Uttara BhagaAdhyaya 6826 Verses

Kāmodākhyāna (Glory of the Kāmodā Sacred Place)

Dans un dialogue où Mohinī interroge et Vasu répond, ce chapitre glorifie le tīrtha nommé Kāmodā sur la rive de la Gaṅgā. Vasu relie ce kṣetra au barattage de l’Océan de Lait, d’où surgirent quatre « jeunes filles-joyaux » : Ramā (Lakṣmī), Vāruṇī, Kāmodā et Varā ; il explique que Vāruṇī fut prise par les Asura avec l’assentiment de Viṣṇu, tandis que Lakṣmī s’établit fermement comme l’épouse de Viṣṇu. Les dieux, connaissant les desseins futurs et sur l’ordre de Viṣṇu, vénèrent la Déesse Kāmodā dans la cité du même nom ; elle demeure absorbée en méditation, aspirant à l’union avec Viṣṇu, et l’on dit que Viṣṇu y est accessible par une bhakti du cœur. Les larmes de béatitude de Kāmodā tombent dans la Gaṅgā et sont liées aux lotus jaunes parfumés « Kāmoda » ; un culte accompli avec des offrandes justes accorde les buts désirés, tandis qu’un culte fautif mène à la souffrance. Le texte situe le tīrtha au-dessus de Gaṅgādvāra, prescrit d’y résider et de faire le japa du mantra de douze syllabes pendant un an (ou douze ans pour la vision directe), et met en avant Caitra Dvādaśī et le bain sacré comme moyens d’obtenir du mérite et d’accomplir les souhaits. Écouter ce récit avec dévotion efface les péchés.

Shlokas

Verse 1

अथ कामोदामाहात्म्यम् । मोहिन्युवाच । कामोदायास्तु माहात्म्यं ब्रूहि मे द्विजसत्तम । यच्छ्रुत्वाहं तव मुखात्प्रसन्ना स्यां कृतार्थवत् ॥ १ ॥

Voici maintenant le récit de la gloire du lieu sacré de Kāmodā. Mohinī dit : « Ô le meilleur des deux-fois-nés, dis-moi la grandeur de Kāmodā ; l’entendant de ta propre bouche, je serai comblée et me sentirai comme ayant accompli mon dessein. »

Verse 2

वसुरुवाच । श्रृणु देवि प्रवक्ष्यामि कामोदाख्यानकं शुभम् । यच्छ्रुत्वा सर्वपापेभ्यो मुच्यते नात्र संशयः ॥ २ ॥

Vasu dit : « Écoute, ô Déesse. Je vais exposer le récit auspicieux nommé Kāmodā ; quiconque l’entend est délivré de tous les péchés — il n’y a là aucun doute. »

Verse 3

कामोदाख्यं पुरं देवि गंगातीरे व्यवस्थितम् । कामोदा यत्र वर्तंते सार्द्धं देवैर्हरिप्रियाः ॥ ३ ॥

Ô Déesse, il est une cité nommée Kāmodā, établie sur la rive du Gaṅgā. Là demeurent les Kāmodās, chers à Hari, en compagnie des dieux.

Verse 4

यदा सुरासुरैर्देवि मथितः क्षीरसागरः । कामोदा सा तदोत्पन्ना कन्यारत्नचतुष्टये ॥ ४ ॥

Ô Déesse, lorsque les devas et les asuras barattèrent l’Océan de Lait, alors elle—Kāmodā—s’éleva en ce temps-là, comme l’une des quatre précieuses jeunes filles-joyaux.

Verse 5

कन्या रमाख्या प्रथमा द्वितीया वारुणी स्मृता । कामोदाख्या तृतीया तु चतुर्थी तु वराभिधा ॥ ५ ॥

La première jeune fille est nommée Ramā ; la seconde est connue comme Vāruṇī. La troisième se nomme Kāmodā, et la quatrième porte le nom de Varā.

Verse 6

तत्र कन्यात्रयं प्राप्तुं विष्णुना प्रभविष्णुना । वारुणी त्वसुरैर्नीता विष्णुदेवाज्ञया सति ॥ ६ ॥

Là, afin que Viṣṇu—le Seigneur tout-puissant—obtînt les trois jeunes filles, Vāruṇī fut emmenée par les asuras ; et cela advint avec l’assentiment de l’ordre du Seigneur Viṣṇu.

Verse 7

ततः प्रभृति लक्ष्मीस्तु विष्णोर्वक्षस्थले स्थिता । बभूव विष्णुपत्नी सा सपत्नीरहिता शुभे ॥ ७ ॥

Dès lors, Lakṣmī demeura établie sur la poitrine de Viṣṇu ; et, ô bienheureuse, elle devint l’épouse consacrée de Viṣṇu, sans coépouse ni rivale.

Verse 8

भविष्यकार्यं विज्ञाय देवा विष्णुसमाज्ञया । कामोदाख्ये पुरे देवीं कामोदां पूजयंति हि ॥ ८ ॥

Connaissant d’avance l’œuvre qui devait s’accomplir dans l’avenir, les dieux—sur l’ordre du Seigneur Viṣṇu—vénèrent en vérité la Déesse Kāmodā dans la cité nommée Kāmodā.

Verse 9

सा तत्र वर्तते नित्यं विष्णुसंयोगकाम्यया । भार्यात्वं भावतः प्राप्ता विष्णुध्यानपरायणा ॥ ९ ॥

Elle demeure là sans cesse, aspirant à l’union avec Viṣṇu. Par la puissance de sa bhakti intérieure, elle obtint l’état d’épouse et reste entièrement vouée à la méditation sur Viṣṇu.

Verse 10

स तत्र भावगम्यो वै विष्णुः सर्वगतो महान् । अनयापि तया नित्यं वर्तते तत्समीपतः ॥ १० ॥

Là, en vérité, le grand Viṣṇu, omniprésent, est atteignable par la dévotion du cœur ; et par elle aussi, Il demeure sans cesse tout près de ce lieu même.

Verse 11

स देवैर्वासुरैर्देवि मुनिभिर्मानवैस्तथा । अलक्ष्यदेहो विश्वात्मा वर्तते ध्यानगोचरः ॥ ११ ॥

Ô Déesse, Il est présent parmi les dieux et les asuras, parmi les sages et aussi parmi les humains. Bien que Son corps soit imperceptible, Il est l’Âme de l’univers et se rend accessible dans le domaine de la méditation.

Verse 12

ध्यानेनैव प्रपश्यंति देवाश्च मुनयो विभुम् । कामोदा सा महाभागा यदा हसति मोहिनि ॥ १२ ॥

Par la seule méditation, les dieux et les sages contemplent le Seigneur qui pénètre tout. Alors la très fortunée Kāmodā — enchanteresse par son charme — esquisse un sourire.

Verse 13

हर्षेण तु समाविष्टा तदाश्रूणि पतंति च । आनंदाश्रूणि गंगायां पतितानि सुरेश्वरि ॥ १३ ॥

Submergée de joie, ses larmes se mettent à couler ; et ces larmes de béatitude, ô Reine des dieux, tombent dans le fleuve Gaṅgā.

Verse 14

कामोदाख्यानि पद्मानि तानि तत्र भवंति च । पीतानि च सुगंधीनि महामोदप्रदानि च ॥ १४ ॥

Là aussi se trouvent des lotus nommés « Kāmoda » ; ils croissent en ce lieu — jaunes d’éclat, au parfum suave, et dispensateurs d’une grande joie.

Verse 15

यस्तु भाग्यवशाल्लब्ध्वा तानि तैः पूजयेच्छिवम् । स लभेद्वांछितान्कामानित्याज्ञा पारमेश्वरी ॥ १५ ॥

Mais celui qui, par la faveur de la bonne fortune, obtient ces offrandes et, avec elles, adore Śiva, obtient les biens désirés ; telle est l’injonction suprême de Parameśvara.

Verse 16

दुःखजानि तथाश्रूणि कदाचित्प्रपतंति हि । तेभ्यश्च तानि पद्मानि विगंधीन्युद्भवंति च ॥ १६ ॥

Les larmes nées de la peine tombent parfois réellement ; et de ces mêmes larmes naissent ces lotus, parfumés et purs.

Verse 17

तैस्तु यः पूजयेद्देवं शंकरं लोकशंकरम् । स युज्येताखिलैर्दुःखैः पूर्वपापैर्विमोहितः ॥ १७ ॥

Mais celui qui adore le dieu Śaṅkara, bienfaiteur des mondes, au moyen de ces choses (d’une manière impropre), sera accablé de toutes sortes de souffrances, égaré par ses fautes passées.

Verse 18

गंगाद्वारादुपरि च दशयोजनके स्थितम् । कामोदं तत्र वर्षैकं यो जपेद्द्वादशाक्षरम् ॥ १८ ॥

Au-dessus de Gaṅgādvāra, à dix yojanas de distance, se trouve le lieu sacré nommé Kāmoda. Celui qui y demeure une année et récite le mantra aux douze syllabes obtient l’accomplissement de ses vœux.

Verse 19

वर्षांते चैत्रमासस्य द्वादश्यां विधिनंदिनि । वासतौ च श्रियं दृष्ट्वा सा हसेद्धर्षतः सदा ॥ १९ ॥

À la fin de la saison des pluies, au mois de Caitra, le jour de Dvādaśī—ô bien-aimé qui te réjouis des rites accomplis selon la règle—en voyant Śrī (Lakṣmī) demeurer en ce lieu, elle rit toujours, transportée de joie.

Verse 20

तानि पद्मानि स लभेन्नान्यदा कोऽपि कर्हिचित् । तत्र यः स्नाति मनुजां विष्णुभक्तिपरायणः ॥ २० ॥

Lui seul obtient ces mérites semblables à des lotus ; nul autre ne les obtient jamais en aucun autre temps. Parmi les hommes, celui qui s’y baigne, entièrement voué à la bhakti envers Viṣṇu, les reçoit.

Verse 21

ध्यात्वा पुरं च कामोदं स भवेद्विष्णुवल्लभः । देवतानां पितॄणां च वल्लभो नात्र संशयः ॥ २१ ॥

En méditant sur la cité nommée Kāmoda, on devient cher au Seigneur Viṣṇu ; et l’on devient aussi cher aux dieux et aux ancêtres (pitṛ) — il n’y a là aucun doute.

Verse 22

यो द्वादश समास्तत्र तिष्ठेज्जपपरायणः । स लभेद्दर्शनं साक्षात्कामोदायाः शुभानने ॥ २२ ॥

Quiconque demeure là douze années, entièrement voué au japa (récitation du mantra), ô toi au visage de bon augure, obtient le darśana direct de Kāmodā, la déesse au visage propice.

Verse 23

यं यं चिंतयते कामं तत्र तीर्थे नरः शुचिः । स्नानमात्रेण लभते तं तमैहिकमंगने ॥ २३ ॥

Quel que soit le désir qu’un homme purifié forme en ce tīrtha sacré, ô belle jeune femme, par le seul bain il obtient précisément ce fruit terrestre.

Verse 24

एतद्धि परमं तीर्थं लभ्यं भाग्यवशाद्भवेत् । हिमात्ययादगे भद्रे दुर्गभं विकटस्थलम् ॥ २४ ॥

En vérité, voici le tīrtha suprême, que l’on n’obtient que par la puissance d’une heureuse destinée. Ô dame de bon augure, il se trouve sur la chaîne de l’Himālaya, en un lieu rude et redoutable, difficile d’accès.

Verse 25

एतत्ते सर्वमाख्यातं कामोदाख्यानकं शुभम् । यः श्रृणोति नरो भक्त्या सोऽपि पापैः प्रमुच्यते ॥ २५ ॥

Ainsi t’ai-je exposé entièrement ce récit de bon augure nommé « Kāmodākhyāna ». Quiconque l’écoute avec dévotion (bhakti) est, lui aussi, délivré des péchés.

Verse 26

इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे बृहदुपाख्याने उत्तरभागे वसुमोहिनी संवादे कामोदाख्यानं नामाष्टषष्टितमोऽध्यायः ॥ ६८ ॥

Ainsi, dans le Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa, au sein du Grand Récit, dans la section Uttara, au dialogue entre Vasu et Mohinī, s’achève le soixante-huitième chapitre intitulé « Kāmodākhyāna ».

Frequently Asked Questions

The chapter presents mantra-japa as the operative sādhana that activates the tīrtha’s promise: residence at Kāmodā combined with repetition of the twelve-syllabled Viṣṇu mantra is said to yield iṣṭa-siddhi (desired aims) within a year, and sustained japa for twelve years culminates in direct vision (darśana) of Goddess Kāmodā—framing bhakti and mantra as the bridge between sacred place and divine accessibility.

It distinguishes auspicious worship using the proper, fortune-granted Kāmoda lotuses—said to grant desired results by Śiva’s command—from worship performed through improper means (associated with sorrow-born tears), which leads to suffering and delusion. The intent is to emphasize ritual propriety (aucitya) and ethical purity as prerequisites for beneficial phala in vrata-kalpa and tīrtha practice.