
The Vena Episode and the Sukalā Narrative: The Speaking Sow, Pulastya’s Curse, and Indra’s Appeal
Le chapitre s’ouvre sur la compassion envers une truie déchue, pourtant entièrement dévouée à ses petits. Fait prodigieux, elle parle un sanskrit raffiné; le roi et sa bien-aimée Sudevā l’interrogent sur son identité et sur le karma qui l’a conduite à cet état. Śūkarī déploie alors un récit à plusieurs niveaux : le grand chanteur Vidyādhara (Raṅgavidyādhara) rencontre le sage Pulastya sur le mont Meru, et une controverse naît entre la puissance du chant et la force du tapas, de la concentration ascétique et de la maîtrise des sens. Lorsque le chanteur trouble le brāhmaṇa en méditation, sous forme de sanglier, Pulastya le maudit et le voue à entrer dans le ventre d’une truie. Le maudit implore Indra; Śakra intervient auprès de Pulastya pour obtenir la levée de la malédiction. Le rishi accorde un pardon conditionnel selon la requête d’Indra, annonçant aussi un roi issu de la lignée de Manu, Ikṣvāku, comme élément de la résolution karmique. Le chapitre se clôt en passant à l’aveu de Śūkarī sur ses propres fautes passées, affirmant la loi de causalité morale à travers les renaissances.
Verse 1
षट्चत्वारिंशोऽध्यायः । सुकलोवाच । श्वसंतीं शूकरीं दृष्ट्वा पतितां पुत्रवत्सलाम् । सुदेवावकृपयाविष्टा गत्वा तां दुःखितां प्रति
Sukala dit : Voyant la truie Śvasaṃtī gisant à terre, si attachée à ses petits, Sudevā, saisie de compassion, s’avança vers cette affligée.
Verse 2
अभिषिच्य मुखं तस्याः शीतलेनोदकेन च । पुनः सर्वांगमेवापि दुःखितां रणशालिनीम्
Après avoir aspergé son visage d’une eau fraîche, il répandit de nouveau l’eau sur tout son corps : elle, aguerrie aux combats, était désormais accablée de douleur.
Verse 3
पुण्येन शीततोयेन सा उवाचाभिषिंचतीम् । उवाच मानुषीं वाचं सुस्वरं नृपतिप्रियाम्
Tandis qu’elle l’aspergeait d’une eau fraîche et méritoire, elle parla : des paroles humaines, d’une voix suave, agréable au roi.
Verse 4
सुखं भवतु ते देवि अभिषिक्ता त्वया यदि । संपर्काद्दर्शनात्तेद्य गतो मे पापसंचयः
Que le bonheur soit tien, ô Déesse. Si j’ai été consacré et purifié par toi, alors, par ton contact et par ta vision aujourd’hui, mon amas de péchés s’est dissipé.
Verse 5
तदाकर्ण्य महद्वाक्यमद्भुताकारसंयुतम् । चित्रमेतन्मया दृष्टं कृतं तेऽनामयं वचः
Ayant entendu cette grande parole, porteuse d’un sens merveilleux, il dit : « C’est prodigieux, je l’ai vu. Je t’ai adressé des mots sans mal, favorables au bien-être ».
Verse 6
पशुजातिमतीचेयं सौष्ठवं भाषते स्फुटम् । स्वरव्यंजनसंपन्नं संस्कृतमुत्तमं मम
Cette créature, bien que d’espèce animale, parle avec netteté et élégance, proférant mon sanskrit excellent, riche de voyelles et de consonnes.
Verse 7
हर्षेण विस्मयेनापि कृत्वा साहसमुत्तमम् । तत्रस्था सा महाभागा तं पतिं वाक्यमब्रवीत्
Remplie de joie et d’émerveillement, après avoir accompli une audace des plus extraordinaires, cette noble dame, demeurant là, adressa ces paroles à son époux.
Verse 8
पश्य राजन्नपूर्वेयं संस्कृतं भाषते महत् । पशुयोनिगता चेयं यथा वै मानुषो वदेत्
Vois, ô Roi : voici l’inouï ; bien que née d’un ventre animal, elle parle un sanskrit raffiné avec clarté, comme parlerait un humain.
Verse 9
तदाकर्ण्य ततो राजा सर्वज्ञानवतां वरः । अद्भुतमद्भुताकारं यन्न दृष्टं श्रुतं मया
L’ayant entendu, le roi—le premier parmi les sages—dit : «Merveille des merveilles, d’une forme stupéfiante, telle que je n’ai jamais vue ni même entendue !»
Verse 10
तामुवाच ततो राजा सुदेवां सुप्रियां तदा । पृच्छ चैनां शुभां कांते का चेयं तु भविष्यति
Alors le roi s’adressa à Sudevā, sa bien-aimée : «Ô belle, ma chère, interroge cette dame de bon augure : qui est-elle, et que deviendra-t-elle ?»
Verse 11
श्रुत्वा तु नृपतेर्वाक्यं सा पप्रच्छ च सूकरीम् । का भविष्यसि त्वं भद्रे चित्रं ते दृश्यते बहु
Entendant les paroles du roi, elle interrogea la truie : «Ô bonne dame, que deviendras-tu ? En toi l’on voit bien des choses étranges.»
Verse 12
पशुयोनिगता त्वं वै भाषसे मानुषं वचः । सौष्ठवं ज्ञानसंपन्नं वद मे पूर्वचेष्टितम्
Bien que tu sois entrée dans une matrice animale, tu parles une parole humaine, bien formée et pleine d’intelligence. Dis-moi tes actes d’autrefois.
Verse 13
भर्तुश्चापि महाराज भटस्यास्य महात्मनः । कोयं धर्मो महावीर्यो गतः स्वर्गं पराक्रमैः
Et aussi, ô grand roi, au sujet de l’époux de ce noble guerrier : quel fut le dharma par lequel ce héros puissant, par sa vaillance, atteignit le ciel ?
Verse 14
आत्मनश्च स्वभर्तुश्च सर्वं पूर्वानुगं वद । एवमुक्त्वा महाभागा विरराम नृपप्रिया
«Dis en entier tout ce qui s’est produit auparavant, au sujet de toi-même et de ton propre époux.» Ayant ainsi parlé, cette noble dame, chère au roi, se tut.
Verse 15
शूकर्युवाच । यदि पृच्छसि मां भद्रे ममास्य च महात्मनः । तत्सर्वं ते प्रवक्ष्यामि चरितं पूर्वचेष्टितम्
Śūkarī dit : Si tu m’interroges, ô dame de bon augure, sur moi et sur ce grand être, je te dirai tout : son récit et ses actes d’autrefois.
Verse 16
अयमेष महाप्राज्ञो गंधर्वो गीतपंडितः । रंगविद्याधरो नाम सर्वशास्त्रार्थकोविदः
Celui-ci même est un Gandharva d’une grande sagesse, maître du chant, nommé Raṅgavidyādhara, connaisseur du sens et de la portée de tous les śāstras.
Verse 17
मेरुं गिरिवरश्रेष्ठं चारुकंदरनिर्झरम् । तमाश्रित्य महातेजाः पुलस्त्यो मुनिसत्तमः
S’étant réfugié sur le Méru, le plus noble des monts, paré de belles grottes et de ruisseaux en cascade, le sage Pulastya, d’un éclat suprême, le meilleur des ṛṣi, y demeura.
Verse 18
तपश्चचार तेजस्वी निर्व्यलीकेन चेतसा । विद्याधरस्तत्र गतः स्वेच्छया स महाप्रभो
Ô puissant seigneur, le resplendissant accomplit des austérités, l’esprit sans tromperie; et un Vidyādhara s’y rendit de son plein gré.
Verse 19
तमाश्रित्य गिरिश्रेष्ठं गीतमभ्यसते तदा । स्वरतालसमोपेतं सुस्वरं चारुहासिनि
Alors, s’abritant auprès de ce mont suprême, elle s’exerça au chant, muni des notes et du rythme; à la voix suave, ô toi au beau sourire.
Verse 20
गीतं श्रुत्वा मुनिस्तस्य ध्यानाच्चलितमानसः । गायंतं तमुवाचेदं गीतविद्याधरं प्रति
Entendant son chant, le sage, l’esprit détourné de sa méditation, adressa ces paroles à ce Vidyādhara, maître de l’art musical, tandis qu’il continuait de chanter.
Verse 21
भवद्गीतेन दिव्येन देवा मुह्यंति नान्यथा । सुस्वरेण सुपुण्येन तालमानेन पंडित
Par ton chant divin, même les dieux sont envoûtés, et nullement autrement. Ô savant, tu chantes d’une belle voix, pleine de mérite, avec un rythme et une mesure parfaits.
Verse 22
लययुक्तेन भावेन मूर्च्छना सहितेन च । मे मनश्चलितं ध्यानाद्गीतेनानेन सुव्रत
Avec une expression pleine de rythme et accompagnée des modes mélodiques, ce chant a ébranlé mon esprit et l’a détourné de la méditation, ô toi aux vœux excellents.
Verse 23
इदं स्थानं परित्यज्य अन्यस्थानं व्रजस्व तत् । गीतविद्याधर उवाच । आत्मज्ञानसमं गीतमन्यस्थानं व्रजामि किम्
«Quitte ce lieu et va ailleurs.» Le Gīta-vidyādhara répondit : «Si ce chant est égal à la connaissance du Soi, pourquoi irais-je en un autre endroit ?»
Verse 24
दुःखं ददे न कस्यापि सुखदो नृषु सर्वदा । गीतेनानेन दिव्येन सर्वास्तुष्यंति देवताः
Qu’il ne donne de peine à personne ; parmi les hommes, qu’il soit toujours dispensateur de joie. Par cet hymne divin, toutes les divinités sont satisfaites.
Verse 25
शंभुश्चापि समानीतो गीतध्वनिरतो द्विज । गीतं सर्वरसं प्रोक्तं गीतमानंददायकम्
Ô brāhmane, Śambhu aussi fut appelé, tout absorbé par le son du chant. On dit que le chant contient toutes les saveurs (rasa), et que la musique donne la béatitude.
Verse 26
शृंगाराद्यारसाः सर्वे गीतेनापि प्रतिष्ठिताः । शोभामायांति गीतेन वेदाश्चत्वार उत्तमाः
Tous les rasas—à commencer par śṛṅgāra—s’établissent aussi par le chant. Par le chant, même les quatre Vedas sublimes acquièrent leur splendeur.
Verse 27
गीतेन देवताः सर्वास्तोषमायांति नान्यथा । तदेवं निन्दसे गीतं मामेवं परिचालयेः
Par le chant sacré, toutes les divinités sont comblées—par nul autre moyen. Et pourtant tu dénigres ainsi le chant ; ne me traite pas de la sorte.
Verse 28
अन्यायोऽयं महाभाग तवैव इह दृश्यते । पुलस्त्य उवाच । सत्यमुक्तं त्वयाद्यैव गीतार्थं बहुपुण्यदम्
«C’est une injustice, ô noble ; on voit ici que cela ne concerne que toi.» Pulastya dit : «Ce que tu viens de dire est assurément vrai ; le sens que tu as exprimé au sujet du chant est hautement méritoire.»
Verse 29
शृणु त्वं मामकं वाक्यं मानं त्यज महामते । नाहं गीतं प्रकुत्सामि गीतं वंदामि नान्यथा
Écoute mes paroles, ô grand d’esprit ; renonce à l’orgueil. Je ne méprise pas le chant ; au contraire, je vénère le chant—jamais autrement.
Verse 30
विद्याश्चतुर्दशैवैता एकीभावेन भावदाः । प्राणिनां सिद्धिमायांति मनसा निश्चलेन च
Ces quatorze branches du savoir, lorsqu’elles sont unies en une seule vision, deviennent dispensatrices de la vraie réalisation ; et, par un mental stable et inébranlable, les êtres atteignent l’accomplissement spirituel.
Verse 31
तपश्च तद्वन्मंत्राश्च सुसिद्ध्यंत्येकचिंतया । हृषीकाणां महावर्गश्चपलो मम संमतः
L’austérité—et de même les mantras—parviennent à la parfaite réussite par une contemplation unifiée. Mais la grande multitude des sens, selon moi, est agitée et changeante.
Verse 32
विषयेष्वेव सर्वेषु नयत्यात्मानमुच्चकैः । चालयित्वा मनस्तस्माद्ध्यानादेव न संशयः
Il pousse avec force l’âme vers tous les objets des sens. C’est pourquoi, après avoir affermi l’esprit et l’en avoir détourné, qu’on s’adonne uniquement à la méditation—sans aucun doute.
Verse 33
यत्र शब्दं न रूपं च युवती नैव तिष्ठति । मुनयस्तत्र गच्छंति तपःसिद्ध्यर्थमेव हि
Là où ne se trouvent ni son qui trouble ni forme séduisante, et où n’habite aucune jeune femme, là se rendent les sages, certes, uniquement pour obtenir l’accomplissement de l’ascèse (tapas).
Verse 34
अयं गीतः पवित्रस्ते बहुसौख्यप्रदायकः । न पश्येम वयं वीर तिष्ठामो वनसंस्थिताः
Ce chant qui est le tien est sacré et prodigue une grande félicité. Pourtant, ô héros, nous ne pouvons te voir, car nous demeurons établis dans la forêt.
Verse 35
अन्यत्स्थानं प्रयाहि त्वं नोवा वयं व्रजामहे । गीतविधाधर उवाच । इंद्रियाणां बलं वर्गं जितं येन महात्मना
«Va en un autre lieu; sinon, nous partirons.» Gītavidhādhara dit : «Par ce grand être, la puissante troupe des sens a été vaincue.»
Verse 36
स जयी कथ्यते योगी स च वीरः ससाधकः । शब्दं श्रुत्वाथ वा दृष्ट्वा रूपमेवं महामते
Ce yogin est dit vainqueur; il est vraiment un héros, un véritable sādhaka. Ô grand d’esprit, qu’il entende un son ou qu’il voie une forme, il demeure ainsi inébranlable.
Verse 37
चलते नैव यो ध्यानात्स धीरस्तपसाधकः । भवांस्तु तेजसा हीन इंद्रियैर्विजितो यतः
Celui qui ne chancelle pas hors de la méditation est ferme et accomplit vraiment l’ascèse. Mais toi, privé d’éclat intérieur, tu es donc dominé par les sens.
Verse 38
स्वर्गेपि नास्ति सामर्थ्यं मम गीतस्य धर्षणे । वर्जयंति वनं सर्वे हीनवीर्या न संशयः
Même au ciel, il n’est point de force capable de soutenir l’élan de mon chant. Tous ceux qui manquent de vaillance évitent la forêt, sans aucun doute.
Verse 39
अयं साधारणो विप्र वनदेशो न संशयः । देवानां सर्वजीवानां यथा मम तथा तव
Ô brāhmane, cette contrée de forêt est commune à tous, sans aucun doute. Pour les dieux et pour tous les êtres, elle est autant à moi qu’à toi.
Verse 40
कथं गच्छाम्यहं त्यक्त्वा वनमेवमनुत्तमम् । यूयं गच्छंतु तिष्ठंतु यद्भव्यं तत्तु नान्यथा
Comment pourrais-je partir en abandonnant cette forêt si excellente, sans pareille ? Allez, ou demeurez ; ce qui est destiné adviendra, et il ne peut en être autrement.
Verse 41
एवमाभाष्य तं विप्रं गीतविद्याधरस्तदा । समाकर्ण्य ततस्तेन मुनिना तस्य उत्तरम्
Après avoir ainsi parlé à ce brāhmane, le Vidyādhara versé dans le chant écouta alors avec attention la réponse donnée par ce sage.
Verse 42
चिंतयामास मेधावी किं कृत्वा सुकृतं भवेत् । क्षमां कृत्वा जगामाथ अन्यत्स्थानं द्विजोत्तमः
Le brāhmane sage réfléchit : «Par quel acte le mérite peut-il naître ?» Puis, après avoir accordé le pardon, le meilleur des deux-fois-nés se rendit en un autre lieu.
Verse 43
तपश्चचार धर्मात्मा योगासनगतः सदा । कामं क्रोधं परित्यज्य मोहं लोभं तथैव च
Cet être à l’âme droite accomplit des austérités, toujours établi dans une posture yogique ; il renonça au désir et à la colère, ainsi qu’à l’illusion et à l’avidité.
Verse 44
सर्वेन्द्रियाणि संयम्य मनसा सममेव च । एवं स्थितस्तदा योगी पुलस्त्यो मुनिसत्तमः
Ayant maîtrisé tous les sens et rendu l’esprit parfaitement égal, le yogin Pulastya, le meilleur des sages, demeura alors établi en cet état.
Verse 45
सुकलोवाच । गते तस्मिन्महाभागे पुलस्त्ये मुनिपुंगवे । कालादिष्टेन तेनापि गीतविद्याधरेण च
Sukala dit : Lorsque Pulastya, si fortuné, le premier des sages, fut parti, lui aussi — le Vidyādhara expert en chant — se mit en route, selon ce que prescrivait le Temps (le destin).
Verse 46
इति श्रीपद्मपुराणे भूमिखंडे वेनोपाख्याने सुकलाचरित्रे । षट्चत्वारिंशोऽध्यायः
Ainsi s’achève le quarante-sixième chapitre —le récit de Vena et l’histoire de Sukalā— dans le Bhūmi-khaṇḍa du Śrī Padma Purāṇa.
Verse 47
ज्ञात्वा पद्मात्मजसुतमेकांतवनशालिनम् । गतो वराहरूपेण तस्याश्रममनुत्तमम्
Ayant appris l’existence du fils du fils du Né-du-Lotus, qui demeurait dans une forêt solitaire, il s’y rendit—revêtant la forme d’un sanglier—vers cet āśrama sans égal.
Verse 48
आसनस्थं महात्मानं तेजोज्वालासमाविलम् । दृष्ट्वा चकार वै क्षोभं तस्य विप्रस्य भामिनि
Ô femme ardente, voyant ce brāhmaṇa à la grande âme assis sur son siège, enveloppé d’un brasier d’éclat lumineux, elle fut réellement bouleversée.
Verse 49
धर्षयेन्नियतं विप्रं तुंडाग्रेण कुचेष्टया । पशुं ज्ञात्वा महाराज क्षमते तस्य दुष्कृतम्
Si un brāhmaṇa maître de lui-même est outragé—par la pointe d’un bec et par un geste lubrique—alors, ô grand roi, sachant l’offenseur simple bête, il pardonne cette faute.
Verse 50
मूत्रयेत्पुरतः कृत्वा विष्ठां च कुरुते ततः । नृत्यते क्रीडते तत्र पतति प्रोच्चलेत्पुनः
Il urine devant; puis il défèque aussi. Là, il danse et s’ébat; il tombe, puis se relève de nouveau.
Verse 51
पशुं ज्ञात्वा परित्यक्तो मुनिना तेन भूपते । एकदा तु तथायाते तेन रूपेण वै पुनः
Ô roi, le sage, le reconnaissant pour une bête, l’abandonna. Pourtant, une fois encore, lorsqu’il revint de la même manière, il reparut sous cette même forme.
Verse 52
अट्टाट्टहासेन पुनर्हास्यमेवं कृतं तदा । रोदनं च कृतं तत्र गीतं गायति सुस्वरम्
Alors, dans de grands éclats de rire, il se remit à agir d’une manière comique ; là même il versa des larmes, puis chanta un chant d’une voix suave.
Verse 53
तथा तमागतं विप्रो गीतविद्याधरं नृप । चेष्टितं तस्य वै दृष्ट्वा घोणिरेष भवेन्नहि
Ô Roi, le brāhmaṇa vit arriver ce maître du chant, tel un Gandharva ; et, voyant sa conduite, il comprit : «Ce ne peut être Ghoṇi».
Verse 54
ज्ञात्वा तस्य तु वृत्तांतं मामेवं परिचालयेत् । पशुं ज्ञात्वा मया त्यक्तो दुष्ट एष सुनिर्घृणः
«Ayant appris sa conduite, qu’il ne me traite pas ainsi. Le sachant brute, je l’ai abandonné : il est mauvais et sans la moindre compassion».
Verse 55
एवं ज्ञात्वा महात्मानं गंधर्वाधममेव हि । चुकोप मुनिशार्दूलस्तं शशाप महामतिः
Ainsi, comprenant que le prétendu «grand être» n’était en vérité qu’un Gandharva des plus vils, le tigre parmi les sages s’emporta ; et ce grand esprit le maudit.
Verse 56
यस्माच्छूकररूपेण मामेवं परिचालयेः । तस्माद्व्रज महापाप पापयोनिं तु शौकरीम्
«Puisque, sous la forme d’un sanglier, tu m’as ainsi tourmenté, va donc, grand pécheur : entre dans une matrice de faute, dans la naissance d’une truie».
Verse 57
शप्तस्तेनापि विप्रेण गतो देवं पुरंदरम् । तमुवाच महात्मानं कंपमानो वरानने
Maudit par ce brāhmane, il se rendit auprès du dieu Purandara (Indra). Tremblant, ô toi au visage gracieux, il s’adressa à ce seigneur magnanime.
Verse 58
शृणु वाक्यं सहस्राक्ष तव कार्यं कृतं मया । तप एव हि कुर्वन्सन्दारुणं मुनिपुंगवः
Écoute mes paroles, ô Mille-Yeux : j’ai accompli ce que tu demandais. Car le plus éminent des sages pratique des austérités sévères et pénibles.
Verse 59
तस्मात्तपःप्रभावात्तु चालितः क्षोभितो मया । शप्तस्तेनास्मि विप्रेण देवरूपं प्रणाशितम्
Ainsi, par la puissance de ses austérités, j’ai été ébranlé et troublé par lui. Ce brāhmane m’a maudit, et ma forme divine a été anéantie.
Verse 60
पशुयोनिं गतं शक्र मामेवं परिरक्षय । ज्ञात्वा तस्य स वृत्तांतं गीतविद्याधरस्य च
«Ô Śakra (Indra), je suis tombé dans une naissance animale : protège-moi ainsi.» Ayant compris son récit, ainsi que l’histoire de ce chanteur parmi les Vidyādharas, il agit en conséquence.
Verse 61
तेन सार्धंगतश्चेंद्रस्तं मुनिं पर्यभाषत । दीयतामनुग्रहो नाथ सिद्धिज्ञोसि द्विजोत्तम
L’accompagnant, Indra s’approcha de ce sage et lui dit : «Ô Seigneur, accorde ta faveur. Ô meilleur des deux-fois-nés, tu connais les siddhis, les accomplissements spirituels.»
Verse 62
क्षम्यतां मुनिवर्यास्मिन्क्रियतां शापमोक्षणम् । इति संप्रार्थितो विप्रो महेंद्रेणाह हृष्टधीः
«Ô le plus excellent des sages, pardonne-moi et accorde la délivrance de la malédiction.» Ainsi imploré par Mahendra, le brāhmane répondit l’esprit réjoui.
Verse 63
पुलस्त्य उवाच । वचनात्तव देवेश क्षंतव्यं च मयापि हि । भविष्यति महाराज मनुपुत्रो महाबलः
Pulastya dit : «Ô Seigneur des dieux, selon ta parole, moi aussi je dois pardonner. Ô grand roi, il naîtra un fils de Manu, d’une grande puissance.»
Verse 64
इक्ष्वाकुर्नाम धर्मात्मा सर्वधर्मानुपालकः । तस्य हस्ताद्यदा मृत्युरस्यैव च भविष्यति
Il y eut un roi à l’âme droite nommé Ikṣvāku, observateur de tous les dharmas. Quand la mort viendra à lui, elle viendra de sa propre main.
Verse 65
तदैष वै स्वकं देहं प्राप्स्यते नात्र संशयः । एतत्ते सर्ववृत्तांतं शूकरस्य निवेदितम्
Alors, assurément, il retrouvera son propre corps—il n’y a là aucun doute. Ainsi t’a été rapporté tout le récit du sanglier.
Verse 66
आत्मनश्च प्रवक्ष्यामि पत्या सार्धं शृणुष्व हि । मया च पातकं घोरं कृतं यत्पापया पुरा
Je parlerai aussi de moi-même—écoute, avec mon époux. Jadis, moi, pécheresse, j’ai commis une faute terrible.