
Gopī-Vipralambha: The Search for Kṛṣṇa and the Revelation of Divine Footprints
Après l’intensification de la rāsa-līlā, Kṛṣṇa disparaît soudain du regard des gopīs, les plongeant dans le vipralambha, l’amour dans la séparation. Bouleversées, elles errent dans Vṛndāvana comme des dévotes enivrés, interrogeant arbres, lianes, tulasī, la terre et les animaux, reconnaissant Kṛṣṇa comme l’antaryāmī (Âme suprême intérieure) qui pénètre tout. Leur souvenir devient si total qu’elles rejouent spontanément Ses līlās d’enfance et de vaillance (Pūtanā, Śakaṭāsura, Tṛṇāvarta, Vatsāsura, Bakāsura), révélant comment smaraṇa et kīrtana peuvent rendre présente la Seigneurie. Elles découvrent ensuite les empreintes de Kṛṣṇa marquées de signes auspicieux, mais sont saisies en les voyant mêlées à celles d’une autre gopī, concluant qu’Il a conduit à l’écart une « bien-aimée spéciale ». Lisant le sol comme une écriture sacrée, elles déduisent des instants d’intimité—la porter, cueillir des fleurs, arranger ses cheveux. Le māna (orgueil) s’élève chez la gopī choisie; elle demande à être portée, et Kṛṣṇa disparaît encore, enseignant le péril de la suffisance. Les gopīs la retrouvent repentante, reviennent vers la Yamunā sous la lune, s’assoient ensemble en chantant et attendent la réapparition de Kṛṣṇa, établissant le pont émotionnel et théologique vers la suite du récit du rāsa.
Verse 1
श्रीशुक उवाच अन्तर्हिते भगवति सहसैव व्रजाङ्गना: । अतप्यंस्तमचक्षाणा: करिण्य इव यूथपम् ॥ १ ॥
Śukadeva dit : Lorsque Bhagavān Śrī Kṛṣṇa disparut soudainement, les femmes de Vraja, ne Le voyant plus, furent accablées de chagrin, telles des éléphantes ayant perdu le chef du troupeau.
Verse 2
गत्यानुरागस्मितविभ्रमेक्षितै- र्मनोरमालापविहारविभ्रमै: । आक्षिप्तचित्ता: प्रमदा रमापते- स्तास्ता विचेष्टा जगृहुस्तदात्मिका: ॥ २ ॥
En se rappelant la démarche de Kṛṣṇa, ses sourires d’amour, ses regards joueurs, ses paroles enchanteresses et ses divers divertissements, le cœur des gopīs fut saisi. Absorbées en Ramāpati, elles se mirent à rejouer Ses līlās transcendantes.
Verse 3
गतिस्मितप्रेक्षणभाषणादिषु प्रिया: प्रियस्य प्रतिरूढमूर्तय: । असावहं त्वित्यबलास्तदात्मिका न्यवेदिषु: कृष्णविहारविभ्रमा: ॥ ३ ॥
Absorbées en leur bien-aimé Kṛṣṇa, les gopīs imitaient de leur corps Sa démarche, Son sourire, Son regard, Sa parole et d’autres traits singuliers. Enivrées du souvenir de Ses jeux, elles se disaient : «Je suis Kṛṣṇa !».
Verse 4
गायन्त्य उच्चैरमुमेव संहता विचिक्युरुन्मत्तकवद् वनाद् वनम् । पप्रच्छुराकाशवदन्तरं बहि- र्भूतेषु सन्तं पुरुषं वनस्पतीन् ॥ ४ ॥
Chantant à pleine voix le nom de Kṛṣṇa, elles, toutes ensemble, le cherchèrent de bois en bois dans la forêt de Vṛndāvana, telles des femmes éprises jusqu’à la folie. Elles interrogèrent même les arbres au sujet de Lui, le Puruṣa qui, en tant que Paramātmā, demeure au-dedans et au-dehors de tous les êtres, comme le ciel.
Verse 5
दृष्टो व: कच्चिदश्वत्थ प्लक्ष न्यग्रोध नो मन: । नन्दसूनुर्गतो हृत्वा प्रेमहासावलोकनै: ॥ ५ ॥
Ô aśvattha, ô plakṣa, ô nyagrodha, avez-vous vu Kṛṣṇa ? Le fils de Nanda Mahārāja s’en est allé après avoir dérobé notre esprit par ses sourires et ses regards pleins d’amour.
Verse 6
कच्चित् कुरबकाशोकनागपुन्नागचम्पका: । रामानुजो मानिनीनामितो दर्पहरस्मित: ॥ ६ ॥
Ô kurabaka, ô aśoka, ô nāga, punnāga et campaka, le cadet de Rāma est-il passé par ici, Lui dont le sourire dissipe l’audace des femmes orgueilleuses ?
Verse 7
कच्चित्तुलसि कल्याणि गोविन्दचरणप्रिये । सह त्वालिकुलैर्बिभ्रद् दृष्टस्तेऽतिप्रियोऽच्युत: ॥ ७ ॥
Ô tulasī bienfaisante, si chère aux pieds de Govinda, as-tu vu passer l’infaillible Acyuta, notre bien-aimé, te portant en parure et entouré d’essaims d’abeilles ?
Verse 8
मालत्यदर्शि व: कच्चिन्मल्लिके जाति यूथिके । प्रीतिं वो जनयन् यात: करस्पर्शेन माधव: ॥ ८ ॥
Ô mālatī, ô mallikā, ô jāti et yūthikā, avez-vous vu Mādhava ? Est-il passé par ici, vous donnant de la joie par le toucher de sa main ?
Verse 9
चूतप्रियालपनसासनकोविदार- जम्ब्वर्कबिल्वबकुलाम्रकदम्बनीपा: । येऽन्ये परार्थभवका यमुनोपकूला: शंसन्तु कृष्णपदवीं रहितात्मनां न: ॥ ९ ॥
Ô cūta, priyāla, panasa, āsana et kovidāra; ô jambu, arka, bilva, bakula, āmra, kadamba et nīpa ! Arbres et plantes des rives de la Yamunā, voués au bien d’autrui, dites à nous, gopīs égarées d’esprit, par quel chemin Śrī Kṛṣṇa est parti.
Verse 10
किं ते कृतं क्षिति तपो बत केशवाङ्घ्रि- स्पर्शोत्सवोत्पुलकिताङ्गरुहैर्विभासि । अप्यङ्घ्रिसम्भव उरुक्रमविक्रमाद् वा आहो वराहवपुष: परिरम्भणेन ॥ १० ॥
Ô Mère Terre, quelle austérité as-tu accomplie pour obtenir le contact des pieds de lotus du Seigneur Keśava, si bien que, de joie, tes poils se dressent et tu resplendis de beauté ? Est-ce lors de Son apparition présente, ou bien quand Il te foula en Vāmana, ou plus tôt encore lorsqu’Il t’enlaça sous la forme de Varāha ?
Verse 11
अप्येणपत्न्युपगत: प्रिययेह गात्रै- स्तन्वन् दृशां सखि सुनिर्वृतिमच्युतो व: । कान्ताङ्गसङ्गकुचकुङ्कुमरञ्जिताया: कुन्दस्रज: कुलपतेरिह वाति गन्ध: ॥ ११ ॥
Ô amie, épouse de la biche, le Seigneur Acyuta est-il passé ici avec Son aimée, comblant tes yeux d’une grande félicité ? Oui, vers nous souffle le parfum de la guirlande de fleurs kunda de Śrī Kṛṣṇa, chef du clan, teinte du kuṅkuma des seins de Sa bien-aimée lorsqu’Il l’enlaça.
Verse 12
बाहुं प्रियांस उपधाय गृहीतपद्मो रामानुजस्तुलसिकालिकुलैर्मदान्धै: । अन्वीयमान इह वस्तरव: प्रणामं किं वाभिनन्दति चरन् प्रणयावलोकै: ॥ १२ ॥
Ô arbres, nous vous voyons vous incliner en hommage. Lorsque le cadet de Rāma passa par ici—le bras posé sur l’épaule de Son aimée, un lotus à la main, et suivi d’abeilles enivrées bourdonnant autour des boutons de tulasī de Sa guirlande—vous a-t-Il salués d’un regard plein de tendresse ?
Verse 13
पृच्छतेमा लता बाहूनप्याश्लिष्टा वनस्पते: । नूनं तत्करजस्पृष्टा बिभ्रत्युत्पुलकान्यहो ॥ १३ ॥
Interrogeons ces lianes au sujet de Kṛṣṇa. Bien qu’elles enlacent les bras de leur époux, cet arbre, elles ont sûrement été effleurées par les ongles de Kṛṣṇa, car, de joie, leur peau se couvre de frissons.
Verse 14
इत्युन्मत्तवचोगोप्य: कृष्णान्वेषणकातरा: । लीला भगवतस्तास्ता ह्यनुचक्रुस्तदात्मिका: ॥ १४ ॥
Après avoir ainsi parlé, les gopīs, tourmentées par la recherche de Kṛṣṇa, s’absorbèrent en Lui et se mirent à rejouer les diverses līlās du Seigneur Bhagavān.
Verse 15
कस्याचित् पूतनायन्त्या: कृष्णायन्त्यपिबत् स्तनम् । तोकयित्वा रुदत्यन्या पदाहन् शकटायतीम् ॥ १५ ॥
L’une des gopīs joua Pūtanā; une autre joua le petit Kṛṣṇa et fit semblant de téter son sein. Une autre encore, pleurant comme un nourrisson, donna un coup de pied à celle qui tenait le rôle de Śakaṭāsura, le démon du chariot.
Verse 16
दैत्यायित्वा जहारान्यामेको कृष्णार्भभावनाम् । रिङ्गयामास काप्यङ्घ्री कर्षन्ती घोषनि:स्वनै: ॥ १६ ॥
Une gopī, jouant le démon Tṛṇāvarta, emporta une autre qui incarnait le petit Kṛṣṇa. Une autre encore rampait, ses grelots de cheville tintant comme un écho du ghoṣa, en traînant les pieds.
Verse 17
कृष्णरामायिते द्वे तु गोपायन्त्यश्च काश्चन । वत्सायतीं हन्ति चान्या तत्रैका तु बकायतीम् ॥ १७ ॥
Certaines gopīs jouèrent les jeunes vachers, et au milieu d’elles deux gopīs incarnèrent Kṛṣṇa et Rāma. L’une rejoua la mise à mort de Vatsāsura, et deux gopīs rejouèrent celle de Bakāsura.
Verse 18
आहूय दूरगा यद्वत् कृष्णस्तमनुवर्ततीम् । वेणुं क्वणन्तीं क्रीडन्तीमन्या: शंसन्ति साध्विति ॥ १८ ॥
Lorsqu’une gopī imita parfaitement la manière dont Kṛṣṇa appelait les vaches parties au loin, faisait résonner sa flûte et se livrait à ses jeux, les autres s’écrièrent pour la louer : « Sādhu ! Sādhu ! »
Verse 19
कस्याञ्चित् स्वभुजं न्यस्य चलन्त्याहापरा ननु । कृष्णोऽहं पश्यत गतिं ललितामिति तन्मना: ॥ १९ ॥
Une gopī, le bras posé sur l’épaule d’une amie et l’esprit fixé sur Kṛṣṇa, marchait en déclarant : « Je suis Kṛṣṇa ! Voyez la grâce de ma démarche. »
Verse 20
मा भैष्ट वातवर्षाभ्यां तत्त्राणं विहितं मया । इत्युक्त्वैकेन हस्तेन यतन्त्युन्निदधेऽम्बरम् ॥ २० ॥
Une gopī dit : « Ne craignez ni le vent ni la pluie ; je vous protégerai. » Puis, d’une main, elle leva son châle au-dessus de sa tête.
Verse 21
आरुह्यैका पदाक्रम्य शिरस्याहापरां नृप । दुष्टाहे गच्छ जातोऽहं खलानां ननु दण्डकृत् ॥ २१ ॥
Ô Roi, une gopī monta sur les épaules d’une autre et, posant le pied sur sa tête, dit : « Va-t’en d’ici, serpent mauvais ! Je suis née pour châtier les envieux. »
Verse 22
तत्रैकोवाच हे गोपा दावाग्निं पश्यतोल्बणम् । चक्षूंष्याश्वपिदध्वं वो विधास्ये क्षेममञ्जसा ॥ २२ ॥
Alors une autre gopī dit : « Chers jeunes pasteurs, voyez ce feu de forêt déchaîné ! Fermez vite les yeux ; je vous mettrai aisément en sûreté. »
Verse 23
बद्धान्यया स्रजा काचित्तन्वी तत्र उलूखले । बध्नामि भाण्डभेत्तारं हैयङ्गवमुषं त्विति । भीता सुदृक् पिधायास्यं भेजे भीतिविडम्बनम् ॥ २३ ॥
Une gopī au corps gracile attacha sa compagne près du mortier avec une guirlande de fleurs et dit : « À présent, je vais lier ce garçon qui brise les pots de beurre et vole le beurre. » L’autre gopī se couvrit le visage et ses beaux yeux, feignant la peur.
Verse 24
एवं कृष्णं पृच्छमाना गण्दावनलतास्तरून् । व्यचक्षत वनोद्देशे पदानि परमात्मन: ॥ २४ ॥
Ainsi, les gopīs, imitant les līlā de Kṛṣṇa et interrogeant les lianes et les arbres de Vṛndāvana sur l’endroit où se trouvait Kṛṣṇa, le Paramātmā, aperçurent dans un recoin de la forêt les empreintes de Ses pas.
Verse 25
पदानि व्यक्तमेतानि नन्दसूनोर्महात्मन: । लक्ष्यन्ते हि ध्वजाम्भोजवज्राङ्कुशयवादिभि: ॥ २५ ॥
[Dirent les gopīs :] Ces empreintes sont manifestement celles du grand être, le fils de Nanda, car on y distingue les marques du drapeau, du lotus, du foudre, du aiguillon d’éléphant, du grain d’orge, et autres.
Verse 26
तैस्तै: पदैस्तत्पदवीमन्विच्छन्त्योऽग्रतोऽबला: । वध्वा: पदै: सुपृक्तानि विलोक्यार्ता: समब्रुवन् ॥ २६ ॥
Les gopīs se mirent à suivre la voie de Kṛṣṇa, indiquée par Ses nombreuses empreintes; mais voyant qu’elles étaient étroitement mêlées à celles de Sa compagne la plus chère, elles furent troublées et dirent ceci.
Verse 27
कस्या: पदानि चैतानि याताया नन्दसूनुना । अंसन्यस्तप्रकोष्ठाया: करेणो: करिणा यथा ॥ २७ ॥
[Dirent les gopīs :] À qui sont ces empreintes, celles de la gopī qui marchait avec le fils de Nanda? Sans doute Il posa Son bras sur son épaule, comme un éléphant pose sa trompe sur l’épaule de l’éléphante qui l’accompagne.
Verse 28
अनयाराधितो नूनं भगवान् हरिरीश्वर: । यन्नो विहाय गोविन्द: प्रीतो यामनयद् रह: ॥ २८ ॥
Assurément cette gopī a parfaitement adoré Bhagavān Hari, le Seigneur souverain; c’est pourquoi Govinda, satisfait, nous a laissées et l’a conduite en un lieu retiré.
Verse 29
धन्या अहो अमी आल्यो गोविन्दाङ्घ्य्रब्जरेणव: । यान् ब्रह्मेशौ रमा देवी दधुर्मूध्र्न्यघनुत्तये ॥ २९ ॥
Béni soit le pollen de poussière des pieds-lotus de Govinda : pour dissiper le péché, même Brahmā, Śiva et la déesse Ramā le portent sur leur tête.
Verse 30
तस्या अमूनि न: क्षोभं कुर्वन्त्युच्चै: पदानि यत् यैकापहृत्य गोपीनां रहो भुङ्क्तेऽच्युताधरम् । न लक्ष्यन्ते पदान्यत्र तस्या नूनं तृणाङ्कुरै: खिद्यत्सुजाताङ्घ्रितलामुन्निन्ये प्रेयसीं प्रिय: ॥ ३० ॥
Ces empreintes de cette gopī exceptionnelle nous bouleversent. Parmi toutes les gopīs, elle seule fut emmenée par Acyuta en un lieu secret, où elle savoure les lèvres de Kṛṣṇa. Voyez : ici, ses pas ne se voient plus ; l’herbe et les pousses ont dû blesser ses tendres plantes, et l’amant a donc soulevé sa bien-aimée.
Verse 31
इमान्यधिकमग्नानि पदानि वहतो वधूम् । गोप्य: पश्यत कृष्णस्य भाराक्रान्तस्य कामिन: । अत्रावरोपिता कान्ता पुष्पहेतोर्महात्मना ॥ ३१ ॥
Gopīs, regardez : ici les empreintes de Kṛṣṇa, l’amant, sont plus profondément enfoncées, car il portait le poids de sa bien-aimée. Et là, ce jeune homme avisé l’a sûrement déposée pour cueillir des fleurs.
Verse 32
अत्र प्रसूनावचय: प्रियार्थे प्रेयसा कृत: । प्रपदाक्रमण एते पश्यतासकले पदे ॥ ३२ ॥
Voyez : ici, le bien-aimé Kṛṣṇa a cueilli des fleurs pour sa bien-aimée. Ici ne demeure que l’empreinte de l’avant du pied, car il se tenait sur la pointe des pieds pour atteindre les fleurs.
Verse 33
केशप्रसाधनं त्वत्र कामिन्या: कामिना कृतम् । तानि चूडयता कान्तामुपविष्टमिह ध्रुवम् ॥ ३३ ॥
Assurément, ici Kṛṣṇa, l’amant, a arrangé la chevelure de sa bien-aimée. Tressant une couronne avec les fleurs cueillies, il s’est sûrement assis ici auprès d’elle.
Verse 34
रेमे तया चात्मरत आत्मारामोऽप्यखण्डित: । कामिनां दर्शयन् दैन्यं स्त्रीणां चैव दुरात्मताम् ॥ ३४ ॥
Le Seigneur Śrī Kṛṣṇa se réjouit avec cette gopī, bien qu’Il soit ātmārata, ātmārāma, pleinement satisfait et entier en Lui-même. Ainsi, par contraste, Il révéla la misère des hommes livrés au désir et la dureté de cœur des femmes au mauvais esprit.
Verse 35
इत्येवं दर्शयन्त्यस्ताश्चेरुर्गोप्यो विचेतस: । यां गोपीमनयत्कृष्णो विहायान्या: स्त्रियो वने ॥ ३५ ॥ सा च मेने तदात्मानं वरिष्ठं सर्वयोषिताम् । हित्वा गोपी: कामयाना मामसौ भजते प्रिय: ॥ ३६ ॥
Ainsi, les gopīs, l’esprit entièrement bouleversé, erraient dans la forêt en montrant divers signes des līlās de Kṛṣṇa. La gopī que Kṛṣṇa avait conduite dans un recoin solitaire, après avoir laissé toutes les autres jeunes filles, se mit à se croire la meilleure de toutes les femmes.
Verse 36
इत्येवं दर्शयन्त्यस्ताश्चेरुर्गोप्यो विचेतस: । यां गोपीमनयत्कृष्णो विहायान्या: स्त्रियो वने ॥ ३५ ॥ सा च मेने तदात्मानं वरिष्ठं सर्वयोषिताम् । हित्वा गोपी: कामयाना मामसौ भजते प्रिय: ॥ ३६ ॥
Et cette gopī se crut la plus éminente de toutes les femmes : « Mon bien-aimé Kṛṣṇa a délaissé les autres gopīs, bien qu’elles soient poussées par Kāma, et n’a voulu répondre qu’à moi seule. » Ainsi fut-elle enivrée d’orgueil.
Verse 37
ततो गत्वा वनोद्देशं दृप्ता केशवमब्रवीत् । न पारयेऽहं चलितुं नय मां यत्र ते मन: ॥ ३७ ॥
Puis, parvenus dans une partie de la forêt, la gopī, enivrée d’orgueil, dit à Keśava : « Je ne peux plus marcher ; porte-moi là où Ton cœur veut aller. »
Verse 38
एवमुक्त: प्रियामाह स्कन्ध आरुह्यतामिति । ततश्चान्तर्दधे कृष्ण: सा वधूरन्वतप्यत ॥ ३८ ॥
À ces mots, le Seigneur dit à Son aimée : « Monte sur Mon épaule. » Mais à peine l’eut-Il dit que Kṛṣṇa disparut. Alors la bien-aimée fut aussitôt saisie d’un profond repentir.
Verse 39
हा नाथ रमण प्रेष्ठ क्वासि क्वासि महाभुज । दास्यास्ते कृपणाया मे सखे दर्शय सन्निधिम् ॥ ३९ ॥
Elle s’écria en pleurant : « Ô Maître ! Ô bien-aimé ! Ô le plus cher ! Où es-Tu, où es-Tu ? Ô ami aux bras puissants, montre Ta présence à moi, Ta pauvre servante. »
Verse 40
श्रीशुक उवाच अन्विच्छन्त्यो भगवतो मार्गं गोप्योऽविदूरित: । ददृशु: प्रियविश्लेषान्मोहितां दु:खितां सखीम् ॥ ४० ॥
Śukadeva dit : Tandis que les gopīs poursuivaient la recherche de la trace du Bhagavān, elles virent tout près leur amie, égarée et affligée par la séparation d’avec son bien-aimé.
Verse 41
तया कथितमाकर्ण्य मानप्राप्तिं च माधवात् । अवमानं च दौरात्म्याद् विस्मयं परमं ययु: ॥ ४१ ॥
En entendant son récit—que Mādhava l’avait honorée, mais qu’ensuite elle avait subi l’affront à cause de sa propre mauvaise conduite—les gopīs furent saisies d’un immense étonnement.
Verse 42
ततोऽविशन्वनं चन्द्रज्योत्स्ना यावद् विभाव्यते । तम: प्रविष्टमालक्ष्य ततो निववृतु: स्त्रिय: ॥ ४२ ॥
Puis, cherchant Kṛṣṇa, les gopīs s’enfoncèrent dans la forêt jusqu’où la clarté de la lune se laissait voir ; mais se voyant gagnées par l’obscurité, elles décidèrent de rebrousser chemin.
Verse 43
तन्मनस्कास्तदालापास्तद्विचेष्टास्तदात्मिका: । तद्गुणानेव गायन्त्यो नात्मगाराणि सस्मरु: ॥ ४३ ॥
L’esprit absorbé en Lui, elles parlaient de Lui, rejouaient Ses līlās et se sentaient remplies de Sa présence. En chantant à pleine voix la gloire des qualités transcendantes de Kṛṣṇa, elles oublièrent entièrement leurs foyers.
Verse 44
पुन: पुलिनमागत्य कालिन्द्या: कृष्णभावना: । समवेता जगु: कृष्णं तदागमनकाङ्क्षिता: ॥ ४४ ॥
Les gopīs revinrent sur la rive de la Kālindī. Méditant sur Kṛṣṇa et brûlant d’attendre Sa venue, elles s’assirent ensemble pour chanter Ses louanges.
In the rasa context, Kṛṣṇa’s disappearance intensifies prema through vipralambha, where separation deepens remembrance, humility, and single-pointed longing. It also exposes subtle ego (māna) and reorients devotion from possessiveness to surrender. Traditional Vaiṣṇava readings emphasize that the Lord’s ‘absence’ is a pedagogical līlā: He becomes more present in the devotees’ consciousness, transforming longing into heightened bhakti.
Their līlā-anukaraṇa is not theatrical imitation for entertainment but an overflow of absorption (tad-ātmya) in Kṛṣṇa. It demonstrates bhakti as embodied remembrance: guṇa-kīrtana and smaraṇa become so vivid that the devotees experience the Lord’s qualities and actions as immediate reality. Commentarial traditions treat this as evidence of the gopīs’ unsurpassed bhāva, where the mind, speech, and body naturally align with Kṛṣṇa-centered consciousness.
The text presents her as Kṛṣṇa’s dearmost consort in that moment (commonly understood in Gauḍīya tradition as Śrī Rādhā), and the narrative uses this to reveal two teachings: (1) Kṛṣṇa reciprocates uniquely with each devotee’s love, and (2) even intimate favor can become spiritually dangerous if it produces pride. The episode culminates in her remorse when Kṛṣṇa disappears, underscoring humility as intrinsic to mature prema.
The symbols (dhvaja/flag, padma/lotus, vajra/thunderbolt, aṅkuśa/elephant goad, yava/barleycorn, etc.) mark Kṛṣṇa as mahā-puruṣa and Bhagavān, turning the forest floor into a readable theology. Devotion here becomes interpretive practice: the gopīs ‘read’ līlā through signs, deducing intimacy, compassion (carrying the beloved), and play. In bhakti hermeneutics, pāda-cihna also signifies refuge—contact with the Lord’s feet as the purifier revered by Brahmā, Śiva, and Lakṣmī.