
Hari’s Avatāras and the Cosmic Power of Pativratā-Dharma
Poursuivant l’enseignement de Brahmā, ce chapitre résume l’histoire des avatāra de Hari comme sauvetage du dharma : Matsya tue Hayagrīva et restitue les Veda ; Kūrma soutient le mont Mandara lors du barattage de l’océan de lait et Dhanvantari apparaît avec l’amṛta ; Mohinī veille à ce que les devas reçoivent le nectar ; Varāha relève la Terre après avoir abattu Hiraṇyākṣa ; Narasiṃha détruit Hiraṇyakaśipu pour protéger Veda et dharma ; Paraśurāma châtie les excès des kṣatriya et offre la terre ; et la vie de Rāma est racontée de l’exil à la victoire sur Rāvaṇa, puis au règne juste accompagné de sacrifices. L’accent se resserre ensuite sur la fidélité inébranlable de Sītā malgré la captivité, ouvrant un enseignement sur la grandeur de la pativratā-dharma. Vient un exemple : la lèpre de Kauśika et le service extrême de son épouse les mettent en contact avec le sage Māṇḍavya empalé ; la malédiction du sage est contrée par le vœu de l’épouse que le soleil ne se lèvera pas, provoquant une longue obscurité et l’effroi des devas. Brahmā leur ordonne d’apaiser Anasūyā ; son rite rétablit le lever du soleil et la vie. Le chapitre conclut que la puissance pativratā de Sītā dépasse même celle d’Anasūyā, préparant d’autres exempla centrés sur le dharma au-delà du récit épique.
Verse 1
दृ नामैकचत्वारिंशदुत्तरशततमो ऽध्यायः ब्रह्मोवाच / विंशादीन्पालयामास ह्यवतीर्णो हरिः प्रभुः / दैत्यधर्मस्य नाशार्थं वेदधर्मादिगुप्तये
Brahmā dit : Le Seigneur Hari, descendu en ce monde, protégea les vingt et d’autres encore, afin de détruire la conduite des démons et de préserver le dharma védique ainsi que les prescriptions sacrées qui s’y rattachent.
Verse 2
मत्स्यादिकस्वरूपेण त्ववतारं करोत्यजः / मत्स्यो भूत्वा हयग्रीवं दैत्यं हत्वाजिकण्टकम्
L’Inengendré prend des avatāra sous des formes telles que Matsya, le Poisson, et d’autres. Devenu Poisson, il tua l’asura Hayagrīva, ôtant l’épine menaçante contre le yajña et l’ordre sacré.
Verse 3
वेदानानीय मन्वादीन्पालयामास केशवः / मन्दरं धारयामास कूर्मो भूत्वा हिताय च
Keśava, ayant ramené les Veda, protégea Manu et les autres sages primordiaux ; et pour le bien de tous, devenu Kūrma, la Tortue, il porta le mont Mandara.
Verse 4
क्षीरोदमथने वै द्यो देवो धन्वन्तरिर्ह्यर्भूत् / बिभ्रत्कमण्डलुं पूर्णममृतेन समुत्थितः
Lors du barattage de l’Océan de Lait, le divin Dhanvantari apparut véritablement, s’élevant en portant un kamaṇḍalu entièrement rempli d’amṛta, le nectar d’immortalité.
Verse 5
आयुर्वेदमथाष्टाङ्गं सुश्रुताय स उक्तवान् / अमृतं पाययामास स्त्रीरूपी च सुरान्हरिः
Il enseigna à Suśruta l’Āyurveda aux huit branches; puis Hari, prenant une forme féminine, fit boire aux dieux l’amṛta de l’immortalité.
Verse 6
अवतीर्णो वराहो ऽथ हिरण्याक्षं जघान ह / पृथिवीं धारयामास पालयामास देवताः
Puis l’avatāra Varāha descendit et tua véritablement Hiraṇyākṣa; il soutint la Terre et protégea les dieux.
Verse 7
नरसिंहो ऽवर्तोर्णो ऽथ हिरण्यकशिपुंरिपुम् / दैत्यान्निहतवान्वेदधर्मादीनभ्यपालयत्
Ensuite, Narasiṃha — à la vaillance irrésistible — tua l’ennemi Hiraṇyakaśipu avec les Daityas, puis sauvegarda le Veda, le Dharma et l’ordre sacré.
Verse 8
ततः परशुरामो ऽभूज्जमदग्नेर्जगत्प्रभुः / त्रिः सप्तकृत्वः पृथिवीं चक्रे निः क्षत्त्रियां हरिः
Puis se manifesta Paraśurāma, seigneur du monde, né de Jamadagni; et Hari rendit la terre dépourvue de kṣatriyas, sept fois trois (vingt et une fois).
Verse 9
कार्तवीर्यं जघानाजौ कश्यपाय महीं ददौ / यागं कृत्वा महाबाहुर्महेन्द्रे पर्वते स्थितः
Il abattit Kārtavīrya au combat et remit la terre à Kaśyapa. Après avoir accompli le saint yajña, le héros aux bras puissants demeura sur le mont Mahendra.
Verse 10
ततो रामो भविष्णुश्च चतुर्धा दुष्टर्मदनः / पुत्रो दशरथाज्जज्ञे रामश्च भरतो ऽनुजः
Alors Rāma—Viṣṇu Lui-même, dompteur des méchants—se manifesta en quatre formes, naissant comme fils de Daśaratha; et Bharata naquit comme le cadet de Rāma.
Verse 11
लक्ष्मणश्चाथ शत्रुघ्नो रामभार्या च जानकी / रामश्च पितृसत्यार्थं मातृभ्यो हितमाचरन्
Puis Lakṣmaṇa et Śatrughna, ainsi que Jānakī, l’épouse de Rāma—et Rāma lui-même—agirent afin d’accomplir la promesse véridique du père, se conduisant pour le bien de leurs mères.
Verse 12
शृङ्गवेरं चित्रकूटं दण्डकारण्यमागतः / नासां शूर्पणखायाश्च च्छित्त्वाथ खरदूषणम्
Il parvint à Śṛṅgaverapura, à Citrakūṭa, puis à la forêt de Daṇḍaka ; et après avoir tranché le nez de Śūrpaṇakhā, il abattit Khara et Dūṣaṇa.
Verse 13
हत्वा स राक्षसं सीतापहारिरजनीचरम् / रावणं चानुजं तस्य लङ्कापुर्यां विभीषणम्
Après avoir tué le démon qui rôde la nuit—Rāvaṇa, ravisseur de Sītā—il (statua aussi) au sujet de son cadet Vibhīṣaṇa dans la cité de Laṅkā.
Verse 14
रक्षोराज्ये च संस्थाप्य सुग्रीवनुमन्मुखैः / आरुह्य पुष्पकं सार्धं सीतया पतिभक्तया
Ayant rétabli l’ordre dans le royaume des Rākṣasas, avec Sugrīva et Hanumān en tête, il monta sur le char aérien Puṣpaka, accompagné de Sītā, l’épouse vouée à son seigneur.
Verse 15
लक्ष्मणेनानुकूलेन ह्ययोध्यां स्वपुरीं गतः / राज्यं चकार देवादीन्पालयामास स प्रजाः
Avec Lakṣmaṇa pour soutien bienveillant, il gagna Ayodhyā, sa propre cité; il prit la royauté et gouverna, protégeant les devas et le peuple.
Verse 16
धर्मसंरक्षणं चक्रे ह्यश्वमेधादिकान्क्रतून् / सा महीपतिना रेमे रामेणैव यथासुखम्
Il sauvegarda le dharma et accomplit des sacrifices tels que l’Aśvamedha; et elle vécut heureuse, goûtant la vie auprès du roi Rāma, comme il convenait.
Verse 17
रावणस्य गृहे सीता स्थिता भेजे न रावणम् / कर्मणा मनसा वाचा सा गता राघवं सदा
Bien que Sītā demeurât dans la demeure de Rāvaṇa, elle ne reçut point Rāvaṇa; par l’acte, par la pensée et par la parole, elle resta toujours vouée à Rāghava (Rāma).
Verse 18
पतिव्रता तु सा सीता ह्यनसूया यथैव तु / पतिव्रताया माहात्म्यं शृणु त्वं कथयाम्यहम्
Sītā fut en vérité une pativratā, fidèle à son époux, tout comme Anasūyā. Écoute à présent : je vais te dire la grandeur et la puissance spirituelle d’une pativratā.
Verse 19
कौशिको ब्राह्मणः कुष्ठी प्रतिष्ठाने ऽभवत्पुरा / तं तथा व्याधितं भार्या पतिं देवमिवार्चयत्
Autrefois, à Pratiṣṭhāna, vivait un brāhmane nommé Kauśika, atteint de la lèpre. Bien qu’il fût ainsi malade, son épouse vénérait et servait son mari comme s’il était un dieu.
Verse 20
निर्भर्त्सितापि भर्तारं तममन्यत दैवतम् / भर्त्रोक्ता सानयद्वेश्यां शुल्कमादाय चाधिकम्
Bien qu’il l’injurie et la réprimande, elle tenait toujours son époux pour sa propre divinité. Sur l’ordre du mari, elle le mena même chez une courtisane, prenant le prix—et davantage encore.
Verse 21
पथि सूले तदा प्रोतमचौरं चौरशङ्कया / माण्डव्यमतिदुः खार्तमन्धकारे ऽथ स द्विजः
Alors, sur la route, un homme innocent fut empalé sur un pieu, soupçonné d’être un voleur. Ainsi le deux-fois-né Māṇḍavya, accablé d’une peine très vive, demeurait dans l’obscurité.
Verse 22
पत्नीस्कन्धसमारूढश्चालयामास कौशिकः / पादावमर्शणत्क्रुद्धो माण्डव्यस्तमुवाच ह
Juché sur l’épaule de son épouse, Kauśika se mit en route ; mais Māṇḍavya, irrité qu’on eût touché ses pieds, lui adressa la parole.
Verse 23
सूर्योदये मृतिस्तस्य येनाहं चालितः पदा / तच्छ्रुत्वा प्राह तद्भार्या सूर्यो नोदयमेष्यति
«Au lever du soleil, la mort viendra à celui par qui j’ai été heurté du pied.» L’ayant entendu, son épouse dit : «Alors le soleil ne se lèvera pas.»
Verse 24
ततः सूर्योदयाभावाद भवत्सततं निशा / बहून्यब्दप्रमाणानि ततो देवा भयं ययुः
Alors, faute de lever du soleil, la nuit demeura sans interruption, durant de longues années ; c’est pourquoi les Dévas furent saisis de crainte.
Verse 25
ब्रह्माणं शरणं जग्मुस्तामूचे पद्मसम्भवः / प्रशाम्यते तेजसैव तपस्तेजस्त्वनेन वै
Ils cherchèrent refuge auprès de Brahmā. Alors Padmasambhava (Brahmā) leur dit : « C’est par une splendeur plus haute que la splendeur s’apaise ; et par ce même moyen se calme l’ardeur née de l’ascèse (tapas). »
Verse 26
पतिव्रताया माहात्म्यान्नोद्गच्छति दिवाकरः / तस्य चानुदयाद्धानिर्मर्त्यानां भवतां तथा
Par la grandeur d’une épouse vouée à son seigneur (pativratā), même le Soleil ne se lève pas ; et de ce non-lever naît la perte pour les mortels — ainsi en est-il pour vous aussi.
Verse 27
तस्मात्पतिव्रतामत्रेरनसूयां तपस्विनीम् / प्रसादयत वै पत्नीं भानोरुदयकाम्यया
Ainsi, désirant le lever de Bhānu (le Soleil), il s’employa à gagner la grâce d’Anasūyā, l’ascète et pativratā, épouse d’Atri.
Verse 28
तैः सा प्रसादिता गत्वा ह्यनसूया पतिव्रता / कृत्वादित्योदयं सा च तं भर्तारमजीवयत् / पतिव्रतानसूयायाः सीताभूदधिका किल
Ainsi, apaisée par eux, Anasūyā, la pativratā, s’avança ; et, après avoir accompli le rite au lever du soleil, elle rendit la vie à son époux. On dit en vérité que Sītā surpassa même la dévouée Anasūyā par la puissance de la fidélité conjugale.
Māṇḍavya’s curse threatens death at sunrise for the offender, but Kauśika’s wife—empowered by pativratā-tapas—vows that sunrise will not occur. The prolonged night signifies that dharmic potency (tapas/śakti) can override normal cosmic operations, creating disorder that even the devas must remedy through higher chastity and ritual restoration.
Sītā’s steadfastness is framed as śakti: fidelity ‘by deed, mind, and speech’ functions like tapas that stabilizes dharma and becomes comparable to (and said to exceed) Anasūyā’s ascetic chastity. Thus, her virtue is portrayed as cosmically consequential, not merely socially commendable.