
Brahmā Counsels the Demigods; Journey to Kailāsa; Śiva’s Tranquility and Brahmā’s Praise
À la suite du yajña ruiné de Dakṣa, les prêtres blessés, les membres de l’assemblée et les devas—vaincus par les gaṇas de Śiva—se rendent, saisis de crainte, auprès de Brahmā et lui rapportent les faits. Brahmā, qui avec Viṣṇu en avait prévu l’issue et n’avait donc pas assisté au rite, en révèle la cause profonde : blasphémer une grande personnalité rend le sacrifice sans joie et sans fruit. Il les exhorte à renoncer à toute réserve, à se réfugier aux pieds de Śiva et à demander pardon, rappelant la puissance incommensurable de Śiva et sa peine intime après la perte de Satī et les paroles dures de Dakṣa. Brahmā les conduit au Kailāsa, dont l’opulence et la sainteté sont décrites par ses forêts, ses rivières, ses oiseaux et ses délices célestes, jusqu’à la vision de Śiva assis, paisible en recueillement yogique sous un vaste banian, entouré de sages libérés. Śiva se lève pour honorer Brahmā, et Brahmā entame une louange théologique de Śiva comme maître du cosmos et instituteur du sacrifice, préparant la réconciliation, la restauration des membres et de la vie, et l’achèvement du yajña interrompu dans la suite du récit.
Verse 1
मैत्रेय उवाच अथ देवगणा: सर्वे रुद्रानीकै: पराजिता: । शूलपट्टिशनिस्त्रिंशगदापरिघमुद्गरै: ॥ १ ॥ सञ्छिन्नभिन्नसर्वाङ्गा: सर्त्विक्सभ्या भयाकुला: । स्वयम्भुवे नमस्कृत्य कार्त्स्न्येनैतन्न्यवेदयन् ॥ २ ॥
Maitreya dit : Tous les prêtres et autres membres de l'assemblée sacrificielle ainsi que tous les demi-dieux, ayant été vaincus par les soldats du Seigneur Śiva et blessés par des armes telles que des tridents et des épées, s'approchèrent du Seigneur Brahmā avec une grande peur. Après lui avoir offert leurs hommages, ils commencèrent à raconter en détail tous les événements qui s'étaient produits.
Verse 2
मैत्रेय उवाच अथ देवगणा: सर्वे रुद्रानीकै: पराजिता: । शूलपट्टिशनिस्त्रिंशगदापरिघमुद्गरै: ॥ १ ॥ सञ्छिन्नभिन्नसर्वाङ्गा: सर्त्विक्सभ्या भयाकुला: । स्वयम्भुवे नमस्कृत्य कार्त्स्न्येनैतन्न्यवेदयन् ॥ २ ॥
Maitreya dit : Tous les prêtres et autres membres de l'assemblée sacrificielle ainsi que tous les demi-dieux, ayant été vaincus par les soldats du Seigneur Śiva et blessés par des armes telles que des tridents et des épées, s'approchèrent du Seigneur Brahmā avec une grande peur. Après lui avoir offert leurs hommages, ils commencèrent à raconter en détail tous les événements qui s'étaient produits.
Verse 3
उपलभ्य पुरैवैतद्भगवानब्जसम्भव: । नारायणश्च विश्वात्मा न कस्याध्वरमीयतु: ॥ ३ ॥
Brahmā, né du lotus, et Nārāyaṇa, l’Âme de l’univers, savaient déjà que de tels événements surviendraient dans l’enceinte du sacrifice de Dakṣa ; l’ayant su d’avance, ils ne s’y rendirent pas.
Verse 4
तदाकर्ण्य विभु: प्राह तेजीयसि कृतागसि । क्षेमाय तत्र सा भूयान्न प्रायेण बुभूषताम् ॥ ४ ॥
Après avoir tout entendu, le Seigneur Brahmā déclara : «Si vous blasphémez une grande personne, toute de puissance, et offensez ses pieds de lotus, nul bonheur ni bien-être ne peut naître d’un sacrifice.»
Verse 5
अथापि यूयं कृतकिल्बिषा भवं ये बर्हिषो भागभाजं परादु: । प्रसादयध्वं परिशुद्धचेतसा क्षिप्रप्रसादं प्रगृहीताङ्घ्रि:पद्मम् ॥ ५ ॥
Vous avez écarté le Seigneur Śiva de la part des fruits du sacrifice ; vous voilà donc offenseurs envers ses pieds de lotus. Pourtant, d’un cœur pur, allez vous rendre à lui et vous prosterner à ses pieds de lotus : il accorde vite sa grâce.
Verse 6
आशासाना जीवितमध्वरस्य लोक: सपाल: कुपिते न यस्मिन् । तमाशु देवं प्रियया विहीनं क्षमापयध्वं हृदि विद्धं दुरुक्तै: ॥ ६ ॥
Même les mondes avec leurs gouverneurs, qui espèrent que le sacrifice demeure vivant, peuvent être anéantis à l’instant s’il se met en colère. Hâtez-vous donc d’implorer le pardon du dieu Śiva, privé de son épouse bien-aimée et le cœur transpercé par les paroles cruelles de Dakṣa.
Verse 7
नाहं न यज्ञो न च यूयमन्ये ये देहभाजो मुनयश्च तत्त्वम् । विदु: प्रमाणं बलवीर्ययोर्वा यस्यात्मतन्त्रस्य क उपायं विधित्सेत् ॥ ७ ॥
Brahmā dit : «Ni moi, ni ce sacrifice, ni vous autres devas, ni même les sages incarnés ne connaissons la mesure de la force et de la vaillance du Seigneur Śiva, souverain de lui-même. Dans ces conditions, qui oserait offenser ses pieds de lotus ?»
Verse 8
स इत्थमादिश्य सुरानजस्तु तै: समन्वित: पितृभि: सप्रजेशै: । ययौ स्वधिष्ण्यान्निलयं पुरद्विष: कैलासमद्रिप्रवरं प्रियं प्रभो: ॥ ८ ॥
Après avoir ainsi instruit les demi-dieux, les Pitās et les seigneurs des êtres, Aja (Brahmā) les emmena et se rendit à la demeure du Seigneur Śiva, le mont Kailāsa tant aimé.
Verse 9
जन्मौषधितपोमन्त्रयोगसिद्धैर्नरेतरै: । जुष्टं किन्नरगन्धर्वैरप्सरोभिर्वृतं सदा ॥ ९ ॥
La demeure de Kailāsa est remplie d’êtres de nature divine, parfaits dès la naissance; on y trouve des herbes sacrées, l’austérité, les hymnes védiques et la pratique du yoga mystique. Des Kinnaras et des Gandharvas y résident, toujours entourés de belles Apsarās.
Verse 10
नानामणिमयै: शृङ्गैर्नानाधातुविचित्रितै: । नानाद्रुमलतागुल्मैर्नानामृगगणावृतै: ॥ १० ॥
Kailāsa est parsemé de sommets faits de gemmes et ornés de multiples minerais; il est entouré d’arbres, de lianes et d’arbustes variés, et couvert de troupeaux de cerfs et d’autres bêtes diverses.
Verse 11
नानामलप्रस्रवणैर्नानाकन्दरसानुभि: । रमणं विहरन्तीनां रमणै: सिद्धयोषिताम् ॥ ११ ॥
On y trouve de nombreuses cascades limpides et, dans les montagnes, quantité de belles grottes; dans ces grottes, les ravissantes épouses des siddhas se divertissent avec leurs bien-aimés.
Verse 12
मयूरकेकाभिरुतं मदान्धालिविमूर्च्छितम् । प्लावितै रक्तकण्ठानां कूजितैश्च पतत्त्रिणाम् ॥ १२ ॥
Sur Kailāsa résonne sans cesse le chant cadencé des paons, mêlé au bourdonnement des abeilles enivrées. Les coucous chantent, et le murmure des autres oiseaux emplit la montagne.
Verse 13
आह्वयन्तमिवोद्धस्तैर्द्विजान् कामदुघैर्द्रुमै: । व्रजन्तमिव मातङ्गैर्गृणन्तमिव निर्झरै: ॥ १३ ॥
Les grands arbres aux branches droites, tels des arbres exauçant les vœux, semblent appeler les oiseaux au chant suave; quand passent les troupeaux d’éléphants, on dirait que le mont Kailāsa se met en marche avec eux; et dans le fracas des cascades, c’est comme si Kailāsa lui-même chantait.
Verse 14
मन्दारै: पारिजातैश्च सरलैश्चोपशोभितम् । तमालै: शालतालैश्च कोविदारासनार्जुनै: ॥ १४ ॥ चूतै: कदम्बैर्नीपैश्च नागपुन्नागचम्पकै: । पाटलाशोकबकुलै: कुन्दै: कुरबकैरपि ॥ १५ ॥
Le mont Kailāsa est orné de maints arbres—mandāra, pārijāta, sarala, tamāla, śāla, tāla, kovidāra, āsana, arjuna et autres—et, par leurs fleurs parfumées, toute la montagne rayonne d’une beauté sacrée.
Verse 15
मन्दारै: पारिजातैश्च सरलैश्चोपशोभितम् । तमालै: शालतालैश्च कोविदारासनार्जुनै: ॥ १४ ॥ चूतै: कदम्बैर्नीपैश्च नागपुन्नागचम्पकै: । पाटलाशोकबकुलै: कुन्दै: कुरबकैरपि ॥ १५ ॥
Kailāsa est paré de toutes parts d’arbres tels que le cūta (manguier), kadamba, nīpa, nāga, punnāga, campaka, pāṭalā, aśoka, bakula, kunda et kurabaka; leurs fleurs parfumées accroissent la splendeur du mont.
Verse 16
स्वर्णार्णशतपत्रैश्च वररेणुकजातिभि: । कुब्जकैर्मल्लिकाभिश्च माधवीभिश्च मण्डितम् ॥ १६ ॥
Kailāsa est aussi paré d’autres plantes : le lotus d’or (śatapatra), varareṇukā, jāti, kubjaka, mallikā et mādhavī, qui rehaussent sa beauté sacrée.
Verse 17
पनसोदुम्बराश्वत्थप्लक्षन्यग्रोधहिङ्गुभि: । भूर्जैरोषधिभि: पूगै राजपूगैश्च जम्बुभि: ॥ १७ ॥
Le mont Kailāsa est aussi embelli par le panasa (jacquier), l’udumbara, l’aśvattha, le plakṣa, le nyagrodha, des arbres donnant le hiṅgu, l’écorce de bhūrja, des plantes médicinales, les palmiers à noix d’arec (pūga), le rājapūga, le jambū (jamun) et d’autres arbres semblables.
Verse 18
खर्जूराम्रातकाम्राद्यै: प्रियालमधुकेङ्गुदै: । द्रुमजातिभिरन्यैश्च राजितं वेणुकीचकै: ॥ १८ ॥
Là se dressent des dattiers, des manguiers, des ātakāmra et d’autres arbres, ainsi que le priyāla, le madhuka et l’iṅguda; de fins bambous, le kīcaka et diverses espèces de roseaux ornent le domaine du mont Kailāsa.
Verse 19
कुमुदोत्पलकह्लारशतपत्रवनर्द्धिभि: । नलिनीषु कलं कूजत्खगवृन्दोपशोभितम् ॥ १९ ॥ मृगै: शाखामृगै: क्रोडैर्मृगेन्द्रैर्ऋ क्षशल्यकै: । गवयै: शरभैर्व्याघ्रै रुरुभिर्महिषादिभि: ॥ २० ॥
Là foisonnent les lotus—kumuda, utpala, kahlāra et śatapatra. Dans les nalinī, des volées d’oiseaux au chant doux et discret embellissent les petits étangs, tel un jardin sacré.
Verse 20
कुमुदोत्पलकह्लारशतपत्रवनर्द्धिभि: । नलिनीषु कलं कूजत्खगवृन्दोपशोभितम् ॥ १९ ॥ मृगै: शाखामृगै: क्रोडैर्मृगेन्द्रैर्ऋ क्षशल्यकै: । गवयै: शरभैर्व्याघ्रै रुरुभिर्महिषादिभि: ॥ २० ॥
On y voit des cerfs, des singes des branches, des sangliers, des lions, des ours, des śalyaka, des bœufs sauvages (gavaya), des śarabhā, des tigres, de petits cerfs ruru, des buffles et bien d’autres; tous jouissent paisiblement de la vie.
Verse 21
कर्णान्त्रैकपदाश्वास्यैर्निर्जुष्टं वृकनाभिभि: । कदलीखण्डसंरुद्धनलिनीपुलिनश्रियम् ॥ २१ ॥
Là vivent diverses espèces de cerfs—karṇāntra, ekapada, aśvāsya, vṛka et le cerf à musc (vṛkanābhi). Les rives des nalinī, enserrées par d’épais bosquets de bananiers, rayonnent d’une beauté exquise.
Verse 22
पर्यस्तं नन्दया सत्या: स्नानपुण्यतरोदया । विलोक्य भूतेशगिरिं विबुधा विस्मयं ययु: ॥ २२ ॥
Il est un petit lac nommé Alakanandā, où Satī se baignait jadis; ce lac est tout particulièrement propice et sanctifiant. En contemplant la beauté singulière du mont Kailāsa—la montagne de Bhūteśa (Śiva)—tous les devas furent saisis d’émerveillement devant tant d’opulence.
Verse 23
ददृशुस्तत्र ते रम्यामलकां नाम वै पुरीम् । वनं सौगन्धिकं चापि यत्र तन्नाम पङ्कजम् ॥ २३ ॥
Là, les demi-dieux virent la cité merveilleusement belle nommée Alakā. Ils virent aussi la forêt dite Saugandhika, ainsi appelée à cause de l’abondance de lotus qui la remplissent de parfum.
Verse 24
नन्दा चालकनन्दा च सरितौ बाह्यत: पुर: । तीर्थपादपदाम्भोजरजसातीव पावने ॥ २४ ॥
Ils virent aussi les deux rivières nommées Nandā et Alakanandā, coulant à l’extérieur de la cité. Elles sont hautement purifiantes, sanctifiées par la poussière des pieds de lotus de Śrī Govinda, le Seigneur Suprême.
Verse 25
ययो: सुरस्त्रिय: क्षत्तरवरुह्य स्वधिष्ण्यत: । क्रीडन्ति पुंस: सिञ्चन्त्यो विगाह्य रतिकर्शिता: ॥ २५ ॥
Ô cher Kṣattā Vidura, les nymphes célestes descendent vers ces rivières depuis leurs demeures, en vimānas avec leurs époux. Après les plaisirs de l’amour, elles entrent dans l’eau, s’y ébattent et aspergent leurs maris.
Verse 26
ययोस्तत्स्नानविभ्रष्टनवकुङ्कुमपिञ्जरम् । वितृषोऽपि पिबन्त्यम्भ: पाययन्तो गजा गजी: ॥ २६ ॥
Après le bain des nymphes célestes, l’eau devient jaunâtre et parfumée, imprégnée du kuṅkuma frais de leurs corps. Ainsi les éléphants, avec leurs femelles, s’y baignent et, même sans soif, en boivent l’eau.
Verse 27
तारहेममहारत्नविमानशतसङ्कुलाम् । जुष्टां पुण्यजनस्त्रीभिर्यथा खं सतडिद्घनम् ॥ २७ ॥
La cité était remplie de centaines de vimānas ornés de perles, d’or et de joyaux précieux. Embellie par les dames célestes, elle resplendissait tel le ciel couvert de nuages, paré d’éclairs intermittents.
Verse 28
हित्वा यक्षेश्वरपुरीं वनं सौगन्धिकं च तत् । द्रुमै: कामदुघैर्हृद्यं चित्रमाल्यफलच्छदै: ॥ २८ ॥
Ayant quitté la cité de Yakṣeśvara, les devas survolèrent la forêt nommée Saugandhika. Elle était charmante, ornée d’arbres exauçant les désirs, de fleurs et de fruits aux mille couleurs.
Verse 29
रक्तकण्ठखगानीकस्वरमण्डितषट्पदम् । कलहंसकुलप्रेष्ठं खरदण्डजलाशयम् ॥ २९ ॥
Dans cette forêt céleste, le chant suave d’oiseaux au cou rouge se mêlait au bourdonnement des abeilles. Les lacs étaient ornés de troupes de cygnes criards et de lotus aux tiges robustes.
Verse 30
वनकुञ्जरसङ्घृष्टहरिचन्दनवायुना । अधि पुण्यजनस्त्रीणां मुहुरुन्मथयन्मन: ॥ ३० ॥
Le vent chargé du parfum du santal agita les troupeaux d’éléphants de la forêt. Ce même souffle troubla maintes fois l’esprit des jeunes femmes puṇyajana qui s’y trouvaient.
Verse 31
वैदूर्यकृतसोपाना वाप्य उत्पलमालिनी: । प्राप्तं किम्पुरुषैर्दृष्ट्वा त आराद्ददृशुर्वटम् ॥ ३१ ॥
Ils virent que les ghāṭas de bain et leurs marches étaient faits de vaidūrya-maṇi, et que l’eau était couverte de lotus bleus. En longeant ces lacs, ils aperçurent tout près un grand banian.
Verse 32
स योजनशतोत्सेध: पादोनविटपायत: । पर्यक्कृताचलच्छायो निर्नीडस्तापवर्जित: ॥ ३२ ॥
Ce banian s’élevait à huit cents yojanas, et ses branches s’étendaient sur six cents yojanas. Son ombre, stable comme celle d’une montagne, rafraîchissait sans cesse; pourtant, nul nid d’oiseau, nul chant n’y résonnait.
Verse 33
तस्मिन्महायोगमये मुमुक्षुशरणे सुरा: । ददृशु: शिवमासीनं त्यक्तामर्षमिवान्तकम् ॥ ३३ ॥
Les demi-dieux virent le Seigneur Śiva assis sous cet arbre de grand yoga, refuge des âmes en quête de délivrance et dispensateur de perfection aux yogīs. Grave comme le Temps éternel, il semblait avoir renoncé à toute colère.
Verse 34
सनन्दनाद्यैर्महासिद्धै: शान्तै: संशान्तविग्रहम् । उपास्यमानं सख्या च भर्त्रा गुह्यकरक्षसाम् ॥ ३४ ॥
Ils virent Śiva entouré et honoré par de grands siddhas paisibles tels Sanandana, ainsi que par des amis comme Kuvera, maître des Guhyakas et des rākṣasas. L’aspect de Śiva était entièrement serein et saint.
Verse 35
विद्यातपोयोगपथमास्थितं तमधीश्वरम् । चरन्तं विश्वसुहृदं वात्सल्याल्लोकमङ्गलम् ॥ ३५ ॥
Les demi-dieux virent Śiva parfaitement établi sur la voie de la connaissance, de l’austérité, de l’action et du yoga menant à la perfection, en maître des sens. Ami du monde entier, il était hautement auspicious par son affection pour tous.
Verse 36
लिङ्गं च तापसाभीष्टं भस्मदण्डजटाजिनम् । अङ्गेन सन्ध्याभ्ररुचा चन्द्रलेखां च बिभ्रतम् ॥ ३६ ॥
Il portait les insignes chers aux ascètes : le signe du liṅga, la cendre sacrée, le bâton, les mèches jaṭā et la peau de daim. Enduit de cendre, son corps luisait comme un nuage du soir, et dans sa chevelure resplendissait la marque du croissant de lune.
Verse 37
उपविष्टं दर्भमय्यां बृस्यां ब्रह्म सनातनम् । नारदाय प्रवोचन्तं पृच्छते शृण्वतां सताम् ॥ ३७ ॥
Assis sur une natte d’herbe darbha, il enseignait le Brahman éternel. Tandis que les saints écoutaient, il exposait la Vérité suprême, répondant tout particulièrement aux questions du sage Nārada.
Verse 38
कृत्वोरौ दक्षिणे सव्यं पादपद्मं च जानुनि । बाहुं प्रकोष्ठेऽक्षमालाम् आसीनं तर्कमुद्रया ॥ ३८ ॥
Il posa le lotus de son pied gauche sur la cuisse droite et plaça la main gauche sur la cuisse gauche : cette posture est appelée vīrāsana. Dans sa main droite, il tenait un chapelet de rudrākṣa, les doigts en tarka-mudrā.
Verse 39
तं ब्रह्मनिर्वाणसमाधिमाश्रितं व्युपाश्रितं गिरिशं योगकक्षाम् । सलोकपाला मुनयो मनूनाम् आद्यं मनुं प्राञ्जलय: प्रणेमु: ॥ ३९ ॥
Tous les sages et les demi-dieux, conduits par Indra, offrirent leurs hommages, les mains jointes, à Girīśa, le Seigneur Śiva. Vêtu d’ocre et absorbé en samādhi, il paraissait le plus éminent des ṛṣis.
Verse 40
स तूपलभ्यागतमात्मयोनिं सुरासुरेशैरभिवन्दिताङ्घ्रि: । उत्थाय चक्रे शिरसाभिवन्दन- मर्हत्तम: कस्य यथैव विष्णु: ॥ ४० ॥
Bien que les pieds de lotus de Śiva fussent adorés par les devas et les asuras, dès qu’il vit Brahmā, l’ātma-yoni, présent parmi eux, il se leva aussitôt, s’inclina et toucha ses pieds de lotus en signe d’hommage, comme Vāmanadeva se prosterna devant Kaśyapa Muni.
Verse 41
तथापरे सिद्धगणा महर्षिभि- र्ये वै समन्तादनु नीललोहितम् । नमस्कृत: प्राह शशाङ्कशेखरं कृतप्रणामं प्रहसन्निवात्मभू: ॥ ४१ ॥
Les siddhas et les grands ṛṣis assis tout autour de Nīlalohita, tels Nārada et d’autres, offrirent eux aussi leurs hommages à Brahmā. Ainsi honoré, Brahmā, l’Ātmabhū, sourit et commença à s’adresser à Śiva, qui s’était déjà incliné.
Verse 42
ब्रह्मोवाच जाने त्वामीशं विश्वस्य जगतो योनिबीजयो: । शक्ते: शिवस्य च परं यत्तद्ब्रह्म निरन्तरम् ॥ ४२ ॥
Brahmā dit : Ô Seigneur Śiva, je sais que tu es le maître de toute la manifestation; tu es à la fois yoni et bīja, mère et père du cosmos; et tu es aussi le Parabrahman éternel, au-delà même de Śakti et de Śiva. Ainsi je te connais.
Verse 43
त्वमेव भगवन्नेतच्छिवशक्त्यो: स्वरूपयो: । विश्वं सृजसि पास्यत्सि क्रीडन्नूर्णपटो यथा ॥ ४३ ॥
Ô Bhagavān, Toi-même, en T’étendant comme les formes de Śiva et de Śakti, Tu crées, maintiens et résorbes cet univers, comme l’araignée tisse sa toile, la garde puis la rembobine.
Verse 44
त्वमेव धर्मार्थदुघाभिपत्तये दक्षेण सूत्रेण ससर्जिथाध्वरम् । त्वयैव लोकेऽवसिताश्च सेतवो यान्ब्राह्मणा: श्रद्दधते धृतव्रता: ॥ ४४ ॥
Ô Seigneur, par l’entremise de Dakṣa Tu as établi le système du yajña, grâce auquel on recueille les fruits du dharma et de l’artha. Sous Tes règles, l’ordre des varṇa et des āśrama est honoré; ainsi les brāhmaṇa, fermes dans leurs vœux, l’observent avec foi.
Verse 45
त्वं कर्मणां मङ्गल मङ्गलानां कर्तु: स्वलोकं तनुषे स्व: परं वा । अमङ्गलानां च तमिस्रमुल्बणं विपर्यय: केन तदेव कस्यचित् ॥ ४५ ॥
Ô Seigneur très auspicious, Tu as fixé pour ceux qui accomplissent des actes bénis les cieux, les mondes suprêmes de Vaikuṇṭha et la sphère du Brahman comme destination. Pour les malfaisants, Tu as destiné des enfers terribles; pourtant il arrive qu’on voie l’inverse—il est difficile d’en discerner la cause.
Verse 46
न वै सतां त्वच्चरणार्पितात्मनां भूतेषु सर्वेष्वभिपश्यतां तव । भूतानि चात्मन्यपृथग्दिदृक्षतां प्रायेण रोषोऽभिभवेद्यथा पशुम् ॥ ४६ ॥
Mon Seigneur, les dévots qui ont offert leur être à Tes pieds de lotus Te voient comme Paramātmā en chaque être et considèrent les créatures comme non séparées du Soi; ainsi la colère ne les submerge pas comme elle submerge les animaux sans discernement.
Verse 47
पृथग्धिय: कर्मदृशो दुराशया: परोदयेनार्पितहृद्रुजोऽनिशम् । परान् दुरुक्तैर्वितुदन्त्यरुन्तुदा- स्तान्मावधीद्दैववधान्भवद्विध: ॥ ४७ ॥
Ceux qui voient tout avec esprit de séparation, s’attachent aux actes intéressés, nourrissent des desseins mesquins, souffrent en voyant autrui prospérer et le blessent par des paroles dures et perçantes, ont déjà été frappés par la Providence. Ainsi, un être élevé comme toi n’a pas à les tuer encore.
Verse 48
यस्मिन्यदा पुष्करनाभमायया दुरन्तया स्पृष्टधिय: पृथग्दृश: । कुर्वन्ति तत्र ह्यनुकम्पया कृपां न साधवो दैवबलात्कृते क्रमम् ॥ ४८ ॥
Ô Seigneur, lorsque des matérialistes, déjà égarés par la māyā insurmontable du Suprême Puskaranābha, commettent parfois des offenses, le saint, par compassion, ne s’en offense pas gravement. Sachant qu’ils agissent sous l’emprise de l’illusion, il ne déploie pas sa puissance pour les contrer.
Verse 49
भवांस्तु पुंस: परमस्य मायया दुरन्तयास्पृष्टमति: समस्तदृक् । तया हतात्मस्वनुकर्मचेत:- स्वनुग्रहं कर्तुमिहार्हसि प्रभो ॥ ४९ ॥
Ô Seigneur, tu n’es jamais troublé par la māyā redoutable de la Personne Suprême; ainsi tu es omniscient et vois tout. Accorde donc ta grâce à ceux que cette même illusion a terrassés et dont l’esprit s’attache aux actes et à leurs fruits, ô Prabhu.
Verse 50
कुर्वध्वरस्योद्धरणं हतस्य भो: त्वयासमाप्तस्य मनो प्रजापते: । न यत्र भागं तव भागिनो ददु: कुयाजिनो येन मखो निनीयते ॥ ५० ॥
Mon cher Seigneur Śiva, tu as ta part dans le sacrifice et tu en accordes le fruit. Les mauvais prêtres ne t’ont pas remis ta portion; c’est pourquoi tu as tout détruit et le yajña est resté inachevé. À présent, fais ce qu’il faut et reçois ta part légitime.
Verse 51
जीवताद्यजमानोऽयं प्रपद्येताक्षिणी भग: । भृगो: श्मश्रूणि रोहन्तु पूष्णो दन्ताश्च पूर्ववत् ॥ ५१ ॥
Seigneur, par ta miséricorde, que l’officiant du sacrifice (Dakṣa) retrouve la vie; que Bhaga recouvre ses yeux; que la moustache de Bhṛgu repousse; et que les dents de Pūṣā redeviennent comme auparavant.
Verse 52
देवानां भग्नगात्राणामृत्विजां चायुधाश्मभि: । भवतानुगृहीतानामाशु मन्योऽस्त्वनातुरम् ॥ ५२ ॥
Ô Seigneur Śiva, que les demi-dieux et les prêtres dont les membres ont été brisés par les armes et les pierres de tes soldats guérissent vite par ta grâce et soient sans souffrance.
Verse 53
एष ते रुद्र भागोऽस्तु यदुच्छिष्टोऽध्वरस्य वै । यज्ञस्ते रुद्रभागेन कल्पतामद्य यज्ञहन् ॥ ५३ ॥
Ô Rudra, destructeur du sacrifice, reçois ta part, le reste sacré de l’offrande. Qu’aujourd’hui, par ta prise de part, le sacrifice s’accomplisse par ta grâce.
The chapter states that Brahmā and Viṣṇu already knew beforehand that the sacrificial arena would become the site of offense and disruption. Their non-attendance underscores that yajña divorced from proper respect for great devotees (and thus from bhakti) is spiritually compromised; participation would not endorse a sacrifice grounded in blasphemy and exclusion.
Brahmā identifies the failure as moral and devotional rather than merely logistical: the assembly blasphemed a mahā-puruṣa (Śiva) and offended his lotus feet, and they also tried to exclude him from the sacrificial share. In Bhāgavata logic, such aparādha nullifies auspiciousness; ritual cannot yield happiness or completion when contempt for the exalted eclipses humility and devotion.
Kailāsa is portrayed as sanctified by Vedic hymns and yogic practice, inhabited by demigod-like residents with mystic powers, along with Kinnaras, Gandharvas, and Apsarās. The implication is that Śiva’s abode is not a realm of mere austerity but a spiritually charged domain where yoga-siddhi, beauty, and sacred sound coexist—supporting Śiva’s role as master of yogīs and benefactor of all beings.
The narrative highlights Śiva’s exemplary humility and adherence to dharma among cosmic administrators. Although supremely worshipable, he models respect for Brahmā’s position in universal governance, demonstrating that true greatness includes humility and proper honor to authority—an implicit corrective to Dakṣa’s pride.
Brahmā uses the spider metaphor to communicate Śiva’s comprehensive agency over manifestation: creation, maintenance, and dissolution occur through his expansions, as a spider projects and withdraws its web. The comparison frames Śiva as deeply involved with cosmic processes while remaining masterful and self-possessed—supporting the chapter’s call that offending such a being is spiritually catastrophic.