Adhyaya 3
Panchama SkandhaAdhyaya 320 Verses

Adhyaya 3

Nābhi’s Sacrifice and Lord Viṣṇu’s Promise to Appear as a Son (Ṛṣabhadeva’s Advent Prelude)

Poursuivant le récit dynastique de Priyavrata et d’Āgnīdhra, l’attention se porte sur le Mahārāja Nābhi, qui désire une descendance et accomplit un yajña afin de plaire au Seigneur Viṣṇu. Bien que le sacrifice védique comporte de nombreux moyens autorisés (lieu, temps, mantras, médiation des ṛtvij, dakṣiṇā, niyama et offrandes), ce chapitre souligne que l’on atteint ultimement le Seigneur par la bhakti, et non par la seule apparence rituelle. Touché par la foi de Nābhi, Viṣṇu se manifeste sous une forme fascinante à quatre bras, somptueusement parée, plongeant l’assemblée dans une crainte révérencielle. Les prêtres offrent des prières profondes : ils avouent leur capacité limitée à connaître le Transcendant, louent le nāma-kīrtana comme destructeur des péchés et implorent de se souvenir du Saint Nom à l’heure de la mort. Ils reconnaissent aussi leur mobile matériel—demander un fils « semblable au Seigneur »—et sollicitent le pardon d’avoir approché Bhagavān pour des fins mondaines. Viṣṇu répond qu’aucun égal ne peut exister ; ainsi, pour préserver la vérité des paroles des brāhmaṇas, Il s’étendra en une portion plénière et entrera dans le sein de Merudevī. Puis le Seigneur disparaît, orientant le récit vers la naissance de Ṛṣabhadeva et son enseignement à venir du dharma menant à apavarga (la délivrance).

Shlokas

Verse 1

श्रीशुक उवाच नाभिरपत्यकामोऽप्रजया मेरुदेव्या भगवन्तं यज्ञपुरुषमवहितात्मायजत ॥ १ ॥

Śrī Śukadeva dit : Désireux d’avoir des fils, le roi Nābhi, avec son épouse Merudevī alors sans enfant, adora d’un esprit recueilli Bhagavān Viṣṇu, le Yajña-puruṣa, maître des sacrifices.

Verse 2

तस्य ह वाव श्रद्धया विशुद्धभावेन यजत: प्रवर्ग्येषु प्रचरत्सु द्रव्यदेशकालमन्त्रर्त्विग्दक्षिणाविधानयोगोपपत्त्या दुरधिगमोऽपि भगवान् भागवतवात्सल्यतया सुप्रतीक आत्मानमपराजितं निजजनाभिप्रेतार्थविधित्सया गृहीतहृदयो हृदयङ्गमं मनोनयनानन्दनावयवाभिराममाविश्चकार ॥ २ ॥

Tandis qu’il accomplissait le sacrifice avec foi et un cœur pur, selon le pravargya, observant offrandes, lieu, temps, hymnes, prêtres, dons (dakṣiṇā) et règles, bien que le Seigneur ne soit pas toujours atteignable par ces seuls moyens, par tendresse pour Son bhakta Il fut touché par la dévotion du roi Nābhi et, afin d’exaucer le désir de Son serviteur, Se manifesta dans Sa forme invincible et captivante à quatre bras, joie du cœur et des yeux des dévots.

Verse 3

अथ ह तमाविष्कृतभुजयुगलद्वयं हिरण्मयं पुरुषविशेषं कपिशकौशेयाम्बरधरमुरसि विलसच्छ्रीवत्सललामं दरवरवनरुहवनमालाच्छूर्यमृतमणिगदादिभिरुपलक्षितं स्फुटकिरणप्रवरमुकुटकुण्डलकटककटिसूत्रहारकेयूरनूपुराद्यङ्गभूषणविभूषितमृत्विक् सदस्यगृहपतयोऽधना इवोत्तमधनमुपलभ्य सबहुमानमर्हणेनावनतशीर्षाण उपतस्थु: ॥ ३ ॥

Alors le Seigneur Viṣṇu apparut devant le roi Nābhi avec quatre bras, resplendissant comme l’or, la Personne suprême. Il portait une soie jaune; sur Sa poitrine brillait le signe de Śrīvatsa. Il tenait conque, disque, massue et lotus, et portait une guirlande de fleurs de la forêt ainsi que la gemme Kaustubha. Son corps était orné d’un casque étincelant, de boucles d’oreilles, de bracelets, d’une ceinture, d’un collier de perles, d’armilles, de grelots aux chevilles et d’autres joyaux lumineux. En Le voyant, Nābhi, les prêtres et l’assemblée se réjouirent comme des pauvres trouvant soudain un immense trésor; ils inclinèrent la tête et L’accueillirent avec vénération et offrandes.

Verse 4

ऋत्विज ऊचु: अर्हसि मुहुरर्हत्तमार्हणमस्माकमनुपथानां नमो नम इत्येतावत्सदुपशिक्षितं कोऽर्हति पुमान् प्रकृतिगुणव्यतिकरमतिरनीश ईश्वरस्य परस्य प्रकृतिपुरुषयोरर्वाक्तनाभिर्नामरूपाकृतिभी रूपनिरूपणम् ॥ ४ ॥ सकलजननिकायवृजिननिरसनशिवतमप्रवरगुणगणैकदेशकथनाद‍ृते ॥ ५ ॥

Les prêtres dirent : « Ô Toi le plus digne d’adoration ! Nous ne sommes que Tes serviteurs suivant Ta voie ; par Ta miséricorde sans cause, accepte encore et encore notre humble service. Les Veda et les ācārya ne nous ont enseigné que ceci : “namo namaḥ”, offrir des prosternations répétées. Comment l’être impuissant, pris dans le mélange des guṇa de la nature, pourrait-il définir l’Īśvara suprême—au-delà de prakṛti et de puruṣa—par le nom, la forme et la figure ? Ainsi, nous ne pouvons que chanter une parcelle de Tes qualités auspiciouses, destructrices du péché ; ce kīrtana est l’acte le plus béni, effaçant les fautes de tous. »

Verse 5

ऋत्विज ऊचु: अर्हसि मुहुरर्हत्तमार्हणमस्माकमनुपथानां नमो नम इत्येतावत्सदुपशिक्षितं कोऽर्हति पुमान् प्रकृतिगुणव्यतिकरमतिरनीश ईश्वरस्य परस्य प्रकृतिपुरुषयोरर्वाक्तनाभिर्नामरूपाकृतिभी रूपनिरूपणम् ॥ ४ ॥ सकलजननिकायवृजिननिरसनशिवतमप्रवरगुणगणैकदेशकथनाद‍ृते ॥ ५ ॥

Les prêtres dirent : Ô Seigneur, le plus digne d’adoration, nous ne sommes que Tes serviteurs éternels. Bien que Tu sois pleinement accompli en Toi-même, daigne, par Ta miséricorde sans cause, accepter un peu de service de notre part. Nous ne connaissons pas réellement Ta forme transcendante ; selon l’enseignement des Veda et des ācārya autorisés, nous ne pouvons qu’offrir nos hommages encore et encore en disant : « namo namaḥ ». Les êtres attachés aux guṇa de la nature matérielle ne sont jamais parfaits, mais Toi, Tu es au-delà de toute conception matérielle. Ton nom, Ta forme et Tes qualités sont spirituels, au-delà du savoir expérimental ; qui pourrait Te concevoir ? Ainsi, nous ne pouvons que T’offrir nos prosternations et nos prières. Le chant de Tes qualités auspicious efface les péchés de tous ; c’est pour nous l’acte le plus béni, et par lui nous saisissons quelque peu Ta position merveilleuse.

Verse 6

परिजनानुरागविरचितशबलसंशब्दसलिलसितकिसलयतुलसिकादूर्वाङ्कुरैरपि सम्भृतया सपर्यया किल परम परितुष्यसि ॥ ६ ॥

Ô Seigneur suprême, Tu es assurément comblé lorsque Tes dévots, par amour, prient d’une voix tremblante et, dans l’extase, T’offrent de l’eau, de tendres pousses, des feuilles de tulasī et de l’herbe dūrvā nouvellement germée.

Verse 7

अथानयापि न भवत इज्ययोरुभारभरया समुचितमर्थमिहोपलभामहे ॥ ७ ॥

Nous T’avons adoré avec bien des offrandes et des sacrifices, mais nous pensons qu’il n’est pas nécessaire de tant d’apprêts pour Te satisfaire.

Verse 8

आत्मन एवानुसवनमञ्जसाव्यतिरेकेण बोभूयमानाशेषपुरुषार्थस्वरूपस्य किन्तु नाथाशिष आशासानानामेतदभिसंराधनमात्रं भवितुमर्हति ॥ ८ ॥

Ô Seigneur, en Toi-même tous les buts de la vie et toutes les opulences croissent à chaque instant, d’eux-mêmes, sans cesse et sans limite ; Tu es Toi-même sat-cit-ānanda, l’existence consciente et bienheureuse. Mais nous, nous recherchons la jouissance matérielle. Ainsi, ces dispositions sacrificielles ne Te sont pas nécessaires ; elles sont pour nous, qui désirons des fruits, afin de recevoir Ta bénédiction par Ta grâce.

Verse 9

श्लोक ५.३.९ तद्यथा बालिशानां स्वयमात्मन: श्रेय: परमविदुषां परमपरमपुरुष प्रकर्षकरुणया स्वमहिमानं चापवर्गाख्यमुपकल्पयिष्यन् स्वयं नापचित एवेतरवदिहोपलक्षित: ॥ ९ ॥

Ô Seigneur des seigneurs, Personne suprême au-delà du suprême, nous sommes entièrement ignorants : nous ne savons pas comment accomplir dharma, artha, kāma et mokṣa, car nous ne connaissons pas le but de la vie. Tu t’es manifesté devant nous comme si Tu sollicitais l’adoration, mais en vérité Tu es ici pour que nous puissions Te voir. Par Ta miséricorde abondante et sans cause, Tu es venu pour notre bien, afin de nous accorder Ta gloire personnelle appelée apavarga, la délivrance. Bien que, par ignorance, nous ne T’ayons pas adoré comme il convient, Tu as néanmoins daigné paraître.

Verse 10

अथायमेव वरो ह्यर्हत्तम यर्हि बर्हिषि राजर्षेर्वरदर्षभो भवान्निजपुरुषेक्षणविषय आसीत् ॥ १० ॥

Ô Seigneur le plus digne d’adoration, Tu es le meilleur des bienfaiteurs. Ta manifestation dans l’enceinte sacrificielle du saint roi Nābhi est pour notre bénédiction. Puisque nous T’avons contemplé, Tu nous as accordé la grâce la plus précieuse.

Verse 11

असङ्गनिशितज्ञानानलविधूताशेषमलानां भवत्स्वभावानामात्मारामाणां मुनीनामनवरतपरिगुणितगुणगण परममङ्गलायनगुणगणकथनोऽसि ॥ ११ ॥

Seigneur bien-aimé, les grands sages, détachés, ayant consumé toute souillure dans le feu aigu de la connaissance et, devenus ātmārāma, établis dans Ta propre nature, ne cessent de célébrer l’assemblée de Tes qualités spirituelles. Le récit de Tes gloires est l’asile du bonheur suprême.

Verse 12

अथ कथञ्चित्स्खलनक्षुत्पतनजृम्भणदुरवस्थानादिषु विवशानां न: स्मरणाय ज्वरमरणदशायामपि सकलकश्मलनिरसनानि तव गुणकृतनामधेयानि वचनगोचराणि भवन्तु ॥ १२ ॥

Seigneur bien-aimé, nous craignons qu’en trébuchant, dans la faim, la chute, le bâillement ou toute détresse, et même à l’heure de la mort sous une fièvre brûlante, nous ne puissions nous souvenir de Ton nom, de Ta forme et de Tes qualités. Aussi Te prions-nous: que Tes saints noms et Tes louanges, qui dissipent toutes les conséquences du péché, demeurent à portée de notre parole; aide-nous à Te rappeler sans cesse.

Verse 13

किञ्चायं राजर्षिरपत्यकाम: प्रजां भवाद‍ृशीमाशासान ईश्वरमाशिषां स्वर्गापवर्गयोरपि भवन्तमुपधावति प्रजायामर्थप्रत्ययो धनदमिवाधन: फलीकरणम् ॥ १३ ॥

De plus, Seigneur, ce saint roi Nābhi désire un fils semblable à Toi; ainsi il accourt vers Toi, Maître de toutes les bénédictions. Tu peux accorder le ciel comme la délivrance, et pourtant il T’adore pour un fils—tel un pauvre allant demander quelques grains à un homme immensément riche.

Verse 14

को वा इह तेऽपराजितोऽपराजितया माययानवसितपदव्यानावृतमतिर्विषयविषरयानावृतप्रकृतिरनुपासितमहच्चरण: ॥ १४ ॥

Seigneur invincible, qui donc en ce monde n’est pas vaincu par Ta māyā invincible? Sans adorer les pieds de lotus des grands dévots, l’intelligence demeure voilée, et la nature est recouverte par les vagues du plaisir matériel, semblables à un poison. Nul ne peut voir la voie de cette énergie illusoire ni dire comment elle agit.

Verse 15

यदु ह वाव तव पुनरदभ्रकर्तरिह समाहूतस्तत्रार्थधियां मन्दानां नस्तद्यद्देवहेलनं देवदेवार्हसि साम्येन सर्वान् प्रतिवोढुमविदुषाम् ॥ १५ ॥

Ô Seigneur, Tu accomplis des actes merveilleux. Notre but dans ce grand sacrifice n’était que d’obtenir un fils; ainsi notre intelligence est faible et nous ne savons pas discerner le but de la vie. En T’invitant à ce yajña insignifiant pour un motif matériel, nous avons certes offensé Tes pieds de lotus. Aussi, ô Seigneur des seigneurs, pardonne notre faute par Ta miséricorde sans cause et Ton esprit égal envers tous.

Verse 16

श्रीशुक उवाच इति निगदेनाभिष्टूयमानो भगवाननिमिषर्षभो वर्षधराभिवादिताभिवन्दितचरण: सदयमिदमाह ॥ १६ ॥

Śrī Śukadeva Gosvāmī dit : Ainsi, tandis que le Seigneur — maître des demi-dieux et le plus éminent parmi les Animiṣas — était loué par des prières en prose, les prêtres, honorés même par le roi Nābhi, se prosternèrent à Ses pieds de lotus. Le Seigneur des seigneurs en fut grandement satisfait et, avec compassion, parla ainsi.

Verse 17

श्रीभगवानुवाच अहो बताहमृषयो भवद्भ‍िरवितथगीर्भिर्वरमसुलभमभियाचितो यदमुष्यात्मजो मया सद‍ृशो भूयादिति ममाहमेवाभिरूप: कैवल्यादथापि ब्रह्मवादो न मृषा भवितुमर्हति ममैव हि मुखं यद् द्विजदेवकुलम् ॥ १७ ॥

Le Seigneur Suprême répondit : Ô grands sages, Je suis vraiment très satisfait de vos prières véridiques. Vous avez demandé pour le roi Nābhi la bénédiction d’un fils semblable à Moi, mais un tel don est extrêmement difficile à obtenir. Je suis la Personne Suprême, sans second; nul n’est Mon égal, et l’on ne peut donc trouver une autre personnalité comme Moi. Pourtant, vous êtes des brāhmaṇas qualifiés; vos vibrations védiques ne doivent pas se révéler fausses, car Je considère les brāhmaṇas dotés des qualités brahmaniques comme Ma propre bouche.

Verse 18

तत आग्नीध्रीयेंऽशकलयावतरिष्याम्यात्मतुल्यमनुपलभमान: ॥ १८ ॥

Puisque Je ne puis trouver personne qui Me soit égal, Je M’étendrai Moi-même en une portion plénière et Je descendrai dans le sein de Merudevī, l’épouse de Mahārāja Nābhi, fils d’Āgnīdhra.

Verse 19

श्रीशुक उवाच इति निशामयन्त्या मेरुदेव्या: पतिमभिधायान्तर्दधे भगवान् ॥ १९ ॥

Śukadeva Gosvāmī poursuivit : Après avoir ainsi parlé au roi Nābhi, le Seigneur disparut. La reine Merudevī était assise près de son époux; elle put donc entendre tout ce que le Seigneur Suprême avait dit.

Verse 20

बर्हिषि तस्मिन्नेव विष्णुदत्त भगवान् परमर्षिभि: प्रसादितो नाभे: प्रियचिकीर्षया तदवरोधायने मेरुदेव्यां धर्मान्दर्शयितुकामो वातरशनानां श्रमणानामृषीणामूर्ध्वमन्थिनां शुक्लया तनुवावततार ॥ २० ॥

En ce sacrifice, les grands sages satisfirent Bhagavān Viṣṇudatta, et le Seigneur en fut comblé. Pour exaucer le désir du Mahārāja Nābhi et révéler la voie du dharma selon les āśrama, Il apparut comme fils de Merudevī dans Sa forme spirituelle originelle, au-delà des guṇa matériels.

Frequently Asked Questions

Although yajña includes authorized procedures, the chapter states that the Lord is not compelled by ritual paraphernalia; He is moved by bhakti. Nābhi’s worship was marked by faith and a pure, uncontaminated mind, so Viṣṇu appeared out of affection for His devotee, demonstrating that devotion is the decisive cause of divine revelation (darśana).

Their prayer follows śruti and ācārya guidance: the transcendent cannot be grasped by experimental or material cognition, but He can be approached through submissive hearing, glorification, and obeisance. By chanting His qualities (guṇa-kīrtana) and names, the heart is purified, sins are destroyed, and partial realization arises—not by mastering Him, but by being transformed in relation to Him.

Merudevī is Mahārāja Nābhi’s queen. She participates in worship while childless and later becomes the chosen womb for the Lord’s advent. The chapter highlights that she hears Viṣṇu’s promise directly, establishing the certainty of the avatāra narrative that follows.

Viṣṇu explains that He is the Supreme Person without a second (advitīya), with no equal; therefore an identical counterpart cannot exist. Yet to keep the brāhmaṇas’ truthful words from becoming false, He resolves the tension by expanding as His own plenary portion—thus the ‘son like Me’ is fulfilled by His avatāra.

The priests anticipate practical obstacles at death (illness, fever, weakness) that can disrupt memory. They therefore petition the Lord’s grace to remember and utter His names and activities, indicating that liberation (apavarga) depends not on bodily strength but on divinely supported remembrance cultivated through devotion.