Adhyaya 8
Chaturtha SkandhaAdhyaya 882 Verses

Adhyaya 8

Dhruva’s Humiliation, Sunīti’s Counsel, and Nārada’s Bhakti-Yoga Instruction

Maitreya présente d’abord la généalogie morale de l’adharma : l’Irréligion et la Fausseté, personnifiées, engendrent la Fanfaronnade, la Tromperie, l’Avidité, la Colère, l’Envie, Kali, la Parole dure, la Mort, la Peur, la Souffrance et l’Enfer, montrant comment les vices intérieurs se propagent et ruinent la société. Il se tourne ensuite vers la descendance de Svāyambhuva Manu, en mettant l’accent sur le roi Uttānapāda, ses reines Sunīti et Suruci, et leurs fils Dhruva et Uttama. Dhruva tente de s’asseoir sur les genoux de son père mais est repoussé ; les mots tranchants de Suruci attisent l’orgueil kṣatriya de l’enfant, et le silence du roi approfondit la blessure. Sunīti détourne Dhruva de la vengeance et l’oriente vers le refuge en Nārāyaṇa, rappelant que même Brahmā et Manu ont réussi en adorant les pieds de lotus du Seigneur. Nārada éprouve Dhruva par des conseils sur la patience et le karma, mais Dhruva avoue son ambition et demande une position plus élevée que celle de quiconque. Nārada lui transmet alors une sādhana précise : se rendre à Madhuvana sur la Yamunā, pratiquer un yoga réglé, méditer sur la forme à quatre bras de Viṣṇu, et réciter le mantra dvādaśākṣarī « oṁ namo bhagavate vāsudevāya ». Dhruva part pour l’austérité ; le roi, plein de remords, est consolé par Nārada. Le tapas grandissant de Dhruva ébranle le cosmos, les devas implorent le Seigneur, et Celui-ci promet d’intervenir, annonçant la réponse divine du chapitre suivant.

Shlokas

Verse 1

मैत्रेय उवाच सनकाद्या नारदश्च ऋभुर्हंसोऽरुणिर्यति: । नैते गृहान् ब्रह्मसुता ह्यावसन्नूर्ध्वरेतस: ॥ १ ॥

Maitreya dit : Les quatre Kumāras menés par Sanaka, ainsi que Nārada, Ṛbhu, Haṁsa, Aruṇi et Yati—tous fils de Brahmā—ne vécurent pas au foyer ; ils devinrent ūrdhva-retā, des brahmacārīs inébranlables dans le célibat pur.

Verse 2

मृषाधर्मस्य भार्यासीद्दम्भं मायां च शत्रुहन् । असूत मिथुनं तत्तु निऋर्तिर्जगृहेऽप्रज: ॥ २ ॥

Un autre fils de Brahmā fut Mṛṣādharma (l’Irréligion), dont l’épouse s’appelait Mṛṣā (la Fausseté). De leur union naquirent deux asuras : Dambha (la Fanfa­ronnade) et Māyā (la Tromperie). L’asura Nirṛti, sans enfant, les prit avec lui.

Verse 3

तयो: समभवल्लोभो निकृतिश्च महामते । ताभ्यां क्रोधश्च हिंसा च यद्दुरुक्ति: स्वसा कलि: ॥ ३ ॥

Ô grand sage, de Dambha et Māyā naquirent Lobha (l’Avidité) et Nikṛti (la Ruse). De leur union surgirent Krodha (la Colère) et Hiṁsā (la Violence) ; et de Krodha et Hiṁsā naquirent Kali et sa sœur Durukti (la Parole dure).

Verse 4

दुरुक्तौ कलिराधत्त भयं मृत्युं च सत्तम । तयोश्च मिथुनं जज्ञे यातना निरयस्तथा ॥ ४ ॥

Ô homme le plus vertueux, de l’union de Kali et de la parole dure naquirent Mṛtyu (la Mort) et Bhīti (la Peur). De l’union de Mṛtyu et de Bhīti naquirent Yātanā (la torture) et Niraya (l’enfer).

Verse 5

सङ्ग्रहेण मयाख्यात: प्रतिसर्गस्तवानघ । त्रि: श्रुत्वैतत्पुमान् पुण्यं विधुनोत्यात्मनो मलम् ॥ ५ ॥

Ô irréprochable, je t’ai exposé brièvement le pratisaṛga (les causes de la dévastation). Celui qui l’entend trois fois acquiert du mérite et lave de son âme la souillure du péché.

Verse 6

अथात: कीर्तये वंशं पुण्यकीर्ते: कुरूद्वह । स्वायम्भुवस्यापि मनोर्हरेरंशांशजन्मन: ॥ ६ ॥

Maitreya poursuivit : Ô le meilleur des Kuru, je vais maintenant décrire la lignée de Svāyambhuva Manu, à la renommée sanctifiante, né d’une portion d’une expansion plénière du Seigneur Hari.

Verse 7

प्रियव्रतोत्तानपादौ शतरूपापते: सुतौ । वासुदेवस्य कलया रक्षायां जगत: स्थितौ ॥ ७ ॥

De Śatarūpā, Svāyambhuva Manu eut deux fils : Priyavrata et Uttānapāda. Issus d’une portion (kalā) de Vāsudeva, ils étaient capables de gouverner pour protéger le monde et veiller sur les sujets.

Verse 8

जाये उत्तानपादस्य सुनीति: सुरुचिस्तयो: । सुरुचि: प्रेयसी पत्युर्नेतरा यत्सुतो ध्रुव: ॥ ८ ॥

Le roi Uttānapāda eut deux reines, Sunīti et Suruci. Suruci était de beaucoup la plus chère au roi ; Sunīti, bien qu’ayant pour fils Dhruva, n’était pas sa favorite.

Verse 9

एकदा सुरुचे: पुत्रमङ्कमारोप्य लालयन् । उत्तमं नारुरुक्षन्तं ध्रुवं राजाभ्यनन्दत ॥ ९ ॥

Il était une fois, le roi Uttanapada caressait le fils de Suruci, Uttama, en le plaçant sur ses genoux. Dhruva Maharaja essayait également de monter sur les genoux du roi, mais le roi ne l'accueillit pas très bien.

Verse 10

तथा चिकीर्षमाणं तं सपत्‍न्यास्तनयं ध्रुवम् । सुरुचि: श‍ृण्वतो राज्ञ: सेर्ष्यमाहातिगर्विता ॥ १० ॥

Alors que l'enfant, Dhruva Maharaja, essayait de monter sur les genoux de son père, Suruci, sa belle-mère, devint très envieuse et, avec une grande fierté, commença à parler de manière à être entendue par le roi lui-même.

Verse 11

न वत्स नृपतेर्धिष्ण्यं भवानारोढुमर्हति । न गृहीतो मया यत्त्वं कुक्षावपि नृपात्मज: ॥ ११ ॥

La reine Suruci dit à Dhruva Maharaja : Mon cher enfant, tu ne mérites pas de t'asseoir sur le trône ou sur les genoux du roi. Certes, tu es aussi le fils du roi, mais parce que tu n'es pas né de mon ventre, tu n'es pas qualifié pour t'asseoir sur les genoux de ton père.

Verse 12

बालोऽसि बत नात्मानमन्यस्त्रीगर्भसम्भृतम् । नूनं वेद भवान् यस्य दुर्लभेऽर्थे मनोरथ: ॥ १२ ॥

Mon cher enfant, tu ignores que tu n'es pas né de mon ventre mais de celui d'une autre femme. Par conséquent, tu dois savoir que ta tentative est vouée à l'échec. Tu essaies de satisfaire un désir impossible à réaliser.

Verse 13

तपसाराध्य पुरुषं तस्यैवानुग्रहेण मे । गर्भे त्वं साधयात्मानं यदीच्छसि नृपासनम् ॥ १३ ॥

Si tu désires monter sur le trône du roi, tu dois alors te soumettre à de sévères austérités. Tout d'abord, tu dois satisfaire la Personnalité Suprême de la Divinité, Narayana, et ensuite, quand tu seras favorisé par Lui, tu devras prendre ta prochaine naissance de mon ventre.

Verse 14

मैत्रेय उवाच मातु: सपत्‍न्या: स दुरुक्तिविद्ध: श्वसन् रुषा दण्डहतो यथाहि: । हित्वा मिषन्तं पितरं सन्नवाचं जगाम मातु: प्ररुदन् सकाशम् ॥ १४ ॥

Maitreya dit—blessé par les paroles cruelles de sa belle-mère, Dhruva haletait de colère, tel un serpent frappé d’un bâton. Voyant son père muet et sans protestation, il quitta aussitôt le palais et, en pleurant, alla vers sa mère.

Verse 15

तं नि:श्वसन्तं स्फुरिताधरोष्ठं सुनीतिरुत्सङ्ग उदूह्य बालम् । निशम्य तत्पौरमुखान्नितान्तं सा विव्यथे यद्गदितं सपत्‍न्या ॥ १५ ॥

Voyant Dhruva haleter, les lèvres tremblantes de colère et pleurant amèrement, la reine Sunīti le prit aussitôt sur ses genoux. Les gens du palais, qui avaient entendu les paroles dures de Suruci, racontèrent tout en détail; Sunīti en fut profondément affligée.

Verse 16

सोत्सृज्य धैर्यं विललाप शोक दावाग्निना दावलतेव बाला । वाक्यं सपत्‍न्या: स्मरती सरोज श्रिया द‍ृशा बाष्पकलामुवाह ॥ १६ ॥

Perdant toute fermeté, Sunīti se mit à gémir dans son chagrin, telle une feuille brûlée par l’incendie de la forêt de la douleur. Se rappelant les paroles de sa coépouse, son visage éclatant, pareil au lotus, se remplit de larmes, puis elle parla ainsi.

Verse 17

दीर्घं श्वसन्ती वृजिनस्य पार- मपश्यती बालकमाह बाला । मामङ्गलं तात परेषु मंस्था भुङ्क्ते जनो यत्परदु:खदस्तत् ॥ १७ ॥

Elle aussi soupirait longuement, sans voir de remède à cette peine. Ne trouvant aucune issue, elle dit à son fils : Mon enfant, ne souhaite rien de funeste aux autres ; celui qui inflige la souffrance à autrui finit par en subir le fruit.

Verse 18

सत्यं सुरुच्याभिहितं भवान्मे यद्दुर्भगाया उदरे गृहीत: । स्तन्येन वृद्धश्च विलज्जते यां भार्येति वा वोढुमिडस्पतिर्माम् ॥ १८ ॥

Sunīti dit : Mon enfant, ce que Suruci a dit est vrai. Ton père, le roi, ne me considère ni comme épouse ni même comme servante ; il a honte de me reconnaître. Ainsi, il est vrai que tu es né du sein d’une femme infortunée et que tu as grandi nourri de son lait.

Verse 19

आतिष्ठ तत्तात विमत्सरस्त्वम् उक्तं समात्रापि यदव्यलीकम् । आराधयाधोक्षजपादपद्मं यदीच्छसेऽध्यासनमुत्तमो यथा ॥ १९ ॥

Mon enfant, renonce à l’envie et demeure ferme. Les paroles de ta belle-mère Suruci, bien que dures, sont véridiques. Si tu désires le trône comme Uttama, adore sans tarder les pieds de lotus du Seigneur Adhokṣaja.

Verse 20

यस्याङ्‌घ्रि पद्मं परिचर्य विश्व विभावनायात्तगुणाभिपत्ते: । अजोऽध्यतिष्ठत्खलु पारमेष्ठ्यं पदं जितात्मश्वसनाभिवन्द्यम् ॥ २० ॥

Le Seigneur Suprême est si grand que, par le service de Ses pieds de lotus, ton bisaïeul Brahmā acquit les qualités pour créer l’univers. Bien qu’inengendré, il tient ce rang par la miséricorde du Seigneur, que vénèrent les yogis maîtrisant le mental et le prāṇa.

Verse 21

तथा मनुर्वो भगवान् पितामहो यमेकमत्या पुरुदक्षिणैर्मखै: । इष्ट्वाभिपेदे दुरवापमन्यतो भौमं सुखं दिव्यमथापवर्ग्यम् ॥ २१ ॥

De même, ton aïeul Svāyambhuva Manu accomplit de grands sacrifices en distribuant d’abondantes aumônes et, d’une foi inébranlable, adora le Seigneur. Il obtint ainsi la plus haute prospérité matérielle puis l’apavarga, la délivrance, difficile à atteindre par le culte des dieux.

Verse 22

तमेव वत्साश्रय भृत्यवत्सलं मुमुक्षुभिर्मृग्यपदाब्जपद्धतिम् । अनन्यभावे निजधर्मभाविते मनस्यवस्थाप्य भजस्व पूरुषम् ॥ २२ ॥

Mon enfant, prends refuge en ce Seigneur, si tendre envers Ses dévots. Ceux qui aspirent à la délivrance cherchent l’abri de Ses pieds de lotus sur la voie de la bhakti. Purifié par ton devoir, établis-Le dans ton cœur avec une dévotion exclusive et sers-Le sans dévier.

Verse 23

नान्यं तत: पद्मपलाशलोचनाद् दु:खच्छिदं ते मृगयामि कञ्चन । यो मृग्यते हस्तगृहीतपद्मया श्रियेतरैरङ्ग विमृग्यमाणया ॥ २३ ॥

Dhruva, pour moi, nul ne peut trancher ta peine sinon le Seigneur aux yeux pareils aux pétales de lotus. Des devas tels que Brahmā recherchent la faveur de Lakṣmī, mais Lakṣmī elle-même, lotus en main, se tient toujours prête à servir le Seigneur Suprême.

Verse 24

मैत्रेय उवाच एवं सञ्जल्पितं मातुराकर्ण्यार्थागमं वच: । सन्नियम्यात्मनात्मानं निश्चक्राम पितु: पुरात् ॥ २४ ॥

Maitreya dit : Ayant entendu l’enseignement de sa mère Sunīti, fait pour accomplir son but, Dhruva se maîtrisa et, avec discernement et résolution ferme, quitta la demeure de son père.

Verse 25

नारदस्तदुपाकर्ण्य ज्ञात्वा तस्य चिकीर्षितम् । स्पृष्ट्वा मूर्धन्यघघ्नेन पाणिना प्राह विस्मित: ॥ २५ ॥

Nārada entendit la nouvelle et comprit l’intention de Dhruva ; il en fut émerveillé. S’approchant, il toucha la tête de l’enfant de sa main qui efface les fautes et dit ainsi.

Verse 26

अहो तेज: क्षत्रियाणां मानभङ्गममृष्यताम् । बालोऽप्ययं हृदा धत्ते यत्समातुरसद्वच: ॥ २६ ॥

Ah, quelle puissance chez les kṣatriya ! Ils ne supportent pas la moindre atteinte à leur honneur. Voyez : bien qu’enfant, les paroles dures de sa belle-mère lui furent insupportables.

Verse 27

नारद उवाच नाधुनाप्यवमानं ते सम्मानं वापि पुत्रक । लक्षयाम: कुमारस्य सक्तस्य क्रीडनादिषु ॥ २७ ॥

Nārada dit : Mon enfant, pour l’instant je ne vois ni affront ni honneur te concernant. Tu es un garçon attaché aux jeux et aux futilités ; pourquoi des paroles blessant ton prestige t’atteignent-elles tant ?

Verse 28

विकल्पे विद्यमानेऽपि न ह्यसन्तोषहेतव: । पुंसो मोहमृते भिन्ना यल्लोके निजकर्मभि: ॥ २८ ॥

Dhruva, même s’il existe des options, tu n’as pas de raison d’être insatisfait. Cette insatisfaction est un trait de l’énergie illusoire (māyā) ; l’être est gouverné par ses actes passés, d’où les diverses conditions de vie pour jouir ou souffrir.

Verse 29

परितुष्येत्ततस्तात तावन्मात्रेण पूरुष: । दैवोपसादितं यावद्वीक्ष्येश्वरगतिं बुध: ॥ २९ ॥

Mon enfant, l’homme doit se contenter de ce qui lui échoit. Le sage, voyant la marche merveilleuse du Seigneur, accueille l’agréable comme le pénible selon Sa volonté suprême.

Verse 30

अथ मात्रोपदिष्टेन योगेनावरुरुत्ससि । यत्प्रसादं स वै पुंसां दुराराध्यो मतो मम ॥ ३० ॥

À présent, tu as décidé d’entreprendre le yoga de la méditation selon l’enseignement de ta mère, uniquement pour obtenir la miséricorde du Seigneur; mais, à mon avis, satisfaire la Personne Suprême est très difficile pour l’homme ordinaire.

Verse 31

मुनय: पदवीं यस्य नि:सङ्गेनोरुजन्मभि: । न विदुर्मृगयन्तोऽपि तीव्रयोगसमाधिना ॥ ३१ ॥

Nārada Muni poursuivit : même après d’innombrables naissances, demeurant détachés, établis dans un samādhi intense et accomplissant maintes austérités, bien des yogīs ne purent trouver l’extrémité du chemin de la réalisation de Dieu.

Verse 32

अतो निवर्ततामेष निर्बन्धस्तव निष्फल: । यतिष्यति भवान् काले श्रेयसां समुपस्थिते ॥ ३२ ॥

C’est pourquoi, cher enfant, cet entêtement sera vain; il ne réussira pas. Rentre chez toi. Quand tu auras grandi, par la miséricorde du Seigneur tu auras l’occasion de ces pratiques mystiques; alors tu pourras les accomplir.

Verse 33

यस्य यद्दैवविहितं स तेन सुखदु:खयो: । आत्मानं तोषयन्देही तमस: पारमृच्छति ॥ ३३ ॥

Ce que la providence divine a prescrit à chacun, l’être incarné doit l’accueillir comme joie ou peine et garder le cœur satisfait. Celui qui endure ainsi traverse aisément les ténèbres de l’ignorance.

Verse 34

गुणाधिकान्मुदं लिप्सेदनुक्रोशं गुणाधमात् । मैत्रीं समानादन्विच्छेन्न तापैरभिभूयते ॥ ३४ ॥

En rencontrant quelqu’un de plus vertueux, réjouis-toi; envers celui qui est moins qualifié, sois compatissant; et avec l’égal, noue l’amitié. Ainsi, les trois misères du monde matériel ne t’atteignent pas.

Verse 35

ध्रुव उवाच सोऽयं शमो भगवता सुखदु:खहतात्मनाम् । दर्शित: कृपया पुंसां दुर्दर्शोऽस्मद्विधैस्तु य: ॥ ३५ ॥

Dhruva dit : Cher Nāradajī, pour celui dont le cœur est troublé par les conditions matérielles de joie et de peine, l’enseignement que tu as donné avec compassion pour obtenir la paix est vraiment excellent. Mais moi, je suis voilé par l’ignorance ; cette philosophie ne touche pas mon cœur.

Verse 36

अथापि मेऽविनीतस्य क्षात्‍त्रं घोरमुपेयुष: । सुरुच्या दुर्वचोबाणैर्न भिन्ने श्रयते हृदि ॥ ३६ ॥

Pourtant, seigneur, je suis impertinent de ne pas accepter tes instructions, mais ce n’est pas entièrement ma faute. Né dans une famille de kṣatriya, j’ai un tempérament farouche. Suruci a transpercé mon cœur de flèches de paroles dures; ainsi, ton précieux enseignement ne demeure pas en moi.

Verse 37

पदं त्रिभुवनोत्कृष्टं जिगीषो: साधु वर्त्म मे । ब्रूह्यस्मत्पितृभिर्ब्रह्मन्नन्यैरप्यनधिष्ठितम् ॥ ३७ ॥

Ô brāhmaṇa savant, je désire obtenir une position suprême dans les trois mondes, qu’aucun être—pas même mon père et mes ancêtres—n’a encore occupée. Je t’en prie, indique-moi une voie droite et pure pour atteindre le but de ma vie.

Verse 38

नूनं भवान्भगवतो योऽङ्गज: परमेष्ठिन: । वितुदन्नटते वीणां हिताय जगतोऽर्कवत् ॥ ३८ ॥

Sans doute es-tu un digne fils du Seigneur Brahmā, le Parameṣṭhī. Tu parcours l’univers en pinçant la vīṇā pour le bien de tous, tel le soleil qui tourne pour le bénéfice des êtres vivants.

Verse 39

मैत्रेय उवाच इत्युदाहृतमाकर्ण्य भगवान्नारदस्तदा । प्रीत: प्रत्याह तं बालं सद्वाक्यमनुकम्पया ॥ ३९ ॥

Maitreya dit : En entendant les paroles de Dhruva Mahārāja, le vénérable Nārada Muni fut saisi d’une profonde compassion et, pour manifester sa miséricorde sans cause, donna à l’enfant un conseil éclairé.

Verse 40

नारद उवाच जनन्याभिहित: पन्था: स वै नि:श्रेयसस्य ते । भगवान् वासुदेवस्तं भज तं प्रवणात्मना ॥ ४० ॥

Nārada dit : La voie que t’a indiquée ta mère, Sunīti, est bien celle de ton bien suprême. Ainsi, adore Bhagavān Vāsudeva avec une âme humble et entièrement inclinée.

Verse 41

धर्मार्थकाममोक्षाख्यं य इच्छेच्छ्रेय आत्मन: । एकं ह्येव हरेस्तत्र कारणं पादसेवनम् ॥ ४१ ॥

Quiconque désire les fruits de dharma, artha, kāma et, finalement, mokṣa, doit s’engager dans le service dévotionnel de Bhagavān Hari, car le service de Ses pieds de lotus accomplit tout cela.

Verse 42

तत्तात गच्छ भद्रं ते यमुनायास्तटं शुचि । पुण्यं मधुवनं यत्र सान्निध्यं नित्यदा हरे: ॥ ४२ ॥

Ainsi, mon enfant, que la bonne fortune t’accompagne. Va sur la rive pure de la Yamunā; là se trouve la forêt méritoire nommée Madhuvana, où la présence de Bhagavān Hari demeure à jamais.

Verse 43

स्‍नात्वानुसवनं तस्मिन् कालिन्द्या: सलिले शिवे । कृत्वोचितानि निवसन्नात्मन: कल्पितासन: ॥ ४३ ॥

Dans les eaux propices et pures de la Yamunā, appelée Kālindī, baigne-toi trois fois par jour. Après le bain, accomplis les observances requises selon l’aṣṭāṅga-yoga, puis assieds-toi paisiblement sur l’āsana préparé.

Verse 44

प्राणायामेन त्रिवृता प्राणेन्द्रियमनोमलम् । शनैर्व्युदस्याभिध्यायेन्मनसा गुरुणा गुरुम् ॥ ४४ ॥

Assis sur ton siège, pratique le pranayama en trois modes et, peu à peu, maîtrise le souffle vital, le mental et les sens. Délivré de toute souillure matérielle, avec une grande patience, médite sur Bhagavān, la Suprême Personne divine.

Verse 45

प्रसादाभिमुखं शश्वत्प्रसन्नवदनेक्षणम् । सुनासं सुभ्रुवं चारुकपोलं सुरसुन्दरम् ॥ ४५ ॥

Le visage du Seigneur est à jamais tourné vers la grâce, toujours serein et réjouissant; pour les dévots, Il ne paraît jamais contrarié et se tient prêt à accorder des bénédictions. Ses yeux, ses sourcils ornés, son nez relevé et son large front sont d’une beauté surpassant celle des demi-dieux.

Verse 46

तरुणं रमणीयाङ्गमरुणोष्ठेक्षणाधरम् । प्रणताश्रयणं नृम्णं शरण्यं करुणार्णवम् ॥ ४६ ॥

Nārada Muni poursuivit : La forme du Seigneur demeure toujours jeune; chacun de Ses membres est parfaitement formé, sans défaut. Ses yeux et Ses lèvres sont rosés comme le soleil levant. Il est toujours prêt à offrir refuge à l’âme abandonnée, et quiconque Le contemple éprouve une satisfaction totale. Il est digne d’être le Maître du soumis, car Il est un océan de miséricorde.

Verse 47

श्रीवत्साङ्कं घनश्यामं पुरुषं वनमालिनम् । शङ्खचक्रगदापद्मैरभिव्यक्तचतुर्भुजम् ॥ ४७ ॥

Le Seigneur porte sur la poitrine la marque de Śrīvatsa, et Sa carnation est d’un bleu profond comme un nuage. Il est une Personne et porte une guirlande de fleurs. Il se manifeste avec quatre bras, tenant la conque, le disque, la massue et le lotus.

Verse 48

किरीटिनं कुण्डलिनं केयूरवलयान्वितम् । कौस्तुभाभरणग्रीवं पीतकौशेयवाससम् ॥ ४८ ॥

Le corps entier de la Suprême Personne divine, Vāsudeva, est paré d’ornements. Il porte un casque précieux serti de joyaux, des boucles d’oreilles, des colliers, des bracelets et des anneaux; Son cou est orné du joyau Kaustubha, et Il est vêtu de soie jaune.

Verse 49

काञ्चीकलापपर्यस्तं लसत्काञ्चननूपुरम् । दर्शनीयतमं शान्तं मनोनयनवर्धनम् ॥ ४९ ॥

Le Seigneur est paré d’une ceinture ornée de petites clochettes d’or, et Ses pieds de lotus portent des grelots d’or étincelants. Tous Ses traits sont d’une beauté ravissante; Il demeure toujours paisible, calme et réjouit l’œil et le cœur.

Verse 50

पद्‌भ्यां नखमणिश्रेण्या विलसद्‌भ्यां समर्चताम् । हृत्पद्मकर्णिकाधिष्ण्यमाक्रम्यात्मन्यवस्थितम् ॥ ५० ॥

Les véritables yogīs méditent sur la forme transcendante du Seigneur, établi au cœur du lotus intérieur; les ongles de Ses pieds de lotus scintillent tels des gemmes.

Verse 51

स्मयमानमभिध्यायेत्सानुरागावलोकनम् । नियतेनैकभूतेन मनसा वरदर्षभम् ॥ ५१ ॥

Le dévot doit méditer sur le Seigneur, toujours souriant, qui le regarde avec une compassion empreinte d’amour. L’esprit maîtrisé et unifié, qu’il contemple la Personne Suprême, dispensatrice de toutes les grâces.

Verse 52

एवं भगवतो रूपं सुभद्रं ध्यायतो मन: । निर्वृत्या परया तूर्णं सम्पन्नं न निवर्तते ॥ ५२ ॥

Celui qui médite ainsi, fixant son esprit sur la forme toujours propice du Seigneur, se libère très vite de toute souillure matérielle et ne retombe pas hors de la contemplation du Seigneur.

Verse 53

जपश्च परमो गुह्य: श्रूयतां मे नृपात्मज । यं सप्तरात्रं प्रपठन्पुमान् पश्यति खेचरान् ॥ ५३ ॥

Ô fils du roi, écoute de moi ce japa-mantra très secret. Celui qui le récite avec soin durant sept nuits peut voir les siddhas, êtres accomplis qui se meuvent dans le ciel.

Verse 54

ॐ नमो भगवते वासुदेवाय । मन्त्रेणानेन देवस्य कुर्याद् द्रव्यमयीं बुध: । सपर्यां विविधैर्द्रव्यैर्देशकालविभागवित् ॥ ५४ ॥

« Om namo bhagavate vāsudevāya » est le mantra de douze syllabes. Selon le lieu et le temps, le dévot avisé doit établir la forme du Seigneur Śrī Kṛṣṇa et L’adorer conformément aux śāstras, en offrant fleurs, fruits et divers mets.

Verse 55

सलिलै: शुचिभिर्माल्यैर्वन्यैर्मूलफलादिभि: । शस्ताङ्कुरांशुकैश्चार्चेत्तुलस्या प्रियया प्रभुम् ॥ ५५ ॥

Qu’on adore le Seigneur en offrant de l’eau pure, des guirlandes sans souillure, des racines et fruits de la forêt, de jeunes pousses, des boutons de fleurs ou même de l’écorce; et surtout des feuilles de tulasī, si chères à Bhagavān.

Verse 56

लब्ध्वा द्रव्यमयीमर्चां क्षित्यम्ब्वादिषु वार्चयेत् । आभृतात्मा मुनि: शान्तो यतवाङ्‌मितवन्यभुक् ॥ ५६ ॥

On peut adorer une forme du Seigneur faite d’éléments matériels tels que la terre, l’eau, le bois ou le métal. Dans la forêt, il suffit même de façonner une forme avec terre et eau et de L’adorer selon les principes ci-dessus. Le dévot maître de lui doit être grave et paisible, retenir sa parole et se contenter des fruits et légumes disponibles.

Verse 57

स्वेच्छावतारचरितैरचिन्त्यनिजमायया । करिष्यत्युत्तमश्लोकस्तद् ध्यायेद्‌धृदयङ्गमम् ॥ ५७ ॥

Cher Dhruva, outre l’adoration de la Déité et la récitation du mantra trois fois par jour, médite sur les actes transcendants d’Uttamaśloka, le Seigneur Suprême, tels qu’Il les manifeste dans Ses divers avatāras par Sa volonté et Ses puissances inconcevables.

Verse 58

परिचर्या भगवतो यावत्य: पूर्वसेविता: । ता मन्त्रहृदयेनैव प्रयुञ्‍ज्यान्मन्त्रमूर्तये ॥ ५८ ॥

Qu’on suive l’exemple des dévots d’autrefois quant au service et au culte rendus à Bhagavān avec les accessoires prescrits. Ou bien, par le « cœur du mantra », qu’on L’adore intérieurement, en récitant le mantra au Seigneur qui est la forme même du mantra et n’en est pas différent.

Verse 59

एवं कायेन मनसा वचसा च मनोगतम् । परिचर्यमाणो भगवान् भक्तिमत्परिचर्यया ॥ ५९ ॥ पुंसाममायिनां सम्यग्भजतां भाववर्धन: । श्रेयो दिशत्यभिमतं यद्धर्मादिषु देहिनाम् ॥ ६० ॥

Celui qui sert le Seigneur avec le corps, l’esprit et la parole, selon les voies prescrites de la bhakti et avec sincérité, reçoit du Bhagavān le fruit selon son désir.

Verse 60

एवं कायेन मनसा वचसा च मनोगतम् । परिचर्यमाणो भगवान् भक्तिमत्परिचर्यया ॥ ५९ ॥ पुंसाममायिनां सम्यग्भजतां भाववर्धन: । श्रेयो दिशत्यभिमतं यद्धर्मादिषु देहिनाम् ॥ ६० ॥

À ceux qui, sans duplicité, L’adorent comme il se doit, le Bhagavān, qui fait croître l’élan dévotionnel, accorde aux êtres incarnés dharma, artha, kāma ou mokṣa, selon leur souhait, comme un bien véritable.

Verse 61

विरक्तश्चेन्द्रियरतौ भक्तियोगेन भूयसा । तं निरन्तरभावेन भजेताद्धा विमुक्तये ॥ ६१ ॥

Si l’on est vraiment résolu à la libération, il faut se tenir à l’écart des plaisirs des sens et, par un bhakti-yoga puissant, adorer le Seigneur avec foi et un élan ininterrompu, pour obtenir l’affranchissement.

Verse 62

इत्युक्तस्तं परिक्रम्य प्रणम्य च नृपार्भक: । ययौ मधुवनं पुण्यं हरेश्चरणचर्चितम् ॥ ६२ ॥

Ainsi instruit par le sage Nārada, le prince Dhruva fit la circumambulation de son maître, se prosterna avec respect, puis partit vers le saint Madhuvana, sanctifié par les empreintes de lotus de Hari.

Verse 63

तपोवनं गते तस्मिन्प्रविष्टोऽन्त:पुरं मुनि: । अर्हितार्हणको राज्ञा सुखासीन उवाच तम् ॥ ६३ ॥

Après que Dhruva fut entré dans la forêt d’austérités, le sage Nārada se rendit dans l’enceinte intérieure du palais. Le roi l’accueillit comme il se doit et se prosterna; puis, assis à l’aise, Nārada se mit à lui parler.

Verse 64

नारद उवाच राजन् किं ध्यायसे दीर्घं मुखेन परिशुष्यता । किं वा न रिष्यते कामो धर्मो वार्थेन संयुत: ॥ ६४ ॥

Nārada dit : Ô roi, pourquoi demeures-tu si longtemps plongé dans la pensée ? Ton visage paraît se flétrir et se dessécher. Un obstacle s’est-il dressé sur ta voie de dharma, d’artha et de kāma, ou bien le dharma ou le kāma liés à l’artha déclinent-ils ?

Verse 65

राजोवाच सुतो मे बालको ब्रह्मन् स्त्रैणेनाकरुणात्मना । निर्वासित: पञ्चवर्ष: सह मात्रा महान्कवि: ॥ ६५ ॥

Le roi répondit : Ô meilleur des brāhmaṇas, par attachement à mon épouse je suis tombé bien bas et mon cœur s’est fait sans compassion. J’ai banni mon fils de cinq ans avec sa mère, alors qu’il est une grande âme et un grand dévot.

Verse 66

अप्यनाथं वने ब्रह्मन्मा स्मादन्त्यर्भकं वृका: । श्रान्तं शयानं क्षुधितं परिम्‍लानमुखाम्बुजम् ॥ ६६ ॥

Ô brāhmaṇa, le visage de mon fils était tel un lotus. Je songe à sa condition périlleuse : sans protection dans la forêt, peut-être affamé et épuisé, couché quelque part ; que les loups ne l’attaquent pas pour le dévorer, lui dont le visage-lotus se fane.

Verse 67

अहो मे बत दौरात्म्यं स्त्रीजितस्योपधारय । योऽङ्कं प्रेम्णारुरुक्षन्तं नाभ्यनन्दमसत्तम: ॥ ६७ ॥

Hélas ! Considère ma cruauté, moi que mon épouse a vaincu. Par amour, l’enfant cherchait à monter sur mes genoux, mais moi, le plus vil, je ne l’ai pas accueilli, je ne l’ai même pas caressé un instant. Que mon cœur est dur !

Verse 68

नारद उवाच मा मा शुच: स्वतनयं देवगुप्तं विशाम्पते । तत्प्रभावमविज्ञाय प्रावृङ्क्ते यद्यशो जगत् ॥ ६८ ॥

Nārada répondit : Ô roi, ne t’afflige pas pour ton fils. Il est protégé par le Seigneur Suprême. Même si tu ignores sa puissance, sa renommée s’est déjà répandue dans le monde entier.

Verse 69

सुदुष्करं कर्म कृत्वा लोकपालैरपि प्रभु: । ऐष्यत्यचिरतो राजन् यशो विपुलयंस्तव ॥ ६९ ॥

Ô roi, ton fils est d’une grande compétence. Il accomplira des actes difficiles, même pour les gardiens du monde. Bientôt il achèvera sa mission et reviendra au foyer, et il répandra ta renommée sur toute la terre.

Verse 70

मैत्रेय उवाच इति देवर्षिणा प्रोक्तं विश्रुत्य जगतीपति: । राजलक्ष्मीमनाद‍ृत्य पुत्रमेवान्वचिन्तयत् ॥ ७० ॥

Maitreya dit : Ayant entendu les paroles du devarṣi Nārada, le roi Uttānapāda, seigneur de la terre, délaissa l’opulence de son royaume et ne songea plus qu’à son fils Dhruva.

Verse 71

तत्राभिषिक्त: प्रयतस्तामुपोष्य विभावरीम् । समाहित: पर्यचरद‍ृष्यादेशेन पूरुषम् ॥ ७१ ॥

Là, à Madhuvana, Dhruva Mahārāja se baigna et, purifié, observa le jeûne durant la nuit avec grand soin. Puis, selon l’instruction du sage Nārada, l’esprit concentré, il adora Bhagavān, la Personne Suprême, le Purusha.

Verse 72

त्रिरात्रान्ते त्रिरात्रान्ते कपित्थबदराशन: । आत्मवृत्त्यनुसारेण मासं निन्येऽर्चयन्हरिम् ॥ ७२ ॥

Durant le premier mois, Dhruva Mahārāja ne mangeait que tous les trois jours des fruits tels que le kapittha et le badarī, seulement pour soutenir son corps. Ainsi passa-t-il un mois à adorer Hari.

Verse 73

द्वितीयं च तथा मासं षष्ठे षष्ठेऽर्भको दिने । तृणपर्णादिभि: शीर्णै: कृतान्नोऽभ्यर्चयन्विभुम् ॥ ७३ ॥

Au second mois, le jeune Dhruva ne mangeait que tous les six jours, se nourrissant d’herbes et de feuilles sèches. Ainsi poursuivit-il l’adoration du Seigneur tout-puissant, le Vibhū.

Verse 74

तृतीयं चानयन्मासं नवमे नवमेऽहनि । अब्भक्ष उत्तमश्लोकमुपाधावत्समाधिना ॥ ७४ ॥

Au troisième mois, il ne buvait que de l’eau tous les neuf jours. Ainsi, demeurant en samādhi, il adora le Bhagavān Uttamaśloka, la Personne Suprême louée par des vers choisis.

Verse 75

चतुर्थमपि वै मासं द्वादशे द्वादशेऽहनि । वायुभक्षो जितश्वासो ध्यायन्देवमधारयत् ॥ ७५ ॥

Au quatrième mois, tous les douze jours, il ne se nourrissait que d’air. Maître du souffle, il demeura fermement établi, méditant et adorant le Seigneur Suprême.

Verse 76

पञ्चमे मास्यनुप्राप्ते जितश्वासो नृपात्मज: । ध्यायन् ब्रह्म पदैकेन तस्थौ स्थाणुरिवाचल: ॥ ७६ ॥

Au cinquième mois, Dhruva, fils du roi, maîtrisa parfaitement le souffle. Debout sur une seule jambe, immobile comme un pilier, il concentra son esprit sur le Parabrahman.

Verse 77

सर्वतो मन आकृष्य हृदि भूतेन्द्रियाशयम् । ध्यायन्भगवतो रूपं नाद्राक्षीत्किञ्चनापरम् ॥ ७७ ॥

Rassemblant son mental de toutes parts et le fixant dans le cœur, siège des sens et de leurs objets, il médita la forme du Bhagavān et ne vit rien d’autre que Lui.

Verse 78

आधारं महदादीनां प्रधानपुरुषेश्वरम् । ब्रह्म धारयमाणस्य त्रयो लोकाश्चकम्पिरे ॥ ७८ ॥

Lorsque Dhruva Mahārāja retint dans sa contemplation le Seigneur Suprême—refuge du mahat-tattva et de toute la création, Maître de la pradhāna et des êtres—les trois mondes se mirent à trembler.

Verse 79

यदैकपादेन स पार्थिवार्भक स्तस्थौ तदङ्गुष्ठनिपीडिता मही । ननाम तत्रार्धमिभेन्द्रधिष्ठिता तरीव सव्येतरत: पदे पदे ॥ ७९ ॥

Lorsque Dhruva Mahārāja, fils du roi, demeura immobile sur une seule jambe, la pression de son gros orteil fit ployer la terre à moitié; tel un éléphant sur une barque qui la fait tanguer à gauche et à droite à chaque pas.

Verse 80

तस्मिन्नभिध्यायति विश्वमात्मनो द्वारं निरुध्यासुमनन्यया धिया । लोका निरुच्छ्‌वासनिपीडिता भृशं सलोकपाला: शरणं ययुर्हरिम् ॥ ८० ॥

Lorsque Dhruva Mahārāja, d’un esprit sans partage, méditait sur Viṣṇu, l’Âme de l’univers, et ferma toutes les ouvertures de son corps, la respiration du cosmos fut comme étouffée; les demi-dieux, avec les gardiens des mondes, suffoquèrent et prirent refuge en Hari, la Suprême Personne divine.

Verse 81

देवा ऊचु: नैवं विदामो भगवन् प्राणरोधं चराचरस्याखिलसत्त्वधाम्न: । विधेहि तन्नो वृजिनाद्विमोक्षं प्राप्ता वयं त्वां शरणं शरण्यम् ॥ ८१ ॥

Les demi-dieux dirent : Ô Seigneur, Tu es le refuge de tous les êtres, mobiles et immobiles. Nous sentons que le souffle de toutes les créatures est comme étranglé; jamais nous n’avons connu pareille chose. Puisque Tu es l’ultime abri des âmes abandonnées, nous venons à Toi : délivre-nous de ce péril, nous T’en prions.

Verse 82

श्रीभगवानुवाच मा भैष्ट बालं तपसो दुरत्यया- न्निवर्तयिष्ये प्रतियात स्वधाम । यतो हि व: प्राणनिरोध आसी- दौत्तानपादिर्मयि सङ्गतात्मा ॥ ८२ ॥

La Suprême Personne divine répondit : Demi-dieux, ne soyez pas troublés. Cette entrave au souffle universel vient de l’austérité sévère et de la ferme détermination du fils du roi Uttānapāda, désormais entièrement absorbé en Moi. Retournez en sécurité dans vos demeures; Je mettrai fin aux pénitences ardues de cet enfant.

Frequently Asked Questions

Suruci’s statement is driven by pride and envy, using birth as a weapon to deny Dhruva legitimacy. In Purāṇic ethics, such speech exemplifies durukti (harsh speech) and the social misuse of status. The narrative contrasts this with Sunīti’s higher remedy: rather than fighting for validation within a corrupt social equation, Dhruva should approach Nārāyaṇa, who alone can grant true qualification and an enduring position beyond ordinary worldly hierarchy.

Sunīti acknowledges the painful reality of Dhruva’s situation yet forbids retaliation, teaching that harming others rebounds upon oneself. She then offers a bhakti-centered solution: worship the Supreme Lord’s lotus feet, the same refuge by which Brahmā and Manu attained their powers and success. This aligns with the Bhāgavatam’s method of converting duḥkha into sādhana—distress becomes fuel for surrender rather than a cause for further adharma.

Nārada’s initial discouragement tests Dhruva’s resolve and purifies motive by exposing the difficulty of God-realization and the need for inner steadiness. When Dhruva reveals unwavering determination—though mixed with ambition—Nārada channels that intensity into authorized bhakti-yoga rather than leaving it to devolve into revenge or mere political obsession. This demonstrates the guru’s role: not merely to negate desire, but to redirect it toward the Lord in a regulated, transformative way.

The dvādaśākṣarī mantra is presented as a direct worship-form of Vāsudeva, suitable for Deity worship and internal meditation. In Bhāgavata theology, nāma/mantra is non-different from the Lord when received and practiced properly. Here it functions as Dhruva’s central sādhana, integrating ritual offering, remembrance of the Lord’s form, and disciplined repetition—leading to rapid purification and concentrated devotion.

Dhruva’s one-pointed concentration and breath-control are depicted as so powerful that they disrupt the universal ‘breathing’—a poetic way of showing how individual tapas can influence cosmic balance. The devas, responsible for cosmic administration, feel suffocated and seek the ultimate refuge, Viṣṇu, because only the Supreme Lord can harmonize competing forces: the devotee’s intense vow and the universe’s functional stability. The Lord’s reply affirms both: Dhruva’s devotion is real, and divine intervention will restore equilibrium.