
The Account of Sunīthā (within the Vena Narrative)
Dans PP.2.33, les Ṛṣi demandent comment Sunīthā en vint à cet état sous l’effet de la malédiction de Suśaṅkha, et quels actes karmiques en furent la cause. Sūta raconte son retour à la demeure paternelle, où un ancien précepteur la réprimande pour une faute grave : avoir fait battre un homme paisible, établi dans le dharma. L’exposé développe une casuistique de la violence et de la responsabilité : frapper l’innocent engendre un lourd pāpa et mène à la naissance d’un fils mauvais ; la légitime défense contre un agresseur est aussi évoquée, avec des avertissements contre les châtiments injustement attribués. Vient ensuite le remède : satsanga, vérité, connaissance et méditation yogique, purificateurs comparés au feu qui affine l’or et aux eaux des tīrtha qui lavent le dedans et le dehors. Sunīthā choisit une solitude ascétique ; plus tard, des compagnes l’exhortent à ne pas se consumer dans l’inquiétude, préparant sa réponse.
Verse 1
ऋषय ऊचुः । शप्ता गंधर्वपुत्रेण सुशंखेन महात्मना । तस्य शापात्कथं जाता किं किं कर्म कृतं तया
Les sages dirent : «Elle fut maudite par le noble Suśaṅkha, fils d’un Gandharva. Par l’effet de cette malédiction, comment en est-elle venue à son état présent, et quels actes, quelles œuvres a-t-elle accomplis ?»
Verse 2
सा लेभे कीदृशं पुत्रं तस्य शापाद्द्विजोत्तम । सुनीथायाश्च चरितं त्वं नो विस्तरतो वद
Ô le meilleur des brāhmanes, quel genre de fils obtint-elle à cause de cette malédiction ? Et raconte-nous en détail la vie et les actes de Sunīthā.
Verse 3
सूत उवाच । सुशंखेनापि तेनैव सा शप्ता तनुमध्यमा । पितुः स्थानं गता सा तु सुनीथा दुःखपीडिता
Sūta dit : Même par ce Suśaṅkha lui-même, elle—à la taille fine—fut maudite ; et Sunīthā, accablée de chagrin, se rendit à la demeure de son père.
Verse 4
पितरं चात्मनश्चैव चरितं च प्रकाशितम् । श्रुतवान्सोपि धर्मात्मा मृत्युः सत्यवतां वर
Il entendit le récit qui dévoilait à la fois l’histoire de son père et la sienne. Ce juste—la Mort elle-même—devint le plus éminent parmi ceux voués à la vérité.
Verse 5
तामुवाच सुनीथां तु सुतां शप्तां महात्मना । भवत्या दुष्कृतं पापं धर्म तेजः प्रणाशनम्
Alors il s’adressa à Sunīthā, la fille maudite par le grand d’âme : «Par toi a été commis un acte pécheur, une faute qui anéantit l’éclat et la force du dharma».
Verse 6
कस्मात्कृतं महाभागे सुशांतस्य हि ताडनम् । विरुद्धं सर्वलोकस्य भवत्या परिकल्पितम्
Ô noble dame, pourquoi as-tu fait frapper celui qui est véritablement paisible ? Ce que tu as tramé s’oppose au jugement de tous les êtres.
Verse 7
कामक्रोधविहीनं तं सुशांतं धर्मवत्सलम् । तपोमार्गे विलीनं च परब्रह्मणि संस्थितम्
Dénué de désir et de colère, serein et épris du dharma, il était absorbé dans la voie de l’ascèse et solidement établi dans le Brahman suprême.
Verse 8
तमेवघातयेद्यो वै तस्य पापं शृणुष्व हि । पापात्मा जायते पुत्रः किल्बिषं लभते बहु
Quiconque, en vérité, tue cette même personne—écoute le péché d’un tel homme : il lui naît un fils à l’âme mauvaise, et il contracte une faute abondante.
Verse 9
ताडंतं ताडयेद्यो वै क्रोशंतं क्रोशयेत्पुनः । तस्य पापं स वै भुंक्ते ताडितस्य न संशयः
Qui frappe celui qui frappe, ou crie de nouveau contre celui qui crie, porte assurément (et subit) le péché de celui qui fut frappé ; là-dessus, nul doute.
Verse 10
स वै शांतः स जितात्मा ताडयंतं न ताडयेत् । निर्दोषं प्रति येनापि ताडनं च कृतं सुते
Vraiment, celui qui est paisible et maître de soi ne doit pas frapper même celui qui frappe. Et frapper l’innocent—par qui que ce soit—ne doit pas être fait, ô fils.
Verse 11
पश्चान्मोहेन पापेन निर्दोषेऽपि च ताडयेत् । निर्दोषं प्रति येनापि हृद्रोगः क्रियते वृथा
Ensuite, égaré par l’illusion et par une intention pécheresse, on peut même frapper un innocent ; ce faisant, on inflige en vain une « maladie du cœur »—une profonde détresse intérieure—à l’irréprochable.
Verse 12
निर्दोषं ताडयेत्पश्चान्मोहात्पापेन केनचित् । स पापी पापमाप्नोति निर्दोषस्य शरीरजम्
Si, par égarement, quelqu’un pèche en frappant un innocent, ce pécheur encourt le péché même qui naît de la blessure infligée au corps de l’innocent.
Verse 13
निर्दोषो घातयेत्तं वै ताडंतं पापचेतसम् । पुनरुत्थाय वेगेन साहसात्पापचेतनम्
Même l’innocent doit terrasser celui dont l’esprit est mauvais et qui l’attaque ; puis, se relevant avec promptitude, il doit maîtriser avec vigueur l’agresseur au cœur pervers.
Verse 14
पापकर्तुश्च यत्पापं निर्दोषं प्रति गच्छति । ताडनं नैव तस्माद्वै कार्यं दोषवतोऽपि च
Puisque le péché du malfaiteur vient retomber sur l’innocent, qu’aucun châtiment ne soit infligé, même à celui qui paraît fautif.
Verse 15
दुष्कृतं च महत्पुत्रि त्वयैव परिपालितम् । शप्ता तेनापि याद्यैव तस्मात्पुण्यं समाचर
Ô noble fille, tu as toi-même entretenu une grave faute. Pour cela, tu as aussi été maudite ; c’est pourquoi accomplis le mérite et la vertu.
Verse 16
सतां संगं समासाद्य सदैव परिवर्तय । योगध्यानेन ज्ञानेन परिवर्तय नंदिनि
Ayant obtenu la compagnie des justes, transforme-toi sans cesse ; par la méditation du yoga et par la vraie connaissance, transforme-toi, ô Nandinī.
Verse 17
सतां संगो महापुण्यो बहुश्रेयो विधायकः । बाले पश्य सुदृष्टांतं सतां संगस्य यद्गुणम्
La compagnie des vertueux est un mérite suprême et procure d’abondants bienfaits. Ô enfant, vois un bel exemple de la vertu qui réside dans l’association aux bons.
Verse 18
अपां संस्पर्शनात्पानात्स्नानात्तत्र महाधियः । मुनयः सिद्धिमायांति बाह्याभ्यंतरक्षालिताः
Par le seul fait de toucher ces eaux, de les boire et de s’y baigner, les sages à l’esprit magnanime atteignent l’accomplissement spirituel, purifiés au-dehors comme au-dedans.
Verse 19
शुचिष्मंतो भवंत्येते लोकाः सर्वे चराचराः । आपः शांताः सुशीताश्च मृदुगात्राः प्रियंकराः
Tous ces mondes—tout ce qui bouge et ne bouge pas—rayonnent de pureté. Les eaux sont paisibles et agréablement fraîches, douces pour le corps et source de joie.
Verse 20
निर्मला रसवत्यश्च पुण्यवीर्या मलापहाः । तथा संतस्त्वया ज्ञेया निषेव्याश्च प्रयत्नतः
Sache qu’elles sont pures et savoureuses, dotées d’une puissance sacrée et qu’elles ôtent les souillures; de même, reconnais les gens de bien et recherche leur compagnie avec effort.
Verse 21
यथा वह्निप्रसंगाच्च मलं त्यजति कांचनम् । तथा सतां हि संसर्गात्पापं त्यजति मानवः
De même que l’or, au contact du feu, rejette ses impuretés, ainsi l’homme, par la fréquentation des vertueux, abandonne le péché.
Verse 22
सत्यवह्निः प्रदीप्तश्च प्रज्वलेत्पुण्यतेजसा । सत्येन दीप्ततेजास्तु ज्ञानेनापि सुनिर्मलः
Le feu de la vérité, une fois allumé, flamboie de l’éclat né du mérite. Par la vérité sa splendeur s’intensifie, et par la connaissance il devient aussi parfaitement pur.
Verse 23
अत्युष्णो ध्यानभावेन अस्पृश्यः पापजैर्नरैः । सत्यवह्नेः प्रसंगाच्च पापं सर्वं विनश्यति
Par l’ardeur née de la méditation, il devient intensément lumineux et intouchable pour les hommes pécheurs ; et par la fréquentation du feu de la vérité, tout péché est anéanti.
Verse 24
तस्मात्सत्यस्य संसर्गः कर्तव्यः सर्वथा त्वया । पापभारं परित्यज्य पुण्यमेवं समाश्रय
C’est pourquoi, en toute circonstance, tu dois fréquenter les véridiques. Rejetant le fardeau du péché, réfugie-toi ainsi dans le mérite, dans la droiture (dharma).
Verse 25
सूत उवाच । एवं पित्रा सुनीथा सा दुःखिता प्रतिबोधिता । नमस्कृत्य पितुः पादौ गता सा निर्जनं वनम्
Sūta dit : Ainsi instruite par son père, Sunīthā, accablée de chagrin, se prosterna aux pieds de son père et s’en alla vers une forêt déserte.
Verse 26
कामं क्रोधं परित्यज्य बाल्यभावं तपस्विनी । मोहद्रोहौ च मायां च त्यक्त्वा एकांतमास्थिता
Ayant renoncé au désir et à la colère, la femme ascète rejeta l’infantilisme ; abandonnant aussi l’illusion, la malveillance et la tromperie, elle se réfugia dans la solitude, d’un seul élan intérieur.
Verse 27
तस्याः सख्यः समाजग्मुः क्रीडार्थं लीलयान्विताः । तां ददृशुर्विशालाक्ष्यः सुनीथां दुःखभागिनीम्
Ses amies se rassemblèrent pour jouer, pleines d’une joie légère ; et elles virent Sunīthā, aux grands yeux, vouée à sa part de souffrance.
Verse 28
ध्यायंतीं चिंतयानां तामूचुश्चिंतापरायणाः । कस्माच्चिंतसि भद्रे त्वमनया चिंतयान्विता
La voyant plongée dans la pensée et le souci, ceux qui étaient eux-mêmes voués à la contemplation lui dirent : «Ô dame de bon augure, pourquoi t’angoisses-tu, ainsi remplie de cette inquiétude ?»
Verse 29
तन्नो वै कारणं ब्रूहि चिंतादुःखप्रदायिनी । एकैव सार्थकी चिंता धर्मस्यार्थे विचिंत्यते
Dis-nous donc la cause de ce souci qui donne angoisse et peine. Une seule préoccupation est vraiment digne : la réflexion menée pour la cause du dharma.
Verse 30
द्वितीया सार्थका चिंता योगिनां धर्मनंदिनी । अन्या निरर्थिका चिंता तां नैव परिकल्पयेत्
La seconde forme de contemplation est pleine de sens : elle réjouit les yogins et fait croître le dharma. Toute autre rumination est vaine ; qu’on ne la conçoive point.
Verse 31
कायनाशकरी चिंता बल तेजः प्रणाशिनी । नाशयेत्सर्वसौख्यं तु रूपहानिं निदर्शयेत्
Le souci détruit le corps ; il ruine la force et l’élan vital. Il efface toute joie et entraîne la perte de la beauté.
Verse 32
तृष्णां मोहं तथा लोभमेतांश्चिंता हि प्रापयेत् । पापमुत्पादयेच्चिंता चिंतिता च दिने दिने
Le tourment anxieux fait naître désir, égarement et avidité ; et, nourri jour après jour, ce souci engendre le péché encore et encore.
Verse 33
इति श्रीपद्मपुराणे पंचपंचाशत्सहस्रसंहितायां भूमिखंडे वेनोपाख्याने । सुनीथाचरितं नाम त्रयस्त्रिंशोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Padma Purāṇa, dans la compilation de cinquante-cinq mille vers, au sein du Bhūmi-khaṇḍa, dans l’épisode de Vena, s’achève le trente-troisième chapitre intitulé « Le récit de Sunīthā ».
Verse 34
अर्जितं कर्मणा पूर्वं स्वयमेव नरेण तु । तदेव भुंक्तेऽसौ जंतुर्ज्ञानवान्न विचिंतयेत्
Ce qu’un homme a jadis acquis par ses propres actes—cela seul, oui cela seul, l’être vivant en fait l’expérience. Aussi, l’homme sage ne doit ni se tourmenter ni s’inquiéter.
Verse 35
तस्माच्चिंतां परित्यज्य सुखदुःखादिकं वद । तासां तद्वचनं श्रुत्वा सुनीथा वाक्यमब्रवीत्
«C’est pourquoi, renonce à l’inquiétude et parle du bonheur, de la peine et du reste.» Ayant entendu leurs paroles, Sunīthā prit alors la parole.