
लोकज्ञान-वर्णन (Lokajñāna-varṇana) — Description of World-Knowledge / Cosmogonic Classification
Ce chapitre, rapporté par Sūta dans le cadre du Brahmāṇḍa Purāṇa proclamé par Vāyu, expose une séquence cosmogonique où l’intention mentale (mānasa) et l’émanation corporelle de Prajāpati engendrent des classes d’êtres ordonnées. Les vers cités décrivent l’apparition des kṣetrajña (connaisseurs du « champ ») en relation avec le kṣetra (champ), puis une division en quatre groupes : devas, asuras, pitṛs (ancêtres) et humains. Le discours suit ensuite les « corps assumés » (tanu) successifs employés pour la création : une phase dominée par tamas, liée à la naissance de la nuit (rātri) après les asuras ; une phase dominée par sattva, d’où naissent les devas par la bouche (rattachés étymologiquement à divy, « briller/jouer »), et le corps divin rejeté devient le jour (ahaḥ). Une nouvelle émanation sattvique produit les pitṛs, et le corps abandonné devient le crépuscule (saṃdhyā). Le chapitre sert ainsi de cosmogonie technique : il classe les êtres, relie la genèse aux schémas des guṇa (tamas/sattva) et projette la création métaphysique sur des divisions temporelles observables.
Verse 1
इति श्रीब्रह्मांडे महापुराणे वायुप्रोक्ते पूर्वभागे द्वितीये ऽनुषंगपादे लोकज्ञान वर्णनं नाम सप्तमो ऽध्यायः सूत उवाच ततोभिध्यायतस्तस्य मानस्यो जज्ञिरे प्रजाः / तच्छरीरसमुत्पन्नैः कार्यैस्तैः कारणैः सह
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, enseigné par Vāyu, dans la première partie, au second Anuṣaṅgapāda, le septième chapitre nommé « Description de la connaissance des mondes ». Sūta dit : lorsqu’il méditait, des créatures mentales naquirent, avec les œuvres et les causes issues de son corps.
Verse 2
क्षेत्रज्ञाः समवर्त्तन्त क्षेत्रस्यैतस्य धीमतः / ततो देवासुरपितॄन्मनुष्यांश्च चतुषृयम्
Dans ce kṣetra du Sage apparurent les kṣetrajñas; puis se constitua le quadruple ordre : devas, asuras, pitṛs et humains.
Verse 3
सिसृक्षुरयुतातानि स चात्मानमयूयुजत् / युक्तात्मनस्ततस्तस्य तमोमात्रासमुद्भवः
Désireux de produire d’innombrables créations, il unit son être au yoga; et, l’âme ainsi recueillie, de lui surgit la tamomātrā, la part de ténèbres.
Verse 4
तदाभिध्यायतः सर्गं प्रयत्नो ऽभूत्प्रजापतेः / ततो ऽस्य जघ नात्पूर्वमसुरा जज्ञिर सुताः
Alors que Prajāpati méditait sur la création, un grand effort naquit en lui pour faire surgir le monde. Puis, de sa partie postérieure naquirent d’abord les fils appelés Asuras.
Verse 5
असुः प्राणः स्मृतो विज्ञैस्तज्जन्मानस्ततो ऽसुराः / सृष्टा यया सुरास्तन्वा तां तनुं स व्यपोहत
Les sages enseignent que ‘asu’ est le prāṇa, le souffle vital; nés de cela, ils furent appelés Asuras. Le corps par lequel les Devas furent créés, Prajāpati l’écarta.
Verse 6
सापविद्धा तनुस्तेन सद्यो रात्रिरजायत / सा तमोबहुला यस्मात्ततो रात्रिस्त्रियामिका
Ce corps, rejeté par lui, devint aussitôt ‘Rātri’, la Nuit. Et parce qu’elle est riche en ténèbres, la nuit est dite ‘Triyāmikā’.
Verse 7
आवृतास्तमसा रात्रौ प्रजा स्तस्मात्स्वयं पुनः / सृष्ट्वासुरांस्ततः सो ऽथ तनुमन्यामपद्यत
Dans la nuit, enveloppées de ténèbres, les créatures se manifestèrent de nouveau d’elles-mêmes à partir de cela. Après avoir créé les Asuras, Prajāpati revêtit un autre corps.
Verse 8
अव्यक्तां सत्त्वबहुलां ततस्तां सो ऽभ्ययुञ्जत / ततस्तां युञ्ज मानस्य प्रियमासीत्प्रभोः किल
Puis il revêtit ce corps non manifesté, riche de sattva. En s’y unissant, l’esprit du Seigneur, dit-on, y trouva une douce complaisance.
Verse 9
ततो मुखात्समुत्पन्ना दीव्यतस्तस्य देवताः / यतो ऽस्य दीव्यतो जातास्तेन देवाः प्रकीर्त्तिताः
Alors, de son visage rayonnant naquirent les divinités; puisqu’elles sont nées de son éclat divin, on les proclame donc « devas ».
Verse 10
धातुर्दिव्येति यः प्रोक्तः क्रीडायां स विभाव्यते / तस्मात्तन्वास्तु दिव्याया जज्ञिरे तेन देवताः
Celui dont on dit « Dhātā est divin » se révèle dans sa lila; de ce corps divin naquirent les divinités.
Verse 11
देवान् सृष्ट्वा ततः सो ऽथ तनुं दिव्यामपोहत / उत्सृष्टा सा तनुस्तेन अहः समभवत्तदा
Après avoir créé les devas, il écarta son corps divin; ce corps, une fois abandonné, devint alors « ahaḥ », le jour.
Verse 12
तस्मादहःकर्मयुक्ता देवताः समुपासते / देवान्सृष्ट्वा ततः सो ऽथ तनुमन्यामपद्यत
Ainsi, les divinités, vouées aux œuvres du jour, l’adorent; après avoir créé les devas, il revêtit ensuite un autre corps.
Verse 13
सत्त्वमात्रात्मिकामेव ततो ऽन्यामभ्ययुङ्क्त वै / पितेव मन्यमानस्तान्पुत्रान्प्रध्याय स प्रभुः
Puis il revêtit un autre corps, fait uniquement de sattva; le Seigneur, les tenant pour ses fils, les contempla tel un père.
Verse 14
पितरो ह्यभवंस्तस्या सध्ये रात्र्यहयोः पृथक् / तस्मात्ते पितरो देवाः पितृत्वं तेषु तत्स्मृतम्
De cette Sandhyā, lorsque la nuit et le jour furent distingués, naquirent les Pitṛ. C’est pourquoi on les tient pour des Devas-Pitṛ, et la paternité est reconnue en eux.
Verse 15
ययासृष्टास्तु पितरस्तां तनुं स व्यपोहत / सापविद्धा तनुस्तेन सद्यः संध्या व्यजायत
Le corps par lequel les Pitṛ furent créés, il le rejeta. Ce corps, ainsi abandonné, naquit aussitôt sous la forme de Sandhyā.
Verse 16
तस्मादहर्देवतानां रात्रिर्या साऽसुरी स्मृता / तयोर्मध्ये तु वै पैत्री या तनुः सा गरीयसी
Ainsi, le jour appartient aux Devas, et la nuit est tenue pour asurique. Entre les deux, le corps de nature pitṛ est le plus vénérable.
Verse 17
तस्माद्देवासुराश्चैव ऋषयो मानवास्तथा / युक्तास्तनुमुपासंते उषाव्युष्ट्योर्यदन्तरम्
C’est pourquoi Devas et Asuras, ainsi que les Ṛṣi et les hommes, avec maîtrise, vénèrent la forme située entre Uṣā et Vyushti.
Verse 18
तस्माद्रात्र्यहयोः संधिमुपासंते तथा द्विजाः / ततो ऽन्यस्यां पुनर्ब्रह्मा स्वतन्वामुपपद्यत
Ainsi les dvija vénèrent eux aussi la jonction de la nuit et du jour. Puis Brahmā reprit de nouveau une autre forme corporelle.
Verse 19
रजोमात्रात्मिका या तु मनसा सो ऽसृजत्प्रभुः / मनसा तु सुतास्तस्य प्रजनाज्जज्ञिरे प्रजाः
Cette création, faite de la seule essence du rajas, le Seigneur la produisit par la pensée. Et des fils nés de sa pensée, par la génération, naquirent les créatures.
Verse 20
मननाच्च मनुषयास्ते प्रजनात्प्रथिताः प्रजाः / सृष्ट्वा पुनः प्रजाः सो ऽथ स्वां तनुं स व्यपोहत
Par la méditation ils furent appelés « humains », et par la génération ils devinrent des prajās renommées. Ayant de nouveau créé les êtres, il écarta son propre corps.
Verse 21
सापविद्धा तनुस्तेन ज्योत्स्ना सद्यस्त्वजायत / तस्माद्भवन्ति संहृष्टा ज्योत्स्नाया उद्भवे प्रजाः
Du corps qu’il avait rejeté naquit aussitôt Jyotsnā, la clarté lunaire. C’est pourquoi, à l’apparition de Jyotsnā, les créatures se réjouissent.
Verse 22
इत्येतास्तनवस्तेन ह्यपविद्धा महात्मना / सद्यो रात्र्यहनी चैवसंध्या ज्योत्स्ना च जज्ञिरे
Ainsi, des corps que le Mahātmā avait écartés naquirent aussitôt la nuit et le jour, ainsi que le crépuscule et la clarté lunaire.
Verse 23
ज्योत्स्ना संध्याहनी चैव सत्त्वमात्रात्मकं त्रयम् / तमोमात्रात्मिका रात्रिः सा वै तस्मान्नियामिका
Jyotsnā, le crépuscule et le jour : ces trois-là sont d’essence sattva. La nuit est d’essence tamas ; c’est pourquoi elle en est la régulatrice.
Verse 24
तस्माद्देवा दिव्यतन्वा तुष्ट्या सृष्टा सुखात्तु वै / यस्मात्तेषां दिवा जन्म बलिनस्तेन ते दिवा
Ainsi, les devas au corps divin furent créés dans la satisfaction et la félicité. Puisque leur naissance eut lieu de jour et qu’ils sont puissants, on les nomme donc « divā ».
Verse 25
तन्वा यदसुरान्रत्र्या जघनादसृजत्प्रभुः / प्राणेभ्यो रात्रिजन्मानो ह्यजेया निशि तेन ते
Lorsque le Seigneur, dans la nuit, abattit les asuras par son propre corps, il les engendra en ce même instant. Nés des prāṇa, ils sont de naissance nocturne et invincibles la nuit; ainsi les nomme-t-on.
Verse 26
एतान्येव भविष्याणां देवानामसुरैः सह / पितॄणां मानुषाणां च अतीताना गतेषु वै
Ce sont bien ces mêmes signes pour les devas à venir, avec les asuras; et aussi pour les Pitṛ et les humains, même dans les temps déjà écoulés.
Verse 27
मन्वन्तरेषु सर्वेषु निमित्तानि भवन्ति हि / ज्योत्स्ना रात्र्यहनी संध्या चत्वार्येतानि तानि वा
Dans tous les manvantaras, il y a certes des signes : la clarté lunaire, la nuit, le jour et le crépuscule; tels sont ces quatre.
Verse 28
भान्ति यस्मात्ततो भाति भाशब्दो व्याप्तिदीप्तिषु / अंभांस्येतानि सृष्ट्वा तु देवदानवमानुषान्
Puisqu’ils resplendissent, le mot « bhā » exprime l’extension et l’éclat. Après avoir créé ces « ambhāṃsi », (le Seigneur) fit naître devas, dānavas et humains.
Verse 29
पितॄंश्चैव तथा चान्यान्विविधान्व्य सृजत्प्रजाः / तामुत्सृज्य ततो च्योत्स्नां ततो ऽन्यां प्राप्य स प्रभुः
Le Seigneur engendra les Pitṛs ainsi que d’autres êtres, de maintes sortes. Puis, délaissant cette création, il atteignit la jyotsnā (clarté lumineuse) et se tourna ensuite vers une autre création.
Verse 30
मूर्त्तिं रजस्तमोद्रिक्तां ततस्तां सो ऽभ्ययुञ्जत / ततो ऽन्याः सोंऽधकारे च क्षुधाविष्टाः प्रजाः सृजन्
Alors il revêtit une forme où dominaient rajas et tamas. Et, dans l’obscurité, il créa des êtres saisis par la faim.
Verse 31
ताः सृष्टास्तु क्षुधाविष्टा अम्भांस्यादातुमुद्यताः / अम्भांस्येतानि रक्षाम उक्तवन्तस्तु तेषु ये
Ces êtres, une fois créés, saisis par la faim, s’apprêtaient à s’emparer des eaux. Mais certains dirent : «Gardons et protégeons ces eaux».
Verse 32
राक्षसास्ते स्मृतास्तस्मात्क्षुधात्मानो निशाचराः / ये ऽब्रुवन् क्षिणुमो ऽम्भांसि तेषां त्दृष्टाः परस्परम्
Parce qu’ils dirent «protégeons», on se souvint d’eux comme des Rākṣasas, êtres dont la faim est la nature et qui errent la nuit. Quant à ceux qui dirent «épuisons les eaux», ils se regardèrent les uns les autres.
Verse 33
तेन ते कर्मणा यक्षा गुह्यकाः क्रूरकर्मिणः / रक्षेति पालने चापि धातुरेष विभाव्यते
Par cet acte, ils furent connus comme Yakṣas et Guhyakas, aux œuvres cruelles. Et l’on comprend ici aussi que la racine ‘rakṣ’ signifie «garder et protéger».
Verse 34
य एष क्षीतिधातुर्वै क्षपणे स निरुच्यते / रक्षणाद्रक्ष इत्युक्तं क्षपणाद्यक्ष उच्यत
Voici le dhātu « kṣiti » ; à cause du kṣapaṇa (dissolution, destruction) il est ainsi expliqué. Par la protection on dit « rakṣa », et par le kṣapaṇa on l’appelle « yakṣa ».
Verse 35
तान्दृष्ट्वा त्वप्रियेणास्य केशाः शीर्णाश्च धीमतः / ते शीर्णा व्युत्थिता ह्यूर्द्धमारो हन्तः पुनः पुनः
Les voyant avec déplaisir, les cheveux de ce sage se détachèrent. Et ces cheveux tombés se relevèrent sans cesse vers le haut, comme prêts à frapper.
Verse 36
हीना ये शिरसो बालाः पन्नाश्चैवापसर्पिणः / बालात्मना स्मृता व्याला हीनत्वादहयः स्मृताः
Ceux qui étaient privés de tête furent appelés « bāla » ; et ceux qui tombèrent puis rampèrent au loin, « panna ». Par leur nature de bāla on les tient pour « vyāla », et par leur infériorité on les nomme « ahaya ».
Verse 37
पन्नत्वात्पन्नगाश्चापि व्यपसर्पाच्च सर्प्पता / तेषां लयः पृथिव्यां यः सूर्याचन्द्रमसौ घनाः
Parce qu’ils étaient « panna », on les appela aussi « pannaga » ; et parce qu’ils se glissaient en s’éloignant, « sarpa ». Leur résorption dans la terre se manifesta comme l’éclat dense du Soleil et de la Lune.
Verse 38
तस्य क्रोधोद्भवो यो ऽसावग्निगर्भः सुदारुणः / स तान्सर्प्पान् सहोत्पन्नानाविवेश विषात्मकः
De sa colère naquit l’effroyable « Agnigarbha » ; et lui, de nature venimeuse, pénétra dans ces serpents nés en même temps.
Verse 39
सर्प्पान्सृष्ट्वा ततः क्रोधात् क्रोधात्मानो विनिर्मिताः / वर्णेन कपिशेनोग्रास्ते भूताः पिशिताशनाः
Après avoir créé les serpents, de la colère naquirent des êtres farouches, façonnés de colère; c’étaient des bhūta de teinte fauve, mangeurs de chair.
Verse 40
भूतत्वात्ते रमृता भूताः पिशाचा पिशिताशनात् / गायतो गां ततस्तस्य गन्धर्वा जज्ञिरे सुताः
Parce qu’ils étaient de nature bhūta, on les nomma “bhūtas”, et parce qu’ils mangeaient la chair, “piśācas”; puis, lorsqu’il chanta, naquirent de lui les fils gandharvas.
Verse 41
धयेति धातुः कविभिः पानार्थे परिपठ्यते / पिबतो जज्ञिरे वाचं गन्धर्वास्तेन ते स्मृताः
Les poètes enseignent que la racine « dhaye » signifie boire; tandis qu’il buvait, naquit la vāc, la Parole, et c’est pourquoi on les tient pour des gandharvas.
Verse 42
अष्टास्वेतासु सृष्टासु देवयोनिषु स प्रभुः / छन्दतश्चैव छन्दासि वयांसि वयसासृजत्
Après la création des huit devayonis, le Seigneur engendra les chandas selon leur cadence, et créa les oiseaux selon les âges.
Verse 43
पक्षिणस्तु स सृष्ट्वा वै ततः पशुगणान्सृजन् / मुखतोजाः सृजन्सो ऽथ वक्षसश्चाप्यवीः सृजन्
Il créa d’abord les oiseaux; puis il engendra les troupeaux d’animaux. Ensuite, de sa bouche il fit naître les chèvres, et de sa poitrine il créa les brebis.
Verse 44
गावश्चैवोदराद्ब्रह्मा पाश्वीभ्यां च विनिर्ममे / पादतो ऽश्वान्समातङ्गान् रासभान् गवयान्मृगान्
Brahmā créa les vaches de son ventre et, de ses flancs, façonna d’autres êtres; de ses pieds il fit naître les chevaux, les éléphants, les ânes, les gavayas et les cervidés.
Verse 45
उष्ट्रांश्चैव वराहांश्च शुनो ऽन्यांश्चैव जातयः / ओषध्यः फल मूलिन्यो रोमभ्यस्तस्य जज्ञिरे
Naquirent aussi les chameaux, les sangliers, les chiens et d’autres espèces; et de ses poils surgirent les plantes médicinales portant fruits et racines.
Verse 46
एवं पञ्चौषधीः सृष्ट्वा व्ययुञ्जत्सो ऽध्वरेषु वै / अस्य त्वादौ तु कल्पस्य त्रेतायुगमुखेपुरा
Ainsi, après avoir créé cinq sortes d’herbes sacrées, on les employa véritablement dans les sacrifices; et cela advint au début de ce kalpa, jadis, au seuil du yuga Tretā.
Verse 47
गौरजः पुरुषो ऽथाविरश्वाश्वतरगर्दभाः / एते ग्राम्याः समृताः सप्त आरण्याः सप्त चापरे
Gauraja, l’homme, avira, les chevaux, les mulets et les ânes : ceux-ci sont comptés comme sept animaux domestiques; et, à part, on en dit sept autres comme sauvages.
Verse 48
श्वापदो द्वीपिनो हस्ती वानरः पक्षिपञ्चमः / औदकाः पशवः षष्ठाः सप्तमास्तु सरीसृपाः
Les bêtes féroces (śvāpada), les tigres et semblables (dvīpin), l’éléphant et le singe; en cinquième, les oiseaux; en sixième, les animaux aquatiques; et en septième, les reptiles rampants.
Verse 49
महिषा गवयोष्ट्राश्च द्विखुराः शरभो द्विषः / मर्कटः सप्तमो ह्येषां चारण्याः पशवस्तु ते
Buffle, gavaya et chameau; les bêtes à sabot fendu, le śarabha, le dviṣa, et, en septième, le singe : tels sont les animaux des forêts.
Verse 50
गायत्रीं च ऋचं चैव त्रिवृत्सतोमरथन्तरे / अग्निष्टोमं च यज्ञानां निर्ममे प्रथमान्मुखात्
De la première bouche, il façonna la Gāyatrī, le Ṛk, le trivṛt-stoma et le rathantara, et parmi les sacrifices l’Agniṣṭoma.
Verse 51
यजूंषि त्रैष्टुभं छन्दः स्तोमं पञ्चदशं तथा / बृहत्साम तथोक्तं च दक्षिणात्सो ऽसृजन्मुखात्
De la bouche du sud, il engendra les Yajus, le mètre traiṣṭubha, le stoma quinzième, ainsi que le Bṛhat-sāman célébré.
Verse 52
सामानि जगतीं चैव स्तोमं सप्तदशं तथा / वैरूप्यमतिरात्रं च पश्चिमात्सो ऽसृजन्मखात्
De la bouche de l’ouest, il engendra les Sāman, le mètre jagatī, le stoma dix-septième, le vairūpya et le sacrifice Atirātra.
Verse 53
एकविंशमथर्वाणमाप्तोर्यामं तथैव च / अनुष्टुभं सवैराजं चतुर्थादसृजन्मुखात्
De la quatrième bouche, il engendra le stoma ekaviṃśa, l’Atharvaveda, l’āptoryāma, le mètre anuṣṭubh et aussi le vairāja.
Verse 54
विद्युतो ऽशनिमेघांश्व रोहितेद्रधनूंषि च / सृष्ट्वासौ भगवान्देवः पर्जन्यमितिविश्रुतम्
Ce Bhagavān, le Dieu, créa l’éclair, la foudre, les nuées et les arcs-en-ciel rougeoyants ; et l’on le connut sous le nom de « Parjanya ».
Verse 55
ऋचो यजूंषि सामानि निर्ममे यज्ञसिद्धये / उच्चावचानि भूतानि गात्रेभ्यस्तस्य जज्ञिरे
Pour l’accomplissement du sacrifice, il façonna les hymnes du Ṛg, les formules du Yajus et les chants du Sāma ; et de ses membres naquirent des êtres de toutes sortes.
Verse 56
ब्रह्मणास्तु प्रजासर्गं सृजतो हि प्रजापतेः / सृष्ट्वा चतुष्टयं पूर्वं देवर्षिपितृमानवान्
Lorsque Prajāpati Brahmā entreprit la création des êtres, il forma d’abord le quadruple ordre : dieux, ṛṣi, ancêtres (pitṛ) et humains.
Verse 57
ततो ऽसृजत भूतानि चराणि स्थावराणि च / सृष्ट्वा यक्षपिशाचांश्च गन्धर्वप्सरसस्तदा
Puis il créa les êtres mobiles et immobiles ; et, en ce même temps, il créa les yakṣa et les piśāca, ainsi que les gandharva et les apsarā.
Verse 58
नरकिन्नररक्षांसि वयःपशुमृगोरगान् / अव्ययं च व्ययं चैव द्वयं स्थावरजङ्गमम्
Il créa les hommes, les kinnara et les rākṣasa, les oiseaux, le bétail, les bêtes sauvages et les serpents ; et il établit la double condition—impérissable et périssable—dans l’immobile et le mobile.
Verse 59
तेषां ये यानि कर्माणि प्राक् सृष्टानि प्रपेदिरे / तान्येव प्रतिपद्यन्ते सृज्यमानाः पुनःपुनः
Les actes qui leur furent impartis dans la création antérieure, ce sont les mêmes qu’ils retrouvent lorsqu’ils sont engendrés encore et encore.
Verse 60
हिंस्राहिंस्रे सृजन् क्रूरे धर्माधर्मावृतानृते / तद्भाविताः प्रपद्यन्ते तस्मात्तत्तस्य रोचते
Il engendre violence et non-violence, cruauté, et vérité comme mensonge voilés par dharma et adharma; façonnés par cette disposition, les êtres s’y portent, et c’est pourquoi cela leur plaît.
Verse 61
महाभूतेषु नानात्वमिन्द्रियार्तेषु मूर्तिषु / विनियोगं च भूतानां धातैव व्यदधात्स्वयम्
La diversité des grands éléments, la différence des formes pourvues de sens, et la répartition des êtres : tout cela, le Dhātā l’ordonna de lui-même.
Verse 62
केचित्पुरुषकारं तु प्राहुः कर्म च मानवाः / दैवमित्यपरे विप्राः स्वभावं भूतचिन्तकाः
Certains disent que la cause est l’effort humain et le karma; d’autres brahmanes l’appellent le destin divin; ceux qui méditent les éléments y voient la nature propre.
Verse 63
पौरुषं कर्म दैवं च फलवृत्तिस्वभावतः / न चैव तु पृथग्भावमधिकेन ततो विदुः
Selon la nature du cours des fruits, effort humain, karma et destin divin agissent ensemble; les sages ne les séparent pas en tenant l’un pour supérieur.
Verse 64
एतदेवं च नैवं च न चोभे नानुभे न च / स्वकर्मविषयं ब्रूयुः सत्त्वस्थाः समदर्शिनः
Ils ne disent ni « c’est ainsi » ni « ce n’est pas ainsi » ; ni les deux, ni même « ni l’un ni l’autre ». Les équanimes, établis dans le sattva, ne parlent que du domaine de leur propre karma.
Verse 65
नानारूपं च भूतानां कृतानां च प्रपञ्चनम् / वेदशब्देभ्य एवादौ निर्ममे स महेश्वरः
Au commencement, Maheshvara façonna, à partir des seules paroles védiques, la diversité des formes des êtres et le déploiement du monde créé.
Verse 66
आर्षाणि चैव नामानि याश्च देवेषु दृष्टयः / शर्वर्यन्ते प्रसूतानां पुनस्तेभ्यो दधात्यजः
Les noms issus des rishis et les visions aperçues parmi les dieux—à la fin de la nuit, aux êtres engendrés, Aja (Brahma) les confère de nouveau depuis cette même source.
The chapter’s sampled sequence foregrounds asuras first (from a tamas-linked phase), then devas (from a sattva-dominant ‘divine’ body), and then pitṛs (from a further sattvic emanation), alongside a fourfold classification that includes humans as a category in the overall grouping.
Each arises from a ‘discarded’ creative body (tanu): after producing asuras the rejected body becomes night (tamas-bahulā), after producing devas the rejected divine body becomes day, and after producing pitṛs the rejected body becomes twilight (saṃdhyā).
It signals a metaphysical framing in which beings (kṣetrajña-s, ‘knowers’) are related to the manifested field (kṣetra), allowing creation to be read not only as material production but also as the emergence of embodied consciousness within an ordered cosmos.