
Sevaka-parīkṣā (Testing and Appointment of Servants) and Rājadharma Outcomes
Poursuivant les enseignements de l’Ācāra-khaṇḍa sur la bonne conduite et l’art de gouverner, Sūta décrit trois catégories de serviteurs (excellents, moyens, inférieurs) et insiste pour qu’on ne les emploie qu’à des tâches conformes à leur nature. Il propose une épreuve en quatre points—discipline, conduite, compétence et travail—à l’image de l’essai de l’or. Le chapitre précise ensuite les qualités requises pour les grandes charges royales : trésorier, expert en gemmes, commandant, pratīhāra (portier et officier du palais), scribe, envoyé, juge/surveillant du dharma, cuisinier, médecin et prêtre royal. Un passage d’avertissement déconseille d’engager des types peu fiables et montre que le méchant demeure dangereux même s’il est savant. Viennent des conseils éthiques et stratégiques : écarter les serviteurs cruels, cupides, trompeurs, peureux ou incapables ; stocker des armes dans la forteresse ; conclure des trêves pour affermir sa force ; et éviter de nommer des sots, sous peine de ruine. La conclusion affirme que la prospérité du roi monte ou baisse subtilement selon les actes de ses serviteurs, préparant aux instructions suivantes où personnel, politique et dharma sont indissociables.
Verse 1
ऽध्यायः सूत उवाच / भृत्या बहुविधा ज्ञेया उत्तमाधममध्यमाः / नियोक्तव्या यथार्हेषु त्रिविधेष्वेव कर्मसु
Sūta dit : Les serviteurs sont de maintes sortes — excellents, médiocres et inférieurs. Il faut les employer selon ce qui leur convient, dans les trois catégories de tâches seulement.
Verse 2
भृत्ये परिक्षणं वक्ष्ये यस्ययस्य हि यो गुणः / तमिमं संप्रवक्ष्यामि ये यथाकथितं किल
Je vais décrire l’épreuve d’un serviteur : quelles qualités chacun doit posséder. À présent, je l’énoncerai avec exactitude, selon l’enseignement transmis par la tradition.
Verse 3
यथा चतुर्भिः कनकं परीक्ष्यते निघर्षणच्छेदनतापताडनैः / तथा चतुर्भिर्भृतकं परीक्षयेद्वतेन शीलेन कलेन कर्मणा
De même que l’or est éprouvé de quatre manières—par le frottement, la coupe, la chauffe et le martelage—ainsi faut-il éprouver le serviteur salarié en quatre points : ses vœux (discipline), sa conduite, sa compétence et son travail.
Verse 4
कुलशीलगुणोपेतः सत्यधर्मपरायणः / रूपवान्सुप्रसन्नश्च कोशाध्यक्षो विधीयते
Celui qui est doté d’une noble lignée, d’une bonne conduite et de vertus—voué à la vérité et au dharma—beau d’apparence et d’humeur joyeuse, doit être établi comme surintendant du trésor.
Verse 5
मूल्यरूपपरीक्षाकृद्भवे द्रत्नपरीक्षकः / बलाबलपरिज्ञाता सेनाध्यक्षो विधीयते
Celui qui sait examiner la valeur et l’apparence doit être établi comme expert des joyaux ; et celui qui discerne force et faiblesse doit être nommé chef de l’armée.
Verse 6
इङ्गिताकारतत्त्वज्ञो बलवान् प्रियदर्शनः / अप्रमादी प्रमाथी च प्रतीहारः स उच्यते
Celui qui comprend les gestes et les signes extérieurs d’autrui, qui est fort et agréable à voir, vigilant et pourtant prompt à agir avec décision—celui-là est appelé pratīhāra (chambellan/portier et serviteur).
Verse 7
मेधावी वाक्पटुः प्राज्ञः सत्यवादी जितेन्द्रियः / सर्वशास्त्रसमालोकी ह्येष साधुः स लेखकः
Cet homme est intelligent, éloquent, sage, véridique et maître de ses sens ; versé dans l’étude de tous les śāstras—un tel homme est un sādhū, un juste, digne d’être scribe.
Verse 8
बुद्धिमान्मतिमांश्चैव परचित्तोपलक्षकः / क्रूरो यथोक्तवादी च एष दूतो विधीयते
Le messager (dūta de Yama) est décrit comme intelligent et perspicace, capable de lire l’esprit d’autrui, d’allure rude, et parlant exactement selon l’ordre reçu—tel est l’envoyé नियुक्त.
Verse 9
समस्तस्मृतिशास्त्रज्ञः पण्डितो ऽथ जितेन्द्रियः / शौर्यवीर्यगुणोपेतो धर्माध्यक्षो विधीयते
Celui qui connaît l’ensemble des Smṛti et des śāstras, véritable pandit et maître de soi, doté de vaillance, de force et de nobles qualités—un tel homme est nommé dharmādhyakṣa, gardien du dharma (juge de la droiture).
Verse 10
पितृपैतामहो दक्षः शास्त्रज्ञः सत्यवाचकः / शुचिश्च कठिनश्चैव सूपकारः स उच्यते
Celui qui veille aux rites pour les ancêtres et aïeux, habile, connaisseur des Écritures, véridique en parole, pur et ferme—celui-là est appelé sūpakāra, bon cuisinier.
Verse 11
आयुर्वेदकृताभ्यासः सर्वेषां प्रियदर्शनः / आयुः शीलगुणोपेतो वैद्य एव विधीयते
Celui qui s’est exercé dans la pratique de l’Āyurveda, agréable à la vue de tous, et doté d’une longue vie ainsi que des vertus d’une bonne conduite—lui seul est tenu pour vaidya, véritable médecin.
Verse 12
वेदवेदाङ्गतत्त्वज्ञो जपहमपरायणः / आशीर्वादपरो नित्यमेष राजपुरोहित
Le purohita du roi connaît la vérité des Veda et des Vedāṅga ; il demeure voué au japa (récitation sacrée) et au homa (offrande au feu), et s’applique sans cesse à répandre des bénédictions.
Verse 13
लेखकः पाठकश्चैव गणकः प्रतिरोधकः / आलस्ययुक्तश्चैद्राजा कर्म संवर्जयेत्सदा
Un scribe, un lecteur, un comptable, un fauteur d’entraves au labeur d’autrui, et un roi enclin à la paresse : qu’on évite toujours de les employer dans ses charges.
Verse 14
द्विजिह्वमुद्वेगकरं क्रूरमेकान्तदारुणम् / खलस्याहेश्च वदनमपकाराय केवलम्
Le visage du méchant —comme celui du serpent— est à double langue, source d’effroi, cruel et sans la moindre pitié ; il n’existe que pour nuire.
Verse 15
दुर्जनः परिहर्तव्यो विद्ययालङ्कृतो ऽपिसन् / मणिना भूषितः सर्पः किमसौ न भयङ्करः
Il faut éviter l’homme mauvais, fût-il paré de science ; car le serpent, même orné d’un joyau, n’en demeure pas moins effrayant.
Verse 16
अकारणविष्कृतकोपधारिणः खलाद्भयं कस्य न नाम जायते / विषं महाहेर्विषमस्य दुर्वचः सदुः सहं सन्निपतेत्सदा मुखे
Qui ne craindrait le méchant qui nourrit une colère sans motif ? Le venin du grand serpent est redoutable, mais la parole âpre de l’homme retors est plus insupportable encore : elle frappe le visage sans cesse, encore et encore.
Verse 17
तुल्यार्थं तुल्यसामर्थ्यं मर्मज्ञं व्यवसायिनम् / अर्धराज्यहरं भृत्यं यो हन्यात्स न हन्यते
Celui qui tue un serviteur égal en dessein, égal en puissance, connaisseur des points vitaux, industrieux, et portant la moitié du fardeau du royaume—un tel meurtrier, selon le dharma, n’est pas tenu pour meurtrier.
Verse 18
शूरत्वयुक्ता मृदुमन्दवाक्या जितेन्द्रियाः सत्यपराक्रमाश्च / प्रागेव पश्चाद्विपरी तरुपा ये ते तु भृत्या न हिता भवन्ति
Même si des serviteurs paraissent vaillants, parlent avec douceur, maîtrisent leurs sens et montrent une bravoure fondée sur la vérité—ceux qui d’abord sont d’une manière puis deviennent ensuite contraires par nature ne sont pas des serviteurs réellement utiles.
Verse 19
निरालस्याः सुसन्तुष्टाः प्रतिबोधकाः / सुखदुः खसमा धीरा भृत्या लोकेषु दुर्लभाः
Les serviteurs sans paresse, réellement satisfaits, capables d’avertir et de conseiller à propos, et demeurant fermes—égaux d’esprit dans la joie et la peine—sont rares en ce monde.
Verse 20
क्षान्तिस्तयविहीनश्च क्रूरबुद्धिश्च निन्दकः / दाम्भिकः कपटी चैव शठश्च स्पृहयान्वितः / अशक्तो भयभीतश्च राज्ञा त्यक्तव्य एव सः
Celui qui manque de patience et de largesse, dont l’esprit est cruel et porté à la médisance; hypocrite et trompeur, retors et mû par l’avidité; incapable et craintif—un tel homme doit assurément être écarté par le roi.
Verse 21
सुसन्धानानि चास्त्राणि शस्त्राणि विविधानि च / दुर्गे प्रवेशितव्यानि ततः शत्रुं निपातयेत्
Que les traits bien ajustés et les armes de toutes sortes soient introduits dans la forteresse; ensuite, qu’on abatte l’ennemi.
Verse 22
षण्मासमथ वर्षं वा सन्धिं कुर्यान्नराधिपः / पश्यन्सञ्चितमात्मानं पुनः शत्रुं निपातयेत्
Le roi doit conclure une trêve de six mois, voire d’un an ; puis, voyant sa force et ses ressources bien amassées, qu’il abatte de nouveau l’ennemi.
Verse 23
मूर्खान्नियोजयेद्यस्तु त्रयो ऽप्येते महीपतेः / अयशश्चार्थनाशश्च नरके चैव पातनम्
Mais le roi qui confie des charges à des sots, pour lui naissent ces trois maux : le déshonneur, la perte des richesses et la chute en enfer.
Verse 24
यत्किञ्चित्कुरुते कर्म शुभं वा यादि वाशुभम् / तेन स्म वर्धते राजा सूक्ष्मतो भृत्यकार्यतः
Quelque action qu’accomplisse un serviteur—faste ou néfaste—par elle croissent, subtilement, la puissance et la fortune du roi, à travers l’œuvre de ses gens.
Verse 25
तस्माद्भूमीश्वरः प्राज्ञं धर्मकामार्थसाधने / नियोज येद्धिसततं गोब्राह्मणहिताय वै
C’est pourquoi le seigneur de la terre doit sans cesse établir un homme sage pour accomplir dharma, kāma et artha—oui, pour le bien des vaches et des brāhmaṇas.
Noble lineage, good conduct and virtues, devotion to truth and dharma, pleasing appearance, and a cheerful disposition—these traits mark the person fit to supervise the treasury.
Skill in reading gestures and outward expressions, physical strength, pleasing presence, vigilance, and decisiveness in action—indicating both perceptiveness and readiness.
Because they undermine execution of duty: obstruction, unreliability, and indolence corrode governance, whereas the king’s success depends on steady, competent, truthful service.
It states that whatever auspicious or inauspicious act servants perform, the king’s power and prosperity subtly expand or diminish through those delegated works—making staffing a moral and practical root-cause.