
Jaḍa Bharata’s Birth, Feigned Madness, and Protection by Goddess Kālī
Poursuivant la chute de Bharata Mahārāja dans sa vie précédente et son corps de cerf, ce chapitre s’ouvre sur sa renaissance dans une lignée brāhmaṇa pure (Āṅgirasa). Par la miséricorde particulière du Seigneur, il conserve la mémoire du passé, craint les fréquentations dégradantes et adopte en public l’apparence d’un homme obtus, sourd et fou, d’où son nom de Jaḍa Bharata. Son père aimant tente en vain de l’instruire; après la mort de celui-ci, Jaḍa Bharata est négligé et exploité par ses demi-frères attachés au karma-kāṇḍa, qui prennent sa transcendance pour de la stupidité. Il supporte les insultes, accepte la nourriture qui se présente et demeure égal face aux dualités du corps. Le récit bascule lorsque des brigands śūdra cherchent un « homme-animal » à sacrifier à Bhadra Kālī; ils le capturent, le préparent rituellement et lèvent l’épée pour le tuer. Offensée par la tentative de meurtre d’un grand Vaiṣṇava, la déesse se manifeste en Kālī et abat les brigands, illustrant la doctrine du Bhāgavatam: le Seigneur (et Sa śakti) protège les dévots non violents. Le chapitre prépare la suite en établissant la stature spirituelle cachée de Jaḍa Bharata, qui sera plus tard révélée par ses enseignements.
Verse 1
श्रीशुक उवाच अथ कस्यचिद् द्विजवरस्याङ्गिर:प्रवरस्य शमदमतप:स्वाध्यायाध्ययनत्यागसन्तोषतितिक्षाप्रश्रयविद्यानसूयात्मज्ञानानन्दयुक्तस्यात्मसदृशश्रुतशीलाचाररूपौदार्यगुणा नव सोदर्या अङ्गजा बभूवुर्मिथुनं च यवीयस्यां भार्यायाम् ॥ १ ॥ यस्तु तत्र पुमांस्तं परमभागवतं राजर्षिप्रवरं भरतमुत्सृष्टमृगशरीरं चरमशरीरेण विप्रत्वं गतमाहु: ॥ २ ॥
Śrīla Śukadeva Gosvāmī poursuivit : Après avoir quitté le corps de cerf, Bharata Mahārāja, paramabhāgavata, naquit dans une famille brāhmaṇa très pure. Il y avait un brāhmaṇa de la lignée d’Aṅgirā, doté des qualités brahmaniques : maîtrise du mental et des sens, austérité, svādhyāya et étude védique, charité, contentement, patience, douceur, savoir, absence d’envie, réalisation du Soi et félicité intérieure ; il demeurait toujours absorbé dans le service dévotionnel au Seigneur. De sa première épouse il eut neuf fils d’égale valeur, et de la seconde il engendra des jumeaux—un garçon et une fille. On dit que ce garçon était le paramabhāgavata et le plus éminent des rājarsis : Bharata, qui, après avoir abandonné le corps de cerf, obtint sa dernière existence en tant que brāhmaṇa.
Verse 2
श्रीशुक उवाच अथ कस्यचिद् द्विजवरस्याङ्गिर:प्रवरस्य शमदमतप:स्वाध्यायाध्ययनत्यागसन्तोषतितिक्षाप्रश्रयविद्यानसूयात्मज्ञानानन्दयुक्तस्यात्मसदृशश्रुतशीलाचाररूपौदार्यगुणा नव सोदर्या अङ्गजा बभूवुर्मिथुनं च यवीयस्यां भार्यायाम् ॥ १ ॥ यस्तु तत्र पुमांस्तं परमभागवतं राजर्षिप्रवरं भरतमुत्सृष्टमृगशरीरं चरमशरीरेण विप्रत्वं गतमाहु: ॥ २ ॥
Śrī Śukadeva Gosvāmī poursuivit : Ô roi, après avoir quitté le corps d’un cerf, Mahārāja Bharata naquit dans une famille de brāhmaṇa d’une grande pureté. Il y avait un brāhmaṇa de la lignée d’Aṅgirā, doté de toutes les vertus brahmaniques : maîtrise du mental et des sens, étude des Veda, charité et renoncement, contentement, patience, douceur, savoir, absence d’envie, réalisation du Soi et joie dans la bhakti au Seigneur. De sa première épouse il eut neuf fils d’égale valeur ; de la seconde, des jumeaux—un garçon et une fille—et l’on dit que le garçon était Bharata, le bhāgavata suprême et le premier des rois-sages. Ainsi se déroula sa naissance après l’abandon du corps de cerf.
Verse 3
तत्रापि स्वजनसङ्गाच्च भृशमुद्विजमानो भगवत: कर्मबन्धविध्वंसनश्रवणस्मरणगुणविवरणचरणारविन्दयुगलं मनसा विदधदात्मन: प्रतिघातमाशङ्कमानो भगवदनुग्रहेणानुस्मृतस्वपूर्वजन्मावलिरात्मानमुन्मत्तजडान्धबधिरस्वरूपेण दर्शयामास लोकस्य ॥ ३ ॥
Là encore, il redoutait vivement la compagnie de parents et d’amis non dévots, craignant de retomber. Au-dedans, son mental demeurait fixé sur les pieds de lotus du Seigneur, et il s’absorbait dans l’écoute et le souvenir de Ses gloires, qui brisent les liens du karma. Par la miséricorde de Bhagavān, il se rappelait les événements de sa vie passée ; aussi, aux yeux du monde, se montra-t-il comme un fou—lourd d’esprit, aveugle et sourd—afin que nul ne cherche à lui parler, et il se préserva ainsi de la mauvaise fréquentation.
Verse 4
तस्यापि ह वा आत्मजस्य विप्र: पुत्रस्नेहानुबद्धमना आसमावर्तनात्संस्कारान् यथोपदेशं विदधान उपनीतस्य च पुन: शौचाचमनादीन् कर्मनियमाननभिप्रेतानपि समशिक्षयदनुशिष्टेन हि भाव्यं पितु: पुत्रेणेति ॥ ४ ॥
Le père brāhmaṇa avait l’esprit lié par l’affection pour son fils, Jaḍa Bharata, et demeurait donc très attaché à lui. Comme Jaḍa Bharata n’était pas apte à entrer dans l’āśrama de gṛhastha, le père n’accomplit les saṁskāra purificatoires que jusqu’à la fin du brahmacarya, conformément aux prescriptions. Bien que Jaḍa Bharata ne souhaitât pas recevoir ces instructions, le brāhmaṇa lui enseignait néanmoins les règles de conduite—propreté, ācaman, etc.—pensant qu’un fils doit être formé par son père.
Verse 5
स चापि तदु ह पितृसन्निधावेवासध्रीचीनमिव स्म करोति छन्दांस्यध्यापयिष्यन्सह व्याहृतिभि: सप्रणवशिरस्त्रिपदीं सावित्रीं ग्रैष्मवासन्तिकान्मासानधीयानमप्यसमवेतरूपं ग्राहयामास ॥ ५ ॥
Jaḍa Bharata se comportait devant son père comme un sot, bien que celui-ci cherchât à lui transmettre correctement le savoir védique. Il agissait à contresens afin que son père comprenne qu’il n’était pas apte à recevoir l’enseignement et renonce. Par exemple, si on lui disait de se laver les mains après avoir évacué, il les lavait avant. Pourtant, durant le printemps et l’été, le père voulut lui enseigner la Sāvitrī (Gāyatrī) en trois pāda, avec oṁkāra et les vyāhṛti ; mais même après quatre mois, il n’y parvint pas.
Verse 6
एवं स्वतनुज आत्मन्यनुरागावेशितचित्त: शौचाध्ययनव्रतनियमगुर्वनलशुश्रूषणाद्यौपकुर्वाणककर्माण्यनभियुक्तान्यपि समनुशिष्टेन भाव्यमित्यसदाग्रह: पुत्रमनुशास्य स्वयं तावद् अनधिगतमनोरथ: कालेनाप्रमत्तेन स्वयं गृह एव प्रमत्त उपसंहृत: ॥ ६ ॥
Ainsi, le brāhmaṇa, l’esprit envahi par l’attachement à son propre fils, demeurait tout entier tourné vers lui. Par une obstination mal placée, il continuait à lui enseigner les règles du brahmacarya—pureté, étude, vœux et disciplines, service du maître spirituel et sacrifice au feu—bien que le fils n’y fût pas porté. Son désir ne s’accomplit pas. Comme tout un chacun, attaché à sa maison, il oublia qu’il devait mourir un jour ; mais le Temps, lui, n’oublie pas : à l’heure voulue, il vint et l’emporta, jusque dans son propre foyer.
Verse 7
अथ यवीयसी द्विजसती स्वगर्भजातं मिथुनं सपत्न्या उपन्यस्य स्वयमनुसंस्थया पतिलोकमगात् ॥ ७ ॥
Ensuite, la plus jeune épouse du brāhmaṇa confia ses jumeaux—un fils et une fille—à l’épouse aînée, puis, de son plein gré, mourut en suivant son mari et gagna le Patiloka.
Verse 8
पितर्युपरते भ्रातर एनमतत्प्रभावविदस्त्रय्यां विद्यायामेव पर्यवसितमतयो न परविद्यायां जडमतिरिति भ्रातुरनुशासननिर्बन्धान्न्यवृत्सन्त ॥ ८ ॥
Après la mort du père, les neuf demi-frères de Jaḍa Bharata, le tenant pour stupide, restèrent cantonnés au savoir des trois Veda et abandonnèrent l’effort paternel de l’instruire dans la connaissance suprême : la bhakti, le service dévotionnel au Seigneur.
Verse 9
स च प्राकृतैर्द्विपदपशुभिरुन्मत्तजडबधिरमूकेत्यभिभाष्यमाणो यदा तदनुरूपाणि प्रभाषते कर्माणि च कार्यमाण: परेच्छया करोति विष्टितो वेतनतो वा याच्ञया यदृच्छया वोपसादितमल्पं बहु मृष्टं कदन्नं वाभ्यवहरति परं नेन्द्रियप्रीतिनिमित्तम् । नित्यनिवृत्तनिमित्तस्वसिद्धविशुद्धानुभवानन्दस्वात्मलाभाधिगम: सुखदु:खयोर्द्वन्द्वनिमित्तयोरसम्भावितदेहाभिमान: ॥ ९ ॥ शीतोष्णवातवर्षेषु वृष इवानावृताङ्ग: पीन: संहननाङ्ग: स्थण्डिलसंवेशनानुन्मर्दनामज्जनरजसा महामणिरिवानभिव्यक्तब्रह्मवर्चस: कुपटावृतकटिरुपवीतेनोरुमषिणा द्विजातिरिति ब्रह्मबन्धुरिति संज्ञयातज्ज्ञजनावमतो विचचार ॥ १० ॥
Ces hommes grossiers, pareils à des bêtes à deux pattes, l’appelaient fou, stupide, sourd et muet; pourtant il parlait comme ils l’entendaient et agissait selon leur désir, sans protester. Ce qu’il obtenait par aumône, par salaire ou par hasard—peu ou beaucoup, savoureux ou fade, rassis ou mauvais—il l’acceptait et le mangeait, non pour la jouissance des sens. Délivré de l’orgueil du corps, il demeurait dans la félicité de la conscience pure; ainsi les dualités de plaisir et de peine ne l’atteignaient pas.
Verse 10
स च प्राकृतैर्द्विपदपशुभिरुन्मत्तजडबधिरमूकेत्यभिभाष्यमाणो यदा तदनुरूपाणि प्रभाषते कर्माणि च कार्यमाण: परेच्छया करोति विष्टितो वेतनतो वा याच्ञया यदृच्छया वोपसादितमल्पं बहु मृष्टं कदन्नं वाभ्यवहरति परं नेन्द्रियप्रीतिनिमित्तम् । नित्यनिवृत्तनिमित्तस्वसिद्धविशुद्धानुभवानन्दस्वात्मलाभाधिगम: सुखदु:खयोर्द्वन्द्वनिमित्तयोरसम्भावितदेहाभिमान: ॥ ९ ॥ शीतोष्णवातवर्षेषु वृष इवानावृताङ्ग: पीन: संहननाङ्ग: स्थण्डिलसंवेशनानुन्मर्दनामज्जनरजसा महामणिरिवानभिव्यक्तब्रह्मवर्चस: कुपटावृतकटिरुपवीतेनोरुमषिणा द्विजातिरिति ब्रह्मबन्धुरिति संज्ञयातज्ज्ञजनावमतो विचचार ॥ १० ॥
Par froid ou chaleur, vent ou pluie, il ne couvrait jamais son corps, tel un taureau; il était puissant et bien charpenté. Il couchait à même le sol, ne s’oignait pas d’huile et ne se baignait pas. Son corps couvert de poussière voilait son éclat brahmanique, comme une grande gemme recouverte de terre. Il ne portait qu’un pagne sale et le cordon sacré noirci; bien que né dans une famille de brāhmaṇas, on le traitait de « brahma-bandhu » et on le méprisait, si bien qu’il errait çà et là.
Verse 11
यदा तु परत आहारं कर्मवेतनत ईहमान: स्वभ्रातृभिरपि केदारकर्मणि निरूपितस्तदपि करोति किन्तु न समं विषमं न्यूनमधिकमिति वेद कणपिण्याकफलीकरणकुल्माषस्थालीपुरीषादीन्यप्यमृतवदभ्यवहरति ॥ ११ ॥
Jaḍa Bharata ne travaillait que pour se nourrir. Ses demi-frères en profitèrent et l’employèrent aux travaux des champs contre un peu de nourriture, mais il ne savait distinguer le plat de l’inégal, le moins du plus. Ils lui donnaient du riz brisé, des tourteaux, de la balle, des grains véreux et même des restes brûlés collés au pot; pourtant il les acceptait avec joie comme du nectar.
Verse 12
अथ कदाचित्कश्चिद् वृषलपतिर्भद्रकाल्यै पुरुषपशुमालभतापत्यकाम: ॥ १२ ॥
Un jour, le chef des brigands, issu d’une famille śūdra, désirant obtenir un fils, voulut adorer la déesse Bhadrakālī en lui offrant en sacrifice un homme obtus, tenu pour guère meilleur qu’une bête.
Verse 13
तस्य ह दैवमुक्तस्य पशो: पदवीं तदनुचरा: परिधावन्तो निशि निशीथसमये तमसाऽऽवृतायामनधिगतपशव आकस्मिकेन विधिना केदारान् वीरासनेन मृगवराहादिभ्य: संरक्षमाणमङ्गिर:प्रवरसुतमपश्यन् ॥ १३ ॥
L’« animal de sacrifice » s’étant échappé par décret du destin, ses hommes coururent en tous sens au cœur de la nuit, couverte d’une épaisse obscurité, sans le trouver. Errant çà et là, ils arrivèrent à une rizière et virent Jaḍa Bharata, l’illustre fils de la lignée d’Āṅgirā, assis en hauteur en vīrāsana, protégeant le champ contre les cerfs et les sangliers.
Verse 14
अथ त एनमनवद्यलक्षणमवमृश्य भर्तृकर्मनिष्पत्तिं मन्यमाना बद्ध्वा रशनया चण्डिकागृहमुपनिन्युर्मुदा विकसितवदना: ॥ १४ ॥
Alors, après avoir considéré les signes irréprochables de Jaḍa Bharata, ils le jugèrent propre à être le « homme‑animal » du sacrifice, pensant ainsi accomplir l’œuvre de leur chef. Le visage épanoui de joie, ils l’attachèrent avec des cordes et le conduisirent au sanctuaire de Caṇḍikā (Kālī).
Verse 15
अथ पणयस्तं स्वविधिनाभिषिच्याहतेन वाससाऽऽच्छाद्य भूषणालेपस्रक्तिलकादिभिरुपस्कृतं भुक्तवन्तं धूपदीपमाल्यलाजकिसलयाङ्कुरफलोपहारोपेतया वैशससंस्थयामहता गीतस्तुतिमृदङ्गपणवघोषेण च पुरुषपशुं भद्रकाल्या: पुरत उपवेशयामासु: ॥ १५ ॥
Ensuite, les voleurs, selon le rite qu’ils s’étaient imaginé pour tuer des « hommes‑animaux », baignèrent Jaḍa Bharata, le vêtirent d’habits neufs, l’ornèrent de parures, l’enduisirent d’huiles parfumées et le décorèrent de tilaka, de pâte de santal et de guirlandes. Ils le nourrirent copieusement, puis le conduisirent devant Bhadrakālī en lui offrant encens, lampes, guirlandes, grains grillés, jeunes rameaux, pousses, fruits et fleurs. Au milieu des chants, des louanges et du fracas des mṛdaṅga et paṇava, ils firent asseoir le « homme‑animal » devant la déesse.
Verse 16
अथ वृषलराजपणि: पुरुषपशोरसृगासवेन देवीं भद्रकालीं यक्ष्यमाणस्तदभिमन्त्रितमसिमतिकरालनिशितमुपाददे ॥ १६ ॥
À cet instant, l’un des voleurs, faisant office de grand prêtre, s’apprêtait à offrir à la déesse Bhadrakālī le sang de Jaḍa Bharata, qu’ils imaginaient être un « homme‑animal », afin qu’elle le boive comme une liqueur. Il saisit donc une épée très effrayante et tranchante, consacrée par le mantra de Bhadrakālī, et la leva pour tuer Jaḍa Bharata.
Verse 17
इति तेषां वृषलानां रजस्तम:प्रकृतीनां धनमदरजउत्सिक्तमनसां भगवत्कलावीरकुलं कदर्थीकृत्योत्पथेन स्वैरं विहरतां हिंसाविहाराणां कर्मातिदारुणं यद्ब्रह्मभूतस्य साक्षाद्ब्रह्मर्षिसुतस्य निर्वैरस्य सर्वभूतसुहृद: सूनायामप्यननुमतमालम्भनं तदुपलभ्य ब्रह्मतेजसातिदुर्विषहेण दन्दह्यमानेन वपुषा सहसोच्चचाट सैव देवी भद्रकाली ॥ १७ ॥
Voyant que ces voleurs, dominés par la passion et l'ignorance, s'apprêtaient à sacrifier Jada Bharata, l'ami de tous les êtres, la déesse Bhadrakali ne put le tolérer. Elle jaillit de la statue, son corps brûlant d'une effulgence insupportable.
Verse 18
भृशममर्षरोषावेशरभसविलसितभ्रुकुटिविटपकुटिलदंष्ट्रारुणेक्षणाटोपातिभयानकवदना हन्तुकामेवेदं महाट्टहासमतिसंरम्भेण विमुञ्चन्ती तत उत्पत्य पापीयसां दुष्टानां तेनैवासिना विवृक्णशीर्ष्णां गलात्स्रवन्तमसृगासवमत्युष्णं सह गणेन निपीयातिपानमदविह्वलोच्चैस्तरां स्वपार्षदै: सह जगौ ननर्त च विजहार च शिर:कन्दुकलीलया ॥ १८ ॥
Furieuse, la Déesse décapita les voleurs avec leur propre épée. Buvant leur sang chaud comme du vin, elle et ses associées se mirent à danser et à jouer avec les têtes coupées comme s'il s'agissait de balles.
Verse 19
एवमेव खलु महदभिचारातिक्रम: कार्त्स्न्येनात्मने फलति ॥ १९ ॥
En vérité, quiconque commet une offense envers une grande personnalité est entièrement détruit par ses propres actes.
Verse 20
न वा एतद्विष्णुदत्त महदद्भुतं यदसम्भ्रम: स्वशिरश्छेदन आपतितेऽपि विमुक्तदेहाद्यात्मभावसुदृढहृदयग्रन्थीनां सर्वसत्त्वसुहृदात्मनां निर्वैराणां साक्षाद्भगवतानिमिषारिवरायुधेनाप्रमत्तेन तैस्तैर्भावै: परिरक्ष्यमाणानां तत्पादमूलमकुतश्चिद्भयमुपसृतानां भागवतपरमहंसानाम् ॥ २० ॥
Sukadeva Gosvami dit : Ô Pariksit, les dévots libérés de la conception corporelle ne craignent pas même la mort, car le Seigneur Suprême les protège toujours avec Son disque.
Having remembered his prior fall due to misplaced attachment and association, he feared renewed entanglement through social interaction with non-devotees. By adopting jaḍa-vṛtti (a deliberate appearance of incapacity), he prevented others from drawing him into household ambitions, debate, or worldly obligations, while internally remaining absorbed in nāma-kīrtana and meditation on the Lord’s lotus feet. The Bhāgavatam presents this as a protective discipline: external anonymity safeguards internal bhakti.
Bhadra Kālī is a fierce manifestation of the Lord’s external potency (śakti) functioning within dharma to punish adharma. The dacoits, driven by rajo-guṇa and tamo-guṇa and greedy for wealth, violate Vedic injunctions by attempting to sacrifice a self-realized brāhmaṇa devotee. Their act constitutes grave aparādha; therefore Kālī, intolerant of the offense to a great Vaiṣṇava, manifests from the deity form and executes immediate justice using the same sword intended for the devotee.
The chapter culminates in Śukadeva’s principle: those who know the self as distinct from the body, are free from the heart-knot (hṛdaya-granthi), are engaged in welfare for all beings, and never contemplate harming anyone are protected by the Supreme Lord, who acts as kāla and as the wielder of Sudarśana. Such devotees remain unagitated even under threat of death because their shelter is the Lord’s lotus feet, not bodily survival.