
Daṇḍanātha-Śyāmalā Senāyātrā (The Marshal Śyāmalā’s Military Procession) / दण्डनाथश्यामला सेनायात्रा
Cet adhyāya se déroule dans le dialogue Hayagrīva–Agastya au sein du Lalitopākhyāna. Il s’ouvre sur une description poétique très dense de l’épiphanie royale et guerrière de Śyāmalā, présentée comme daṇḍanātha (commandante/maréchale), marquée par une autorité semblable à l’ankuśa, des images du pāśa, l’iconographie de l’arc et des flèches de fleurs, et une radiance claire comme la lune. Le récit passe ensuite à l’ordonnancement cérémoniel de la souveraineté divine : des suivantes telles que Vijayā l’éventent avec des chāmara ; des apsaras répandent des offrandes de victoire de bon augure ; les déesses Nityā se tiennent près de ses pieds ; et ses insignes sont décrits à l’échelle cosmique, tel un tilaka semblable au Śrīcakra et des bannières dressées. La rhétorique insiste sur l’ineffable, au-delà de la parole et du mental, présentant la royauté de la Śakti comme un fait cosmique. Enfin, Agastya demande les « vingt-cinq noms » comme nectar pour l’oreille (karṇarasāyana), et Hayagrīva commence l’énumération des épithètes de Lalitā, transformant la procession en une litanie transmissible pour les dévots et les récitateurs.
Verse 1
इति श्रीब्रह्माण्डमहापुराणे उत्तरभागे हयग्रीवागस्त्यसंवादे ललितोपाख्याने दण्डनाथाश्यामलासेनायात्रा नाम सप्तदशो ऽध्यायः अथ राजनायिका श्रिताज्वलिताङ्कुशा फणिसमानपाशभृत् / कलनिक्वणद्वलयमैक्ष्वं धनुर्दधती प्रदीप्तकुसुमेषुपञ्चका
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, dans l’Uttarabhāga, au dialogue de Hayagrīva et d’Agastya, dans le récit de Lalitā, voici le dix-septième chapitre nommé « La marche de l’armée de Śyāmalā sous Daṇḍanātha ». Alors la cheffe royale (rājanāyikā), s’appuyant sur l’aṅkuśa flamboyant et tenant un lacet semblable à un serpent, les bracelets tintant, brandit l’arc de canne à sucre et les cinq flèches de fleurs embrasées.
Verse 2
उदयत्सहत्स्रमहसा सहस्रतो ऽप्यतिपाटलं निजवपुः प्रभाझरम् / किरती दिशासु वदनस्य कान्तिभिः सृजतीव चन्द्रमयमभ्रमण्डलम्
D’un éclat pareil au lever de mille soleils, son corps, rouge comme le lotus, surpassait toute mesure; elle répandait vers les directions les lueurs de son visage, comme si elle façonnait un cercle de nuées tout de lune.
Verse 3
दशयोजनायतिमाता जगत्त्रयीमभिवृण्वता विशदमौक्तिकात्मना / धवलातपत्रवलयेन भासुरा शशिमण्डलस्य सखितामुपेयुषा
Un cercle d’ombrelle blanche, éclatant, d’essence de perle limpide, large de dix yojanas, semblait couvrir les trois mondes; et cet anneau immaculé resplendissait comme s’il s’était lié d’amitié avec le disque de la lune.
Verse 4
अभिवीजिता च मणिकान्तशोभिना विजयादिमुख्यपरिचारिकागणैः / नवचन्द्रिकालहरिकान्तिकन्दलीचतुरेण चामरचतुष्टयेन च
Elle était éventée par les troupes de servantes principales, telles Vijaya, resplendissantes d’un éclat de gemmes, et par quatre cāmaras à la clarté fraîche, semblable à la lune naissante.
Verse 5
शक्त्यैकराज्यपदवीमभिसूचयन्ती साम्राज्यचिह्नशतमण्डितसैन्यदेशा / संगीतवाद्यरचनाभिरथामरीणां संस्तूयमानविभवा विशदप्रकाशा
Par sa puissance, elle indiquait la dignité d’une souveraineté unique; son domaine militaire était paré de centaines d’insignes impériaux; et sa magnificence, célébrée par les apsaras au moyen d’arrangements de chants et d’instruments, rayonnait d’une clarté limpide.
Verse 6
वाचामगोचरमगोचरमेव बुद्धेरीदृक्तया न कलनीयमनन्यतुल्यम्
Cela dépasse la parole et dépasse aussi l’intelligence; dans une telle grandeur, nul calcul n’est possible : c’est sans égal.
Verse 7
त्रैलोक्यगर्भपरिपूरितशक्तिचक्रसाम्राज्यसंपदभिमानमभिस्पृशन्ती / आबद्धभक्तिविपुलाञ्जलिशेखराणामारादहंप्रथमिका कृतसेवनानाम्
Elle effleurait l’orgueil du cakra de puissance qui emplit le sein des trois mondes et des richesses impériales; et, près de ceux qui la servaient avec une dévotion liée, portant la grande añjali sur la tête, elle paraissait en primauté, comme : «je suis la première».
Verse 8
ब्रह्मेशविष्णुवृषमुख्यसुरोत्तमानां वक्त्राणिवर्षितनुतीनि कटाक्षयन्ती / उद्दीप्तपुष्पशरपञ्चकतः समुत्थैज्योतिर्मयं त्रिभुवनं सहसा दधाना
Elle jetait un regard de côté aux louanges qui pleuvaient des lèvres de Brahmā, d’Īśa, de Viṣṇu et des devas suprêmes tels Vṛṣamukhya; et, par l’éclat né du faisceau des cinq flèches de fleurs embrasées, elle emplissait soudain les trois mondes de lumière.
Verse 9
विद्युत्समद्युतिभिरप्सरसां समूहैर्विक्षिप्यमाणजयमङ्गललाजवर्षा / कामेश्वरीप्रभृतिभिः कमनीयभाभिः संग्रामवेषरचनासुमनोहराभिः
Des troupes d’apsaras, éclatantes comme l’éclair, répandaient une pluie d’akṣata de victoire et de bon augure ; Kāmeśvarī et les autres, au rayonnement séduisant, étaient ravissantes dans leurs parures de guerre.
Verse 10
दीप्तायुधद्युतितिरस्कृत भास्कराभिर्नित्याभिरङ्घ्रिसविधे समुपाक्यमाना / श्रीचक्रनामतिलकं दशयोजनातितुङ्गध्वजोल्लिखितमेघकदंबमुच्चैः
Les Nityā-devīs, dont l’éclat des armes flamboyantes éclipsait le soleil, s’approchaient près de ses pieds pour le service; le tilaka nommé « Śrīcakra » se dressait haut, tel un amas de nuages effleuré par un étendard de dix yojanas.
Verse 11
तीव्राभिरावणसुशक्तिपरंपरभिर्युक्तं रथं समरकर्मणि चालयन्ती / प्रोद्यत्पिशङ्गरुचिभागमलांशुकेन वीतामनोहररुचिस्समरे व्यभासीत्
Menant dans l’œuvre du combat le char muni d’une suite d’armes terribles et puissantes, enveloppée d’un vêtement pur au reflet jaune naissant, elle resplendit dans la mêlée d’un éclat ravissant.
Verse 12
पञ्चाधिकैर्विशतिनामरत्नैः प्रपञ्चपापप्रशमातिदक्षैः / संस्तूयमाना ललिता मरुद्भिः संग्राममुद्दिश्य समुच्चचाल
Louée par les Maruts au moyen de vingt-cinq joyaux de noms, très aptes à apaiser les péchés du monde, Lalitā se leva et s’avança en direction de la guerre.
Verse 13
अगस्त्य उवाच वीजिवक्त्र महाबुद्धे पञ्चविंशतिनामभिः / ललितापरमेशान्या देहि कर्णरसायनम्
Agastya dit : « Ô Vījivaktra, toi dont l’intelligence est grande, accorde-moi le karṇa-rasāyana — nectar pour l’oreille — au moyen des vingt-cinq noms de Lalitā Parameśvarī. »
Verse 14
हयग्रीव उवाच सिंहासना श्रीललिता महाराज्ञी पराङ्कुशा / चापिनी त्रिपुरा चैव महात्रिपुरसुन्दरी
Hayagriva dit : Elle, assise sur le trône, est Śrī Lalitā, la Grande Reine, Parāṅkuśā ; celle qui porte l’arc, Tripurā, et la Mahātripurasundarī.
Verse 15
सुन्दरी चक्रनाथा च साम्राजी चक्रिणी तथा / चक्रेश्वरी महादेवी कामेशी परमेश्वरी
Elle est Sundarī, Souveraine du Cakra, Impératrice, Cakriṇī ; Cakreśvarī, Mahādevī, Kāmeśī et Parameśvarī.
Verse 16
कामराजप्रिया कामकोटिगा चक्रवर्तिनी / महाविद्या शिवानङ्गवल्लभा सर्वपाटला
Elle est Kāmarājapriyā, Kāmakōṭigā, la Cakravartinī ; Mahāvidyā, Śivā, Anaṅgavallabhā et Sarvapāṭalā.
Verse 17
कुलनाथाम्नायनाथा सर्वाम्नायनिवासिनी / शृङ्गारनायिका चेति पञ्चविंशतिनामभिः
Elle est Kulanāthā, Āmnāyanāthā, demeurant dans tous les Āmnāya, et Śṛṅgāranāyikā : ainsi est-elle invoquée par vingt-cinq noms.
Verse 18
स्तुवन्ति ये महाभागां ललितां परमेश्वरीम् / ते प्राप्नुवन्ति सौभाग्यमष्टौ सिद्धीर्महद्यशः
Ceux qui louent la bienheureuse Lalitā, la Parameśvarī, obtiennent la bonne fortune sacrée, les huit siddhi et une grande renommée.
Verse 19
इत्थं प्रचण्डसंरंभं चालयन्ती महद्बलम् / भण्डासुरं प्रति क्रुद्धा चचाल ललितांबिका
Ainsi, dans un élan farouche ébranlant la grande puissance, Lalitāmbikā, courroucée contre Bhaṇḍāsura, s’avança.
No explicit solar/lunar royal genealogy is enumerated in the sampled verses; instead, the chapter encodes “divine sovereignty lineage” through titles and attendants, and it pivots into nāma-transmission (epithet lists) that function as a ritual taxonomy of Lalitā’s authority.
The imagery uses yojana-scale measures (e.g., umbrella/canopy spanning ‘ten yojanas’) and lunar/celestial metaphors to signal that the procession is not merely terrestrial; it is staged as a tri-loka (three-world) event, mapping Shākta power onto cosmic space.
It converts spectacle into sādhanā-ready knowledge: Agastya requests a compact liturgical unit (25 names) as “ear-nectar,” and Hayagrīva begins the epithet sequence (e.g., Siṃhāsanā, Śrīlalitā, Mahārājñī, Tripurā), establishing a recitable interface to the Goddess’s cosmological kingship.