
Purañjana Goes Hunting — The Chariot of the Body, Violence of Passion, and Return to Conjugal Bondage
Poursuivant l’enseignement allégorique de Nārada au roi Prācīnabarhiṣat, ce chapitre s’ouvre sur une description symbolique dense du voyage en char du roi Purañjana vers la forêt de Pañca-prastha—portrait codé de la vie incarnée : corps, sens, mental, prāṇa et dispositif des guṇa qui entraîne le jīva dans l’expérience. Submergé par l’élan rājasa-tāmasa, Purañjana quitte sa reine et part chasser, massacrant les animaux sans pitié. Nārada insère une clarification du dharma : le śāstra encadre la mise à mort des bêtes dans les limites du yajña afin de contenir passion et ignorance, tandis que la violence fantaisiste enchaîne au karma et aux renaissances. Épuisé, le roi revient, se restaure, puis, comme frappé par Kāma, recherche sa reine, source de satisfaction domestique. La trouvant étendue telle une mendiante, il est déconcerté et entreprend de l’apaiser—touchant ses pieds, la flattant, promettant protection et confessant sa faute d’avoir chassé sans son accord. Le chapitre fait ainsi le pont entre l’expansion des sens vers l’extérieur (plaisir/violence de la forêt) et la dépendance intérieure envers la « reine » (intelligence/attachement), préparant l’approfondissement à venir sur la reine, la cité et la servitude.
Verse 1
नारद उवाच स एकदा महेष्वासो रथं पञ्चाश्वमाशुगम् । द्वीषं द्विचक्रमेकाक्षं त्रिवेणुं पञ्चबन्धुरम् ॥ १ ॥ एकरश्म्येकदमनमेकनीडं द्विकूबरम् । पञ्चप्रहरणं सप्तवरूथं पञ्चविक्रमम् ॥ २ ॥ हैमोपस्करमारुह्य स्वर्णवर्माक्षयेषुधि: । एकादशचमूनाथ: पञ्चप्रस्थमगाद्वनम् ॥ ३ ॥
Nārada dit : Ô roi, un jour le grand archer, le roi Purañjana, revêtu d’une armure d’or et muni d’un carquois aux flèches inépuisables, monta sur un char orné d’or. Tiré par cinq chevaux rapides et accompagné de onze chefs d’armée, il se rendit dans la forêt nommée Pañca-prastha. Ce char avait deux roues et un essieu tournant; trois étendards, une rêne, un cocher, un siège, deux perches d’attelage, cinq armes et sept protections; il avançait de cinq façons et rencontrait cinq obstacles devant lui.
Verse 2
नारद उवाच स एकदा महेष्वासो रथं पञ्चाश्वमाशुगम् । द्वीषं द्विचक्रमेकाक्षं त्रिवेणुं पञ्चबन्धुरम् ॥ १ ॥ एकरश्म्येकदमनमेकनीडं द्विकूबरम् । पञ्चप्रहरणं सप्तवरूथं पञ्चविक्रमम् ॥ २ ॥ हैमोपस्करमारुह्य स्वर्णवर्माक्षयेषुधि: । एकादशचमूनाथ: पञ्चप्रस्थमगाद्वनम् ॥ ३ ॥
Nārada dit : Ô roi, jadis le roi Purañjana, grand archer, revêtu d’une armure d’or et portant un carquois aux flèches inépuisables, accompagné de onze chefs d’armée, monta sur un char orné d’or, tiré par cinq chevaux rapides, et se rendit dans la forêt nommée Pañca-prastha. Ce char avait deux roues et un seul essieu, trois étendards, une seule rêne, un cocher, un siège, deux brancards du joug, cinq armes, sept couvertures, cinq manières d’avancer et cinq obstacles devant lui.
Verse 3
नारद उवाच स एकदा महेष्वासो रथं पञ्चाश्वमाशुगम् । द्वीषं द्विचक्रमेकाक्षं त्रिवेणुं पञ्चबन्धुरम् ॥ १ ॥ एकरश्म्येकदमनमेकनीडं द्विकूबरम् । पञ्चप्रहरणं सप्तवरूथं पञ्चविक्रमम् ॥ २ ॥ हैमोपस्करमारुह्य स्वर्णवर्माक्षयेषुधि: । एकादशचमूनाथ: पञ्चप्रस्थमगाद्वनम् ॥ ३ ॥
Nārada dit : Ô souverain, Purañjana monta sur le char orné d’or, tiré par cinq chevaux rapides. Revêtu d’une armure d’or et portant un carquois de flèches inépuisables, accompagné de onze chefs, il partit vers la forêt de Pañca-prastha ; les détails du char—deux roues, un essieu, trois étendards, une rêne, etc.—étaient tels qu’énoncés.
Verse 4
चचार मृगयां तत्र दृप्त आत्तेषुकार्मुक: । विहाय जायामतदर्हां मृगव्यसनलालस: ॥ ४ ॥
Là, plein d’orgueil, il saisit arc et flèches et se mit à chasser. Avide du vice de la chasse, il négligea sa reine—qu’il ne convenait pas d’abandonner—et s’enfonça dans la forêt.
Verse 5
आसुरीं वृत्तिमाश्रित्य घोरात्मा निरनुग्रह: । न्यहनन्निशितैर्बाणैर्वनेषु वनगोचरान् ॥ ५ ॥
Alors, sous l’influence de penchants démoniaques, il devint d’un cœur terrible et sans miséricorde. Avec des flèches acérées, il tua dans la forêt quantité d’animaux innocents.
Verse 6
तीर्थेषु प्रतिदृष्टेषु राजा मेध्यान् पशून् वने । यावदर्थमलं लुब्धो हन्यादिति नियम्यते ॥ ६ ॥
La règle des Écritures est la suivante : si un roi est trop attiré par la chair, il peut, selon les prescriptions védiques des sacrifices, aller en forêt après avoir visité les lieux saints et ne tuer que des animaux « medhya » (propres au rite) dans la stricte mesure du besoin. Il n’est pas permis de tuer sans nécessité ni sans limites. Les Veda encadrent cela afin de mettre fin à l’excès des insensés dominés par la passion et l’ignorance.
Verse 7
य एवं कर्म नियतं विद्वान् कुर्वीत मानव: । कर्मणा तेन राजेन्द्र ज्ञानेन न स लिप्यते ॥ ७ ॥
Nārada Muni continua de parler au roi Prācīnabarhiṣat : Mon cher Roi, toute personne qui agit selon les directives des écritures védiques ne s'implique pas dans des activités intéressées.
Verse 8
अन्यथा कर्म कुर्वाणो मानारूढो निबध्यते । गुणप्रवाहपतितो नष्टप्रज्ञो व्रजत्यध: ॥ ८ ॥
Autrement, une personne qui agit par caprice tombe à cause d'un faux prestige. Elle s'implique ainsi dans les lois de la nature, perd sa véritable intelligence et s'égare perpétuellement dans le cycle des naissances et des morts.
Verse 9
तत्र निर्भिन्नगात्राणां चित्रवाजै: शिलीमुखै: । विप्लवोऽभूद्दु:खितानां दु:सह: करुणात्मनाम् ॥ ९ ॥
Alors que le roi Purañjana chassait de la sorte, de nombreux animaux de la forêt perdirent la vie dans une grande douleur, transpercés par les pointes acérées des flèches. En voyant ces activités dévastatrices et horribles accomplies par le roi, toutes les personnes de nature miséricordieuse devinrent très malheureuses.
Verse 10
शशान् वराहान् महिषान् गवयान् रुरुशल्यकान् । मेध्यानन्यांश्च विविधान् विनिघ्नन् श्रममध्यगात् ॥ १० ॥
De cette façon, le roi Purañjana tua de nombreux animaux, notamment des lapins, des sangliers, des buffles, des bisons, des cerfs noirs, des porcs-épics et d'autres gibiers. Après avoir tué et tué encore, le roi devint très fatigué.
Verse 11
तत: क्षुत्तृट्परिश्रान्तो निवृत्तो गृहमेयिवान् । कृतस्नानोचिताहार: संविवेश गतक्लम: ॥ ११ ॥
Après cela, le roi, très fatigué, affamé et assoiffé, retourna à son palais royal. À son retour, il prit un bain et dîna convenablement. Puis il se reposa et fut ainsi libéré de toute agitation.
Verse 12
आत्मानमर्हयां चक्रे धूपालेपस्रगादिभि: । साध्वलङ्कृतसर्वाङ्गो महिष्यामादधे मन: ॥ १२ ॥
Ensuite, le roi Purañjana orna son corps d’encens, d’onguent de santal parfumé et de guirlandes de fleurs. Ainsi ragaillardi, il se mit à rechercher sa reine.
Verse 13
तृप्तो हृष्ट: सुदृप्तश्च कन्दर्पाकृष्टमानस: । न व्यचष्ट वरारोहां गृहिणीं गृहमेधिनीम् ॥ १३ ॥
Après avoir mangé à satiété, le roi Purañjana se sentit joyeux, mais aussi quelque peu orgueilleux. Au lieu d’élever sa conscience, son esprit fut attiré par Kandarpa (Cupidon) et il désira retrouver son épouse, qui comblait sa vie de foyer.
Verse 14
अन्त:पुरस्त्रियोऽपृच्छद्विमना इव वेदिषत् । अपि व: कुशलं रामा: सेश्वरीणां यथा पुरा ॥ १४ ॥
À ce moment-là, le roi Purañjana était quelque peu anxieux et interrogea les femmes du palais : « Ô belles dames, vous et votre maîtresse (la reine), êtes-vous heureuses et en sûreté comme auparavant ? »
Verse 15
न तथैतर्हि रोचन्ते गृहेषु गृहसम्पद: । यदि न स्याद्गृहे माता पत्नी वा पतिदेवता । व्यङ्गे रथ इव प्राज्ञ: को नामासीत दीनवत् ॥ १५ ॥
Le roi Purañjana dit : « À présent, les richesses et les objets de la maison ne me plaisent plus comme auparavant. S’il n’y a ni mère au foyer ni épouse dévouée qui tienne son mari pour son pati-devatā, la maison est comme un char sans roues ; quel insensé s’assiérait sur un char inutilisable ? »
Verse 16
क्व वर्तते सा ललना मज्जन्तं व्यसनार्णवे । या मामुद्धरते प्रज्ञां दीपयन्ती पदे पदे ॥ १६ ॥
Où se trouve cette belle femme qui me sauve toujours lorsque je me noie dans l’océan des périls ? À chaque pas, elle éclaire mon intelligence et me délivre ; je vous prie de m’indiquer où elle est.
Verse 17
रामा ऊचु: नरनाथ न जानीमस्त्वत्प्रिया यद्वयवस्यति । भूतले निरवस्तारे शयानां पश्य शत्रुहन् ॥ १७ ॥
Les femmes dirent : « Ô maître des sujets, nous ne savons pourquoi ton épouse bien-aimée a pris une telle condition. Ô vainqueur des ennemis, regarde : elle est couchée à même le sol, sans couche ; nous ne comprenons pas sa conduite. »
Verse 18
नारद उवाच पुरञ्जन: स्वमहिषीं निरीक्ष्यावधुतां भुवि । तत्सङ्गोन्मथितज्ञानो वैक्लव्यं परमं ययौ ॥ १८ ॥
Nārada dit : « Ô roi Prācīnabarhi, dès que Purañjana vit sa reine étendue à terre, semblable à une mendiante, son discernement, bouleversé par l’attachement, se troubla et il tomba dans une extrême détresse. »
Verse 19
सान्त्वयन् श्लक्ष्णया वाचा हृदयेन विदूयता । प्रेयस्या: स्नेहसंरम्भलिङ्गमात्मनि नाभ्यगात् ॥ १९ ॥
Le roi, le cœur meurtri, se mit à parler à son épouse avec des paroles très douces pour la consoler. Bien qu’emplie de regret et cherchant à l’apaiser, il ne discerna dans le cœur de sa bien-aimée aucun signe de courroux né de l’amour.
Verse 20
अनुनिन्येऽथ शनकैर्वीरोऽनुनयकोविद: । पस्पर्श पादयुगलमाह चोत्सङ्गलालिताम् ॥ २० ॥
Alors le roi, vaillant et habile à apaiser, se mit à calmer la reine tout doucement. Il toucha d’abord ses deux pieds, puis l’enlaça avec tendresse, la fit asseoir sur ses genoux et se mit à parler ainsi.
Verse 21
पुरञ्जन उवाच नूनं त्वकृतपुण्यास्ते भृत्या येष्वीश्वरा: शुभे । कृताग:स्वात्मसात्कृत्वा शिक्षादण्डं न युञ्जते ॥ २१ ॥
Purañjana dit : « Ô épouse belle et de bon augure, lorsque le maître adopte un serviteur comme sien, mais ne lui inflige pas de châtiment instructif pour ses fautes, ce serviteur doit être tenu pour infortuné, pauvre en mérite. »
Verse 22
परमोऽनुग्रहो दण्डो भृत्येषु प्रभुणार्पित: । बालो न वेद तत्तन्वि बन्धुकृत्यममर्षण: ॥ २२ ॥
Ô jeune femme au corps gracile, lorsque le maître châtie son serviteur, celui-ci doit l’accueillir comme une grande miséricorde. Se mettre en colère est folie, car l’ami a pour devoir de corriger.
Verse 23
सा त्वं मुखं सुदति सुभ्र्वनुरागभार व्रीडाविलम्बविलसद्धसितावलोकम् । नीलालकालिभिरुपस्कृतमुन्नसं न: स्वानां प्रदर्शय मनस्विनि वल्गुवाक्यम् ॥ २३ ॥
Ô épouse aux belles dents et aux sourcils gracieux, montre-moi ton visage au regard souriant, ralenti par la pudeur et chargé d’amour; avec tes cheveux bleu-noir, ton nez relevé et tes paroles suaves. Abandonne la colère et fais-moi miséricorde.
Verse 24
तस्मिन्दधे दममहं तव वीरपत्नि योऽन्यत्र भूसुरकुलात्कृतकिल्बिषस्तम् । पश्ये न वीतभयमुन्मुदितं त्रिलोक्या- मन्यत्र वै मुररिपोरितरत्र दासात् ॥ २४ ॥
Ô épouse du héros, si quelqu’un t’a offensée, dis-le-moi. Tant qu’il n’appartient pas au lignage des brāhmaṇas, je suis prêt à le châtier. Mais s’il s’en prend au serviteur de Muraripu, Śrī Kṛṣṇa, dans les trois mondes je ne pardonne à personne.
Verse 25
वक्त्रं न ते वितिलकं मलिनं विहर्षं संरम्भभीममविमृष्टमपेतरागम् । पश्ये स्तनावपि शुचोपहतौ सुजातौ बिम्बाधरं विगतकुङ्कुमपङ्करागम् ॥ २५ ॥
Mon aimée, jusqu’à ce jour je n’ai jamais vu ton visage sans tilaka; je ne l’ai jamais vu terne, triste, terrible de colère, sans parure et sans tendresse. Je n’ai jamais vu non plus ta belle poitrine mouillée de larmes, ni tes lèvres rouges comme le fruit bimba privées de la teinte du kumkum.
Verse 26
तन्मे प्रसीद सुहृद: कृतकिल्बिषस्य स्वैरं गतस्य मृगयां व्यसनातुरस्य । का देवरं वशगतं कुसुमास्त्रवेग विस्रस्तपौंस्नमुशती न भजेत कृत्ये ॥ २६ ॥
Ô Reine, poussé par des désirs fautifs, je suis allé chasser en forêt sans te consulter; j’avoue donc t’avoir offensée. Pourtant, sois satisfaite de moi, me tenant pour ton plus intime subordonné. En vérité je suis accablé, mais transpercé par la flèche fleurie de Kāma je brûle de désir; quelle belle femme refuserait de s’unir à son époux, soumis et consumé par la passion ?
The chariot functions as an allegorical schematic of embodied existence: the living entity rides within a constructed vehicle of body and subtle faculties, moved by the life-airs and guided by internal governance (mind/intelligence), while the senses (often indicated by “five” motifs) pull toward their objects. The ornate, detailed inventory signals that bondage is not random but systematized—experience is engineered through the guṇas and the psycho-physical apparatus, which, without devotion, carries the jīva into repeated karmic trajectories.
The chapter distinguishes śāstra-regulated violence within sacrificial frameworks from impulsive killing driven by passion and ignorance. Vedic regulation is portrayed as a restraining pedagogy: it limits and ritualizes tendencies so that the performer gradually becomes purified and less attracted to cruelty and flesh-eating. Whimsical hunting, however, is condemned as guṇa-driven indulgence that hardens the heart, entangles one in karma, and perpetuates saṁsāra.