
The Fall of Purañjana and the Supersoul as the Eternal Friend (Purañjana-Upākhyāna Culmination)
Poursuivant l'instruction de Nārada, l'allégorie atteint son point critique : la peur et la vieillesse envahissent la cité de Purañjana (le corps). Le serpent gardien (prāṇa) s'affaiblit et la cité brûle. Purañjana meurt attaché à sa femme, renaît en tant que femme (Vaidarbhī) et épouse le dévot Malayadhvaja. Après le départ de ce dernier, un brāhmaṇa (la Surâme) instruit la reine, révélant leur amitié éternelle et expliquant la "cité aux neuf portes", menant de la servitude à la libération.
Verse 1
नारद उवाच सैनिका भयनाम्नो ये बर्हिष्मन् दिष्टकारिण: । प्रज्वारकालकन्याभ्यां विचेरुरवनीमिमाम् ॥ १ ॥
Nārada dit—Ô roi Prācīnabarhiṣat ! Ensuite, le roi des Yavanas, dont le nom même est « Peur », accompagné de Prajvāra, de Kālakanyā et de ses soldats, se mit à parcourir le monde entier.
Verse 2
त एकदा तु रभसा पुरञ्जनपुरीं नृप । रुरुधुर्भौमभोगाढ्यां जरत्पन्नगपालिताम् ॥ २ ॥
Ô roi, un jour ces soldats redoutables assaillirent avec grande violence la cité de Purañjana. Bien qu’elle fût riche en objets de jouissance, elle était gardée par un vieux serpent.
Verse 3
कालकन्यापि बुभुजे पुरञ्जनपुरं बलात् । ययाभिभूत: पुरुष: सद्यो नि:सारतामियात् ॥ ३ ॥
Kālakanyā, aidée de ces soldats redoutables, s’empara de force de la cité de Purañjana; l’homme, vaincu par elle, devint aussitôt sans force et sans utilité.
Verse 4
तयोपभुज्यमानां वै यवना: सर्वतोदिशम् । द्वार्भि: प्रविश्य सुभृशं प्रार्दयन् सकलां पुरीम् ॥ ४ ॥
Lorsque Kālakanyā, fille du Temps, attaqua le corps, les soldats redoutables du roi des Yavanas entrèrent dans la cité par diverses portes et tourmentèrent cruellement tous les habitants.
Verse 5
तस्यां प्रपीड्यमानायामभिमानी पुरञ्जन: । अवापोरुविधांस्तापान् कुटुम्बी ममताकुल: ॥ ५ ॥
Lorsque la cité fut ainsi accablée, Purañjana, plein d’orgueil, homme de famille troublé par l’attachement et le « mien », subit maintes souffrances sous l’assaut du roi Yavana et de Kālakanyā.
Verse 6
कन्योपगूढो नष्टश्री: कृपणो विषयात्मक: । नष्टप्रज्ञो हृतैश्वर्यो गन्धर्वयवनैर्बलात् ॥ ६ ॥
Lorsque le roi Purañjana fut enlacé par Kālakanyā, sa beauté s’éteignit peu à peu. Trop attaché aux plaisirs des sens, son intelligence s’appauvrit, sa splendeur lui fut ravie, et les Gandharvas ainsi que les Yavanas le vainquirent de force.
Verse 7
विशीर्णां स्वपुरीं वीक्ष्य प्रतिकूलाननादृतान् । पुत्रान् पौत्रानुगामात्याञ्जायां च गतसौहृदाम् ॥ ७ ॥
Voyant sa cité disloquée, le roi constata que ses fils, petits-fils, serviteurs et ministres devenaient peu à peu hostiles et irrespectueux. Il remarqua aussi que son épouse se faisait froide et indifférente.
Verse 8
आत्मानं कन्यया ग्रस्तं पञ्चालानरिदूषितान् । दुरन्तचिन्तामापन्नो न लेभे तत्प्रतिक्रियाम् ॥ ८ ॥
Lorsque le roi Purañjana vit que sa famille, ses proches, ses partisans, ses serviteurs et ses secrétaires s’étaient retournés contre lui, il fut saisi d’une angoisse profonde. Mais, entièrement submergé par Kālakanyā, il ne put trouver de contre-mesure.
Verse 9
कामानभिलषन्दीनो यातयामांश्च कन्यया । विगतात्मगतिस्नेह: पुत्रदारांश्च लालयन् ॥ ९ ॥
Sous l’influence de Kālakanyā, les objets de jouissance devinrent fades et flétris. Par la persistance de ses désirs, le roi Purañjana s’appauvrit en tout et ne comprit plus le but de l’existence. Pourtant, il demeurait très attaché à son épouse et à ses enfants, se souciant de les entretenir.
Verse 10
गन्धर्वयवनाक्रान्तां कालकन्योपमर्दिताम् । हातुं प्रचक्रमे राजा तां पुरीमनिकामत: ॥ १० ॥
La cité du roi Purañjana fut envahie par les soldats gandharvas et yavanas, puis broyée par Kālakanyā. Bien que le roi ne voulût pas la quitter, les circonstances l’y contraignirent.
Verse 11
भयनाम्नोऽग्रजो भ्राता प्रज्वार: प्रत्युपस्थित: । ददाह तां पुरीं कृत्स्नां भ्रातु: प्रियचिकीर्षया ॥ ११ ॥
En cet instant, le frère aîné du roi Yavana, connu sous le nom de Prajvāra, se présenta. Pour plaire à son cadet, nommé Bhaya (la Peur), il incendia la cité tout entière.
Verse 12
तस्यां सन्दह्यमानायां सपौर: सपरिच्छद: । कौटुम्बिक: कुटुम्बिन्या उपातप्यत सान्वय: ॥ १२ ॥
Lorsque la cité brûlait, les habitants, les serviteurs et toute la maisonnée—fils, petits-fils, épouses et autres parents—se trouvèrent pris dans les flammes. Le roi Purañjana en fut accablé de chagrin.
Verse 13
यवनोपरुद्धायतनो ग्रस्तायां कालकन्यया । पुर्यां प्रज्वारसंसृष्ट: पुरपालोऽन्वतप्यत ॥ १३ ॥
Le serpent, chef de la garde de la cité, vit que Kālakanyā s’en prenait aux habitants et que sa propre demeure était encerclée par les Yavanas. Voyant son logis brûler sous le feu de Prajvāra, il fut accablé de peine.
Verse 14
न शेके सोऽवितुं तत्र पुरुकृच्छ्रोरुवेपथु: । गन्तुमैच्छत्ततो वृक्षकोटरादिव सानलात् ॥ १४ ॥
Tremblant sous l’épreuve accablante, il ne put protéger qui que ce soit. Comme le serpent qui habite le creux d’un arbre veut s’enfuir lorsque la forêt brûle, ainsi voulut-il quitter la cité à cause de l’ardeur du feu.
Verse 15
शिथिलावयवो यर्हि गन्धर्वैर्हृतपौरुष: । यवनैररिभी राजन्नुपरुद्धो रुरोद ह ॥ १५ ॥
Ô roi, ses membres se relâchèrent, car les Gandharvas lui avaient ravi sa vigueur, et les Yavanas, ses ennemis, l’avaient entravé. Lorsqu’il voulut quitter le corps, on l’en empêcha; déconcerté, il se mit à pleurer à grands cris.
Verse 16
दुहितृ: पुत्रपौत्रांश्च जामिजामातृपार्षदान् । स्वत्वावशिष्टं यत्किञ्चिद् गृहकोशपरिच्छदम् ॥ १६ ॥
Alors le roi Purañjana se mit à penser à ses filles, ses fils, ses petits-fils, ses brus, ses gendres, ses serviteurs et autres proches, ainsi qu’à sa demeure, à ses biens domestiques et au peu de richesse qui lui restait.
Verse 17
अहं ममेति स्वीकृत्य गृहेषु कुमतिर्गृही । दध्यौ प्रमदया दीनो विप्रयोग उपस्थिते ॥ १७ ॥
S’attachant au foyer et adoptant les idées de « moi » et de « mien », le roi Purañjana fut saisi d’un esprit égaré. Trop attiré par son épouse, il était déjà appauvri au-dedans, et lorsque vint la séparation, il fut accablé de chagrin.
Verse 18
लोकान्तरं गतवति मय्यनाथा कुटुम्बिनी । वर्तिष्यते कथं त्वेषा बालकाननुशोचती ॥ १८ ॥
Le roi Purañjana songeait avec angoisse : « Hélas ! Mon épouse est accablée par tant d’enfants ; quand je passerai en un autre monde, elle sera sans protecteur. Lorsque je quitterai ce corps, comment pourra-t-elle faire vivre tous les siens ? Les soucis de l’entretien du foyer la tourmenteront cruellement. »
Verse 19
न मय्यनाशिते भुङ्क्ते नास्नाते स्नाति मत्परा । मयि रुष्टे सुसन्त्रस्ता भर्त्सिते यतवाग्भयात् ॥ १९ ॥
Le roi Purañjana se remémora ses relations passées avec son épouse. Il se rappela qu’elle ne prenait pas son repas avant qu’il eût fini le sien, qu’elle ne se baignait pas avant qu’il eût pris son bain, et qu’elle lui était si attachée que, lorsqu’il se mettait parfois en colère et la réprimandait, elle demeurait silencieuse, par crainte, et supportait sa conduite.
Verse 20
प्रबोधयति माविज्ञं व्युषिते शोककर्शिता । वर्त्मैतद् गृहमेधीयं वीरसूरपि नेष्यति ॥ २० ॥
Le roi Purañjana poursuivit ses pensées : « Quand j’étais dans la confusion, elle me réveillait par de bons conseils ; quand j’étais loin de la maison, elle se consumait de chagrin. Bien qu’elle soit la mère de tant de fils héroïques, je crains qu’elle ne puisse porter la responsabilité des affaires du foyer. »
Verse 21
कथं नु दारका दीना दारकीर्वापरायणा: । वर्तिष्यन्ते मयि गते भिन्ननाव इवोदधौ ॥ २१ ॥
Le roi Purañjana s’inquiéta : «Quand j’aurai quitté ce monde, comment vivront mes fils et mes filles, si dépendants de moi ? Leur sort sera celui de passagers d’un navire brisé au milieu de l’océan.»
Verse 22
एवं कृपणया बुद्ध्या शोचन्तमतदर्हणम् । ग्रहीतुं कृतधीरेनं भयनामाभ्यपद्यत ॥ २२ ॥
Ainsi, par une intelligence avare, il se lamentait de ce qui ne méritait pas de larmes ; pendant ce temps, le roi des Yavanas, dont le nom était la Peur même, s’approcha aussitôt pour l’arrêter.
Verse 23
पशुवद्यवनैरेष नीयमान: स्वकं क्षयम् । अन्वद्रवन्ननुपथा: शोचन्तो भृशमातुरा: ॥ २३ ॥
Quand les Yavanas emmenaient le roi Purañjana vers leur demeure, le liant comme une bête, ses compagnons furent accablés ; tout en se lamentant, ils furent contraints de marcher à sa suite.
Verse 24
पुरीं विहायोपगत उपरुद्धो भुजङ्गम: । यदा तमेवानु पुरी विशीर्णा प्रकृतिं गता ॥ २४ ॥
Le serpent, déjà arrêté par les soldats du roi des Yavanas et sorti de la cité, se mit à suivre son maître avec les autres. Dès qu’ils eurent tous quitté la ville, celle-ci fut aussitôt démantelée et réduite en poussière.
Verse 25
विकृष्यमाण: प्रसभं यवनेन बलीयसा । नाविन्दत्तमसाविष्ट: सखायं सुहृदं पुर: ॥ २५ ॥
Tandis que le puissant Yavana le traînait de force, le roi, plongé dans les ténèbres de l’ignorance, ne put se souvenir de son ami et bienfaiteur qui se tenait devant lui : la Paramātmā, l’Âme Suprême.
Verse 26
तं यज्ञपशवोऽनेन संज्ञप्ता येऽदयालुना । कुठारैश्चिच्छिदु: क्रुद्धा: स्मरन्तोऽमीवमस्य तत् ॥ २६ ॥
Le roi Purañjana, si cruel, avait jadis immolé maints animaux dans divers yajñas. À présent, saisissant l’occasion, ces bêtes du sacrifice, courroucées et se souvenant de leur souffrance, le transpercèrent de leurs cornes, comme si des haches le mettaient en pièces.
Verse 27
अनन्तपारे तमसि मग्नो नष्टस्मृति: समा: । शाश्वतीरनुभूयार्तिं प्रमदासङ्गदूषित: ॥ २७ ॥
Par une fréquentation souillée des femmes, l’être vivant, tel le roi Purañjana, s’enfonce dans une ténèbre sans rivage, perd la mémoire et endure, durant d’innombrables années, les tourments de l’existence matérielle.
Verse 28
तामेव मनसा गृह्णन् बभूव प्रमदोत्तमा । अनन्तरं विदर्भस्य राजसिंहस्य वेश्मनि ॥ २८ ॥
Le roi Purañjana quitta son corps en se souvenant de son épouse; ainsi, dans la vie suivante, il devint une femme d’une grande beauté et bien établie, née comme fille dans la demeure du roi de Vidarbha.
Verse 29
उपयेमे वीर्यपणां वैदर्भीं मलयध्वज: । युधि निर्जित्य राजन्यान् पाण्ड्य: परपुरञ्जय: ॥ २९ ॥
Il fut arrêté que Vaidarbhī, fille du roi de Vidarbha, épouserait un homme très puissant. Malayadhvaja, du pays des Pāṇḍyas, conquérant des cités ennemies, après avoir vaincu d’autres princes au combat, la prit pour épouse.
Verse 30
तस्यां स जनयां चक्र आत्मजामसितेक्षणाम् । यवीयस: सप्त सुतान् सप्त द्रविडभूभृत: ॥ ३० ॥
D’elle, Malayadhvaja engendra une fille aux yeux très noirs. Il eut aussi sept fils cadets, qui devinrent plus tard les souverains du pays appelé Draviḍa; ainsi y eut-il sept rois en cette contrée.
Verse 31
एकैकस्याभवत्तेषां राजन्नर्बुदमर्बुदम् । भोक्ष्यते यद्वंशधरैर्मही मन्वन्तरं परम् ॥ ३१ ॥
Ô roi Prācīnabarhiṣat, chacun des fils de Malayadhvaja engendra des myriades de fils, par milliers et milliers. Leurs descendants protégèrent la terre entière jusqu’au terme de la vie d’un Manu, et même au-delà.
Verse 32
अगस्त्य: प्राग्दुहितरमुपयेमे धृतव्रताम् । यस्यां दृढच्युतो जात इध्मवाहात्मजो मुनि: ॥ ३२ ॥
Le grand sage Agastya épousa Dhṛtavratā, la fille aînée de Malayadhvaja, dévote inébranlable de Śrī Kṛṣṇa. D’elle naquit un fils nommé Dṛḍhacyuta, et de lui naquit Idhmavāha, fils d’un muni.
Verse 33
विभज्य तनयेभ्य: क्ष्मां राजर्षिर्मलयध्वज: । आरिराधयिषु: कृष्णं स जगाम कुलाचलम् ॥ ३३ ॥
Le roi-saint Malayadhvaja partagea tout son royaume entre ses fils. Puis, désireux d’adorer Śrī Kṛṣṇa avec une attention totale, il se rendit en un lieu retiré nommé Kulācala.
Verse 34
हित्वा गृहान् सुतान् भोगान् वैदर्भी मदिरेक्षणा । अन्वधावत पाण्ड्येशं ज्योत्स्नेव रजनीकरम् ॥ ३४ ॥
Délaissant maison, enfants et jouissances, la Vidarbhī aux yeux enivrants suivit le roi Pāṇḍya, comme la clarté lunaire suit la lune dans la nuit.
Verse 35
तत्र चन्द्रवसा नाम ताम्रपर्णी वटोदका । तत्पुण्यसलिलैर्नित्यमुभयत्रात्मनो मृजन् ॥ ३५ ॥ कन्दाष्टिभिर्मूलफलै: पुष्पपर्णैस्तृणोदकै: । वर्तमान: शनैर्गात्रकर्शनं तप आस्थित: ॥ ३६ ॥
Dans la contrée de Kulācala coulaient des rivières nommées Candravasā, Tāmraparṇī et Vaṭodakā. Le roi Malayadhvaja s’y baignait régulièrement, se purifiant au-dehors comme au-dedans. Il se nourrissait de bulbes, graines, racines et fruits, fleurs et feuilles, herbes et eau, et pratiqua ainsi de rudes austérités jusqu’à devenir très amaigri.
Verse 36
तत्र चन्द्रवसा नाम ताम्रपर्णी वटोदका । तत्पुण्यसलिलैर्नित्यमुभयत्रात्मनो मृजन् ॥ ३५ ॥ कन्दाष्टिभिर्मूलफलै: पुष्पपर्णैस्तृणोदकै: । वर्तमान: शनैर्गात्रकर्शनं तप आस्थित: ॥ ३६ ॥
Dans la contrée de Kulācala coulaient des rivières sacrées nommées Candravasā, Tāmraparṇī et Vaṭodakā. Le roi Malayadhvaja s’y rendait régulièrement pour s’y baigner, se purifiant au-dehors comme au-dedans. Il se nourrissait de bulbes, graines, feuilles, fleurs, racines, fruits et herbes, ne buvant que de l’eau; ainsi il pratiqua une austérité rigoureuse jusqu’à devenir très maigre.
Verse 37
शीतोष्णवातवर्षाणि क्षुत्पिपासे प्रियाप्रिये । सुखदु:खे इति द्वन्द्वान्यजयत्समदर्शन: ॥ ३७ ॥
Par l’austérité, le roi Malayadhvaja devint peu à peu égal devant les dualités : froid et chaleur, vent et pluie, faim et soif, agréable et désagréable, bonheur et peine. Ainsi il vainquit toutes les relativités.
Verse 38
तपसा विद्यया पक्वकषायो नियमैर्यमै: । युयुजे ब्रह्मण्यात्मानं विजिताक्षानिलाशय: ॥ ३८ ॥
Par l’austérité, la connaissance et l’observance des yama et niyama, les impuretés du roi Malayadhvaja mûrirent puis s’éteignirent. Ayant maîtrisé ses sens, son prāṇa et sa conscience, il fixa tout son être sur le Brahman suprême, Śrī Kṛṣṇa.
Verse 39
आस्ते स्थाणुरिवैकत्र दिव्यं वर्षशतं स्थिर: । वासुदेवे भगवति नान्यद्वेदोद्वहन् रतिम् ॥ ३९ ॥
Ainsi demeura-t-il en un seul lieu, immobile comme un pilier, durant cent ans selon le calcul des devas. Après ce temps, naquit en lui une attraction de bhakti pure pour Bhagavān Vāsudeva, Śrī Kṛṣṇa, et il resta fermement établi en cet état.
Verse 40
स व्यापकतयात्मानं व्यतिरिक्ततयात्मनि । विद्वान् स्वप्न इवामर्शसाक्षिणं विरराम ह ॥ ४० ॥
Le roi Malayadhvaja parvint à la connaissance parfaite en distinguant le Paramātmā de l’âme individuelle : le Suprême Soi est omniprésent, tandis que le jīvātmā est distinct et localisé dans le corps. Il comprit que le corps matériel n’est pas l’âme, mais que l’âme est le témoin du corps, comme on s’éveille d’un rêve et l’illusion cesse.
Verse 41
साक्षाद्भगवतोक्तेन गुरुणा हरिणा नृप । विशुद्धज्ञानदीपेन स्फुरता विश्वतोमुखम् ॥ ४१ ॥
Ainsi, le roi Malayadhvaja obtint la connaissance parfaite, car, dans sa pureté, il fut instruit directement par la Personnalité Suprême, Hari, en tant que guru. Par cette lampe de savoir transcendantal, il comprit tout sous tous les aspects.
Verse 42
परे ब्रह्मणि चात्मानं परं ब्रह्म तथात्मनि । वीक्षमाणो विहायेक्षामस्मादुपरराम ह ॥ ४२ ॥
Il put ainsi voir que la Suprâme Âme se tenait à ses côtés, et que lui, âme individuelle, se tenait auprès d’Elle. Les voyant ensemble, il abandonna la vision de séparation et cessa les actes d’intérêts distincts.
Verse 43
पतिं परमधर्मज्ञं वैदर्भी मलयध्वजम् । प्रेम्णा पर्यचरद्धित्वा भोगान् सा पतिदेवता ॥ ४३ ॥
La fille du roi Vidarbha accepta son époux, Malayadhvaja, si versé dans le dharma, comme son tout et comme le Suprême. Renonçant aux jouissances, elle le servit avec amour, en suivant pleinement ses principes.
Verse 44
चीरवासा व्रतक्षामा वेणीभूतशिरोरुहा । बभावुप पतिं शान्ता शिखा शान्तमिवानलम् ॥ ४४ ॥
Elle portait de vieux vêtements, amaigrie par ses vœux d’austérité, et, ne coiffant pas ses cheveux, ceux-ci s’emmêlèrent en mèches. Bien qu’elle demeurât près de son époux, elle restait silencieuse et imperturbable, telle la flamme d’un feu sans trouble.
Verse 45
अजानती प्रियतमं यदोपरतमङ्गना । सुस्थिरासनमासाद्य यथापूर्वमुपाचरत् ॥ ४५ ॥
La fille du roi Vidarbha continua, comme auparavant, à servir son bien-aimé époux, assis dans une posture stable, jusqu’à ce qu’elle constate qu’il avait quitté son corps.
Verse 46
यदा नोपलभेताङ्घ्रावूष्माणं पत्युरर्चती । आसीत्संविग्नहृदया यूथभ्रष्टा मृगी यथा ॥ ४६ ॥
Tandis qu’elle servait son époux en lui massant les jambes, elle ne sentit plus la chaleur de ses pieds et comprit qu’il avait quitté son corps. Restée seule, elle fut saisie d’angoisse, telle une biche séparée de son compagnon.
Verse 47
आत्मानं शोचती दीनमबन्धुं विक्लवाश्रुभि: । स्तनावासिच्य विपिने सुस्वरं प्ररुरोद सा ॥ ४७ ॥
Se plaignant de sa misère, sans soutien ni parent, elle versa des larmes incontrôlables qui mouillèrent sa poitrine; puis, dans cette forêt, elle éclata en sanglots à haute voix.
Verse 48
उत्तिष्ठोत्तिष्ठ राजर्षे इमामुदधिमेखलाम् । दस्युभ्य: क्षत्रबन्धुभ्यो बिभ्यतीं पातुमर्हसि ॥ ४८ ॥
Lève-toi, lève-toi, ô roi-sage! Vois ce monde ceint par les eaux, infesté de brigands et de rois de nom seulement. Le monde est dans la crainte; il t’appartient de le protéger.
Verse 49
एवं विलपन्ती बाला विपिनेऽनुगता पतिम् । पतिता पादयोर्भर्तू रुदत्यश्रूण्यवर्तयत् ॥ ४९ ॥
Ainsi, en gémissant, cette épouse docile suivit son mari dans la forêt et tomba aux pieds de son époux défunt. Elle pleura avec pitié, et des larmes roulèrent de ses yeux.
Verse 50
चितिं दारुमयीं चित्वा तस्यां पत्यु: कलेवरम् । आदीप्य चानुमरणे विलपन्ती मनो दधे ॥ ५० ॥
Puis elle dressa un bûcher de bois et y déposa le corps de son époux. Ayant allumé le feu, elle se lamenta cruellement et résolut de périr dans les flammes avec lui.
Verse 51
तत्र पूर्वतर: कश्चित्सखा ब्राह्मण आत्मवान् । सान्त्वयन् वल्गुना साम्ना तामाह रुदतीं प्रभो ॥ ५१ ॥
Ô Roi, un brāhmaṇa maître de lui, ancien ami du roi Purañjana, vint en ce lieu et, par de douces paroles, se mit à apaiser la reine en pleurs.
Verse 52
ब्राह्मण उवाच का त्वं कस्यासि को वायं शयानो यस्य शोचसि । जानासि किं सखायं मां येनाग्रे विचचर्थ ह ॥ ५२ ॥
Le brāhmaṇa demanda : Qui es-tu ? De qui es-tu l’épouse ou la fille ? Qui est cet homme étendu ici, pour le corps duquel tu te lamentes ? Ne me reconnais-tu pas ? Je suis ton ami éternel ; jadis tu m’as consulté bien des fois.
Verse 53
अपि स्मरसि चात्मानमविज्ञातसखं सखे । हित्वा मां पदमन्विच्छन् भौमभोगरतो गत: ॥ ५३ ॥
Le brāhmaṇa poursuivit : Mon ami, même si tu ne me reconnais pas sur-le-champ, ne te souviens-tu pas de l’ami très intime que tu avais jadis ? Hélas, tu as quitté ma compagnie et, épris des jouissances terrestres, tu es devenu le jouisseur de ce monde matériel.
Verse 54
हंसावहं च त्वं चार्य सखायौ मानसायनौ । अभूतामन्तरा वौक: सहस्रपरिवत्सरान् ॥ ५४ ॥
Doux ami, toi et moi sommes comme deux cygnes. Nous demeurons ensemble dans le même lac du cœur, semblable au lac Mānasa ; et pourtant, depuis des milliers d’années, nous restons loin de notre demeure originelle.
Verse 55
स त्वं विहाय मां बन्धो गतो ग्राम्यमतिर्महीम् । विचरन् पदमद्राक्षी: कयाचिन्निर्मितं स्त्रिया ॥ ५५ ॥
Mon ami, tu es bien ce même compagnon ; mais en me quittant, ton intelligence devint mondaine et tu descendis sur la terre. Ne me voyant plus, tu as erré sous bien des formes dans ce monde matériel, édifié par une femme.
Verse 56
पञ्चारामं नवद्वारमेकपालं त्रिकोष्ठकम् । षट्कुलं पञ्चविपणं पञ्चप्रकृति स्त्रीधवम् ॥ ५६ ॥
Dans cette cité —le corps matériel— se trouvent cinq jardins, neuf portes, un gardien unique, trois appartements, six familles, cinq échoppes, cinq éléments matériels et une femme, maîtresse de la demeure.
Verse 57
पञ्चेन्द्रियार्था आरामा द्वार: प्राणा नव प्रभो । तेजोऽबन्नानि कोष्ठानि कुलमिन्द्रियसङ्ग्रह: ॥ ५७ ॥
Mon ami, les cinq jardins sont les cinq objets de jouissance des sens; le gardien est le prāṇa, le souffle vital qui circule par les neuf portes. Les trois appartements sont le feu, l’eau et la terre; les six familles sont l’ensemble du mental et des cinq sens.
Verse 58
विपणस्तु क्रियाशक्तिर्भूतप्रकृतिरव्यया । शक्त्यधीश: पुमांस्त्वत्र प्रविष्टो नावबुध्यते ॥ ५८ ॥
Les cinq échoppes sont les cinq organes d’action; ils accomplissent leurs échanges par la force conjointe des cinq éléments, éternels. Derrière toute cette activité se tient l’âme, personne et véritable jouisseur; mais, cachée dans la cité du corps, elle demeure privée de connaissance.
Verse 59
तस्मिंस्त्वं रामया स्पृष्टो रममाणोऽश्रुतस्मृति: । तत्सङ्गादीदृशीं प्राप्तो दशां पापीयसीं प्रभो ॥ ५९ ॥
Mon ami, lorsque tu entres dans un tel corps avec la « femme » des désirs matériels, tu te perds dans la jouissance des sens et oublies la vie spirituelle, la śruti-smṛti. Par cette association, sous des conceptions matérielles, tu tombes en diverses conditions misérables.
Verse 60
न त्वं विदर्भदुहिता नायं वीर: सुहृत्तव । न पतिस्त्वं पुरञ्जन्या रुद्धो नवमुखे यया ॥ ६० ॥
En vérité, tu n’es pas la fille de Vidarbha, et ce héros n’est pas ton époux bienveillant. Tu n’étais pas non plus le mari de Purañjanī; tu étais seulement fasciné et retenu dans ce corps aux neuf portes.
Verse 61
माया ह्येषा मया सृष्टा यत्पुमांसं स्त्रियं सतीम् । मन्यसे नोभयं यद्वै हंसौ पश्यावयोर्गतिम् ॥ ६१ ॥
Ceci est Ma māyā; par attachement au corps, tu te crois tantôt homme, tantôt femme chaste, tantôt neutre. En vérité, toi et Moi sommes des identités spirituelles pures. Comprends cela; Je t’explique notre situation réelle.
Verse 62
अहं भवान्न चान्यस्त्वं त्वमेवाहं विचक्ष्व भो: । न नौ पश्यन्ति कवयश्छिद्रं जातु मनागपि ॥ ६२ ॥
Mon cher ami, Moi (Paramātmā) et toi (jīvātmā) ne différons pas en qualité, car nous sommes tous deux spirituels. Réfléchis à cela. Les sages véritablement avancés ne trouvent aucune différence qualitative entre toi et Moi.
Verse 63
यथा पुरुष आत्मानमेकमादर्शचक्षुषो: । द्विधाभूतमवेक्षेत तथैवान्तरमावयो: ॥ ६३ ॥
De même qu’un homme voit dans le miroir le reflet de son corps comme un avec lui-même, tandis que d’autres voient deux corps, ainsi, dans la condition matérielle—où l’âme semble affectée tout en ne l’étant pas—une différence apparaît entre Dieu et l’être vivant.
Verse 64
एवं स मानसो हंसो हंसेन प्रतिबोधित: । स्वस्थस्तद्वयभिचारेण नष्टामाप पुन: स्मृतिम् ॥ ६४ ॥
Ainsi, deux cygnes demeurent ensemble dans le cœur. Quand l’un instruit l’autre, celui-ci se tient dans sa nature propre; c’est-à-dire qu’il retrouve sa conscience originelle de Kṛṣṇa, perdue par l’attrait matériel.
Verse 65
बर्हिष्मन्नेतदध्यात्मं पारोक्ष्येण प्रदर्शितम् । यत्परोक्षप्रियो देवो भगवान् विश्वभावन: ॥ ६५ ॥
Ô roi Prācīnabarhi (Barhiṣman), j’ai exposé cet enseignement d’adhyātma de façon indirecte, car Bhagavān, soutien de l’univers, est réputé aimer être connu par allusion. Ainsi, je t’ai raconté l’histoire de Purañjana comme instruction pour la réalisation du Soi.
They function allegorically: Yavana-rāja represents fear and death overtaking the embodied being, while Kālakanyā represents Time manifesting as old age that drains beauty, strength, and enjoyment. Their ‘soldiers’ symbolize the progressive breakdown of bodily systems and the pressures that force the jīva to abandon the body.
The city is the material body (deha), described as having nine gates (two eyes, two ears, two nostrils, mouth, anus, genitals). Within this city, the jīva misidentifies as the enjoyer, becomes absorbed in sense objects, and forgets the Paramātmā. The image teaches embodied psychology and the mechanics of bondage in a memorable narrative form.
The chapter applies the Bhagavatam’s principle that one’s consciousness at death shapes the next embodiment. Because Purañjana dies intensely remembering his wife and household attachment, the mind’s final fixation produces a corresponding birth—here as Vaidarbhī—illustrating how kāma and identification with relational roles redirect the jīva’s journey.
He is the Paramātmā, the Supersoul—present as the jīva’s eternal friend within the heart. He reminds the conditioned soul of their long companionship (the ‘two swans’) and reorients identity away from bodily designations toward spiritual self-knowledge and bhakti.
Malayadhvaja models the positive resolution of the allegory: disciplined living, austerity, sense control, and bhakti lead to steady realization—distinguishing the localized jīva from the all-pervading Supersoul—culminating in fixed devotional attraction to Kṛṣṇa. His life contrasts Purañjana’s downfall under attachment and forgetfulness.