
Rudra-prasava-varṇana (The Manifestation and Naming of Rudra / Nīlalohita)
Le chapitre prend la forme d’un dialogue : le Ṛṣi interroge sur la manifestation (prādurbhāva) de Mahādeva-Rudra dans le Kalpa actuel, car le récit précédent n’avait évoqué la création qu’en résumé. Sūta répond qu’il a déjà exposé l’origine de la création première (ādi-sarga) et qu’il expliquera maintenant en détail les noms et les formes/corps (tanū) associés à l’émergence de Rudra. Au commencement du Kalpa, le Seigneur médite sur un fils égal à lui-même, et l’enfant Nīlalohita apparaît. Ses pleurs puissants deviennent le déclencheur d’une attribution solennelle des noms par Brahmā. À chaque « Pourquoi pleures-tu ? », l’enfant demande un nouveau nom ; Brahmā confère alors une suite d’épithètes — Rudra, Bhava, Śarva, Īśāna, Paśupati, Bhīma, etc. — établissant un schéma de classification des multiples identités et fonctions de Rudra. Ainsi, la nomination devient une clé théologique et cosmologique, situant Rudra dans le fil Sarga/Pratisarga et préparant les développements ultérieurs sur les émanations, les compagnons et les liens généalogico-cosmiques.
Verse 1
इति श्री ब्रह्माण्डे महापुराणे वायुप्रोक्ते पूर्वभागे द्वितीये ऽनुषङ्गपादे रुद्रप्रसववर्णनं नाम नवमो ऽध्यायः ऋषिरुवाच अस्मिन्कल्पे त्वया नोक्तः प्रादुर्भावो महात्मनः / महादेवस्य रुद्रस्य साधकैरृषिभिः सह
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, dans la première partie enseignée par Vāyu, au second anuṣaṅga-pāda, le neuvième chapitre nommé « Description de la naissance de Rudra ». Le Ṛṣi dit : « Ô grande âme, en ce kalpa tu n’as pas encore raconté la manifestation de Mahādeva Rudra avec les ṛṣis voués à l’ascèse ».
Verse 2
सूत उवाच उत्पत्तिरादिसर्गस्य मया प्रोक्ता समासतः / विस्तरेण प्रवक्ष्यामि नामानि तनुभिः सह
Sūta dit : « J’ai exposé brièvement l’origine de l’ādi-sarga ; à présent je dirai en détail les noms, avec leurs formes (tanu) ».
Verse 3
पत्नीषु जनयामास महादेवः सुतान्बहून / कल्पेष्वन्येष्वतीतेषु ह्यस्मिन्कल्पे तु ताञ्शृणु
Mahādeva engendra de nombreuses fils auprès de ses épouses. Il en fut ainsi dans d’autres kalpas révolus ; mais écoute ceux de ce kalpa-ci.
Verse 4
कल्पादावात्मनस्तुल्यं सुतमध्यायत प्रभुः / प्रादुरा सीत्ततोङ्के ऽस्य कुमारो नीललोहितः
Au commencement du kalpa, le Seigneur contempla par la méditation un fils égal à lui-même. Alors, sur ses genoux apparut le jeune nommé Nīlalohita.
Verse 5
रुरोद सुस्वरं घोरं निर्दहन्निव तेजसा / दृष्ट्वा रुदन्तं सहसा कुमारं नीललोहितम्
Il pleura d’une voix harmonieuse mais terrible, comme s’il consumait par son éclat. Voyant soudain le jeune Nīlalohita en pleurs, (tous furent saisis d’étonnement).
Verse 6
किं रोदिषि कुमारेति ब्रह्मा तं प्रत्यभाषत / सो ऽब्रवीद्देहि मे नाम प्रथमं त्वं पितामह
Brahmā lui dit : «Pourquoi pleures-tu, ô jeune enfant ?» Il répondit : «Ô Pitāmaha, accorde-moi d’abord un nom».
Verse 7
रुद्रस्त्वं देव नामासि स इत्युक्तो ऽरुदत्पुनः / किं रोदिषि कुमारेति ब्रह्मा तं प्रत्यभाषत
Brahmā dit : «Ô deva, ton nom est Rudra.» À ces mots, il se remit à pleurer. Brahmā lui demanda : «Pourquoi pleures-tu, ô enfant ?»
Verse 8
नाम देहि द्वितीयं मे इत्युवाच स्वयंभुवम् / भवस्त्वं देवनाम्नासि इत्युक्तः सो ऽरुदत्पुनः
Il dit à Brahmā le Svayambhū : «Accorde-moi un second nom.» Brahmā répondit : «Sous le nom divin, tu es Bhava.» À ces mots, il pleura de nouveau.
Verse 9
किं रोदिषीति तं ब्रह्मा रुदन्तं प्रत्युवाच ह / तृतीयं देहि मे नाम इत्युक्तः सो ऽब्रवीत्पुनः
Brahmā dit à celui qui pleurait : «Pourquoi pleures-tu ?» Il répondit encore : «Accorde-moi un troisième nom.»
Verse 10
शर्वस्त्वं देव नाम्नासि इत्युक्तः सो ऽरुदत्पुनः / किं रोदिषीति तं ब्रह्मा रुदन्तं प्रत्युवाच ह
Brahmā dit : «Ô deva, ton nom est Śarva.» À ces mots, il pleura encore. Alors Brahmā demanda au pleurant : «Pourquoi pleures-tu ?»
Verse 11
चतुर्थ देहि मे नाम इत्युक्तः सो ऽब्रवीत्पुनः / ईशानो देवनाम्नासि इत्युक्तः सो ऽरुदत्पुनः
« Donne-moi le quatrième nom », dit-il encore. Lorsqu’on lui dit : « Parmi les dieux, tu portes le nom d’Īśāna », il se remit à pleurer.
Verse 12
किं रोदिषीति तं ब्रह्मा रुदन्तं पुनरब्रवीत् / पञ्चमं नाम देहीति प्रत्युवाच स्वयंभुवम्
Brahmā dit de nouveau à celui qui pleurait : « Pourquoi pleures-tu ? » Et il répondit au Svayambhū : « Donne-moi le cinquième nom. »
Verse 13
पशूनां त्वं पतिर्देव इत्युक्तः सो ऽरुदत्पुनः / किं रोदिषीति तं ब्रह्मा रुदन्तं पुनरब्रवीत्
Lorsqu’on lui dit : « Ô deva, tu es le seigneur des êtres (paśu) », il pleura encore. Brahmā dit de nouveau à celui qui pleurait : « Pourquoi pleures-tu ? »
Verse 14
षष्ठं वै देहि मे नाम इत्युक्तः प्रत्युवाच तम् / भीमस्त्वं देव नाम्नासि इत्युक्तः सो ऽरुदत्पुनः
« Donne-moi le sixième nom », dit-il, et il répondit. Lorsqu’on lui dit : « Parmi les dieux, tu portes le nom de Bhīma », il se remit à pleurer.
Verse 15
किं रोदिषीति तं ब्रह्मा रुदन्तं पुनरब्रवीत् / सप्तमं देहि मे नाम इत्युक्तः प्रत्युवाच ह
Brahmā dit de nouveau à celui qui pleurait : « Pourquoi pleures-tu ? » Et il répondit : « Donne-moi le septième nom », dit-il ainsi.
Verse 16
उग्रस्त्वं देव नाम्नासि इत्युक्तः सो ऽरुदत्पुनः / तं रुदन्तं कुमारं तु मारोदीरिति सो ऽब्रवीत्
Lorsqu’on lui dit : « Ton nom est Ugra, ô deva », il se remit à pleurer. À l’enfant en larmes, il déclara : « Mā rodīḥ, ne pleure pas. »
Verse 17
सो ऽब्रवीदष्टमं नाम देहि मे त्वं विभो पुनः / त्वं महादेवनामासि इत्युक्तो विरराम ह
Il dit : « Ô Seigneur tout-puissant, accorde-moi aussi le huitième nom. » Lorsqu’on lui dit : « Ton nom est Mahādeva », il s’apaisa.
Verse 18
लब्ध्वा नामानि चैतानि ब्रह्माणं नीललोहितः / प्रोवाच नाम्नामेतेषां स्थानानि प्रदिशेति ह
Ayant reçu ces noms, Nīlalohita dit à Brahmā : « Indique-moi les lieux d’assise de ces noms. »
Verse 19
ततो विसृष्टास्तनव एषां नाम्ना स्वयंभुवा / सूर्यो जलं मही वायुर्व ह्निराकाशमेव च
Alors le Brahmā Svayambhū, selon ces noms, fit surgir leurs formes : le Soleil, l’Eau, la Terre, le Vent, le Feu et l’Éther.
Verse 20
दीक्षिता ब्राह्मणश्चन्द्र इत्येवं ते ऽष्टधा तनुः / तेषु पूज्यश्च वन्द्यश्च नमस्कार्यश्च यत्नतः
Dīkṣita, Brāhmaṇa et Candra : ainsi ton être se déploie en huit formes. Chacune d’elles doit être adorée, vénérée et saluée avec soin.
Verse 21
प्रोवाच तं पुनर्ब्रह्मा कुमारं नीललोहितम् / यदुक्तं ते मया पूर्वं नाम रुद्रेति वै विभो
Alors Brahmā s’adressa de nouveau au jeune Nīlalohita : «Ô puissant, comme je te l’ai dit auparavant, ton nom est véritablement “Rudra”.»
Verse 22
तस्यादित्यतनुर्नाम्नः प्रथमा प्रथमस्य ते / इत्युक्ते तस्य यत्तेजश्चक्षुस्त्वासीत्प्रकाशकम्
Parmi tes premiers noms, le premier est « Ādityatanu » ; à ces mots, son éclat devint tel un œil qui illumine.
Verse 23
विवेश तत्तदादित्यं तस्माद्रुद्रो ह्यसौ स्मृतः / उद्यतमस्तं यन्तं च वर्जयेद्दर्शनेरविम्
Cet éclat entra dans cet Āditya même ; c’est pourquoi on se souvient de lui comme « Rudra ». Qu’on évite de fixer le Soleil à son lever, à son coucher et lorsqu’il est au zénith.
Verse 24
शश्वच्च जायते यस्माच्छश्वत्संतिष्ठते तु यत् / तस्मात्मूर्यं न वीक्षेत आयुष्कामः शुचिः सदा
Car de Lui naît sans cesse et en Lui demeure sans cesse, ainsi l’homme pur qui désire longue vie ne doit pas fixer le Soleil lorsqu’il est au-dessus de la tête.
Verse 25
अतीतानागतं रुद्रं विप्रा ह्याप्याययन्ति यत् / उभे संध्ये ह्युपासीना गृणन्तः सामऋग्यजुः
Les vipras, assis en adoration aux deux sandhyās, chantent Sāma, Ṛg et Yajus, et ainsi rassasient Rudra, qui embrasse le passé et l’avenir.
Verse 26
उद्यन्स तिष्ठते ऋक्षु मध्याह्ने च यजुःष्वथ / सामस्वथापराह्णे तु रुद्रः संविशति क्रमात्
À l’aurore, Il demeure dans le Ṛgveda, à midi dans le Yajurveda; et l’après-midi, Rudra entre dans le Sāmaveda selon l’ordre établi.
Verse 27
तस्माद्भवेन्नाभ्युदितो बाह्यस्तमित एव च / न रुद्रम्प्रति मेहेत सर्वावस्थं कथं चन
Ainsi, Il ne se lève pas comme un être né, ne sort pas au-dehors, et ne se couche pas; en aucune condition on ne doit commettre d’impureté envers Rudra.
Verse 28
एवं युक्तान् द्विजान् देवो रुद्रस्तान्न हिनस्ति वै / ततो ऽप्रवीत्पुनर्ब्रह्मा तं देवं नीललोहितम्
Ainsi, le dieu Rudra ne blesse nullement les dvija bien réglés; alors Brahmā s’adressa de nouveau à ce dieu Nīlalohita.
Verse 29
द्वितीयं नामधेयं ते मया प्रोक्तं भवेति यत् / एतस्यापो द्वितीया ते तनुर्नाम्ना भवत्विति
Je t’ai proclamé un second nom : « Bhava »; et pour ce nom, que ton second corps soit connu sous le nom d’« Āpaḥ », les Eaux.
Verse 30
इत्युक्ते त्वथ तस्यासीच्छरीरस्थं रसात्मकम् / विवेश तत्तदा यस्तु तस्मादापो भवः स्मृतः
À ces mots, l’essence de saveur qui demeurait dans son corps y entra alors; et puisque ce rasa pénétra en cet instant, Āpaḥ est ainsi rappelé comme Bhava.
Verse 31
यस्माद्भवन्ति भूतानि ताभ्यस्ता भावयन्ति च / भवनाद्रावनाच्चैव भूतानामुच्यते भवः
De Lui naissent tous les êtres et par Lui ils sont nourris; parce qu’il fait advenir et fait couler, on l’appelle ‘Bhava’.
Verse 32
तस्मान्मूत्रं पुरीषं च नाप्सु कुर्वीत कर्हिचित् / न निष्ठीवेन्नावगाहेन्नैव गच्छेच्च मैथुनम्
Ainsi, ne fais jamais urine ni excréments dans l’eau; n’y crache pas, ne t’y plonge pas pour te baigner, et n’accomplis pas l’union charnelle près de l’eau.
Verse 33
न चैताः परिचक्षीत वहन्त्यो वा स्थिता अपि / मैध्यामेध्यास्त्वपामेतास्तनवो मुनिभिः स्मृताः
Et ne considère pas ces eaux—qu’elles coulent ou demeurent immobiles—avec un regard de blâme; car les sages ont rappelé que les formes de l’eau sont à la fois pures et susceptibles d’impureté.
Verse 34
विवर्णरसगन्धाश्च वर्ज्या अल्पाश्च सर्वशः / अपां योनिः समुद्रस्तु तस्मात्तं कामयन्ति ताः
Les eaux dont la couleur, la saveur et le parfum sont altérés, ainsi que les eaux trop rares, doivent être évitées; l’océan est la matrice des eaux, c’est pourquoi elles le désirent.
Verse 35
मध्याश्चैवामृता ह्यापो भवन्ति प्राप्य सागरम् / तस्मादपो न रुन्धीत समुद्रं कामयन्ति ताः
Parvenue à l’océan, l’eau devient douce et semblable à l’amrita; aussi ne retiens pas l’eau, car elle aspire à la mer.
Verse 36
न हिनस्ति भवो देवो य एवं ह्यप्सु वर्तते / ततो ऽब्रवीत्पुनर्ब्रह्मा कुमारं नीललोहितम्
Le dieu Bhava, demeurant dans les eaux, ne fait de mal à personne. Alors Brahmā s’adressa de nouveau au jeune Nīlalohita.
Verse 37
शर्वेति यत्तृतीयं ते नाम प्रोक्तं मया विभो / तस्य भूमिस्तृतीयस्य तनुर्नाम्ना भवत्त्वियम्
Ô Puissant ! Le troisième nom que je t’ai proclamé est « Śarva » ; que cette Terre devienne le corps (tanu) portant ce troisième nom.
Verse 38
इत्युक्ते यत्स्थिरं तस्य शरीरे ह्यस्थिसंज्ञितम् / विवेश तत्तदा भूमिं यस्मात्सा शर्व उच्यते
À ces mots, ce qu’il y avait de stable dans son corps, nommé « asthi » (os), entra alors dans la Terre ; c’est pourquoi on l’appelle « Śarva ».
Verse 39
तस्मात्कृष्टेन कुर्वीत पुरीषं मूत्रमेव च / न च्छायायां तथा मार्गे स्वच्छायायां न मेहयेत्
Ainsi, l’on doit déféquer et uriner en un lieu convenable et préparé ; qu’on n’urine ni à l’ombre, ni sur le chemin, ni sur sa propre ombre.
Verse 40
शिरः प्रावृत्य कुर्वीत अन्तर्धाय तृणैर्महीम् / एवं यो वर्तते भूमौ शर्वस्तं न हिनस्ति वै
Qu’on se couvre la tête et qu’on dissimule la terre avec de l’herbe, en agissant avec pudeur. Celui qui se conduit ainsi sur la Terre, Śarva ne lui fait vraiment aucun mal.
Verse 41
ततो ऽब्रवीत्पुनर्ब्रह्मा कुमारं नीललोहितम् / ईशानेति चतुर्थ ते नाम प्रोक्तं मयेह यत्
Alors Brahmā s’adressa de nouveau au jeune Nīlalohita : « Īśāna » est ton quatrième nom, que j’ai proclamé ici.
Verse 42
चतुर्थस्य चतुर्थी तु वायुर्नाम्ना तनुस्तव / इत्युक्ते यच्छरीरस्थं पञ्चधा प्राणसंज्ञितम्
La quatrième forme du quatrième en toi fut nommée « Vāyu » ; à ces mots, le prāṇa demeurant dans son corps se divisa en cinq.
Verse 43
विवेश तस्य तद्वायुमीशानस्तन मारुतः / तस्मान्नैनं परिवदेत्प्रवान्तं वायुमीश्वरम्
Alors le Maruta, sous la forme d’Īśāna, entra dans ce Vāyu ; aussi que nul ne blâme le Seigneur du Vent qui souffle.
Verse 44
यज्ञैर्व्यवहरन्त्येनं ये वै परिचरन्ति च / एवं युक्तं महेशानो नैव देवो हिनस्ति तम्
Ceux qui s’attachent à lui par les yajñas et le servent— celui qui est ainsi uni, par Maheśāna, nul dieu ne peut le blesser.
Verse 45
ततो ऽब्रवीत्पुनर्ब्रह्मा तं देवं ध५म्लमीश्वरम् / नाम यद्वै पशुपतिरित्युक्तं पञ्चमं मया
Puis Brahmā s’adressa de nouveau à ce dieu, l’Īśvara aux teintes de fumée : « Paśupati » est le nom que j’ai énoncé comme ton cinquième.
Verse 46
पञ्चमी पञ्चम स्यैषा तनुर्नाम्नाग्निरस्तु ते / इत्युक्ते यच्छरीरस्थं तेजस्तस्योष्णसंज्ञितम्
« Ô Pañcamī, que ce cinquième corps soit le tien sous le nom d’‘Agni’. » À ces mots, l’éclat demeurant dans son corps fut nommé ‘Uṣṇa’, la chaleur sacrée.
Verse 47
विवेश तत्तदा ह्यग्निं तस्मात्पशुपतिस्तु सः / यस्मादग्निः पशुश्चासीद्यस्मात्पाति पशूंश्च सः
Alors cet éclat entra dans Agni; c’est pourquoi il fut connu comme Paśupati. Car il devint Agni et devint aussi paśu, et c’est lui qui protège les paśu.
Verse 48
तस्मात्पशुपतेस्तस्य तनुरग्निर्निरुच्यते / तस्मादमेद्यं न दहेन्न च पादौ प्रतापयेत्
Ainsi, le corps de Paśupati est déclaré être ‘Agni’. Dès lors, il ne brûle pas l’impur et n’embrase pas non plus les pieds.
Verse 49
अधस्तान्नोपदध्याच्च न चैनमतिलङ्घयेत् / नैनं पशुपतिर्देव एवं युक्तं हिनस्ति वै
Ne place rien au-dessous, et ne l’enjambe pas. Celui qui observe ainsi la règle n’est point blessé par le dieu Paśupati.
Verse 50
ततो ऽब्रवीत्पुनर्ब्रह्मा तं देवं श्वेतपिङ्गलम् / षष्टं नाम मया प्रोक्तं तव भीमेति यत्प्रभो
Alors Brahmā s’adressa de nouveau à ce dieu au teint blanc et fauve : « Seigneur, le sixième nom que j’ai proclamé pour toi est ‘Bhīma’. »
Verse 51
आकाशं तस्य नाम्नस्तु तनुः षष्ठी भवत्विति / इत्युक्ते सुषिरं तस्य शरीरस्थमभूच्च यत्
Lorsqu’on déclara : « Que l’Ākāśa soit la sixième forme de son Nom », le vide demeurant dans son corps devint aussitôt l’Espace même.
Verse 52
विवेश तत्तदाकाशं तस्माद्भीमस्य सा तनुः / यदाकाशे स्मृतो देवस्तस्मान्ना संवृतः क्वचित्
Il entra dans cet Ākāśa; ainsi la forme de Bhīma devint faite d’Espace. Le dieu dont on se souvient dans l’Espace n’est jamais voilé nulle part.
Verse 53
कुर्यान्मूत्रं पुरीषं वा न भुञ्जीत पिबेन्न वा / मैथुनं वापि न चरेदुच्छिष्टानि च नोत्क्षिपेत्
Il ne doit ni uriner ni déféquer; il ne doit ni manger ni boire; il ne doit pas s’adonner à l’union charnelle; ni jeter des restes impurs (ucchiṣṭa).
Verse 54
न हिनस्ति च तं देवो यो भीमे ह्येवमाचरेत् / ततो ऽब्रवीत्पुनर्ब्रह्मा तं देवं सबलं प्रभुम्
Celui qui agit ainsi envers Bhīma, le dieu ne lui fait aucun mal. Alors Brahmā s’adressa de nouveau à ce Seigneur divin, puissant et souverain.
Verse 55
सप्तमं यन्मया प्रोक्तं नामोग्रेति तव प्रभो / तस्य नाम्नस्तनुस्तुभ्यं द्विजो भवति दीक्षितः
Ô Seigneur, le septième Nom que j’ai énoncé est « Ogra » ; par le corps de ce Nom, le dvija initié (dīkṣita) se trouve consacré à Toi.
Verse 56
एवमुक्ते तु यत्तस्य चैतन्यं वै शरीरगम् / विवेश दीक्षितं तद्वै ब्राह्मणं सोमयाजिनम्
À ces paroles, la conscience demeurant dans son corps entra véritablement dans le brahmane Somayājin, consacré par la dīkṣā.
Verse 57
तावत्कालं स्मृतो विप्र उग्रो देवस्तु दीक्षितः / तस्मान्नेमं परिवदेन्नाश्लीलं चास्य कीर्त्तयेत्
Durant ce temps, le vipra doit être tenu pour Ugra Deva, consacré; aussi ne le calomnie pas et ne profère pas à son sujet des paroles indécentes.
Verse 58
ते हरन्त्यस्य पाप्मानं ये वै परिवदन्ति तम् / एवं युक्तान् द्विजानुग्रो देवस्तान्न हिनस्ति वै
Ceux qui le calomnient emportent son péché; ainsi Ugra Deva ne fait aucun mal aux dvija établis dans la juste discipline.
Verse 59
ततोब्रवीत्पुनर्ब्रह्मा तं देवं भास्करद्युतिम् / अष्टमं नाम यत् प्रोक्तं महादेवेति ते मया
Alors Brahmā s’adressa de nouveau à ce dieu resplendissant comme le soleil : «Le huitième nom que je t’ai énoncé est “Mahādeva”.»
Verse 60
तस्य नाम्नो ऽष्टमस्यास्तु तनुस्तुभ्यं तु चन्द्रमाः / इत्युक्ते यन्मन स्तस्य संकल्पकमभूत्प्रभोः
Que la forme de ce huitième nom soit pour toi Candramā, la Lune ; à ces mots, l’esprit du Seigneur devint tout entier résolution sacrée.
Verse 61
विवेश तच्चन्द्रमसं महादेवस्ततः शशी / तस्माद्विभाव्यते ह्येष महादेवस्तु चन्द्रमाः
Mahādeva entra dans cet orbe lunaire; alors il devient Śaśī. Ainsi, on comprend que cette Lune est Mahādeva lui-même.
Verse 62
अमावास्यां न वै छिन्द्याद्वृक्षगुल्मौषधीर्द्विजः / महादेवः स्मृतः सोमस्तस्यात्मा ह्यौषधीगणः
À l’Amāvāsyā, le dvija ne doit couper ni arbres, ni buissons, ni plantes médicinales. Soma est tenu pour Mahādeva; la multitude des herbes est son propre Soi.
Verse 63
एवं यो वर्त्तते चैह सदा पर्वणि पर्वणि / न हन्ति तं महादेवो य एवं वेद तं प्रभुम्
Celui qui, en ce monde, se conduit ainsi à chaque parva et connaît le Seigneur de cette manière, Mahādeva ne le détruit pas.
Verse 64
गोपायति दिवादित्यः प्रजा नक्तं तु चन्द्रमाः / एकरात्रौ समेयातां सूर्या चन्द्रमसावुभौ
Le jour, Āditya protège les êtres; la nuit, la Lune. En une seule nuit—celle d’Amāvāsyā—Soleil et Lune se rejoignent.
Verse 65
अमावास्यानिशायां तु तस्यां युक्तः सादा भवेत् / रुद्राविष्टं सर्वमिदं तनुभिर्न्नामभिश्च ह
En la nuit d’Amāvāsyā, que l’on demeure toujours dans la règle et la maîtrise. Tout ceci est pénétré de Rudra, par ses formes et par ses noms.
Verse 66
एकाकी चश्चरत्येष सूर्यो ऽसौ रुद्र उच्यते / सूर्यस्य यत्प्रकाशेन वीक्षन्ते चक्षुषा प्रजाः
Ce Soleil chemine seul; c’est pourquoi on l’appelle Rudra. Par sa lumière, les êtres voient de leurs propres yeux.
Verse 67
मुक्तात्मा संस्थितो रुद्रः पिबत्यंभो गभस्तिभिः / अद्यते पीयते चैव ह्यन्नपानादिकाम्यया
Rudra, à l’âme délivrée, demeure établi et boit l’eau par ses rayons. Par le désir de nourriture et de boisson, l’on mange et l’on boit.
Verse 68
तनुरंबूद्भवा सा वै देहेष्वेवोपचीयते / यया धत्ते प्रजाः सर्वाः स्थिरीभूतेन तेजसा
Ce corps né de l’eau croît au sein des corps. Par une splendeur devenue stable, il soutient tous les êtres.
Verse 69
पार्थिवी सा तनुस्तस्य साध्वी धारयते प्रजाः / या च स्थिता शरीरेषु भूतानां प्राणवृत्तिभिः
Son corps terrestre, pur et juste, soutient les êtres. Il demeure dans les corps des créatures avec les mouvements du prāṇa.
Verse 70
वातात्मिका तु चैशानी सा प्राणः प्राणिनामिह / पीताशितानि पचति भूतानां जठरेष्विह
Cette Īśānī, de nature venteuse, est ici le prāṇa des vivants. C’est elle qui digère, dans le ventre des êtres, ce qui est bu et mangé.
Verse 71
तनुः पाशुपती तस्य पाचकः सो ऽग्निरुच्यते / यानीह शुषिराणि स्युर्देहेष्वन्तर्गतानि वै
Son corps est dit Pāśupatī ; le feu qui y cuit et digère est nommé Agni. Et toutes les cavités présentes à l’intérieur des corps, c’est cela même qui est ici signifié.
Verse 72
वायोः संचरणार्थानि भीमा सा प्रोच्यते तनुः / वैतान्यादीक्षितानां तु या स्थितिर्ब्रह्मवादिनाम्
La tanu destinée à la circulation de Vāyu est appelée Bhīmā. De même est l’état des brahmavādin initiés par les dīkṣā vaitānya et autres.
Verse 73
तनुरुग्रात्मिका सा तु तेनोग्रो दीक्षितः स्मृतः / यत्तु संकल्पकं तस्य प्रजास्विह समास्थितम्
Cette tanu est de nature Ugra ; ainsi se souvient-on qu’il fut consacré comme Ugra. Et sa puissance de saṅkalpa, sa volonté sacrée, demeure ici parmi les créatures.
Verse 74
सा तनुर्मानसी तस्य चन्द्रमाः प्राणिषु स्थितः / नवोनवो यो भवति जायमानः पुनःपुनः
Telle est sa tanu mentale ; la Lune, Candra, demeure dans les êtres vivants. Elle renaît sans cesse, toujours renouvelée, toujours nouvelle.
Verse 75
पीयते ऽसौ यथाकालं विबुधैः पितृभिः सह / महादेवो ऽमृतात्मा स चन्द्रमा अम्मयः स्मृतः
En son temps, Candra est bu par les dieux avec les pitṛ. Mahādeva, dont l’essence est immortelle, est ce même Candra, tenu pour empli d’amṛta.
Verse 76
तस्य या प्रथमा नाम्ना तनू रौद्री प्रकीर्त्तिता / पत्नी सुवर्च्चला तस्याः पुत्रश्चास्य शनैश्चरः
Sa première manifestation est célébrée sous le nom de Raudrī. Son épouse est Suvarccalā, et son fils est Śanaiścara.
Verse 77
भवस्य या द्वितीया तु आपो नाम्ना तनुः स्मृता / तस्या धात्री स्मृता पत्नी पुत्रश्च उशना स्मृतः
La seconde forme de Bhava est rappelée comme Āpaḥ, les Eaux. Son épouse est Dhātrī, et son fils est Uśanā.
Verse 78
शर्वस्य या तृतीयस्य नाम्नो भूमिस्तनुः स्मृता / तस्याः पत्नी विकेशी तु पुत्रो ऽस्याङ्गारकः स्मृतः
La troisième forme de Śarva est rappelée comme Bhūmi, la Terre. Son épouse est Vikeśī, et son fils est Aṅgāraka.
Verse 79
ईशानस्य चतुर्थस्य नाम्ना वातस्तनुस्तु या / तस्याः पत्नी शिवा नाम पुत्रश्चास्या मनोजवः
La quatrième forme d’Īśāna est rappelée comme Vāta, le Vent. Son épouse se nomme Śivā, et son fils est Manojava.
Verse 80
अविज्ञातगतिश्चैव द्वौ पुत्रौ चानिलस्य तु / नाम्ना पशुपतेर्या तु तनुरग्निर्द्विजैः स्मृता
Anila possède encore deux fils dont la destinée demeure inconnue. Et la manifestation de Paśupati nommée Agni, le Feu, est rappelée par les dvija.
Verse 81
तस्याः पत्नी स्मृता स्वाहा स्कन्दस्तस्याः सुतः स्मृतः / नाम्ना षष्ठस्य या भीमा तनुराकाशमुच्यते
Son épouse est tenue pour Svāhā, et son fils est reconnu comme Skanda. Quant à la redoutable Bhīmā, nommée « Ṣaṣṭha », son corps est appelé « Ākāśa », l’éther céleste.
Verse 82
दिशः पत्न्यः स्मृतास्तस्य स्वर्गश्चापि सुतः स्मृतः / अग्रा तनुः सप्तमी या दीक्षितो ब्राह्मणः स्मृतः
Ses épouses sont tenues pour les Directions, et son fils est aussi nommé Svarga, le Ciel. La septième forme, Agrā, est dite être un brahmane consacré par la dīkṣā.
Verse 83
दीक्षा पत्नी स्मृता तस्याः संतानः पुत्र उच्यते / नाम्नाष्टमस्य महस्तनुर्या चन्द्रमाः स्मृतः
Son épouse est dite Dīkṣā, et Saṃtāna est appelé son fils. Le huitième, nommé Mahaḥ, a pour forme Candramā, la Lune.
Verse 84
तस्य वै रोहिणी पत्नी पुत्रस्तस्य बुधः स्मृतः / इत्येतास्तनवस्तस्य नामभिः सह कीर्तिताः
Son épouse est Rohiṇī, et son fils est tenu pour Budha. Ainsi furent célébrées ses formes, avec leurs noms.
Verse 85
तासु वन्द्यो नमस्यश्च प्रतिनामतनूषु वै / सूर्येप्सूर्व्यां तथा वायावग्नौ व्योम्न्यथ दीक्षिते
En chacune de ces formes selon leur nom, il est digne d’hommage et de prosternation : dans le Soleil, dans la Terre, dans le Vent, dans le Feu, dans le Ciel, et aussi dans le Consacré par la dīkṣā.
Verse 86
भक्तैस्तथा चन्द्रमसि भत्तया वन्द्यस्तु नामभिः / एवं यो वेत्ति तं देवं तनुभिर्नामभिश्च ह
Que les dévots le vénèrent aussi dans la sphère lunaire, avec bhakti et par ses noms sacrés. Celui qui connaît ainsi ce Deva, avec ses formes et ses noms.
Verse 87
प्रजावानेति सायुज्यमीश्वरस्य भवस्य सः / इत्येतद्वो मया प्रोक्तं गुह्यं भीमास्य यद्यशः
Par le nom « Prajāvān », il obtient le sāyujya avec Bhava, le Seigneur Īśvara. Voilà le secret, lié à la gloire de Bhīmāsya, que je vous ai exposé.
Verse 88
शन्नो ऽस्तु द्विपदे विप्राः शन्नो ऽस्तु च चतुष्पदे / एतत्प्रोक्तमिदानीं च तनूनां नामभि सह / महादेवस्य देवस्य भृगोस्तु शृणुत प्रजाः
Ô vipras, que le bien soit pour les bipèdes et que le bien soit aussi pour les quadrupèdes. Ceci a été dit maintenant avec les noms des tanu; ô peuples, écoutez par Bhṛgu la gloire de Mahādeva, Deva des devas.
This Adhyāya is not a royal or sage vaṃśa catalogue; it functions as a theogonic classification sequence, organizing Rudra’s identities through successive epithets rather than enumerating Solar/Lunar dynasties.
None in the sampled passage and chapter theme: the focus is Kalpa-beginning manifestation and name-taxonomy, not bhuvana-kośa distances, dvīpa measurements, or planetary intervals.
This chapter is not part of the Lalitopākhyāna segment; it belongs to a creation/emanation discourse centered on Rudra’s manifestation and naming, rather than Śākta vidyā/yantra exegesis or the Bhaṇḍāsura cycle.