Adhyaya 106
Brahma KhandaAdhyaya 10627 Verses

Adhyaya 106

Āśauca and Udaka-kriyā: Post-Cremation Conduct, Eligibility, and Purifiers

Ce chapitre poursuit les indications pratiques du Preta-kalpa pour l’intervalle immédiatement après la mort. Yājñavalkya expose comment les proches se rendent au lieu de crémation, récitent le Yama-sūkta et commencent les libations d’eau (udaka-kriyā) à partir du 7e ou du 10e jour selon l’observance. Il précise l’orientation et les mantras de l’udaka-kriyā, l’étend à certains liens (grand-père maternel, maître, épouse du maître) et aux bénéficiaires du kāmodakā (fils, ami, fils de la sœur, beau-père, prêtre), tout en excluant les catégories jugées rituellement inéligibles (conduite hérétique ou déchue, statut de vrātya, ivresse, suicide). Le texte prescrit ensuite la purification au retour à la maison—mâcher du neem, accomplir l’ācamana, porter feu et eau, toucher le gomaya et la moutarde, poser le pied sur une pierre—et distingue les cas où la simple vue suffit de ceux où bain et retenue sont requis pour lever l’āśauca. Il mentionne aussi le nourrissage du preta pendant trois jours comme devoir lié au piṇḍa, donne des règles pour l’observance Naiśikī et des durées d’āśauca variables selon l’âge et les circonstances du décès. Il conclut par des principes généraux de śauca : purificateurs (temps, feu, tapas, japa, jeûne), offrandes recevables et contraintes dharmiques sur le commerce et les moyens de subsistance, préparant les chapitres suivants sur les rites du preta et l’organisation du śrāddha selon l’éligibilité, le temps et la discipline domestique.

Shlokas

Verse 1

नाम पञ्चोत्तरशततमो ऽध्यायः याज्ञवल्क्य उवाच / प्रेता (त) शौचं प्रवक्ष्यामि तच्छृणुध्वं यतव्रताः / ऊनद्विवर्षं निखनेन्न कुर्यादु दकं ततः

Yājñavalkya dit : «Je vais exposer les règles de pureté rituelle concernant le défunt ; écoutez, ô vous qui êtes fermes dans les vœux. On ne doit pas enterrer un enfant de moins de deux ans ; et, dans ce cas, on n’accomplit pas les rites d’offrande d’eau (udaka).»

Verse 2

आ श्मशानादनुव्रज्य इतरैर्ज्ञातिभिर्युतः / यमसूक्तं तथा जप्यं जपद्भिर्लौकिकाग्निना

Accompagné des autres parents, on doit se rendre jusqu’au lieu de crémation ; et là, ceux qui accomplissent les rites avec le feu ordinaire (mondain) doivent également réciter le Yama-sūkta.

Verse 3

स दग्धव्य उपेतश्चैदाहिताग्न्यावृतार्थवत् / सप्तमाद्दशमाद्वापि ज्ञातयो ऽभ्युपयान्त्यपः

Il doit être conduit dûment à la crémation, les rites étant accomplis selon la prescription, comme par celui qui a entretenu les feux sacrés. À partir du septième jour — ou bien du dixième — les parents s’approchent aussi pour offrir les rites d’eau.

Verse 4

अपनः शोशुचदघमनेन पितृदिङ्मुखाः / एवं मातामहाचार्यपत्नीनां चोदकक्रियाः

Tourné vers la direction des Pitṛ (ancêtres), on doit accomplir le rite d’offrande d’eau avec la formule purificatrice « apanaḥ śośucad agham anena ». De même, des libations d’eau (udaka-kriyā) doivent être offertes aussi pour le grand-père maternel, le maître (ācārya) et l’épouse du maître.

Verse 5

कामोदकाः पुत्रसखिस्वस्त्रीयश्वशुरर्त्विजः / नामगोत्रेण ह्युदकं सकृत्सिञ्चन्ति वाग्यताः

L’offrande d’eau doit être donnée à ceux qu’on appelle « kāmodakāḥ » : le fils, l’ami, le neveu (fils de la sœur), le beau-père et le prêtre (ṛtvij). En silence, on verse l’eau une seule fois, en récitant leur nom et leur lignée (gotra).

Verse 6

पाषण्डपतितानां तु न कुर्युरुदकक्रियाः / नब्रह्मचारिणो व्रात्या योषितः कामगास्तथा

Pour ceux qui sont tombés dans des voies hérétiques (pāṣaṇḍa) et pour les déchus du dharma, on ne doit pas accomplir les offrandes d’eau ni les rites associés (udaka-kriyā). De même, pour ceux qui n’observent pas le brahmacarya, pour les vrātya (hors de la discipline védique) et pour les femmes agissant uniquement par désir, ces rites ne doivent pas être faits.

Verse 7

सुराप्यस्त्वात्मघातिन्यो नाशौचोदकभाजनाः / ततो न रोदितव्यं हि त्वनित्या जीवसं स्थितिः

Ceux qui boivent des enivrants et celles qui se donnent la mort deviennent indignes de recevoir ne fût-ce que l’eau des rites de purification. C’est pourquoi il ne faut pas pleurer, car l’état de l’âme incarnée est impermanent.

Verse 8

क्रिया कार्या यथाशक्ति ततो गच्छेद्गृहान्प्रति / विदश्य निम्बपत्राणि नियता द्वारि वेश्मनः

Le rite doit être accompli selon ses forces; ensuite, on doit retourner vers la maison, après avoir mâché des feuilles de neem, et demeurer maîtrisé au seuil de la demeure.

Verse 9

आचम्याथाग्निमुदकं गोमयं गौरसर्षपान् / प्रविशेयुः समालभ्य कृत्वाश्मनि पदं शनैः

Après avoir accompli l’ācāmana, prenant le feu et l’eau, la bouse de vache et les graines de moutarde jaune, qu’ils entrent (au seuil) en touchant ces moyens de purification; puis, posant le pied sur une pierre, qu’ils avancent lentement.

Verse 10

प्रवेशनादिकं कर्म प्रेतसंस्पर्शनादपि / ईक्षतां तत्क्षणाच्छुद्धिः परेषां स्नानसंयमात्

Même des actes tels que l’entrée (dans un lieu d’impureté) et autres semblables, et même l’impureté née du contact avec un preta (esprit du défunt), sont purifiés pour ceux qui ne font que le voir à l’instant même; pour les autres, la purification s’obtient par le bain et la maîtrise de soi.

Verse 11

क्रीतलब्धाशना भूमौ स्वपेयुस्ते पृथक्पृथक् / पिण्डयज्ञकृता देयं प्रेतायान्नं दिनत्रयम्

N’ayant obtenu la nourriture que par achat, ils s’étendent et dorment à même le sol, chacun séparément. Ainsi, dans le rite d’offrande des piṇḍa (piṇḍa-yajña), on doit donner de la nourriture au preta pendant trois jours.

Verse 12

जलमेकाहमाकाशे स्थाप्यं क्षीरं तु मृन्मये / वैतानोपासनाः कार्याः क्रियाश्च श्रुतिचोदिताः

Que l’eau soit gardée à l’air libre pendant un jour, et que le lait soit placé dans un vase de terre. Qu’on accomplisse les adorations vaitāna-upāsanā et les rites prescrits par la Śruti.

Verse 13

आदन्तजन्मनः सद्यः आचूडं नैशिकी स्मृता / त्रिरात्रमा व्रतादेशाद्दशरात्रमतः परम्

Depuis la naissance jusqu’à l’apparition des premières dents—et de même jusqu’à la tonsure—qu’on observe aussitôt le rite nommé Naiśikī. Selon l’injonction des Écritures, il dure trois nuits; ensuite, il doit être observé durant dix nuits.

Verse 14

त्रिरात्रं दशरात्रं वा शावमाशौचमुच्यते / ऊनद्विवर्ष उभयोः सूतकं मातुरेव हि

L’impureté rituelle (āśauca) née d’un décès (śāva) est dite durer trois nuits ou dix nuits. Mais si l’enfant a moins de deux ans, dans les deux cas l’impureté de naissance (sūtaka) ne concerne en vérité que la mère.

Verse 15

अन्तरा जन्ममरणे शेषाहोभिर्विशुध्यति / दश द्वादश वर्णानां तथा पञ्चदशैव च

Entre la mort et une nouvelle naissance, l’être se purifie par les jours restants (de son terme assigné). Cela vaut pour les dix, les douze et de même les quinze classes (d’êtres ou d’états).

Verse 16

त्रिंशद्दिनानि च तथा भवति प्रेतसूतकम् / अहस्त्वदत्तकन्यासु बालेषु च विशोधनम्

Ainsi, l’impureté liée au défunt devenu preta (preta-sūtaka) dure trente jours. Mais pour la jeune fille non donnée en mariage, et pour les petits enfants, la purification s’achève en un seul jour.

Verse 17

गुर्वन्तेवास्यनूचानमातुलश्रोत्रियेषु च / अनौरसेषु पुत्रेषु भार्यास्वन्यगतासु च

De même (une telle prétention n’est pas admise) dans le cas du guru, du disciple demeurant auprès du maître, du récitant védique savant (śrotriya), de l’oncle maternel et d’un śrotriya; et aussi dans le cas de fils non issus du sang et d’épouses parties vers un autre foyer ou un autre homme.

Verse 18

निवासराजनि तथा तदहः शुद्धिकार(ण)म् / हतानां नृपगोविप्रैरन्वक्षं चात्मघातिनाम्

Pour ceux qui ont été tués par un roi, par une vache ou par un brāhmaṇa, passer la nuit dans ce lieu de demeure—et aussi le jour suivant—sert de moyen de purification. Et pour ceux qui se donnent la mort, une purification est prescrite jusqu’au lendemain (anvakṣa).

Verse 19

विषाद्यैश्च हतानां च नाशौचं पृथिवीपतेः / सत्रिव्रतिब्रह्मचारिदातृब्रह्मविदां तथा

Ô seigneur de la terre, pour ceux qui ont été tués par le poison et autres causes semblables, il n’y a pas de période d’impureté rituelle (āśauca) ; de même, il n’en est point pour les observants fermes des vœux sacrés, pour les brahmacārins, pour les donateurs et pour les connaisseurs de Brahman.

Verse 20

दाने विवाहे यज्ञे च संग्रामे देशविप्लवे / आपद्यपि च कष्टायां सद्यः शौचं विधीयते

Dans le don (dāna), dans le mariage, dans le sacrifice (yajña), dans la bataille et lorsque le pays est frappé de calamité—même en une détresse extrême—la purification immédiate (śauca) est prescrite.

Verse 21

कालो ऽग्निः कर्ममृद्वायुर्मनो ज्ञानं तपो जपः (लम्) / पश्चात्ताषो निराहारः सर्वेषां शुद्धिहेतवः

Le temps, le feu (agni), l’acte (karma), la terre (mṛd), le vent (vāyu), le mental, la connaissance, l’austérité (tapas) et le japa—répétition du son sacré « lam » ; puis, la soif et le jeûne : tout cela est cause de purification pour les êtres.

Verse 22

अकार्यकारिणां दानं वेगो नद्यास्तु शुद्धिकृत् / क्षात्त्रेण कर्मणा जीवेद्विशां वाप्यापदि द्विजः

Le don fait à ceux qui agissent de façon indue est tenu pour impropre ; et le courant rapide d’un fleuve est purificateur. Mais en temps de détresse, un dvija (deux-fois-né) peut subsister par un service de nature kṣatriya, voire même par les moyens des vaiśyas.

Verse 23

फलसोमक्षौमवीरुद्दधि क्षीरं घृतं जलम् / तिलोदनरसक्षारमधु लाक्षा शृतं हविः

Fruits, soma, toile de lin (kṣauma), légumes et herbes, caillé (dadhi), lait, ghee (ghṛta) et eau ; riz au sésame, sucs (rasa), préparations alcalines (kṣāra), miel, laque et oblations cuites (havis) : telles sont les offrandes prescrites.

Verse 24

वस्त्रोपलासवं पुष्पं शाकमृच्चर्मपादुकम् / एणत्वचं च कौशेयं लवणं मासमेव च

Sont mentionnés, à donner ou à employer selon l’ordonnance: un vêtement; une coupe ou un vase d’offrande; une fleur; des légumes à feuilles; de la poterie et des sandales de cuir; une peau de cerf; de la soie; du sel; et aussi le haricot noir (māṣa).

Verse 25

पिण्याकमूलगन्धांश्च वैश्यवृत्तो न विक्रयेत् / धर्मार्थं विक्रयं नेयास्तिला धान्येन तत्समाः

Celui qui vit selon la vocation d’un vaiśya ne doit pas vendre le tourteau d’huile, les racines ni les parfums. Même au nom du dharma, qu’il n’entre pas dans un tel négoce; les graines de sésame sont à tenir pour l’équivalent des céréales.

Verse 26

लवणादि न विक्रीयात्तथा चापद्गतो द्विजः / हीनाद्विप्रो विगृह्णंश्च लिप्यते नार्कवद्द्विजः

Même pressé par la détresse, un «deux-fois-né» ne doit pas vendre le sel ni les choses semblables. Et un brāhmaṇa, fût-il amené à recevoir d’un inférieur indigne, n’en est pas souillé—de même que le soleil n’est pas taché par ce qu’il éclaire.

Verse 27

कुर्यात्कृष्यादिकं तद्वदविक्रेया हयास्तथा / बुभुक्षितस्त्र्यं स्थित्वा दृष्ट्वा वृत्तिविवर्जितम् / राजा धर्म्यां प्रकुर्वीत वृत्तिं विप्रादिकस्य च

Qu’il se consacre à l’agriculture et à des moyens d’existence semblables; de même, les chevaux ne doivent pas être vendus. Si un affamé se tient devant lui et qu’il voit quelqu’un privé de tout moyen de subsistance, le roi doit, selon le dharma, assurer une juste subsistance au brāhmaṇa et aux autres également.

Frequently Asked Questions

The text treats very young children as a special case with altered ritual obligations, restricting standard udaka-kriyā and shifting the impurity framework toward sūtaka focused on the mother, indicating a differentiated dharma for early childhood death.

These acts form a liminal purification protocol at the threshold: neem and mustard are traditional disinfectant/purificatory substances, gomaya is a classical śauca agent, fire and water symbolize cleansing and reconstitution of household order, and stepping on stone signifies firmness and stabilization after contact with death-impurity.

It explicitly allows immediate śauca in contexts where dharma must proceed without delay—charity, marriage, sacrifice, battle, and land-wide calamity—showing a principle of situational priority while still affirming purification as necessary.