Mahabharata Adhyaya 2
Vana ParvaAdhyaya 284 Verses

Adhyaya 2

ब्राह्मणानुयात्रा—शौनकोपदेशः (Brāhmaṇas Follow into Exile and Śaunaka’s Instruction)

Upa-parva: Āraṇyaka-parva: Brāhmaṇa-Anuyāna and Śaunaka-Upadeśa (Forest Departure Discourse)

Vaiśaṃpāyana describes dawn preparations for forest departure, with brāhmaṇas preceding the party. Yudhiṣṭhira states their dispossession and the dangers of the wilderness, urging the brāhmaṇas to return to avoid hardship. The brāhmaṇas refuse, pledging loyalty and self-sufficiency; they offer spiritual support through japa, contemplation, and consoling narratives. Yudhiṣṭhira expresses shame at their potential suffering and condemns the agents of the kingdom’s seizure, yet clarifies that any desire for resources would be solely to maintain dependents. Śaunaka then delivers a systematic upadeśa: grief and fear overwhelm the unwise, not the discerning; mental suffering aggravates bodily suffering; attachment (sneha) is identified as the root of mental distress, generating desire, craving (tṛṣṇā), and the cycle of anxiety. Wealth is analyzed as a persistent source of fear and suffering through acquisition, protection, loss, and expenditure; contentment is framed as the highest ease. The discourse outlines an eightfold dharma path (ijyā, adhyayana, dāna, tapas, satya, kṣamā, dama, alobha), distinguishes orientations (pitṛyāna/devayāna), and recommends disciplined practice, culminating in counsel that Yudhiṣṭhira seek siddhi through tapas for sustaining the brāhmaṇas.

Chapter Arc: पुरवासियों के लौट जाने के बाद वन-प्रवेश की दहलीज़ पर खड़े पाण्डवों के सामने ब्राह्मणों का समूह आता है—और युधिष्ठिर पहली बार निर्वासन को केवल राजनैतिक हार नहीं, आत्म-शिक्षा का अवसर बनाकर बोलते हैं। → युधिष्ठिर अपने हृत-राज्य, हृत-श्री और हृत-सर्वस्व की स्थिति बताते हुए वन के भय—व्याल, सरीसृप, दोष-बहुलता—का स्मरण करते हैं; साथ ही मनुष्य के भीतर प्रतिदिन उगते शोक-भय के असंख्य ‘स्थान’ दिखाकर बताते हैं कि बाहरी वन से अधिक कठिन भीतर का वन है। → वैराग्य-उपदेश का शिखर: ‘मन के दुःख का मूल स्नेह (आसक्ति) है’—और संचय/धन-संग्रह को उपद्रव का कारण बताकर त्याग की घोषणा; फिर तप, शम और योग-सिद्धि की ओर निर्णायक मोड़—‘तपसा सिद्धिमन्विच्छ’—द्विजों के भरण-पोषण और आत्म-मनोरथ की सिद्धि हेतु। → युधिष्ठिर का निष्कर्ष स्थिर होता है: दुःख का उपचार बाह्य साधनों में नहीं, मन-निग्रह, आसक्ति-क्षय, और तप-योग में है; धर्मशील पुरुष के लिए ‘अनिहार्य’ (अनावश्यक) संचय त्याज्य है, और ब्राह्मण-सेवा/भरण का संकल्प तप के साथ जुड़ता है। → वन-जीवन की वास्तविक परीक्षा अभी शेष है—क्या यह वैराग्य-प्रतिज्ञा आने वाले संकटों, याचकों और वन के प्रलोभनों/भयों के बीच अक्षुण्ण रह पाएगी?

Shlokas

Verse 1

इस प्रकार श्रीमहाभारत वनपर्वके अन्तर्गत अरण्यपर्वमें पुरवासियोंके लौटनेसे सम्बन्ध रखनेवाला पहला अध्याय पूरा हुआ

Vaiśampāyana dit : Lorsque la nuit fut passée et que l’aurore se leva, les Pāṇḍava — hommes d’une vaillance sans effort — se préparèrent à partir pour la forêt. Alors, des brāhmaṇas vivant d’aumônes se tinrent devant eux, prêts à les accompagner.

Verse 2

तानुवाच ततो राजा कुन्तीपुत्रो युधिष्ठिर: । वयं हि हृतसर्वस्वा हृतराज्या हृतश्रिय:

Vaiśaṃpāyana dit : Alors le roi Yudhiṣṭhira, fils de Kuntī, s’adressa à eux : « Ô brāhmaṇas ! Toute notre richesse nous a été ravie ; notre royaume a été ravi ; notre fortune royale a été dépouillée. Résolus à vivre de fruits, de racines et de grains simples, nous entrons dans la forêt, le cœur accablé. La forêt est pleine de périls : on y trouve d’innombrables créatures redoutables, telles que les serpents et les scorpions. »

Verse 3

फलमूलाशनाहारा वनं गच्छाम दु:ःखिता: । वनं च दोषबहुलं बहुव्यालसरीसूपम्‌

« Dépouillés et accablés, nous partons pour la forêt, résolus à vivre de fruits et de racines. Mais la forêt est riche en épreuves et en périls, grouillante de bêtes féroces — serpents et autres êtres rampants. »

Verse 4

परिक्‍लेशश्व वो मन्ये ध्रुवं तत्र भविष्यति । ब्राह्मणानां परिक्लेशो दैवतान्यपि सादयेत्‌ । कि पुनर्मामितो विप्रा निवर्तध्वं यथेष्टत:

« Je suis convaincu que, si vous allez là-bas, vous aurez à subir de grandes épreuves. La souffrance infligée aux brāhmaṇas peut mener à la ruine même des dieux — combien plus, alors, un homme tel que moi ! C’est pourquoi, ô brāhmaṇas vénérables, rebroussez chemin d’ici et retournez, selon votre désir, au lieu qui vous plaît. »

Verse 5

ब्राह्मणा ऊचु गतिर्या भवतां राजंस्तां वयं गन्तुमुद्यता: | ना्हस्यस्मान्‌ परित्यक्तुं भक्तान्‌ सद्धर्मदर्शिन:

Les brāhmaṇas dirent : « Ô roi, quel que soit le chemin et le destin qui vous attendent, nous sommes prêts à y aller avec vous. Vous ne devez pas nous abandonner — nous sommes vos fidèles, les yeux tournés vers le vrai dharma. »

Verse 6

अनुकम्पां हि भक्तेषु देवता हापि कुर्वते । विशेषतो ब्राह्म॒णेषु सदाचारावलम्बिषु,देवता भी अपने भक्तोंपर विशेषत: सदाचारपरायण ब्राह्मणोंपर तो अवश्य ही दया करते हैं

Car les dieux témoignent de la compassion envers leurs dévots ; et plus encore, ils accordent à coup sûr leur miséricorde aux brahmanes voués à la bonne conduite et attachés à la discipline de la droiture.

Verse 7

युधिछिर उवाच ममापि परमा भक्तित्रह्मणेषु सदा द्विजा: । सहायविपरिभ्रंशस्त्वयं सादयतीव माम्‌

Yudhiṣṭhira dit : «Ô vous, deux-fois-nés, moi aussi je porte aux brahmanes une dévotion suprême et constante. Pourtant l’effondrement de tout appui — la perte d’aide et de ressources — semble m’accabler et me plonger dans la détresse.»

Verse 8

आहरेयुरिमे येडषपि फलमूलमधूनि च । त इमे शोकजेैर्दु:खैर्भ्रातरो मे विमोहिता:

Yudhiṣṭhira dit : «Même ceux d’entre nous qui auraient pu sortir et rapporter de la nourriture — fruits, racines et miel —, ces frères mêmes sont à présent désemparés, submergés par la douleur née du chagrin. Bien que je porte une révérence sincère aux brahmanes, le manque total d’appuis et de ressources m’écrase et me plonge dans la détresse.»

Verse 9

द्रौपद्या विप्रकर्षण राज्यापहरणेन च । दुःखार्दितानिमान्‌ क्लेशैरनईहहं योक्तुमिहोत्सहे

Yudhiṣṭhira dit : «À cause de l’outrage fait à Draupadī et de la confiscation de notre royaume, ces hommes sont déjà accablés de chagrin. Aussi ne veux-je pas les enchaîner ici à de nouvelles épreuves en leur imposant des fardeaux supplémentaires.»

Verse 10

ब्राह्मणा ऊचु अस्मत्पोषणजा चिन्ता मा भूत्‌ ते हृदि पार्थिव । स्वयमाह्त्य चान्नानि त्वानुयास्यथामहे वयम्‌

Les brahmanes dirent : «Ô roi, qu’aucune inquiétude ne s’élève dans ton cœur au sujet de notre subsistance. Nous pourvoirons nous-mêmes à notre nourriture et à nos besoins, et nous te suivrons.»

Verse 11

अनुध्यानेन जप्येन विधास्याम: शिवं तव । कथाभिश्चाभिरम्याभि: सह रंस्थामहे वयम्‌

Yudhiṣṭhira dit : «Par la contemplation constante de ton bien et par la récitation sacrée, nous assurerons ta prospérité. Et, par des récits charmants, nous demeurerons auprès de toi, cheminant dans la forêt dans une joie partagée.»

Verse 12

युधिछिर उवाच एवमेतन्न संदेहो रमे5हं सतत द्विजै: । न्यूनभावात्‌ तु पश्यामि प्रत्यादेशमिवात्मन:

Yudhiṣṭhira dit : «Il en est bien ainsi, sans aucun doute. Je trouve toujours de la joie dans la compagnie des “deux-fois-nés” (les brāhmaṇas). Mais à présent, tombé dans le dénuement, je le ressens comme si un blâme s’abattait sur moi-même, tel un signe d’infamie.»

Verse 13

कथं द्रक्ष्यामि व: सर्वान्‌ स्‍्वयमाहृतभोजनान्‌ । मद्धक्त्या क्लिश्यतो<नर्हान्‌ धिक्‌ पापान्‌ धृतराष्ट्रजान्‌

Yudhiṣṭhira dit : «Comment pourrais-je supporter de vous voir tous contraints de vous procurer vous-mêmes votre nourriture et de vivre de ce que vous avez rassemblé? Vous n’êtes pas faits pour endurer la peine; et pourtant, par affection et fidélité envers moi, vous supportez une telle détresse. Honte aux fils pécheurs de Dhṛtarāṣṭra !»

Verse 14

वैशम्पायन उवाच इत्युक्त्वा स नृप: शोचन्‌ निषसाद महीतले । तमध्यात्मरतो विद्वान्‌ शौनको नाम वै द्विज:

Vaiśampāyana dit : Ayant ainsi parlé, le roi, accablé de chagrin, s’assit en silence sur le sol. Alors le savant deux-fois-né, le brāhmaṇa nommé Śaunaka—voué à la contemplation intérieure et habile à discerner la discipline de l’action (karma-yoga) comme celle de la connaissance (sāṅkhya)—s’adressa au roi en ces mots.

Verse 15

योगे सांख्ये च कुशलो राजानमिदमत्रवीत्‌

Vaiśampāyana dit : Śaunaka, habile au yoga comme au sāṅkhya, parla ainsi au roi.

Verse 16

शोकस्थानसहस्राणि भयस्थानशतानि च । दिवसे दिवसे मूढमाविशन्ति न पण्डितम्‌

Il est des milliers d’occasions de chagrin et des centaines d’occasions de crainte. Jour après jour, elles s’emparent de l’homme égaré; mais elles ne triomphent pas du sage.

Verse 17

न हि ज्ञानविरुद्धेषु बहुदोषेषु कर्मसु । श्रेयोधातिषु सज्जन्ते बुद्धिमन्तो भवद्विधा:,“अनेक दोषोंसे युक्त, ज्ञानविरुद्ध एवं कल्याणनाशक कर्मोमें आप-जैसे ज्ञानवान्‌ पुरुष नहीं फँसते हैं

Vaiśampāyana dit : « En vérité, les sages tels que toi ne s’empêtrent pas dans des actes contraires à la juste connaissance, chargés de nombreux défauts et qui détruisent le véritable bien. »

Verse 18

अष्टाज्जां बुद्धिमाहुर्या सर्वाश्रेयोडभिघातिनीम्‌ । श्रुतिस्मृतिसमायुक्तां राजन्‌ सा त्वय्यवस्थिता

Vaiśampāyana dit : « Ô Roi, ce discernement excellent est dit “à huit membres” — pourvu des disciplines du yoga — et il abat tout ce qui fait obstacle au véritable bien. Affermie par l’étude et l’enseignement de la Śruti et de la Smṛti, cette sagesse demeure en toi. »

Verse 19

अर्थकृच्छेषु दुर्गेषु व्यापत्सु स्वजनस्य च । शारीरमानसैर्द:खैर्न सीदन्ति भवद्विधा:,“अर्थसंकट, दुस्तर दुःख तथा स्वजनोंपर आयी हुई विपत्तियोंमें आप-जैसे ज्ञानी शारीरिक और मानसिक दु:खोंसे पीडित नहीं होते

Vaiśampāyana dit : « Dans la détresse des biens, dans les calamités difficiles à franchir, et dans les malheurs qui s’abattent sur les siens, des hommes tels que toi — sages et constants — ne sombrent pas sous les souffrances du corps et de l’esprit. »

Verse 20

श्रूयतां चाभिधास्यामि जनकेन यथा पुरा । आत्मव्यवस्थानकरा गीता: श्लोका महात्मना

Écoute, et je raconterai comment, jadis, le roi Janaka, à l’âme magnanime, chanta certains vers qui affermissent et établissent le soi au-dedans. Je décrirai ces vers — écoute-les avec attention.

Verse 21

मनोदेहसमुत्थाभ्यां दुःखाभ्यामर्दितं जगत्‌ । तयोव्याससमासा भ्यां शमोपायमिमं शृणु,“सारा जगत्‌ मानसिक और शारीरिक दु:खोंसे पीडित है। उन दोनों प्रकारके दुःखोंकी शान्तिका यह उपाय संक्षेप और विस्तारसे सुनिये

Vaiśampāyana dit : «Le monde entier est accablé par deux sortes de souffrance : celle qui naît de l’esprit et celle qui naît du corps. Écoutez maintenant le moyen de les apaiser, expliqué à la fois brièvement et plus en détail.»

Verse 22

व्याधेरनिष्टसंस्पर्शाच्छूमादिष्टविवर्जनात्‌ । दुःखं चतुर्भि: शारीरं कारणै: सम्प्रवर्तते

Vaiśampāyana dit : «La souffrance du corps naît de quatre causes : la maladie, le contact avec ce qui est indésirable, l’épuisement dû à l’effort excessif, et la séparation d’avec ce qui est cher.»

Verse 23

तदा तत्प्रतिकाराच्च सततं चाविचिन्तनात्‌ । आधिव्याधिप्रशमनं क्रियायोगद्धयेन तु

Vaiśampāyana dit : «Ainsi, remédier en temps voulu à ces causes et ne jamais s’y attarder par la pensée : telles sont les deux disciplines de l’action (kriyā-yoga). Par elles s’apaise l’angoisse de l’esprit comme la maladie du corps.»

Verse 24

मतिमन्तो हातो वैद्या: शमं प्रागेव कुर्वते । मानसस्य प्रियाख्यानै: सम्भोगोपनयैर्नणाम्‌

Vaiśampāyana dit : «C’est pourquoi les médecins sages et habiles procurent d’abord l’apaisement. Par une conversation agréable, des récits plaisants, et en offrant aux hommes des jouissances salutaires, ils commencent par soulager la détresse de l’esprit.»

Verse 25

मानसेन हि दुःखेन शरीरमुपतप्यते । अय:पिण्डेन तप्तेन कुम्भसंस्थमिवोदकम्‌

Vaiśampāyana dit : «Quand la tristesse s’élève dans l’esprit, le corps aussi en est brûlé, comme l’eau gardée dans une jarre devient chaude lorsqu’on y laisse tomber une boule de fer chauffée à blanc.»

Verse 26

मानसं शमयेत्‌ तस्माज्ज्ञानेनाग्निमिवाम्बुना | प्रशान्ते मानसे हास्य शारीरमुपशाम्यति

Ainsi, il faut apaiser l’esprit par la connaissance véritable, comme l’eau éteint le feu. Quand l’esprit devient paisible et que sa détresse s’apaise, la souffrance ressentie dans le corps s’atténue elle aussi.

Verse 27

मनसो दुःखमूलं तु स्नेह इत्युपलभ्यते । स्नेहात्‌ तु सज्जते जन्तुर्दुःखयोगमुपैति च

Vaiśampāyana dit : « On comprend que la racine de la peine de l’esprit est l’attachement (sneha). Par cet attachement, l’être vivant s’agrippe aux objets et aux liens, et s’unit ainsi à la souffrance. »

Verse 28

स्नेहमूलानि दुःखानि स्नेहजानि भयानि च । शोकहर्षो तथा55यास: सर्व स्नेहात्‌ प्रवर्तते

Vaiśaṃpāyana dit : « La souffrance a sa racine dans l’attachement, et la peur aussi naît de l’attachement. Chagrin et joie, de même que lassitude et détresse — tout cela procède de l’attachement. »

Verse 29

स्नेहाद भावो<नुरागश्न प्रजज्ञे विषये तथा । अश्रेयस्कावुभावेतौ पूर्वस्तत्र गुरु: स्मृत:

Vaiśampāyana dit : « De l’attachement (né de l’affection) naissent le “bhāva”, inclination établie, et l’“anurāga”, tendresse passionnée, envers les objets des sens. Tous deux détournent du vrai bien ; et des deux, le premier — l’inclination fixe vers les objets — est tenu pour la cause la plus lourde du mal. »

Verse 30

कोटराग्निर्यथाशेषं समूलं पादपं दहेत्‌ धर्मार्थो तु तथाल्पो5पि रागदोषो विनाशयेत्‌

Vaiśampāyana dit : « De même qu’un feu allumé dans une cavité consume un arbre entier, racines comprises, jusqu’à n’en rien laisser, de même un attachement, fût-il léger — né de la passion et de la faute — peut détruire à la fois le dharma et l’artha. »

Verse 31

विप्रयोगे न तु त्यागी दोषदर्शी समागमे । विरागं भजते जनन्‍्तुर्निर्विरो निरवग्रह:

Vaiśaṃpāyana dit : «On n’est pas véritablement renonçant parce que, séparé des objets des sens, on prétend les “abandonner”. Le renonçant réel est celui qui, même lorsque ces objets sont à portée, en voit les défauts et relâche l’attachement. Un tel homme atteint le détachement; sans hostilité envers quiconque, il devient sans inimitié et délivré des liens de la saisie.»

Verse 32

तस्मात्‌ स्नेहं न लिप्सेत मित्रेभ्यो धनसंचयात्‌ । स्वशरीरसमुत्थं च ज्ञानेन विनिवर्तयेत्‌

C’est pourquoi il ne faut pas rechercher l’attachement à cause des amis ni à cause de l’accumulation des richesses. Et tout attachement qui naît du propre corps—de l’identification au corps—doit être repoussé et ôté par la connaissance discernante.

Verse 33

ज्ञानान्वितेषु युक्तेषु शास्त्रज्ञेषु कृतात्मसु । न तेषु सज्जते स्नेह: पद्मपत्रेष्विवोदकम्‌

Vaiśaṃpāyana dit : «Chez ceux qui sont pourvus de la vraie connaissance—disciplinés dans le yoga, versés dans les śāstras et maîtres d’eux-mêmes—l’attachement ne s’accroche pas. De même que l’eau ne demeure pas sur la feuille de lotus, ainsi l’affection née de la saisie ne prend pas chez les esprits fermes.»

Verse 34

रागाभिभूत: पुरुष: कामेन परिकृष्यते । इच्छा संजायते तस्य ततस्तृष्णा विवर्धते

Vaiśaṃpāyana dit : «Quand l’homme est submergé par l’attachement (rāga), le désir (kāma) l’entraîne. De là naît l’envie de jouir des objets des sens, puis la soif (tṛṣṇā) enfle davantage—force intérieure qui trouble l’esprit et pousse sans cesse vers la faute.»

Verse 35

तृष्णा हि सर्वपापिष्ठा नित्योद्वेगकरी स्मृता । अधर्मबहुला चैव घोरा पापानुबन्धिनी

Vaiśaṃpāyana dit : «La soif (tṛṣṇā) est tenue pour la plus pécheresse de toutes, car elle engendre sans cesse l’agitation. Elle est cause de beaucoup d’adharma et, terrible par sa puissance, elle enchaîne l’homme aux conséquences du péché.»

Verse 36

या दुस्त्यजा दुर्मतिभिर्या न जीर्य॑ति जीर्यत: । योडसौ प्राणान्तिको रोगस्तां तृष्णां त्यजत: सुखम्‌

Vaiśaṃpāyana dit : Cette convoitise, qu’il est extrêmement difficile aux esprits égarés d’abandonner, qui ne vieillit pas quand le corps vieillit, et dont on parle comme d’une maladie qui détruit la vie—le bonheur appartient à celui qui rejette cette soif.

Verse 37

अनाइम्ता तु सा तृष्णा अन्तर्देहगता नृणाम्‌ विनाशयति भूतानि अयोनिज इवानल:

Vaiśaṃpāyana dit : Cette convoitise, bien qu’elle demeure au-dedans du corps des hommes, est sans commencement. Tel un feu qui surgit sans matrice ni source, elle dévore les êtres et les mène à la ruine.

Verse 38

यथैध: स्वसमुत्थेन वह्लिना नाशमृच्छति । तथाकृतात्मा लोभेन सहजेन विनश्यति

De même que le feu né du bois lui-même consume ce bois jusqu’à sa destruction, de même l’homme qui n’a pas maîtrisé son être est ruiné par l’avidité innée—celle qui naît avec le corps—et cause sa propre chute.

Verse 39

राजत: सलिलादमन्नेश्षलोरत: स्वजनादपि । भयमर्थवतां नित्यं मृत्यो: प्राणभूतामिव,“धनवान्‌ मनुष्योंको राजा, जल, अग्नि, चोर तथा स्वजनोंसे भी सदा उसी प्रकार भय बना रहता है, जैसे सब प्राणियोंको मृत्युसे

Vaiśaṃpāyana dit : Pour ceux qui possèdent des richesses, la crainte est constante—du roi, de l’eau, du feu, des voleurs, et même des siens—comme tous les êtres vivent sous la peur toujours présente de la mort.

Verse 40

यथा ह्यामिषमाकाशे पक्षिश्रि: श्वापदैर्भुवि । भक्ष्यते सलिले मत्स्यैस्तथा सर्वत्र वित्तवान्‌

Vaiśaṃpāyana dit : «De même qu’un morceau de chair est saisi et dévoré—par les oiseaux dans le ciel, par les bêtes sur la terre et par les poissons dans l’eau—ainsi, partout, l’homme riche est sans cesse pris pour proie par autrui.»

Verse 41

अर्थ एव हि केषांचिदनर्थ भजते नृणाम्‌ | अर्थश्रेयसि चासक्तो न श्रेयो विन्दते नर:

Pour certains hommes, la richesse elle-même devient cause de malheur. Car celui qui s’attache au « śreyas » obtenu par les biens—les jouissances du monde—n’atteint pas le véritable bien.

Verse 42

तस्मादर्थागमा: सर्वे मनोमोहविवर्धना: । कार्पण्यं दर्पमानौ च भयमुद्वेग एव च

Ainsi, tous les moyens d’acquérir des richesses ne font qu’accroître l’illusion dans l’esprit. De la richesse naissent, chez les êtres incarnés, l’avarice, l’arrogance et l’orgueil, la peur et l’agitation incessante—des maux que les sages reconnaissent comme une souffrance engendrée par les biens.

Verse 43

अर्थजानि विदु: प्राज्ञा: दुःखान्येतानि देहिनाम्‌ । अर्थस्योत्पादने चैव पालने च तथा क्षये

Vaiśampāyana dit : Les sages savent que telles sont les souffrances que la richesse engendre pour les êtres incarnés. Dans l’acquisition même, dans la garde, et encore dans la perte, l’homme est contraint d’endurer la peine.

Verse 44

सहन्ति च महद्‌ दु:खं घ्नन्ति चैवार्थकारणात्‌ । अर्था दु:खं परित्यक्तुं पालिताश्वैव शत्रव:

Ils endurent une grande souffrance, et pour l’argent ils vont jusqu’à tuer. Renoncer aux richesses est encore une peine; et lorsqu’on les garde et les entretient, elles se comportent comme un ennemi.

Verse 45

दुःखेन चाधिगम्यन्ते तस्मान्नाशं न चिन्तयेत्‌ । असंतोषपरा मूढा: संतोष॑ यान्ति पण्डिता:

La richesse s’acquiert aussi dans la peine; qu’on ne la médite donc pas sans cesse. Car s’inquiéter de la richesse, c’est songer à sa propre perte. Les insensés demeurent dans l’insatisfaction; les sages parviennent au contentement.

Verse 46

अन्तो नास्ति पिपासाया: संतोष: परमं सुखम्‌ | तस्मात्‌ संतोषमेवेह परं पश्यन्ति पण्डिता:,“धनकी प्यास कभी बुझती नहीं है; अतः संतोष ही परम सुख है। इसीलिये ज्ञानीजन संतोषको ही सबसे उत्तम समझते हैं

Vaiśampāyana dit : «Il n’est point de terme à la convoitise ; le contentement seul est le bonheur suprême. C’est pourquoi, en ce monde, les sages tiennent le contentement pour le bien le plus élevé.»

Verse 47

अनित्यं यौवनं रूपं जीवितं रत्नसंचय: । ऐश्वर्य प्रियसंवासो गृध्येत्‌ तत्र न पण्डित:

La jeunesse, la beauté, la vie elle-même, l’amoncellement des joyaux, la puissance du monde, et même le réconfort de vivre auprès des êtres aimés — tout cela est impermanent. Aussi l’homme sage ne s’y attache-t-il pas par désir, ni ne le poursuit-il avec avidité.

Verse 48

त्यजेत संचयांस्तस्मात्तज्जान्‌ क्लेशान्‌ सहेत च | न हि संचयवान्‌ कश्रिद्‌ दृश्यते निरुपद्रव: । अतश्न धार्मिकै: पुंभिरनीहार्थ: प्रशस्पते

Aussi faut-il renoncer à l’amoncellement des richesses et endurer avec patience les peines qu’entraîne ce renoncement. Car nul homme possédant des réserves accumulées n’est jamais vu sans troubles. C’est pourquoi les hommes droits louent un moyen d’existence sans saisie : une richesse qui vient d’elle-même en son temps, selon la justice et la volonté du destin.

Verse 49

धर्मार्थ यस्य वित्तेहा वरं तस्य निरीहता । प्रक्षालनाद्धि पंकस्य श्रेयो न स्पर्शन॑ नृणाम्‌

Vaiśampāyana dit : Pour celui qui recherche ici la richesse au nom du dharma, il vaut mieux encore être sans désir de richesse. Car pour les hommes, il est préférable de ne pas toucher la boue du tout que de s’en enduire puis de la laver.

Verse 50

युधिष्ठिरैवं सर्वेषु न स्पृहां कर्तुमरहसि । धर्मेण यदि ते कार्य विमुक्तेच्छो भवार्थत:

Vaiśaṃpāyana dit : «Yudhiṣṭhira, ainsi, il ne te sied pas de nourrir le désir d’aucun objet. Si ton dessein doit s’accomplir véritablement par le dharma, deviens donc, en ton essence, celui qui a renoncé au désir — libre de la soif de richesse et de profit.»

Verse 51

युधिछिर उवाच नार्थोपभोगलिप्सार्थमियमर्थेप्सुता मम । भरणार्थ तु विप्राणां ब्रह्मन्‌ काडक्षे न लोभत:

Yudhiṣṭhira dit : «Ô brahmane, si je désire des richesses, ce n’est pas par soif de jouir des possessions. Je ne cherche des ressources que pour entretenir et soutenir les brahmanes — jamais par avidité.»

Verse 52

कथं हा[स्मद्विधो ब्रह्मन्‌ वर्तमानो गृहाश्रमे । भरणं पालन चापि न कुर्यादनुयायिनाम्‌,विप्रवर! गृहस्थ-आश्रममें रहनेवाला मेरे-जैसा पुरुष अपने अनुयायियोंका भरण- पोषण भी न करे, यह कैसे उचित हो सकता है?

Yudhiṣṭhira dit : «Ô brahmane, comment serait-il juste qu’un homme tel que moi—vivant dans l’état de maître de maison—manque de pourvoir aux besoins et de protéger ceux qui me suivent et dépendent de moi, ô le meilleur des brahmanes ?»

Verse 53

संविभागो हि भूतानां सर्वेषामेव दृश्यते । तथैवापचमाने भ्य: प्रदेयं गृहमेधिना

Yudhiṣṭhira dit : «Il est manifeste que tous les êtres vivants ont leur part légitime dans ce qui est préparé et possédé. Aussi le maître de maison, gardien de la vie domestique sacrée, doit-il donner à manger à ceux qui ne cuisinent pas pour eux-mêmes—en leur offrant des mets cuits, par devoir et par compassion.»

Verse 54

तृणानि भूमिरुदकं वाक्‌ चतुर्थी च सूनूता । सतामेतानि गेहेषु नोच्छिद्यन्ते कदाचन,आसनके लिये तृण (कुश), बैठनेके लिये स्थान, जल और चौथी मधुर वाणी, सत्पुरुषोंके घरमें इन चार वस्तुओंका अभाव कभी नहीं होता

Yudhiṣṭhira dit : «De l’herbe pour s’asseoir, un endroit où s’asseoir, de l’eau, et, en quatrième, une parole douce et véridique : dans la demeure des hommes vertueux, ces quatre choses ne manquent jamais.»

Verse 55

देयमार्तस्य शयनं स्थितश्रान्तस्य चासनम्‌ | तृषितस्य च पानीयं क्षुधितस्य च भोजनम्‌

Yudhiṣṭhira dit : «À celui qui souffre, il faut donner un lit ; à celui qui reste debout et s’épuise, un siège ; à l’assoiffé, de l’eau ; et à l’affamé, de la nourriture. Ce secours élémentaire aux affligés n’est pas un choix, mais un devoir direct du dharma : une compassion immédiate rendue par une aide concrète.»

Verse 56

चक्षुर्दद्यान्मनो दद्याद्‌ वाचं दद्यात्‌ सुभाषिताम्‌ । उत्थाय चासन दद्यादेष धर्म: सनातन: । प्रत्युत्थायाभिगमन कुर्यानन्‍्यायेन चार्चनम्‌

Yudhiṣṭhira dit : «Qu’on offre à l’hôte un regard d’accueil, qu’on lui donne son esprit en bienveillance, et qu’on lui adresse une parole douce et bien tournée. Puis, se levant, qu’on lui présente un siège : tel est le dharma éternel du maître de maison. Ainsi, voyant un hôte arriver, qu’on se lève pour l’aller au-devant de lui et qu’on l’honore par des gestes d’hospitalité convenables».

Verse 57

अग्निहोत्रमनड्वांश्व॒ ज्ञातयो5तिथिबान्धवा: । पुत्रा दाराश्च भृत्याश्व निर्दहेयुरपूजिता:

Yudhiṣṭhira dit : «Si le maître de maison ne rend pas honneur au saint Agnihotra, ni aux bœufs de trait, ni aux parents, aux hôtes et aux proches—et s’il néglige encore ses fils, son épouse et ses serviteurs—alors, laissés sans respect, ils peuvent le consumer par le feu de leur colère. Ainsi, le manquement à la révérence due au sein du foyer devient un péril moral qui dévore sa propre vie et sa dignité».

Verse 58

आत्मार्थ पाचयेन्नान्नं न वृथा घातयेत्‌ पशून्‌ । न च तत्‌ स्वयमश्रीयाद्‌ विधिवद्‌ यन्न निर्वपेत्‌

Yudhiṣṭhira dit : «Qu’on ne fasse pas cuire la nourriture pour soi seul ; qu’on ne tue pas non plus des animaux sans raison véritable. Et ce qui n’a pas été offert comme il se doit, selon la règle—aux dieux et aux autres destinataires légitimes—qu’on ne le mange pas soi-même».

Verse 59

श्वभ्यश्न श्वपचेभ्यश्व वयोभ्यश्वावपेद्‌ भुवि । वैश्वदेवं हि नामैतत्‌ सायं प्रातश्न॒ दीयते

Yudhiṣṭhira dit : «Qu’on dépose de la nourriture à même le sol pour les chiens, pour les exclus (ceux qui mangent la chair du chien) et pour les oiseaux. C’est là, en vérité, le grand rite nommé Vaiśvadeva, offert le soir comme le matin».

Verse 60

विघसाशी भवेत्‌ तस्मान्नित्यं चामृतभोजन: । विघसो भुक्तशेषं तु यज्ञशेषं तथामृतम्‌

Ainsi, le maître de maison doit vivre régulièrement en vighasāśin et prendre aussi l’amṛta. La nourriture qui reste après que les autres ont mangé s’appelle vighasa, et celle qui demeure après les offrandes sacrificielles (telles que bali et vaiśvadeva) s’appelle également amṛta. De jour en jour, qu’il mange selon cette discipline : faisant passer autrui et les devoirs sacrés d’abord, et lui-même en dernier.

Verse 61

चक्षुर्दद्यान्मनो दद्याद्‌ वाचं दद्याच्च सूनृताम्‌ । अनुव्रजेदुपासीत स यज्ञ: पठचदक्षिण:

Yudhiṣṭhira dit : «À l’hôte digne d’honneur, il faut offrir le don des yeux—un regard aimant et respectueux ; le don de l’esprit—une attention bienveillante et soucieuse ; et le don d’une parole sūnṛtā—véridique, douce et salutaire. Quand l’hôte s’en va, on doit l’accompagner sur quelque distance ; et tant qu’il demeure dans la maison, s’asseoir près de lui pour le servir. Tel est le “sacrifice à l’hôte” (atithi-yajña), pourvu de cinq formes de dakṣiṇā (dons d’honneur).»

Verse 62

यो दद्यादपरिक्लिष्टमन्नमध्वनि वर्तते | भ्रान्तायादृष्टपूर्वाय तस्य पुण्यफलं महत्‌,जो गृहस्थ अपरिचित थके-माँदे पथिकको प्रसन्नतापूर्वक भोजन देता है, उसे महान्‌ पुण्यफलकी प्राप्ति होती है

Yudhiṣṭhira dit : Quiconque, en chemin, donne sans avarice de la nourriture à un voyageur épuisé—égaré et inconnu de lui—remporte une grande récompense de mérite.

Verse 63

एवं यो वर्तते वृत्तिं वर्तमानो गृहाश्रमे । तस्य धर्म परं प्राहुः कथं वा विप्र मन्यसे

Yudhiṣṭhira dit : «Si un homme, vivant dans l’état de maître de maison (gṛhāśrama), se conduit ainsi et gagne sa vie de cette manière, on déclare que pour lui c’est le dharma le plus élevé. Qu’en penses-tu, ô brāhmane savant ?»

Verse 64

शौनक उवाच अहो बत महत्‌ कष्ट विपरीतमिदं जगत्‌ | येनापत्रपते साधुरसाधुस्तेन तुष्यति

Śaunaka dit : «Hélas ! quelle douloureuse épreuve : le monde semble renversé. L’acte même dont l’homme vertueux rougit est celui dont le méchant se réjouit.»

Verse 65

शिक्षोदरकृते<प्राज्ञ: करोति विघसं बहु | मोहरागवशाक्रान्त इन्द्रियार्थवशानुग:

Accablé par l’illusion et l’attachement, l’ignorant—asservi à l’attrait des objets des sens—amasse maintes jouissances, les traitant comme si elles étaient du « vighasa », le reste du sacrifice, uniquement pour rassasier ses sens et son ventre.

Verse 66

हियते बुध्यमानो5पि नरो हारिभिरिन्द्रियै: । विमूढसंज्ञो दुष्टाश्वैरुदभ्रान्तैरिव सारथि:

Même l’homme clairvoyant est emporté par les sens qui dérobent l’esprit et le tirent vers les objets de jouissance. En cet instant, sa lucidité se trouble—tel un cocher arraché à la bonne route par des chevaux indociles et mal dressés. Telle est la condition de celui qui n’a pas conquis ses sens : la connaissance peut être là, mais la conduite est vaincue par des élans incontrôlés.

Verse 67

षडिन्द्रियाणि विषयं समागच्छन्ति वै यदा । तदा प्रादुर्भवत्येषां पूर्वसंकल्पजं मन:

Lorsque les six sens se portent vers leurs objets propres, alors l’esprit—façonné par les intentions antérieures et les impressions latentes—se dresse et devient agité.

Verse 68

मनो यस्येन्द्रियस्पेह विषयान्‌ याति सेवितुम्‌ | तस्यौत्सुक्यं सम्भवति प्रवृत्तिश्नोपजायते

Quand l’esprit, poussé par la convoitise des sens, va s’adonner aux objets sensibles, l’empressement pour ces objets surgit; et les facultés sensorielles s’activent alors dans leur jouissance.

Verse 69

ततः संकल्पबीजेन कामेन विषयेषुभि: । विद्धः पतति लोभाग्नौ ज्योतिर्लोभात्‌ पतड़वत्‌

Puis, transpercé par les flèches des objets des sens et poussé par le désir dont la semence n’est que saṅkalpa (la résolution mentale), l’homme tombe dans le feu de l’avidité—comme le papillon de nuit qui, par convoitise de la lumière, se jette dans la flamme.

Verse 70

ततो विहारैराहारैमोहितश्न यथेप्सया । महामोहे सुखे मग्नो नात्मानमवबुध्यते,इसके बाद इच्छानुसार आहार-विहारसे मोहित हो महामोहमय सुखमें निमग्न रहकर वह मनुष्य अपने आत्माके ज्ञानसे वंचित हो जाता है

Ensuite, abusé par l’indulgence—nourriture et divertissements poursuivis au gré du désir—l’homme s’enfonce dans un bonheur né de la grande illusion et ne s’éveille pas à la vérité du Soi (Ātman).

Verse 71

एवं पतति संसारे तासु तास्विह योनिषु । अविद्याकर्मतृष्णाभि भ्राम्यमाणो5थ चक्रवत्‌,इस प्रकार अविद्या, कर्म और तृष्णाद्वारा चक्रकी भाँति भ्रमण करता हुआ मनुष्य संसारकी विभिन्न योनियोंमें गिरता है

Ainsi, dans ce cycle de l’existence mondaine, l’homme—emporté comme une roue par l’ignorance, par l’élan des actes et par le désir—tombe sans cesse d’un sein à l’autre, renaissant maintes fois sous des formes diverses.

Verse 72

ब्रह्मादिषु तृणान्तेषु भूतेषु परिवर्तते । जले भुवि तथा55काशे जायमान: पुन: पुन:,फिर तो ब्रह्मासे लेकर तृणपर्यन्त सभी प्राणियोंमें तथा जल, भूमि और आकाशमें वह मनुष्य बारंबार जन्म लेकर चक्कर लगाता रहता है

Il ne cesse de tourner dans le cycle de l’existence : il renaît encore et encore parmi les êtres, de Brahmā jusqu’à un simple brin d’herbe, et dans les domaines de l’eau, de la terre et du ciel.

Verse 73

अबुधानां गतिस्त्वेषा बुधानामपि मे शृणु । ये धर्मे श्रेयसि रता विमोक्षरतयो जना:

Telle est la voie des insensés. Écoute maintenant de ma bouche la voie des sages : ceux qui se complaisent dans le dharma qui mène au bien suprême et gardent un attachement constant à la mokṣa, ceux-là sont les hommes de discernement.

Verse 74

तदिदं वेदवचनं कुरु कर्म त्यजेति च । तस्माद्‌ धर्मानिमान्‌ सर्वान्‌ नाभिमानात्‌ समाचरेत्‌

Telle est, en vérité, la parole du Veda : «Agis», et aussi : «Renonce à l’action». C’est pourquoi tous ces devoirs qui vont être énoncés doivent être accomplis sans orgueil ni prétention, délivrés de l’ego.

Verse 75

इज्याध्ययनदानानि तप: सत्यं क्षमा दम: । अलोभ इति मार्गो<यं धर्मस्याष्टविध: स्मृत:,यज्ञ, अध्ययन, दान, तप, सत्य, क्षमा, मन और इन्द्रियोंका संयम तथा लोभका परित्याग--ये धर्मके आठ मार्ग हैं

Culte et sacrifice (yajña), étude, don, austérité, vérité, pardon, maîtrise de l’esprit et des sens, et absence de convoitise : tels sont, dit-on, les huit chemins du dharma.

Verse 76

अत्र पूर्वक्षतुर्वर्ग: पितृयाणपथे स्थित: । कर्तव्यमिति यत्‌ कार्य नाभिमानात्‌ समाचरेत्‌

Ici, l’ensemble quadruple des devoirs exposé plus haut se tient sur la voie nommée Pitṛyāna, le chemin des Ancêtres : lorsque ces quatre pratiques sont accomplies avec désir de récompense, elles mènent par cette route ancestrale. Mais les actes obligatoires—tels l’Agnihotra et l’office du Sandhyā—doivent être accomplis par le seul sens du devoir, en écartant l’orgueil et l’importance de soi.

Verse 77

उत्तरो देवयानस्तु सद्धिराचरित: सदा । अष्ट ड्रेनैव मार्गेण विशुद्धात्मा समाचरेत्‌

Śaunaka dit : «La voie supérieure est la Devayāna, toujours pratiquée par les justes. Qu’un homme, purifiant son for intérieur par le chemin pourvu de huit membres, s’y conforme : qu’il accomplisse ses devoirs obligatoires sans l’orgueil de se croire l’auteur des actes.»

Verse 78

सम्यक्संकल्पसंबन्धात्‌ सम्यक्‌ चेन्द्रियनिग्रहात्‌ । सम्यग्व्रतविशेषाच्च सम्यक्‌ च गुरुसेवनात्‌

Śaunaka dit : L’homme atteint le bien suprême en liant justement l’esprit à une résolution unique et bien formée ; en maîtrisant comme il convient les sens ; en observant avec soin des vœux particuliers tels que l’ahimsā (non-violence) ; et en servant avec dévotion son maître (guru).

Verse 79

सम्यगाहारयोगाच्च सम्यक्‌ चाध्ययनागमात्‌ | सम्यक्कर्मोपसंन्यासात्‌ सम्यक्‌ चित्तनिरोधनात्‌

Śaunaka dit : Par une discipline dans l’alimentation et la manière de vivre ; par l’étude juste et l’acquisition du savoir sacré ; par le renoncement droit aux actes—en les déposant dans un esprit d’offrande—; et par la maîtrise constante de l’esprit : par ces moyens bien exercés, l’homme atteint le bien suprême.

Verse 80

एवं कर्माणि कुर्वन्ति संसारविजिगीषव: । रागद्वेषविनिर्मुक्ता ऐश्वर्य देवता गता:

Ainsi agissent les sages qui veulent vaincre le cycle du saṃsāra : ils accomplissent leurs devoirs, affranchis de l’attachement et de l’aversion (rāga-dveṣa). Par l’observance de ces disciplines, même les dieux obtinrent souveraineté et prospérité divine.

Verse 81

रुद्रा: साध्यास्तथा55दित्या वसवो5थ तथाश्रिनौ । योगैश्वर्येण संयुक्ता धारयन्ति प्रजा इमा:,रुद्र, साध्य, आदित्य, वसु तथा दोनों अश्विनीकुमार योगजनित ऐश्वर्यसे युक्त होकर इन प्रजाजनोंका धारण-पोषण करते हैं

Śaunaka dit : «Les Rudra, les Sādhya, les Āditya, les Vasu, et de même les deux Aśvin—unis aux pouvoirs souverains nés du yoga—soutiennent et entretiennent ces êtres vivants.»

Verse 82

तथा त्वमपि कौन्तेय शममास्थाय पुष्कलम्‌ | तपसा सिद्धिमन्विच्छ योगसिद्धिं च भारत

«Toi aussi, ô fils de Kuntī, établis fermement une grande paix intérieure et la maîtrise du mental et des sens ; puis, par l’austérité, efforce-toi d’atteindre l’accomplissement spirituel—et aussi les perfections du yoga, ô Bhārata.»

Verse 83

पितृमातृमयी सिद्धि: प्राप्ता कर्ममयी च ते । तपसा सिद्धिमन्विच्छ द्विजानां भरणाय वै

Śaunaka dit : «Tu as déjà obtenu l’accomplissement issu de l’action—un accomplissement qui profite aux pères et aux mères, apportant le bien en ce monde et dans l’autre. À présent, par l’austérité, recherche l’accomplissement yogique plus élevé grâce auquel seront assurés l’entretien et le soutien des deux-fois-nés (les brahmanes).»

Verse 84

सिद्धा हि यद्‌ यदिच्छन्ति कुर्वते तदनुग्रहात्‌ तस्मात्तप: समास्थाय कुरुष्वात्ममनोरथम्‌

Car les ascètes accomplis obtiennent tout ce qu’ils désirent véritablement par la faveur née de leur austérité. C’est pourquoi, prends refuge dans un tapas discipliné et mène à terme le dessein de ton cœur.

Frequently Asked Questions

Yudhiṣṭhira faces a duty-conflict between accepting devoted brāhmaṇas as companions and preventing their foreseeable hardship in the wilderness, balancing compassion, responsibility for dependents, and the ethics of burdening others.

Sorrow is managed by diagnosing its cognitive root: attachment (sneha) generates desire and craving (tṛṣṇā), which amplify fear and suffering; knowledge, restraint, and contentment stabilize the mind, thereby easing both mental and bodily distress.

No explicit phalaśruti is stated; the chapter’s meta-function is prescriptive: it frames tapas and disciplined conduct as pragmatic and soteriologically aligned means to sustain dependents and to prevent grief from governing ethical judgment.

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