
Episode of King Vena: Deceptive Doctrine, Compassion, and the Contest over Dharma
Les ṛṣi demandent comment le roi Vena, jadis noble d’âme, a pu devenir pécheur. Le récit met alors en lumière l’efficacité d’une malédiction et la chute morale progressive de Vena. Un ascète trompeur, portant les insignes du mendiant, s’approche de lui. Vena l’interroge sur son nom, le dharma, le Veda, l’austérité et la vérité; mais le visiteur—Pātaka, le Péché personnifié—se fait passer pour maître et prêche une voie qui rejette les rites védiques fondamentaux: svāhā et svadhā, le śrāddha et le sacrifice. Il propose une vision matérialiste du corps et du soi, et tourne en dérision les offrandes aux ancêtres. Le débat s’envenime autour du sacrifice animal et de la définition du vrai dharma. Il est finalement réaffirmé que la compassion et la protection des êtres sont des marques indispensables du dharma, et que le mépris de Vena pour le Veda et la dāna (charité) provient des enseignements répétés du trompeur pécheur.
Verse 1
। ऋषय ऊचुः । एवं वेनस्य चैवासीत्सृष्टिरेव महात्मनः । धर्माचारं परित्यज्य कथं पापमतिर्भवेत्
Les sages dirent : «Si telle était vraiment la nature même du magnanime Vena, comment, après avoir abandonné la conduite juste, put-il en venir à une pensée pécheresse ?»
Verse 2
सूत उवाच । ज्ञानविज्ञानसंपन्ना मुनयस्तत्त्ववेदिनः । शुभाशुभं वदंत्येवं तन्न स्यादिह चान्यथा
Sūta dit : Les munis, comblés de connaissance et de discernement réalisé, connaisseurs de la réalité, déclarent ainsi ce qui est propice et ce qui ne l’est pas ; ici, il ne peut en être autrement.
Verse 3
तप्यमानेन तेनापि सुशंखेन महात्मना । दत्तः शापः कथं विप्रा न यथावच्च जायते
Ô brāhmanes, comment la malédiction proférée par le magnanime Suśaṅkha, bien qu’il fût lui-même en austérités, pourrait-elle ne pas s’accomplir selon l’ordre juste ?
Verse 4
वेनस्य पातकाचारं सर्वमेव वदाम्यहम् । तस्मिञ्छासति धर्मज्ञे प्रजापाले महात्मनि
Je raconterai entièrement la conduite pécheresse de Vena—comment elle advint—alors que régnait ce magnanime protecteur des sujets, connaisseur du dharma.
Verse 5
पुरुषः कश्चिदायातश्छद्म लिंगधरस्तदा । नग्नरूपोवमहाकायःवशिरोमुंडो महाप्रभः
Alors vint un homme, portant les insignes mensongers d’un ascète ; il paraissait nu, d’un corps immense, la tête rasée, et rayonnait d’un grand éclat.
Verse 6
मार्जनीं शिखिपत्राणां कक्षायां स हि धारयन् । गृहीतं पानपात्रं तु नालिकेरमयं करे
Il portait à son flanc un balai de plumes de paon, et tenait en sa main un vase à boire fait d’une coque de noix de coco.
Verse 7
पठमानो ह्यसच्छास्त्रं वेदधर्मविदूषकम् । यत्र वेनो महाराजस्तत्रायातस्त्वरान्वितः
Et, récitant un faux traité qui souille le dharma védique, il se hâta d’aller là où se trouvait le roi Vena.
Verse 8
सभायां तस्य वेनस्य प्रविवेश स पापवान् । तं दृष्ट्वा समनुप्राप्तं वेनः प्रश्नं तदाकरोत्
Cet homme pécheur entra dans l’assemblée de Véna. Le voyant arriver, Véna lui posa alors une question.
Verse 9
भवान्को हि समायात ईदृग्रूपधरो मम । सभायां वर्तमानस्य पुरः कस्मात्समागतः
Qui es-tu donc, toi qui es venu ici sous une telle apparence ? Alors que je siège dans l’assemblée, pour quelle raison t’es-tu présenté devant moi ?
Verse 10
को वेषः किं नु ते नाम को धर्मः कर्म ते वद । को वेदस्ते क आचारः किं तपः का प्रभावना
Quel est ton vêtement, et quel est, en vérité, ton nom ? Dis-moi : quel est ton dharma et quels sont tes devoirs ? Quel est ton Véda, quelle est ta conduite, quelle est ton austérité, et quelle est ta puissance spirituelle ?
Verse 11
किं ज्ञानं कः प्रभावस्ते किं सत्यं धर्मलक्षणम् । तत्त्वं सर्वं समाचक्ष्व ममाग्रे सत्यमेव च
Qu’est-ce que la connaissance, et quelle est ta véritable puissance ? Qu’est-ce que la vérité, et quel est le signe qui définit le dharma ? Expose devant moi tous les principes du réel, et ne dis que la vérité.
Verse 12
श्रुत्वा वेनस्य तद्वाक्यं पापो वाक्यमुदाहरत् । पातक उवाच । करोष्येवं वृथा राज्यं महामूढो न संशयः
Ayant entendu ces paroles de Véna, le Péché répondit. Pātaka dit : «Ainsi tu régneras en vain ; sans nul doute, tu es un grand insensé».
Verse 13
अहं धर्मस्य सर्वस्वमहं पूज्यतमोसुरैः । अहं ज्ञानमहं सत्यमहं धाता सनातनः
Je suis l’essence même du Dharma ; je suis le plus digne d’adoration, même pour les asuras. Je suis la Connaissance ; je suis la Vérité ; je suis l’Éternel Soutien et Ordonnateur.
Verse 14
अहं धर्मं अहं मोक्षः सर्वदेवमयो ह्यहम् । ब्रह्मदेहात्समुद्भूतः सत्यसंधोऽस्मि नान्यथा
Je suis le Dharma ; je suis la Mokṣa. En vérité, j’incarne tous les dieux. Né du corps même de Brahmā, je demeure ferme dans la vérité — il n’en est pas autrement.
Verse 15
जिनरूपं विजानीहि सत्यधर्मकलेवरम् । मामेव हि प्रधावंति योगिनो ज्ञानतत्पराः
Sache que la forme du Jina est un corps de vérité et de droiture ; car les yogins, voués à la connaissance, accourent en vérité vers Moi seul.
Verse 16
वेन उवाच । तवैव कीदृशं कर्म किं ते दर्शनमेव च । किमाचारो वदस्वैहि इत्युक्तं तेन भूभुजा
Vena dit : «Quels actes accomplis-tu ? Quelle est, en vérité, ta doctrine ? Et quelle est ta conduite ? Dis-le-moi ici.» Ainsi fut-il questionné par ce roi.
Verse 17
पातक उवाच । अर्हंतो देवता यत्र निर्ग्रंथो दृश्यते गुरुः । दया चैव परो धर्मस्तत्र मोक्षः प्रदृश्यते
Pātaka dit : «Là où les Arhats sont vénérés comme des divinités, là où l’on voit un Nirgrantha comme maître spirituel, et là où la compassion seule est tenue pour le dharma suprême, là se manifeste la délivrance».
Verse 18
दर्शनेस्मिन्न संदेह आचारान्प्रवदाम्यहम् । यजनं याजनं नास्ति वेदाध्ययनमेव च
Dans cet enseignement, nul doute : je vais exposer les observances justes. Il n’y a ni offrande sacrificielle ni service d’officiant ; seul l’étude du Véda est prescrite.
Verse 19
नास्ति संध्या तपो दानं स्वधास्वाहाविवर्जितम् । हव्यकव्यादिकं नास्ति नैव यज्ञादिका क्रिया
Sans les formules « svadhā » et « svāhā », il n’y a ni culte de Sandhyā, ni austérité, ni don; il n’y a ni oblations destinées aux dieux ou aux ancêtres, ni même aucun acte rituel tel que le sacrifice.
Verse 20
पितॄणां तर्पणं नास्ति नातिथिर्वैश्वदेविकम् । क्षपणस्य वरा पूजा अर्हतो ध्यानमुत्तमम्
Pour le kṣapaṇa, il n’y a ni libations aux ancêtres, ni accueil des hôtes, ni rite de vaiśvadeva. Son culte le plus haut est le service révérencieux le plus pur, et la pratique suprême est la méditation sur le Digne, l’Arhat.
Verse 21
अयं धर्मसमाचारो जैनमार्गे प्रदृश्यते । एतत्ते सर्वमाख्यातं निजधर्मस्यलक्षणम्
Ce code de conduite religieuse se voit sur la voie jaïne. Ainsi t’ai-je pleinement exposé les signes distinctifs de son propre dharma.
Verse 22
वेन उवाच । वेदप्रोक्तो यथा धर्मो यत्र यज्ञादिकाः क्रियाः । पितॄणां तर्पणं श्राद्धं वैश्वदेवं न दृश्यते
Vena dit : «Là où se trouve le dharma enseigné par le Véda et où l’on accomplit des rites tels que les sacrifices, on n’y voit ni libations aux ancêtres, ni offrandes de śrāddha, ni rite de vaiśvadeva».
Verse 23
न दानं तप एवास्ति क्वास्ते धर्मस्य लक्षणम् । वद सत्यं ममाग्रे तु दयाधर्मं च कीदृशम्
S’il n’y a ni don ni austérité, où donc sont les signes de ton dharma ? Dis la vérité devant moi : quel dharma de compassion est-ce là ?
Verse 24
पातक उवाच । पंचतत्त्वप्रवृद्धोयं प्राणिनां काय एव च । आत्मा वायुस्वरूपोयं तेषां नास्ति प्रसंगता
Pātaka dit : «Le corps des êtres vivants est bien constitué et développé à partir des cinq éléments. Mais l’ātman est de nature aérienne ; ainsi, entre lui et le corps, il n’y a pas de véritable lien.»
Verse 25
यथा जलेषु भूतानामपिसंगमवेहि तत् । जायते बुद्बुदाकारं तद्वद्भूतसमागमः
De même que, dans l’eau, le rassemblement des êtres est connu pour prendre la forme d’une bulle, de même la rencontre des êtres incarnés n’est qu’une conjonction brève, pareille à une bulle.
Verse 26
पृथ्वीभावो रजःस्थस्तु चापस्तत्रैव संस्थिताः । ज्योतिस्तत्र प्रदृश्येत सुवायुर्वर्तते त्रिषु
Le principe de la terre demeure dans le rajas, et les eaux y sont aussi établies. Là se manifeste le feu (la lumière), et le bon vent circule au sein des trois.
Verse 27
आकाशमावृणोत्पश्चाद्बुद्बुदत्वं प्रजायते । अप्सुमध्ये प्रभात्येव सुतेजो वर्तुलं वरम्
Puis cela s’étend et recouvre le ciel, et l’état de bulle naît ; au milieu des eaux cela resplendit : une forme circulaire, excellente et lumineuse.
Verse 28
क्षणमात्रं प्रदृश्येत क्षणान्नैव च दृश्यते । तद्वद्भूतसमायोगः सर्वत्र परिदृश्यते
Il n’apparaît qu’un instant, et l’instant d’après on ne le voit déjà plus. Ainsi, l’assemblage des bhūta (éléments) se voit partout comme un phénomène passager.
Verse 29
अंतकाले प्रयात्यात्मा पंच पंचसु यांति ते । मोहमुग्धास्ततो मर्त्या वर्तंते च परस्परम्
À l’heure de la mort, l’ātman s’en va; et les cinq (éléments/sens) retournent chacun à leurs cinq correspondants. Égarés par la moha, les mortels continuent de tourner les uns avec les autres, enlacés réciproquement.
Verse 30
श्राद्धं कुर्वंति मोहेन क्षयाहे पितृतर्पणम् । क्वास्ते मृतः समश्नाति कीदृशोऽसौ नृपोत्तम
Par égarement, les gens accomplissent le śrāddha et le tarpaṇa aux pitṛs au jour de kṣaya (amāvasyā). Où donc le défunt s’assied-il pour prendre cette offrande ? Et quel homme est-il, ô meilleur des rois ?
Verse 31
किं ज्ञानं कीदृशं कायं केन दृष्टं वदस्व नः । मिष्टान्नं भोजयित्वा च तृप्ता यांति च ब्राह्मणाः
Dites-nous : quel est ce savoir, quelle est cette forme (ce corps), et par qui fut-elle vue ? Et après avoir nourri les brāhmaṇas de mets doux, eux aussi s’en vont rassasiés.
Verse 32
कस्य श्राद्धं प्रदीयेत सा तु श्रद्धा निरर्थिका । अन्यदेवं प्रवक्ष्यामि वेदानां कर्म दारुणम्
À qui donc devrait-on offrir le śrāddha ? Une telle foi serait vaine. J’exposerai une autre chose : un devoir rituel austère et redoutable, enseigné par les Veda.
Verse 33
यदातिथिर्गृहे याति महोक्षं पचते द्विजः । अजं वा राजराजेंद्र अतिथिं परिभोजयेत्
Lorsqu’un hôte vient à la maison, l’homme deux fois né doit faire cuire un buffle —ou, à défaut, une chèvre, ô le meilleur des rois— et nourrir l’hôte avec honneur.
Verse 34
अश्वमेधमखे अश्वं गोमेधे वृषमेव च । नरमेधे नरं राजन्वाजपेये तथा ह्यजान्
Dans le sacrifice de l’Aśvamedha, on offre un cheval ; dans le Gomedha, un taureau ; dans le Naramedha, un homme ; et de même, ô roi, dans le Vājapeya, on offre des chèvres.
Verse 35
राजसूये महाराज प्राणिनां घातनं बहु । पुंडरीके गजं हन्याद्गजमेधेऽथ कुंजरम्
Ô grand roi, dans le Rājasūya il y a grand abattage d’êtres vivants. Dans le rite Puṇḍarīka on met à mort un éléphant, et de même, dans le sacrifice du Gajamedha, un éléphant.
Verse 36
सौत्रामण्यां पशुं मेध्यं मेषमेव प्रदृश्यते । नानारूपेषु सर्वेषु श्रूयतां नृपनंदन
Dans le rite Sautrāmaṇī, l’animal sacrificiel apte et pur apparaît être le bélier seul. Bien qu’on parle de formes diverses, écoute l’exposé entier, ô fils de roi.
Verse 37
इति श्रीपद्मपुराणे पंचपंचाशत्सहस्रसंहितायां भूमिखंडे । वेनोपाख्याने सप्तत्रिंशोऽध्यायः
Ainsi s’achève le trente-septième chapitre, « l’Épisode de Vena », dans le Bhūmi-khaṇḍa du Śrī Padma Purāṇa, au sein de la compilation de cinquante-cinq mille vers.
Verse 38
ज्ञेयं तदन्नमुच्छिष्टं क्रियते भूरिभोजनम् । अत्यंतदोषहीनांस्तान्हिंसंति यन्महामखे
Sache que l’on tient pour « reste impur » la nourriture qui pousse à l’excès de manger ; car, dans ce grand sacrifice, ils finissent par blesser ceux qui sont entièrement sans faute.
Verse 39
तत्र किं दृश्यते धर्मः किं फलं तत्र भूपते । पशूनां मारणं यत्र निर्दिष्टं वेदपंडितैः
Quelle justice sacrée y voit‑on, ô roi, et quel fruit spirituel peut‑il en naître, là où la mise à mort des animaux est prescrite par des savants versés dans les Veda ?
Verse 40
तस्माद्विनष्टधर्मं च न पुण्यं मोक्षदायकम् । दयां विना हि यो धर्मः स धर्मो विफलायते
Ainsi, le mérite privé de dharma ne donne pas la délivrance. En vérité, tout devoir religieux accompli sans compassion—un tel dharma devient sans fruit.
Verse 41
जीवानां पालनं यत्र तत्र धर्मो न संशयः । स्वाहाकारः स्वधाकारस्तपः सत्यं नृपोत्तम
Là où l’on protège les êtres vivants, là—sans aucun doute—se tient le dharma. L’énonciation de « svāhā », celle de « svadhā », l’austérité et la véracité (sont aussi dharma), ô meilleur des rois.
Verse 42
दयाहीनं चापलं स्यान्नास्ति धर्मस्तु तत्र हि । एते वेदा न वेदाः स्युर्दया यत्र न विद्यते
Là où la compassion fait défaut, l’inconstance surgit, et en un tel lieu il n’y a vraiment pas de dharma. Même les Veda ne seraient pas des Veda là où la compassion n’existe pas.
Verse 43
दयादानपरो नित्यं जीवमेव प्ररक्षयेत् । चांडालोऽप्यथ शूद्रो वा स वै ब्राह्मण उच्यते
Celui qui demeure sans cesse voué à la compassion et au don, et qui protège réellement les êtres vivants—fût-il Caṇḍāla ou Śūdra—celui-là est véritablement nommé brāhmaṇa.
Verse 44
ब्राह्मणो निर्दयो यो वै पशुघातपरायणः । स वै सुनिर्दयः पापी कठिनः क्रूरचेतनः
Le brāhmaṇa sans pitié, voué à l’abattage des animaux, est en vérité d’une cruauté extrême : pécheur, au cœur dur, à l’esprit farouche.
Verse 45
वंचकैः कथितो वेदो यो वेदो ज्ञानवर्जितः । यत्र ज्ञानं भवेन्नित्यं तत्र वेदः प्रतिष्ठति
Ce que des trompeurs nomment « Veda »—tout « Veda » privé de la vraie connaissance—n’est pas réellement Veda. Là où demeure une connaissance constante, là le Veda est solidement établi.
Verse 46
दयाहीनेषु वेदेषु विप्रेषु च महामते । नास्ति सत्यं क्रिया तत्र वेदविप्रेषु वै तदा
Ô grand d’esprit, lorsque les Vedas et les brāhmaṇas sont dépourvus de compassion, alors il n’y a là ni vérité ni juste pratique du dharma, dans de tels Vedas et de tels brāhmaṇas.
Verse 47
वेदा न वेदा राजेंद्र ब्राह्मणाः सत्यवर्जिताः । दानस्यापि फलं नास्ति तस्माद्दानं न दीयते
Ô roi, les Vedas sont comme s’ils n’étaient pas Vedas lorsque les brāhmaṇas sont privés de vérité. Alors même le don ne porte aucun fruit ; c’est pourquoi, en pareil cas, nul présent ne doit être offert.
Verse 48
यथा श्राद्धस्य वै चिह्नं तथा दानस्य लक्षणम् । जिनस्यापि च यद्धर्मं भुक्तिमुक्तिप्रदायकम्
De même que le śrāddha accompli selon la règle porte des signes certains, de même la dāna (charité) authentique a ses marques; ainsi, le dharma enseigné par le Jina est ce qui accorde à la fois la jouissance en ce monde et la délivrance.
Verse 49
तवाग्रेऽहं प्रवक्ष्यामि बहुपुण्यप्रदायकम् । आदौ दया प्रकर्तव्या शांतभूतेन चेतसा
Devant toi, je vais exposer ce qui confère d’abondants mérites. Avant tout, il faut pratiquer la compassion, avec un esprit paisible et tranquille.
Verse 50
आराधयेद्धृदा देवं जिनं येन चराचरम् । मनसा शुद्धभावेन जिनमेकं प्रपूजयेत्
Du fond du cœur, qu’on adore ce Jina divin par qui le monde du mobile et de l’immobile est soutenu; avec un esprit purifié et une intention sincère, qu’on vénère le Jina unique, lui seul.
Verse 51
नमस्कारः प्रकर्तव्यस्तस्य देवस्य नान्यथा । मातापित्रोस्तु वै पादौ कदा नैव प्रवंदयेत्
L’hommage et la prosternation doivent être rendus à cette seule Divinité, et non autrement; toutefois, jamais, en aucun temps, on ne doit manquer de se prosterner aux pieds de sa mère et de son père.
Verse 52
अन्येषामपि का वार्ता श्रूयतां राजसत्तम । वेन उवाच । एते विप्राश्च आचार्या गंगाद्याः सरितस्तथा
«À quoi bon parler des autres ? Écoute, ô meilleur des rois.» Vena dit : «Voici les brāhmanes et les maîtres, et de même les rivières, à commencer par la Gaṅgā.»
Verse 53
वदंति पुण्यतीर्थानि बहुपुण्यप्रदानि च । तत्किं वदस्व सत्यं मे यदि धर्ममिहेच्छसि
On dit que les lieux saints de pèlerinage accordent un mérite surabondant. Dis-moi donc en vérité : qu’est-ce donc, si c’est le dharma que tu cherches ici ?
Verse 54
पातक उवाच । आकाशाद्वै महाराज मेघा वर्षंति वै जलम् । भूमौ हि पर्वतेष्वेवं सर्वत्र पतिते जलम्
Pātaka dit : «Ô grand roi, du ciel les nuages versent en vérité l’eau de pluie. Et lorsque cette eau tombe partout—sur la terre et sur les montagnes aussi—(elle se répand et poursuit sa course).»
Verse 55
स आप्लाव्य ततस्तिष्ठेद्दयां सर्वत्र भावयेत् । नद्यः पापप्रवाहास्तु तासु तीर्थं श्रुतं कथम्
Après le bain rituel, qu’on demeure recueilli et qu’on fasse naître la compassion envers tous les êtres. Or les rivières sont des courants qui emportent les péchés : comment donc dit-on qu’il s’y trouve un tīrtha, un gué sacré ?
Verse 56
जलाशया महाराज तडागाः सागरास्तथा । पृथिव्याधारकाश्चैव गिरयो अश्मराशयः
Ô grand roi, les réservoirs d’eau—étangs et océans de même—et aussi les montagnes qui soutiennent la terre, ces amas de pierre, doivent être compris ainsi.
Verse 57
नास्त्येतेषु च वै तीर्थं जलैर्जलदमुत्तमम् । स्नाने यदा महत्पुण्यं कस्मान्मत्स्येषु वै नहि
Parmi ces eaux, en vérité, il n’est point de tīrtha supérieur à l’eau elle-même, ô grand roi. Si le bain confère un grand mérite, pourquoi donc n’en serait-il pas ainsi pour les poissons ?
Verse 58
दृष्टा स्नानेन वै सिद्धिर्मीनाः शुद्ध्यंति नान्यथा । यत्र जिनस्तत्र तीर्थं तत्र धर्मः सनातनः
On voit en vérité que le bain apporte l’accomplissement ; les poissons sont purifiés par l’eau et par nul autre moyen. Là où se tient le Jina, là est le tīrtha ; là demeure le dharma éternel.
Verse 59
तपोदानादिकं सर्वं पुण्यं तत्र प्रतिष्ठितम्
Tout mérite issu de l’austérité, du don et des pratiques semblables s’y trouve établi.
Verse 60
एको जिनः सर्वमयो नृपेंद्र नास्त्येव धर्मं परमं हि तीर्थम् । अयं तु लाभः परमस्तु तस्माद्ध्य्यास्व नित्यं सुसुखो भविष्यसि
Ô roi, le Jina seul est tout-pénétrant et source de tout. Il n’est pas de dharma plus élevé que le tīrtha, lieu sacré de pèlerinage. Puisque tel est le gain suprême, médite sur Lui sans cesse : tu connaîtras la vraie félicité.
Verse 61
विनिंद्य धर्मं सकलं सवेदं दानं सपुण्यं परयज्ञरूपम् । पापस्वभावैर्बहुबोधितो नृपस्त्वंगस्य पुत्रो भुवि तेन पापिना
Outrageant tout le dharma avec les Veda, et méprisant le don—méritoire en soi et de la nature d’un yajña suprême—il vécut sur terre un roi, fils d’Aṅga ; et, instruit maintes fois par cet homme pécheur à la nature mauvaise, il devint pécheur.