Adhyaya 232
Brahma KhandaAdhyaya 23224 Verses

Adhyaya 232

Kula-amṛta: Śiva’s Teaching to Nārada on Viṣṇu-Dhyāna and Mokṣa

Sūta présente un hymne secret nommé « Kula-amṛta », d’abord prononcé par Śiva lorsque Nārada l’interrogea. Nārada se lamente de voir l’âme captive des dvandva (désir/colère ; plaisir/douleur) et des objets des sens, et demande le moyen de traverser l’océan de la mort et des renaissances. Śiva répond avec une paix assurée : tous les êtres, de l’herbe jusqu’à Brahmā, gisent comme endormis sous la māyā, et seul la grâce du Seigneur permet l’éveil. Il diagnostique l’ivresse du monde—pouvoir, jouissances, attachement à l’épouse, aux fils et à la famille—comme cause de perdition, comparant l’ignorance qui se lie elle-même au cocon du ver à soie. Puis il proclame à maintes reprises la voie essentielle : la méditation constante sur Viṣṇu/Vāsudeva—non-né, omniprésent, au-delà des mots et des concepts, témoin de tous les mondes—accorde la mokṣa, surpassant même les grands sacrifices. Sūta conclut en réaffirmant l’enseignement et en ajoutant la phalaśruti : écouter ou réciter cet hymne détruit d’immenses péchés et mène à l’état suprême, immuable, préparant l’auditeur aux instructions purāṇiques suivantes fondées sur la bhakti comme moteur de la délivrance.

Shlokas

Verse 1

ऽध्यायः सूत उवाच / कुलामृतं प्रवक्ष्यामि स्तोत्रं यत्तु हरो ऽब्रवीत् / पृष्टः श्रीनारदेनैव नारदाय तथा शृणु

Sūta dit : «Je vais proclamer le “Kula-amṛta”, l’hymne que Hara (Śiva) a prononcé. Interrogé par le vénérable Nārada lui-même, il le dit à Nārada ; aussi, écoute.»

Verse 2

नारद उवाच / यः संकारे सदा द्वन्द्वैः कामक्रोधैः शुभाशुभैः / शब्दादिविषयैर्बद्धः पीड्यमानः स दुर्मतिः

Nārada dit : Celui qui, dans le cycle du saṁsāra, demeure sans cesse pris dans les paires d’opposés—désir et colère, favorable et défavorable—et se trouve lié aux objets des sens, tels le son et autres, étant continuellement tourmenté, a l’intelligence égarée.

Verse 3

क्षणं विमुच्यते जन्तुर्मृत्युसंसारसागरात् / भगवञ्छ्रोतुमिच्छामि त्वत्तो हि त्रिपुरान्तक

L’espace d’un instant, l’être vivant est délivré de l’océan de la mort et des transmigrations. Ô Bhagavān, je souhaite l’entendre de toi seul—ô Tripurāntaka, Destructeur des trois cités.

Verse 4

तस्य तद्वचनं श्रुत्वा नारदस्य त्रिलोचनः / उवाच तमृषिं शम्भुः प्रसन्नवदनो हरः

Entendant ces paroles de Nārada, le Seigneur aux trois yeux (Śiva)—Śambhu, Hara—s’adressa à ce ṛṣi, le visage paisible et réjoui.

Verse 5

महेश्वर उवाच / ज्ञानामृतं परं गुह्यं रहस्यमृषिसत्तम / वक्ष्यामि शृणु दुः खघ्नं भवबन्धभयामहम्

Maheshvara dit : «Ô le meilleur des sages, je vais proclamer le nectar de la connaissance, suprêmement secret et profondément caché. Écoute : il détruit la peine et ôte la crainte née des liens du saṃsāra.»

Verse 6

तृणादि चतुरास्यान्तं भूतग्रामं चतुर्विधम् / चराचरं जगत्सर्वं प्रसुप्तं यस्य मायया

D’un brin d’herbe jusqu’à Brahmā aux quatre visages, toute la multitude des êtres en quatre catégories—tout l’univers, mobile et immobile—gît comme endormi sous la puissance de Sa māyā.

Verse 7

तस्य विष्णो प्रिसादेन यदि कश्चित्प्रबुध्यते / स निस्तरति संसारं देवानामपि दुस्तरम्

Par la grâce de ce Seigneur Viṣṇu, si quelqu’un s’éveille (à la vraie connaissance), il franchit le saṃsāra, ce cycle d’existence que même les devas peinent à dépasser.

Verse 8

भोगैश्वर्यमदोन्मत्तस्ततत्त्वज्ञानपराङ्मुखः / पुत्रदारकुटुम्बेषु मत्ताः सीदन्तिजन्तवः

Enivrés par les jouissances et l’orgueil de la puissance mondaine, détournés de la connaissance du réel, les êtres—égarés par l’attachement aux fils, à l’épouse et au clan—tombent dans la ruine et la souffrance.

Verse 9

सर्व एकार्णवे मग्ना जीर्णा वनगजा इव / यस्त्वाननं निबध्नाति दुर्मतिः कोशकारवत्

Tous sont engloutis dans l’unique océan (du saṃsāra), usés comme de vieux éléphants de la forêt. Celui qui, par intelligence égarée, se lie lui-même la bouche, est tel le ver à soie qui file un cocon autour de lui.

Verse 10

तस्य मुक्तिं न पश्यामि जन्मकोटिशतैरपि / तस्मान्नारद सर्वेषां देवानां देवमव्ययम् / आराधयेत्सदा सम्यगध्यायेद्विष्णुं मुदान्वितः

Je ne vois pas pour lui la délivrance, fût-ce au terme de centaines de crores de naissances. C’est pourquoi, ô Nārada, qu’on adore toujours avec justesse le Dieu impérissable, Deva des devas, et, le cœur empli de joie, qu’on étudie et contemple Viṣṇu.

Verse 11

यस्तु विश्वमनाद्यन्तमजमात्मनि संस्थितम् / सर्वज्ञमचलं विष्णुं सदा ध्यायेत्समुच्यते

Mais celui qui médite sans cesse sur Viṣṇu—qui est l’univers lui-même, sans commencement ni fin, non né, établi dans le Soi, omniscient et immobile—celui-là est délivré.

Verse 12

देवं गर्भोचितं विष्णुं सदा ध्यायन्विमुच्यते / अशिरीरं विधातारं सर्वज्ञानमनोरतिम् / अचलं सर्वगं विष्णुं सदा ध्यायन्विमुच्यते

En méditant sans cesse sur Viṣṇu—le Seigneur divin digne d’être contemplé même dans le sein maternel—on est délivré. En méditant sur l’Ordonnateur sans corps, dont la joie est l’omniscience, on est délivré. En méditant toujours sur Viṣṇu, l’Immobile et l’Omniprésent, on est délivré.

Verse 13

निर्विकल्पं निराभासं निष्प्रपञ्चं निरामयम् / वासुदेवं गुरुं विष्णुं सदा ध्यायन्विमुच्यते

En méditant sans cesse sur Vāsudeva—Viṣṇu, le Guru—libre de toute construction mentale, au-delà de toute apparence, au-delà de la prolifération mondaine et sans affliction, on est délivré.

Verse 14

सर्वात्मकञ्च वै यावदात्मचैतन्यरूपकम् / शुभमेकाक्षरं विष्णुं सदा ध्यायन्विमुच्यते

Tant que l’on médite sans cesse sur Viṣṇu, l’Auspicious—l’Unique-Syllabe, l’Omnipénétrant, dont la nature même est la conscience de l’âme—on obtient la délivrance.

Verse 15

वाक्यातीतं त्रिकालज्ञं विश्वेशं लोकसाक्षिणम् / सर्वस्मादुत्तमं विष्णुं सदा ध्यायन्विमुच्यते

Celui qui médite sans cesse sur Viṣṇu—au-delà des paroles, connaisseur des trois temps (passé, présent, futur), Seigneur de l’univers et témoin de tous les mondes, suprême au-dessus de tout—obtient la délivrance.

Verse 16

ब्रह्मादिदेवगन्धर्वैर्मुनिभिः सिद्धचारणैः / योगिभिः सेवितं विष्णुं सदा ध्यायन्विमुच्यते

Celui qui médite sans cesse sur Viṣṇu—honoré et servi par Brahmā et les autres dieux, par les Gandharvas, les sages, les Siddhas et les Cāraṇas, ainsi que par les yogins—obtient la délivrance.

Verse 17

संसारबन्धनामुक्तिमिच्छंल्लोको ह्यशेषतः / स्तुत्वैवं वरदं विष्णुं सदा ध्यायन्विमुच्यते

En vérité, quiconque aspire à être délivré des liens du saṃsāra—après avoir ainsi loué Viṣṇu, dispensateur de grâces—est affranchi en méditant constamment sur Lui.

Verse 18

संसारबन्धनात्को ऽपि मुक्तिमिच्छन्समाहितः / अनन्तमव्ययं देवं विष्णं विश्वप्रतिष्ठितम् / विश्वेश्वरमजं विष्णुं संदा ध्यायन्विमुच्यते

Quiconque, l’esprit recueilli, désire être délivré des liens du saṃsāra—en méditant sans cesse sur Viṣṇu, l’Infini et l’Immuable, le Dieu en qui l’univers est établi, Souverain de tout, l’Inengendré—obtient la délivrance.

Verse 19

सूत उवाच / नारदेन पुरा पृष्ट एवं स वृषभध्वजः / येत्तेन तस्मै व्याख्यातं तन्मया कथितं तव

Sūta dit : Ainsi, jadis, lorsque Nārada interrogea Vṛṣabhadhvaja (Śiva), tout ce qu’il expliqua à Nārada, cet enseignement même, je te l’ai maintenant rapporté.

Verse 20

तमेव सततन्ध्यायन्निर्व्ययं ब्रह्म निष्कलम् / अवाप्स्यसि ध्रुवं तात ! शाश्वतं पदमव्ययम्

En méditant sans cesse sur Lui seul—le Brahman impérissable, sans parties—tu atteindras sûrement, ô cher enfant, l’état éternel et immuable.

Verse 21

अश्वमेधसहस्राणि वाजपेयशतानि च / क्षणमेकाग्रचित्तस्य कलां नार्हन्ति षोडशीम्

Ni mille sacrifices Aśvamedha ni cent rites Vājapeya ne valent ne fût-ce qu’un seizième d’un seul instant d’un esprit rendu un-pointé (ekāgra) dans la contemplation.

Verse 22

श्रुत्वा सुरऋषिर्विष्णोः प्राधान्यमिदमीश्वरात् / स विष्णुं सम्यगाराध्य सिद्धः पदमवाप्तवान्

Ayant entendu du Seigneur cette suprême prééminence de Viṣṇu, le sage céleste adora Viṣṇu selon la juste règle; devenu accompli, il atteignit l’état le plus élevé.

Verse 23

यः पठेच्छृणुयाद्वा पि नित्यमेव स्तवोत्तमम् / कोटिजन्मकृतं पापमपि तस्य प्रणश्यति

Quiconque récite—ou même écoute—régulièrement cet hymne excellent, voit s’anéantir pour lui jusqu’aux péchés amassés durant des dizaines de millions de naissances.

Verse 24

विष्णोः स्तवमिदं दिव्यं महादेवेन कीर्तितम् / प्रयत्नाद्यः पठेन्नित्य ममृतत्वं स गच्छति

Cet hymne divin de Viṣṇu, proclamé par Mahādeva (Śiva) : quiconque le récite chaque jour avec effort sincère atteint l’immortalité, la délivrance.

Frequently Asked Questions

Viṣṇu (Vāsudeva) is emphasized as the direct object of constant meditation; He is described as the all-pervading witness, unborn and beyond conceptual construction, and thus the stable refuge through which one awakens from māyā and attains mokṣa.

It indicates spiritual non-recognition (avidyā): consciousness is absorbed in appearances, dualities, and sense-objects. Awakening is the shift to reality-knowledge supported by divine grace and sustained Viṣṇu-centered contemplation.