti’s Narrative)

Le chapitre 67 (PP.2.67), inséré dans le récit du roi Yayāti et l’épisode de Pitṛ-tīrtha, délaisse la scène royale pour un enseignement méthodique sur le pāpa et la maturation karmique de ses effets. Mātali y expose les marques d’une conduite fautive : dénigrer le Veda et le brahmacarya, nuire aux sādhus, abandonner le kula-ācāra, et manquer de respect aux parents et aux proches. Une partie majeure règle le śrāddha et la dāna : qui inviter, comment éprouver les brāhmaṇas selon la lignée et la conduite, et le démérite qu’il y a à négliger les bénéficiaires dignes ou à retenir la dakṣiṇā. Le texte élargit ensuite l’inventaire aux mahāpātakas et aux fautes assimilées à la brahma-hatyā, au vol, aux transgressions sexuelles, à la cruauté envers les vaches et à l’abus de pouvoir des rois. Il décrit enfin les châtiments après la mort sous l’autorité de Yama, tout en affirmant que l’expiation (prāyaścitta) demeure l’instrument de rectification du dharma.

Shlokas

Verse 1

। ययातिरुवाच । अस्मद्भाग्यप्रसंगेन भवतो दर्शनं मम । संजातं शक्रसंवाह एतच्छ्रेयो ममातुलम्

Yayāti dit : Par un heureux concours de ma destinée, j’ai obtenu ton darśana, la vision sacrée. Ô assemblée liée à Śakra, cela est devenu pour moi une bénédiction sans pareille.

Verse 2

मानवा मर्त्यलोके च पापं कुर्वंति दारुणम् । तेषां कर्मविपाकं च मातले वद सांप्रतम्

Dans le monde des mortels, les hommes commettent d’effroyables péchés. Maintenant, ô Mātali, dis-moi sans tarder la maturation du fruit de leurs actes.

Verse 3

मातलिरुवाच । श्रूयतामभिधास्यामि पापाचारस्य लक्षणम् । श्रुते सति महज्ज्ञानमत्रलोके प्रजायते

Mātali dit : «Écoutez ; je décrirai les marques de la conduite pécheresse. Quand on l’entend, une grande connaissance naît en ce monde».

Verse 4

वेदनिंदां प्रकुर्वंति ब्रह्माचारस्य कुत्सनम् । महापातकमेवापि ज्ञातव्यं ज्ञानपंडितैः

Ceux qui s’adonnent à blâmer les Veda et à dénigrer le vœu de brahmacarya doivent être reconnus par les sages comme commettant un grand péché (mahāpātaka).

Verse 5

साधूनामपि सर्वेषां यः पीडां हि समाचरेत् । महापातकमेवापि प्रायश्चित्ते न हि व्रजेत्

Quiconque fait du tort à l’un quelconque des justes—à tous les sādhus—encourt un grand péché; et même par des expiations il n’obtient pas la purification véritable.

Verse 6

कुलाचारं परित्यज्य अन्याचारं व्रजंति च । एतच्च पातकं घोरं कथितं कृत्यवेदिभिः

Délaissant la conduite établie de leur lignée, les hommes adoptent d’autres pratiques (impropres). Cela, ont déclaré les connaisseurs du juste agir, est un péché redoutable.

Verse 7

मातापित्रोश्च यो निंदां ताडनं भगिनीषु च । पितृस्वसृनिंदनं च तदेव पातकं ध्रुवम्

Quiconque dénigre sa mère et son père, ou frappe ses sœurs, ou médise des sœurs de son père, commet assurément un péché.

Verse 8

संप्राप्ते श्राद्धकालेपि पंचक्रोशांतरेस्थितम् । जामातरं परित्यज्य तथा च दुहितुः सुतम्

Même lorsque le temps du śrāddha était venu, il abandonna son gendre—qui se tenait à l’intérieur d’une distance de cinq krośas—ainsi que le fils de sa fille.

Verse 9

स्वसारं चैव स्वस्रीयं परित्यज्य प्रवर्तते । कामात्क्रोधाद्भयाद्वापि अन्यं भोजयते यदा

Quand un homme délaisse sa propre sœur et l’enfant de sa sœur, et qu’au lieu de cela il va nourrir un autre—par désir, par colère ou par crainte—une telle conduite est blâmée.

Verse 10

पितरो नैव भुंजंति देवाश्चैव न भुंजते । एतच्च पातकं तस्य पितृघातसमं कृतम्

Ni les Ancêtres ne prennent part à l’offrande, ni les dieux non plus. Ce péché est tenu pour égal au meurtre de son propre père.

Verse 11

दानकालेपि संप्राप्ते आगते ब्राह्मणे किल । भूरिदानं परित्यज्य कतिभ्यो हि प्रदीयते

Même lorsque le temps prescrit du don est venu et qu’un brāhmaṇa est réellement arrivé, pourquoi met-on de côté l’aumône abondante pour ne donner qu’à quelques-uns, ou en petite mesure ?

Verse 12

एकस्मै दीयते दानमन्येभ्योपि न दीयते । एतच्च पातकं घोरं दानभ्रंशकरं स्मृतम्

Si l’aumône est donnée à un seul et refusée aux autres, on s’en souvient comme d’un péché terrible, qui fait déchoir le mérite acquis par le don.

Verse 13

यजमानगृहे सेवा संस्थितान्ब्राह्मणान्निजान् । परित्यज्य हि यद्दानं न दानस्य च लक्षणम्

Le don fait en négligeant ses propres brāhmaṇas, présents et au service dans la demeure du sacrifiant, n’est pas, en vérité, un signe authentique de charité.

Verse 14

समाश्रितं हि यं विप्रं धर्माचारसमन्वितम् । सर्वोपायैः सुपुष्येत्तं सुदानैर्बहुभिर्नृप

Ô roi, le brāhmane auprès duquel on a pris refuge, pourvu d’une conduite juste, doit être soutenu par tous les moyens, surtout par de nombreux dons nobles.

Verse 15

न गणयेन्मूर्खं विद्वांसं पोष्यो विप्रः सदा भवेत् । सर्वैः पुण्यैः समायुक्तं सुदानैर्बहुभिर्नृप

Qu’on ne prenne pas un sot pour un savant. Un brāhmane doit être toujours entretenu; par de nombreux dons excellents, ô roi, on se trouve uni à tous les mérites.

Verse 16

तं समभ्यर्च्य विद्वांसं प्राप्तं विप्रं सदार्हयेत् । तं हि त्यक्त्वा ददेद्दानमन्यस्मै ब्राह्मणाय वै

Après avoir vénéré comme il se doit le brāhmane savant venu à nous, qu’on le traite toujours avec le respect qui lui revient; car, l’ayant délaissé, donner l’aumône à un autre brāhmane est inconvenant.

Verse 17

दत्तं हुतं भवेत्तस्य निष्फलं नात्र संशयः । ब्राह्मणः क्षत्रियो वैश्यः शूद्रश्चापि चतुर्थकः

Tout ce qu’un tel homme donne en aumône ou offre au sacrifice devient sans fruit, sans aucun doute, qu’il soit brāhmane, kṣatriya, vaiśya ou même śūdra, le quatrième.

Verse 18

पुण्यकालेषु सर्वेषु संश्रितं पूजयेद्द्विजम् । मूर्खं वापि हि विद्वांसं तस्य पुण्यफलं शृणु

En tous les moments propices, qu’on honore le dvija, le brāhmane qui a cherché refuge auprès de soi, qu’il soit ignorant ou savant. Écoute maintenant le fruit méritoire de cela.

Verse 19

अश्वमेधस्य यज्ञस्य फलं तस्य प्रजायते । कस्माद्धिकारणाद्राजञ्छक्यं प्राप्य न कारयेत्

De cet acte naît le fruit du saint sacrifice de l’Aśvamedha. Ainsi, ô roi, pour quelle raison celui qui a obtenu la capacité et les moyens ne le ferait-il pas accomplir ?

Verse 20

अन्यो विप्रः समायातस्तत्कालं श्राद्धकर्मणि । उभौ तौ पूजयेत्तत्र भोजनाच्छादनैस्ततः

Si un autre brāhmane arrive à l’instant même durant le rite du śrāddha, qu’on honore alors tous deux sur place, en leur offrant nourriture et vêtements.

Verse 21

तांबूलदक्षिणाभिश्च पितरस्तस्य हर्षिताः । श्राद्धभुक्ताय दातव्यं सदा दानं च दक्षिणा

Par des dons tels que le tāmbūla et la dakṣiṇā, ses ancêtres se réjouissent. À celui qui a pris part au repas du śrāddha, qu’on donne toujours un présent et la juste dakṣiṇā.

Verse 22

न ददेच्छ्राद्धकर्ता यो गोहत्यादि समं भवेत् । द्वावेतौ पूजयेत्तस्माच्छ्रद्धया नृपसत्तम

Ô le meilleur des rois, celui qui accomplit un śrāddha sans donner l’offrande due devient, quant à la faute, l’égal de celui qui tue une vache et commet des actes semblables. C’est pourquoi, avec foi, qu’on honore ces deux-là.

Verse 23

निर्द्धनत्व प्रभावाद्वै तमेकं हि प्रपूजयेत् । व्यतीपातेपि संप्राप्ते वैधृतौ च नृपोत्तम

Même sous l’emprise de la pauvreté, c’est ce Seul qu’il faut vénérer. Même lorsque survient le funeste Vyatīpāta, et aussi lors de Vaidhṛti, ô le meilleur des rois.

Verse 24

अमावास्यां तथा राजन्क्षयाहे परपक्षके । श्राद्धमेवं प्रकर्तव्यं ब्राह्मणादि त्रिवर्णकैः

Ô roi, au jour d’amāvāsyā (nouvelle lune) et de même, ô souverain, au jour anniversaire du décès durant la quinzaine sombre, le Śrāddha doit être accompli ainsi par les trois classes des deux-fois-nés, à commencer par les brāhmaṇas.

Verse 25

यज्ञे तथा महाराज ऋत्विजश्च प्रकारयेत् । तथा विप्राः प्रकर्तव्याः श्राद्धदानाय सर्वदा

De même, ô grand roi, dans un yajña il faut établir comme il convient les ṛtvij, prêtres officiants ; et de la même manière, des brāhmaṇas savants doivent toujours être dûment désignés pour les offrandes et dons du Śrāddha.

Verse 26

अविज्ञातः प्रकर्तव्यो ब्राह्मणो नैव जानता । यस्यापि ज्ञायते वंशः कुलं त्रिपुरुषं तथा

Un brāhmaṇa dont l’origine est inconnue ne doit pas être choisi par celui qui ne sait pas réellement ; et même lorsque sa lignée est connue, il faut vérifier sa famille sur trois générations.

Verse 27

आचारश्च तथा राजंस्तं विप्रं सन्निमंत्रयेत् । कुलं न ज्ञायते यस्य आचारेण विचारयेत्

Et la conduite aussi, ô roi : c’est ce brāhmaṇa qu’il faut inviter comme il se doit. Si la lignée d’un homme n’est pas connue, qu’on l’examine à la lumière de sa conduite.

Verse 28

श्राद्धदाने प्रकर्तव्ये विशुद्धो मूर्ख एव हि । अविज्ञातो भवेद्विप्रो वेदवेदांगपारगः

Quand l’offrande du Śrāddha doit être accomplie, même un homme simple—s’il est rituellement pur—doit être admis ; mais un brāhmaṇa, fût-il expert des Veda et des Vedāṅga, devient inacceptable si sa condition demeure inconnue (non vérifiée).

Verse 29

श्राद्धदानं प्रकर्तव्यं तस्माद्विप्रं निमंत्रयेत् । आतिथ्यं तु प्रकर्तव्यमपूर्वं नृपसत्तम

Ainsi faut-il accomplir l’offrande du rite de śrāddha, et pour cela inviter un brāhmaṇa. Qu’on offre aussi l’hospitalité, d’une générosité sans pareille, ô meilleur des rois.

Verse 30

अन्यथा कुरुते पापी स याति नरकं ध्रुवम् । तस्माद्विप्रः प्रकर्तव्यो दाने श्राद्धे च पर्वसु

Si le pécheur agit autrement que ce qui est prescrit, il va assurément en enfer. C’est pourquoi le brāhmaṇa doit être dûment honoré et établi lors des dons, des rites de śrāddha et des jours de fête sacrée.

Verse 31

आदौ परीक्षयेद्विप्रं श्राद्धे दाने प्रकारयेत् । नाश्नंति तस्य वै गेहे पितरो विप्रवर्जिताः

D’abord, qu’on éprouve le brāhmaṇa à inviter, puis qu’on organise comme il se doit le śrāddha et le don. Les ancêtres ne prennent pas part à l’offrande dans la maison de celui qui accomplit ces rites sans brāhmaṇa.

Verse 32

शापं दत्त्वा ततो यांति श्राद्धाद्विप्रविवर्जितात् । महापापी भवेत्सोपि ब्रह्मणः सदृशो यदि

Après avoir proféré une malédiction, ils se retirent d’un śrāddha dépourvu de brāhmaṇas. Et fût-il semblable à Brahmā, lui aussi devient un grand pécheur.

Verse 33

पैत्राचारं परित्यज्य यो वर्तेत नरोत्तम । महापापी स विज्ञेयः सर्वधर्मबहिष्कृतः

Ô meilleur des hommes, celui qui délaisse la règle des ancêtres et vit autrement doit être reconnu comme un grand pécheur, banni de toutes les voies du dharma.

Verse 34

ये त्यजंति शिवाचारं वैष्णवं भोगदायकम् । निंदंति ब्राह्मणं धर्मं विज्ञेयाः पापवर्द्धनाः

Ceux qui délaissent la discipline de Śiva et la voie vaiṣṇava qui accorde les jouissances légitimes, et qui méprisent les brahmanes et le Dharma—sachez qu’ils accroissent le péché.

Verse 35

ये त्यजंति शिवाचारं शिवभक्तान्द्विषंति च । हरिं निंदंति ये पापा ब्रह्मद्वेषकराः सदा

Ceux qui délaissent la discipline de Śiva, haïssent les dévots de Śiva, et ces pécheurs qui outragent Hari—de tels êtres demeurent sans cesse dans l’hostilité envers Brahman, le Suprême.

Verse 36

आचारनिंदका ये ते महापातककृत्तमाः । आद्यं पूज्यं परं ज्ञानं पुण्यं भागवतं तथा

Ceux qui dénigrent la juste conduite sont les pires artisans des grands péchés. Mais le premier objet de vénération est la Connaissance suprême; et de même, le saint Bhāgavata est source de mérite.

Verse 37

वैष्णवं हरिवंशं वा मत्स्यं वा कूर्ममेव च । पाद्मं वा ये पूजयंति तेषां श्रेयो वदाम्यहम्

Qu’on vénère le Vaiṣṇava (Purāṇa), le Harivaṃśa, le Matsya, le Kūrma ou le Padma (Purāṇa), pour ceux qui les honorent je dirai ce qui est le plus salutaire.

Verse 38

प्रत्यक्षं तेन वै देवः पूजितो मधुसूदनः । तस्मात्प्रपूजयेज्ज्ञानं वैष्णवं विष्णुवल्लभम्

Par cette connaissance vaiṣṇava, le Seigneur Madhusūdana est véritablement adoré de façon directe. C’est pourquoi il faut grandement honorer et révérer cette connaissance vaiṣṇava, chère à Viṣṇu.

Verse 39

देवस्थाने च नित्यं वै वैष्णवं पुस्तकं नृप । तस्मिन्प्रपूजिते विप्र पूजितः कमलापतिः

Ô roi, dans le sanctuaire on doit toujours conserver une Écriture vaiṣṇava. Lorsque ce livre est dûment vénéré, ô brāhmane, Kamalāpati—le Seigneur Viṣṇu, époux de Lakṣmī—est vénéré.

Verse 40

असंपूज्य हरेर्ज्ञानं ये गायंति लिखंति च । अज्ञाय तत्प्रयच्छंति शृण्वंत्युच्चारयंति च

Ceux qui, sans d’abord rendre hommage au Seigneur, chantent ou écrivent la connaissance sacrée de Hari; ceux qui, par ignorance, la donnent à autrui, et ceux qui l’écoutent ou la récitent à haute voix, agissent de façon impropre.

Verse 41

विक्रीडंति च लोभेन कुज्ञान नियमेन च । असंस्कृतप्रदेशेषु यथेष्टं स्थापयंति च

Poussés par l’avidité et par des règles dévoyées issues d’une compréhension ignorante, ils s’ébattent et établissent arbitrairement, à leur gré, en des contrées non cultivées.

Verse 42

हरिज्ञानं यथाक्षेमं प्रत्यक्षाच्च प्रकाशयेत् । अधीते च समर्थश्च यः प्रमादं करोति च

La connaissance de Hari doit être exposée d’une manière sûre et salutaire, rendue claire par la réalisation directe. Mais celui qui est instruit et capable, et pourtant agit avec négligence, déchoit de ce devoir.

Verse 43

अशुचिश्चाशुचौ स्थाने यः प्रवक्ति शृणोति च । इति सर्वं समासेन ज्ञाननिंदा समं स्मृतम्

Celui qui, étant impur, récite en un lieu impur—et celui qui y écoute—tout cela, en bref, est tenu pour équivalent au mépris de la connaissance sacrée.

Verse 44

गुरुपूजामकृत्वैव यः शास्त्रं श्रोतुमिच्छति । न करोति च शुश्रूषामाज्ञाभंगं च भावतः

Celui qui veut entendre l’enseignement sacré sans d’abord vénérer et honorer le guru, et qui ne lui rend pas un service attentif—tout en nourrissant intérieurement l’intention de transgresser son ordre—n’est pas apte à recevoir cette doctrine.

Verse 45

नाभिनंदति तद्वाक्यमुत्तरं संप्रयच्छति । गुरुकर्मणि साध्ये च तदुपेक्षां करोति च

Il n’approuve pas les paroles du guru ni ne donne une réponse convenable; et même lorsqu’un devoir important du guru doit être accompli, il le néglige et l’ignore.

Verse 46

गुरुमार्तमशक्तं च विदेशं प्रस्थितं तथा । अरिभिः परिभूतं वा यः संत्यजति पापकृत्

Quiconque abandonne son maître lorsqu’il est affligé ou sans force, lorsqu’il est parti vers une terre étrangère, ou lorsqu’il est humilié par des ennemis—celui-là commet un péché.

Verse 47

पठमानं पुराणं तु तस्य पापं वदाम्यहम् । कुंभीपाके वसेत्तावद्यावदिंद्राश्चतुर्दश

Je dirai le péché de celui qui lit le Purāṇa de manière impropre : il demeurera dans l’enfer de Kumbhīpāka aussi longtemps que durent quatorze Indra, c’est-à-dire durant un âge immense.

Verse 48

पठमानं गुरुं यो हि उपेक्षयति पापधीः । तस्यापि पातकं घोरं चिरं नरकदायकम्

L’homme à l’esprit pécheur qui méprise le guru tandis qu’il récite l’enseignement sacré contracte lui aussi une faute terrible, qui entraîne un long séjour en enfer.

Verse 49

भार्यापुत्रेषु मित्रेषु यश्चावज्ञां करोति च । इत्येतत्पातकं ज्ञेयं गुरुनिन्दासमं महत्

Quiconque méprise son épouse, ses enfants et ses amis : qu’on sache que ce péché est une grande faute, égale au blasphème contre le maître spirituel.

Verse 50

ब्रह्महा स्वर्णस्तेयी च सुरापी गुरुतल्पगः । महापातकिनश्चैते तत्संयोगी च पंचमः

Le meurtrier d’un brāhmane, le voleur d’or, le buveur d’alcool et celui qui profane le lit du maître : tels sont les grands pécheurs ; et comme cinquième est compté celui qui s’unit à leur compagnie.

Verse 51

क्रोधाद्द्वेषाद्भयाल्लोभाद्ब्राह्मणस्य विशेषतः । मर्मातिकृन्तको यश्च ब्रह्मघ्नः स प्रकीर्तितः

Par colère, haine, peur ou avidité—surtout lorsqu’il s’agit d’un brāhmane—quiconque blesse un point vital est proclamé meurtrier d’un brāhmane (brahma-ghna).

Verse 52

ब्राह्मणं यः समाहूय याचमानमकिंचनम् । पश्चान्नास्तीति यो ब्रूयात्स च वै ब्रह्महा नृप

Ô roi, quiconque appelle un brāhmane mendiant et démuni, puis dit ensuite : « Il n’y a rien (à donner) », celui-là est vraiment meurtrier d’un brāhmane.

Verse 53

यस्तु विद्याभिमानेन निस्तेजयति वै द्विजम् । उदासीनं सभामध्ये ब्रह्महा स प्रकीर्तितः

Mais celui qui, par orgueil de son savoir, humilie un brāhmane—surtout un détaché assis au milieu de l’assemblée—est proclamé meurtrier d’un brāhmane (brahmahā).

Verse 54

मिथ्यागुणैरथात्मानं नयत्युत्कर्षतां पुनः । गुरुं विरोधयेद्यस्तु स च वै ब्रह्महा स्मृतः

Celui qui, par de fausses vertus, s’élève de nouveau à une place de supériorité et s’oppose au guru, celui-là est vraiment tenu pour meurtrier d’un brāhmaṇa.

Verse 55

क्षुत्तृषातप्तदेहानामन्नभोजनमिच्छताम् । यः समाचरते विघ्नं तमाहुर्ब्रह्मघातकम्

Celui qui fait obstacle à ceux dont le corps est tourmenté par la faim et la soif et qui désirent de la nourriture, celui-là est appelé meurtrier d’un brāhmaṇa.

Verse 56

पिशुनः सर्वलोकानां रंध्रान्वेषणतत्परः । उद्वेजनकरः क्रूरः स च वै ब्रह्महा स्मृतः

Le calomniateur, appliqué à rechercher les défauts de tous, qui cause l’effroi et se montre cruel, celui-là est vraiment tenu pour meurtrier d’un brāhmaṇa (brahmahā).

Verse 57

देवद्विज गवां भूमिं पूर्वदत्तां हरेत्तु यः । प्रनष्टामपि कालेन तमाहुर्ब्रह्मघातकम्

Quiconque enlève une terre jadis donnée aux dieux, aux brāhmaṇas ou aux vaches, même si avec le temps ce don s’est perdu ou obscurci, celui-là est déclaré meurtrier d’un brāhmaṇa, coupable de brahma-hatyā.

Verse 58

द्विजवित्तापहरणं न्यासेन समुपार्जितम् । ब्रह्महत्यासमं ज्ञेयं तस्य पातकमुत्तमम्

Voler la richesse d’un « deux-fois-né » (brāhmaṇa, kṣatriya ou vaiśya), surtout lorsqu’elle a été confiée en dépôt, doit être compris comme égal au brahminicide ; c’est tenu pour le plus terrible des péchés.

Verse 59

अग्निहोत्रं परित्यज्य पंचयज्ञीयकर्मणि । मातापित्रोर्गुरूणां च कूटसाक्ष्यं च यश्चरेत्

Celui qui délaisse l’Agnihotra et les devoirs liés aux cinq grands yajñas, et qui porte un faux témoignage contre sa mère, son père et ses maîtres, commet une faute très grave.

Verse 60

अप्रियं शिवभक्तानामभक्ष्याणां च भक्षणम् । वने निरपराधानां प्राणिनां च प्रमारणम्

Faire de la peine aux dévots de Śiva, manger ce qui est interdit, et, dans la forêt, tuer des êtres vivants innocents et sans faute : voilà de lourdes fautes.

Verse 61

गवां गोष्ठे वने चाग्नेः पुरे ग्रामे च दीपनम् । इति पापानि घोराणि सुरापानसमानि तु

Allumer un incendie—dans une étable à vaches, dans la forêt, dans une cité ou dans un village—ce sont des péchés effroyables, tenus pour égaux au péché de boire l’alcool.

Verse 62

दीनसर्वस्वहरणं परस्त्रीगजवाजिनाम् । गोभूरजतवस्त्राणामोषधीनां रसस्य च

S’emparer de tous les biens des faibles, souiller l’épouse d’autrui, voler éléphants et chevaux; et aussi dérober vaches, terres, argent, vêtements, plantes médicinales et leurs sucs.

Verse 63

चंदनागुरुकर्पूर कस्तूरी पट्ट वाससाम् । परन्यासापहरणं रुक्मस्तेयसमं स्मृतम्

S’approprier le dépôt d’autrui—tel le santal, l’agaru, le camphre, le musc, la soie et les vêtements—est tenu par la tradition pour égal au vol de l’or.

Verse 64

कन्याया वरयोग्याया अदानं सदृशे वरे । पुत्रमित्रकलत्रेषु गमनं भगिनीषु च

Donner une fille en âge d’être mariée à un époux convenable et de condition égale, et rendre visite à ses fils, amis et conjoint, ainsi qu’à ses sœurs : voilà des devoirs louables.

Verse 65

कुमारीसाहसं घोरमंत्यजस्त्रीनिषेवणम् । सवर्णायाश्च गमनं गुरुतल्पसमं स्मृतम्

La violation violente d’une jeune fille, l’effroyable commerce charnel avec une femme d’un groupe proscrit, et l’union avec une femme de son propre clan (savarṇā) : on les tient pour égaux au péché de souiller le lit du guru.

Verse 66

महापातकतुल्यानि पापान्युक्तानि यानि तु । तानि पातकसंज्ञानि तन्न्यूनमुपपातकम्

Les fautes dites d’une gravité égale aux grands péchés (mahāpātaka) sont elles-mêmes nommées « pātaka » ; mais ce qui leur est inférieur est appelé « upapātaka », péché mineur.

Verse 67

द्विजायार्थं प्रतिज्ञाय न प्रयच्छति यः पुनः । तत्र विस्मरते विप्रस्तुल्यं तदुपपातकम्

Celui qui, après avoir promis quelque chose pour le bien d’un brāhmaṇa, ne le donne pas de nouveau ; et si le brāhmaṇa, en ce lieu, l’oublie ou le néglige, cette faute est tenue pour un upapātaka du même ordre.

Verse 68

द्विजद्रव्यापहरणं मर्यादाया व्यतिक्रमम् । अतिमानातिकोपश्च दांभिकत्वं कृतघ्नता

Voler les biens d’un brāhmaṇa, transgresser les limites établies de la conduite, l’orgueil excessif et la colère excessive, l’hypocrisie et l’ingratitude : fautes condamnables.

Verse 69

अन्यत्र विषयासक्तिः कार्पर्ण्यं शाठ्यमत्सरम् । परदाराभिगमनं साध्वीकन्याभिदूषणम्

L’attachement aux objets des sens ailleurs, l’avarice, la tromperie et l’envie ; s’approcher de l’épouse d’autrui et souiller une jeune fille vertueuse — tout cela doit être évité.

Verse 70

परिवित्तिः परिवेत्ता यया च परिविद्यते । तयोर्दानं च कन्यायास्तयोरेव च याजनम्

Voici les termes : « parivitti » (le frère aîné qui demeure non marié), « parivettā » (le frère cadet qui se marie avant lui) et « celle par qui le cadet est marié le premier » (la femme ainsi épousée). Pour ces deux-là, il est prescrit de donner une jeune fille en mariage ; et pour ces deux seuls, il est prescrit d’officier comme prêtre lors d’un sacrifice.

Verse 71

पुत्रमित्रकलत्राणामभावे स्वामिनस्तथा । भार्याणां च परित्यागः साधूनां च तपस्विनाम्

En l’absence de fils, d’amis et d’époux, survient aussi l’abandon de la part de son propre maître ; et il y a encore l’abandon des épouses — tel est le sort même des justes et des ascètes.

Verse 72

गवां क्षत्रियवैश्यानां स्त्रीशूद्राणां च घातनम् । शिवायतनवृक्षाणां पुण्याराम विनाशनम्

Le meurtre des vaches, des kshatriya et des vaishya, des femmes et des shudra ; ainsi que la destruction des arbres dans les sanctuaires de Śiva et dans les jardins sacrés — tout cela est un péché très grave.

Verse 73

यः पीडामाश्रमस्थानामाचरेदल्पिकामपि । तद्भृत्यपरिवर्गस्य पशुधान्यवनस्य च

Quiconque inflige ne fût-ce qu’un léger tort à ceux qui demeurent dans les āśrama, attire aussi le mal sur ses propres serviteurs et dépendants, ainsi que sur son bétail, ses récoltes et ses forêts.

Verse 74

कर्ष धान्य पशुस्तेयमयाज्यानां च याजनम् । यज्ञारामतडागानां दारापत्यस्य विक्रयः

Voler par le labour, s’emparer des grains ou dérober le bétail; officier des sacrifices pour ceux qui ne sont pas dignes d’être sacrifiants; et vendre ou trafiquer les lieux du yajña, les bosquets de délices, les étangs, ainsi que sa propre épouse et ses enfants — tels actes sont condamnés.

Verse 75

तीर्थयात्रोपवासानां व्रतानां च सुकर्मणाम् । स्त्रीधनान्युपजीवंति स्त्रीभगात्यंतजीविता

Ils vivent des biens d’une femme, tout en se donnant pour gens de pèlerinages aux tīrthas, de jeûnes, de vœux et d’œuvres méritoires; en vérité, leur subsistance dépend entièrement des parties intimes de la femme.

Verse 76

स्वधर्मं विक्रयेद्यस्तु अधर्मं वर्णते नरः । परदोषप्रवादी च परच्छिद्रावलोककः

Cet homme qui vend son propre dharma prescrit, qui fait l’éloge de l’adharma, qui proclame les fautes d’autrui et qui guette les failles et faiblesses des autres—

Verse 77

परद्रव्याभिलाषी च परदारावलोककः । एते गोघ्नसमानाश्च ज्ञातव्या नृपनंदन

Celui qui convoite le bien d’autrui et celui qui porte son regard sur l’épouse d’un autre — de tels hommes, ô prince, doivent être tenus pour égaux au tueur de vache.

Verse 78

यः कर्ता सर्वशास्त्राणां गोहर्ता गोश्च विक्रयी । निर्दयोऽतीव भृत्येषु पशूनां दमकश्च यः

Celui qui compose toutes sortes de śāstras, mais vole des vaches et les vend; qui se montre d’une cruauté extrême envers ses serviteurs et qui frappe et dompte les bêtes — un tel homme est condamné.

Verse 79

मिथ्या प्रवदते वाचमाकर्णयति यः परैः । स्वामिद्रोही गुरुद्रोही मायावी चपलः शठः

Celui qui profère des paroles mensongères et les fait entendre aux autres—qui trahit son maître et son précepteur—est un être trompeur, instable, rusé, un scélérat.

Verse 80

यो भार्यापुत्रमित्राणि बालवृद्धकृशातुरान् । भृत्यानतिथिबंधूंश्च त्यक्त्वाश्नाति बुभुक्षितान्

Celui qui mange après avoir abandonné son épouse, ses enfants et ses amis, les jeunes, les vieillards, les amaigris et les malades—ainsi que ses serviteurs, ses hôtes et ses proches—alors qu’ils ont faim, commet une faute.

Verse 81

ये तु मृष्टं समश्नंति नो वांच्छंतं ददंति च । पृथक्पाकी स विज्ञेयो ब्रह्मवादिषु गर्हितः

Mais ceux qui mangent seuls des mets riches et bien apprêtés et ne donnent pas à celui qui demande—qu’on les sache “cuisiniers pour eux seuls”, blâmés parmi les connaisseurs de Brahman.

Verse 82

नियमान्स्वयमादाय ये त्यजंत्यजितेंद्रियाः । प्रव्रज्यागमिता यैश्च संयुक्ता ये च मद्यपैः

Ceux qui prennent d’eux-mêmes des observances religieuses mais, faute de maîtriser leurs sens, les abandonnent; ceux qui entrent en renoncement sous l’influence d’autrui; et ceux qui fréquentent les buveurs d’ivresses—tous sont blâmés ici.

Verse 83

ये चापि क्षयरोगार्तां गां पिपासा क्षुधातुराम् । न पालयंति यत्नेन ते गोघ्ना नारकाः स्मृताः

Et ceux qui, même lorsqu’une vache est atteinte d’un mal qui la consume et tourmentée par la soif et la faim, ne la protègent pas avec effort—sont tenus pour tueurs de vaches et voués à l’enfer.

Verse 84

सर्वपापरता ये च चतुष्पात्क्षेत्रभेदकाः । साधून्विप्रान्गुरूंश्चैव यश्च गां हि प्रताडयेत्

Ceux qui s’adonnent à toute sorte de péché; ceux qui profanent ou ravagent le pâturage des êtres à quatre pattes; et ceux qui frappent les saints, les brāhmaṇas et les gurus—oui, quiconque bat une vache—sont réputés coupables de fautes très lourdes.

Verse 85

ये ताडयंत्यदोषां च नारीं साधुपदेस्थिताम् । आलस्यबद्धसर्वांगो यः स्वपिति मुहुर्मुहुः

Ceux qui frappent une femme sans faute, établie dans la voie de la droiture; et celui dont tout le corps est enchaîné par la paresse et qui s’endort sans cesse, encore et encore—de tels êtres sont réprouvés.

Verse 86

दुर्बलांश्च न पुष्णंति नष्टान्नान्वेषयंति च । पीडयंत्यतिभारेण सक्षतान्वाहयंति च

Ils ne nourrissent pas les faibles et ne les soutiennent point; ils ne cherchent même pas ceux qui se sont perdus. Ils accablent autrui de fardeaux trop lourds et font porter des charges même aux blessés.

Verse 87

सर्वपापरता ये च संयुक्ता ये च भुंजते । भग्नांगीं क्षतरोगार्तां गोरूपां च क्षुधातुराम्

Ceux qui s’adonnent à toute sorte de péché, et ceux qui s’unissent à eux et prennent part à de tels actes, renaissent sous forme de vache : membres brisés, accablés de plaies et de maladies, tourmentés par la faim.

Verse 88

न पालयंति यत्नेन ते जना नारकाः स्मृताः । वृषाणां वृषणौ ये च पापिष्ठा घातयंति च

Ceux qui ne les protègent pas avec soin sont dits voués aux enfers; et les plus pécheurs sont ceux qui vont jusqu’à trancher les testicules des taureaux.

Verse 89

बाधयंति च गोवत्सान्महानारकिणो नराः । आशया समनुप्राप्तं क्षुत्तृषाश्रमपीडितम्

Et ces hommes—voués à d’effroyables enfers—tourmentent les veaux, même lorsqu’ils s’approchent avec espoir, accablés par la faim, la soif et l’épuisement.

Verse 90

ये चातिथिं न मन्यंते ते वै निरयगामिनः । अनाथं विकलं दीनं बालं वृद्धं भृशातुरम्

Ceux qui n’honorent pas l’hôte vont assurément en enfer; de même ceux qui méprisent l’être sans soutien : l’orphelin, l’infirme, le pauvre, l’enfant, le vieillard et le très affligé.

Verse 91

नानुकंपंति ये मूढास्ते यांति नरकार्णवम् । अजाविको माहिषिको यः शूद्रा वृषलीपतिः

Les insensés qui n’ont point de compassion vont à l’océan de l’enfer; de même le chevrier, le gardien de buffles, et l’homme Śūdra, époux d’une Vṛṣalī (femme de basse naissance).

Verse 92

शूद्रो विप्रस्य क्षत्रस्य य आचारेण वर्तते । शिल्पिनः कारवो वैद्यास्तथा देवलका नराः

Un Śūdra qui se comporte selon la conduite prescrite d’un brahmane ou d’un kṣatriya; de même les artisans, les ouvriers, les médecins, ainsi que les hommes au service des temples (devalakas).

Verse 93

भृतकामात्यकर्माणः सर्वे निरयगामिनः । यश्चोदितमतिक्रम्य स्वेच्छया आहरेत्करम्

Tous ceux qui agissent comme agents salariés et officiers par désir intéressé sont voués à l’enfer; et de même celui qui, outrepassant ce qui est prescrit, prélève l’impôt arbitrairement selon son bon plaisir.

Verse 94

नरकेषु स पच्येत यश्च दंडं वृथा नयेत् । उत्कोचकैरधिकृतैस्तस्करैश्च प्रपीड्यते

Celui qui inflige un châtiment en vain, sans juste cause, est cuit dans les enfers ; et il est encore tourmenté par des officiers vénaux et par des voleurs.

Verse 95

यस्य राज्ञः प्रजा राज्ये पच्यते नरकेषु सः । ये द्विजाः प्रतिगृह्णंति नृपस्य पापवर्तिनः

Le roi sous le règne duquel les sujets sont comme cuits—tourmentés—est lui-même voué au châtiment. Et les deux-fois-nés qui reçoivent des dons d’un roi pécheur deviennent participants à son péché.

Verse 96

प्रयांति तेपि घोरेषु नरकेषु न संशयः । पारदारिकचौराणां यत्पापं पार्थिवस्य च

Eux aussi, sans aucun doute, vont aux enfers terribles—il n’y a pas de doute—portant le même péché que les adultères et les voleurs, et aussi que le souverain qui abuse de son pouvoir.

Verse 97

भवत्यरक्षतो घोरो राज्ञस्तस्य परिग्रहः । अचौरं चौरवद्यश्च चौरं चाचौरवत्पुनः

Pour le roi qui ne protège pas, la perception des revenus devient un acte terrible : il traite l’innocent comme un voleur, et traite encore le voleur comme s’il n’en était pas un.

Verse 98

अविचार्य नृपः कुर्यात्सोऽपि वै नरकं व्रजेत् । घृततैलान्नपानादि मधुमांस सुरासवम्

Si le roi agit sans juste examen, lui aussi va sûrement en enfer—surtout dans les affaires de ghee, d’huile, de nourriture et de boisson, et autres choses semblables : miel, viande et boissons enivrantes.

Verse 99

गुडेक्षुक्षीरशाकादि दधिमूलफलानि च । तृणकाष्ठं पुष्पपत्रं कांस्यभाजनमेव च

De même, qu’on offre du jaggery, de la canne à sucre, du lait, des légumes et autres; du caillé, des racines et des fruits; de l’herbe et du bois à brûler; des fleurs et des feuilles; ainsi qu’un vase de bronze.

Verse 100

उपानच्छत्रकटक शिबिकामासनं मृदु । ताम्रं सीसं त्रपुकांस्यं शंखाद्यं च जलोद्भवम्

Chaussures souples, ombrelles, bracelets, palanquins et sièges; cuivre, plomb, étain, bronze; et la conque et autres objets nés des eaux—tels sont ceux qu’il faut entendre ici.

Verse 101

वादित्रं वेणुवंशाद्यं गृहोपस्करणानि च । ऊर्णाकार्पासकौशेय रंगपद्मोद्भवानि च

Des instruments de musique—tels ceux faits de bambou et semblables—ainsi que des ustensiles de maison; et encore des biens de laine, de coton et de soie, de même que des étoffes teintes et des produits issus des fleurs de lotus.

Verse 102

तूलं सूक्ष्माणिवस्त्राणि ये लोभेन हरंति च । एवमादीनि चान्यानि द्रव्याणि विविधानि च

Ceux qui, par avidité, dérobent du coton et des vêtements délicats, ainsi que d’autres biens variés de cette sorte—

Verse 103

नरकेषु द्रुतं गच्छेदपहृत्याल्पकान्यपि । यद्वा तद्वा परद्रव्यमपि सर्षपमात्रकम्

Celui qui vole—fût-ce une chose minime—se rend promptement aux enfers, même si le bien d’autrui dérobé n’est qu’infime, à peine gros comme une graine de moutarde.

Verse 104

अपहृत्य नरो याति नरके नात्र संशयः । बह्वल्पकाद्यपि तथा परस्य ममताकृतम्

L’homme qui dérobe va en enfer — il n’y a là aucun doute. Il en est de même, que l’objet soit grand ou petit, s’il appartient à autrui et qu’on le revendique comme « mien ».

Verse 105

अपहृत्य नरो याति नरके नात्र संशयः । एवमाद्यैर्नरः पापैरुत्क्रांतिसमनंतरम्

Après avoir volé, l’homme va en enfer — il n’y a là aucun doute. Par de tels péchés et d’autres semblables, aussitôt après la mort, il en subit le fruit.

Verse 106

शरीरघातनार्थाय पूर्वाकारमवाप्नुयात् । यमलोकं व्रजंत्येते शरीरस्था यमाज्ञया

Afin de frapper et d’abattre le corps, il reprend sa forme d’autrefois. Par l’ordre de Yama, ceux-ci, demeurant dans le corps, se rendent au royaume de Yama.

Verse 107

यमदूतैर्महाघोरैर्नीयमानाः सुदुःखिताः । देवतिर्यङ्मनुष्याणामधर्मनियतात्मनाम्

Poussés par les messagers de Yama, d’une horreur extrême, ils tombent dans une grande souffrance — ceux, parmi dieux, bêtes et humains, dont l’esprit est soumis à l’injustice (adharma).

Verse 108

धर्मराजः स्मृतः शास्ता सुघोरैर्विविधैर्वधैः । विनयाचारयुक्तानां प्रमादान्मलिनात्मनाम्

On se souvient de Dharmarāja comme du châtieur qui, par maints supplices d’une extrême rigueur, redresse les fautes dues à la négligence des cœurs souillés, même chez ceux qui, au dehors, semblent dotés de discipline et de bonne conduite.

Verse 109

प्रायश्चित्तैर्गुरुः शास्ता न च तैरीक्ष्यते यमः । पारदारिकचौराणामन्यायव्यवहारिणाम्

Pour de tels hommes, le guru devient le châtieur par les actes d’expiation (prāyaścitta), et par ces expiations Yama ne les regarde pas pour les punir : les adultères, les voleurs et ceux qui pratiquent des transactions injustes.

Verse 110

नृपतिः शासकः प्रोक्तः प्रच्छन्नानां च धर्मराट् । तस्मात्कृतस्य पापस्य प्रायश्चित्तं समाचरेत्

Le roi est proclamé gouvernant et, pour ceux qui agissent en secret, le souverain même du dharma. C’est pourquoi, pour tout péché commis, il faut accomplir dûment l’expiation.

Verse 111

नाभुक्तस्यान्यथा नाशः कल्पकोटिशतैरपि । यः करोति स्वयं कर्म कारयेद्वानुमोदयेत्

Pour celui qui n’a pas encore goûté le fruit de ses actes, il n’existe aucun autre moyen de l’anéantir, même en des centaines de crores de kalpas. Qu’on accomplisse l’acte soi-même, qu’on le fasse accomplir par autrui ou qu’on l’approuve, il faut en subir la conséquence.

Verse 112

कायेन मनसा वाचा तस्य चाधोगतिः फलम् । इति संक्षेपतः प्रोक्ताः पापभेदास्त्रिधाधुना

Par le corps, par l’esprit et par la parole : son fruit est une chute vers des états inférieurs. Ainsi, brièvement, les distinctions du péché ont été dites maintenant comme triples.

Verse 113

कथ्यंते गतयश्चित्रा नराणां पापकर्मणाम् । एतत्ते नृपते धर्म फलं प्रोक्तं सुविस्तरात्

On décrit les destinées diverses des hommes qui accomplissent des actes pécheurs. Ainsi, ô roi, le fruit du dharma t’a été exposé en très grand détail.

Verse 114

अन्यत्किंते प्रवक्ष्यामि तन्मे ब्रूहि नरोत्तम । अधर्मस्य फलं प्रोक्तं धर्मस्यापि वदाम्यहम्

Que puis-je encore t’expliquer ? Dis-le-moi, ô meilleur des hommes. J’ai exposé le fruit de l’adharma ; maintenant je dirai aussi le fruit du dharma.

Verse 115

इत्युक्त्वा मातलिस्तत्र राजानं सर्ववत्सलम् । तस्मिन्धर्मप्रसंगेन इत्याख्यातं महात्मना

Ayant dit cela, Mātali s’adressa là au roi, chéri de tous. Puis, au fil de cet entretien sur le dharma, le grand d’âme le raconta ainsi.