Adhyaya 24
Chaturtha SkandhaAdhyaya 2479 Verses

Adhyaya 24

Lord Śiva Instructs the Pracetās (Śiva-stuti and the Path of Bhakti)

Ce chapitre poursuit la lignée après Pṛthu : Vijitāśva (Antardhāna) prend le pouvoir impérial, attribue les directions à ses frères et, malgré sa royauté, fait preuve de retenue—il hésite à punir Indra—puis se retire dans le sacrifice et atteint la demeure du Seigneur par un service dévotionnel éclairé. Son fils Havirdhāna engendre Barhiṣat, plus tard renommé Prācīnabarhi pour avoir étendu l’herbe kuśa dans les yajñas. Sur l’ordre de Brahmā, Prācīnabarhi épouse Śatadruti et engendre dix fils, les Pracetās, chargés de produire une descendance. En route vers l’ouest, ils rencontrent un vaste lac couvert de lotus, résonnant de musique céleste ; des eaux surgit le Seigneur Śiva avec ses compagnons. Touché par leur piété, Śiva révèle sa dévotion à Kṛṣṇa/Viṣṇu, enseigne la suprématie de la bhakti d’abandon sur la quête de faveurs des demi-dieux, et récite un stotra puissant décrivant les fonctions cosmiques du Seigneur, Ses expansions (Saṅkarṣaṇa, Pradyumna, Aniruddha) et Sa forme personnelle exquise chérie des dévots. Il ordonne aux Pracetās de chanter et méditer cette prière comme méthode de yoga, promettant une perfection rapide et la libération du karma, préparant leurs longues austérités et la phase suivante de la création par la dévotion.

Shlokas

Verse 1

मैत्रेय उवाच विजिताश्वोऽधिराजासीत्पृथुपुत्र: पृथुश्रवा: । यवीयोभ्योऽददात्काष्ठा भ्रातृभ्यो भ्रातृवत्सल: ॥ १ ॥

Maitreya dit : Vijitāśva, fils de Pṛthu nommé Pṛthuśravā, devint empereur. Par tendresse fraternelle, il confia à ses jeunes frères diverses régions à gouverner.

Verse 2

हर्यक्षायादिशत्प्राचीं धूम्रकेशाय दक्षिणाम् । प्रतीचीं वृकसंज्ञाय तुर्यां द्रविणसे विभु: ॥ २ ॥

Le souverain puissant confia l’est à Haryakṣa, le sud à Dhūmrakeśa, l’ouest à Vṛka et le nord à Draviṇa pour gouverner.

Verse 3

अन्तर्धानगतिं शक्राल्लब्ध्वान्तर्धानसंज्ञित: । अपत्यत्रयमाधत्त शिखण्डिन्यां सुसम्मतम् ॥ ३ ॥

Autrefois, le Mahārāja Vijitāśva plut au roi du ciel, Indra, et reçut de lui le titre d’« Antardhāna ». Son épouse se nommait Śikhaṇḍinī, et d’elle il engendra trois fils vertueux.

Verse 4

पावक: पवमानश्च शुचिरित्यग्नय: पुरा । वसिष्ठशापादुत्पन्ना: पुनर्योगगतिं गता: ॥ ४ ॥

Les trois fils du Mahārāja Antardhāna se nommaient Pāvaka, Pavamāna et Śuci. Jadis, ils étaient des divinités du feu, mais, à cause de la malédiction du grand sage Vasiṣṭha, ils naquirent comme ses fils; puis, par l’accomplissement du yoga mystique, ils retrouvèrent leur rang de dieux du feu.

Verse 5

अन्तर्धानो नभस्वत्यां हविर्धानमविन्दत । य इन्द्रमश्वहर्तारं विद्वानपि न जघ्निवान् ॥ ५ ॥

Mahārāja Antardhāna eut une autre épouse, nommée Nabhasvatī, et d’elle il eut un fils appelé Havirdhāna. Bien qu’il sût qu’Indra dérobait le cheval de son père lors du sacrifice, par grandeur d’âme il ne le tua pas.

Verse 6

राज्ञां वृत्तिं करादानदण्डशुल्कादिदारुणाम् । मन्यमानो दीर्घसत्‍त्रव्याजेन विससर्ज ह ॥ ६ ॥

Estimant trop rudes les devoirs royaux—percevoir l’impôt, châtier, imposer amendes et taxes—il s’en détourna. Sous le prétexte d’un long satra, il se consacra alors à l’accomplissement de divers sacrifices.

Verse 7

तत्रापि हंसं पुरुषं परमात्मानमात्मद‍ृक् । यजंस्तल्लोकतामाप कुशलेन समाधिना ॥ ७ ॥

Bien qu’il fût engagé dans des sacrifices, il était une âme réalisée. Par un samādhi habile, il rendit un service de bhakti au Paramātmā, le Purusha suprême, tel un haṁsa, qui dissipe les craintes de Ses dévots; ainsi, dans l’extase, il atteignit aisément la demeure du Seigneur.

Verse 8

हविर्धानाद्धविर्धानी विदुरासूत षट्‌सुतान् । बर्हिषदं गयं शुक्लं कृष्णं सत्यं जितव्रतम् ॥ ८ ॥

Havirdhāna, fils du Mahārāja Antardhāna, eut pour épouse Havirdhānī; ô Vidura, elle enfanta six fils : Barhiṣat, Gaya, Śukla, Kṛṣṇa, Satya et Jitavrata.

Verse 9

बर्हिषत् सुमहाभागो हाविर्धानि: प्रजापति: । क्रियाकाण्डेषु निष्णातो योगेषु च कुरूद्वह ॥ ९ ॥

Le sage Maitreya poursuivit : ô Vidura, le puissant fils de Havirdhāna, nommé Barhiṣat, excellait dans les sacrifices du karma-kāṇḍa et maîtrisait aussi le yoga mystique ; par ses hautes qualités, il fut connu comme Prajāpati.

Verse 10

यस्येदं देवयजनमनुयज्ञं वितन्वत: । प्राचीनाग्रै: कुशैरासीदास्तृतं वसुधातलम् ॥ १० ॥

Il étendit le culte par de nombreux sacrifices ; il répandit l’herbe kuśa, dont les pointes étaient tournées vers l’est, et en couvrit le sol comme d’un tapis sacré.

Verse 11

सामुद्रीं देवदेवोक्तामुपयेमे शतद्रुतिम् । यां वीक्ष्य चारुसर्वाङ्गीं किशोरीं सुष्ठ्वलङ्कृताम् । परिक्रमन्तीमुद्वाहे चकमेऽग्नि: शुकीमिव ॥ ११ ॥

Sur l’ordre de Brahmā, le plus élevé des devas, (Barhiṣat) épousa Śatadruti, fille de l’océan. La voyant d’une beauté parfaite, toute jeune et parée de vêtements et d’ornements convenables, lorsqu’elle tournait autour de l’aire nuptiale, Agni, le dieu du feu, en fut si charmé qu’il désira sa compagnie, comme jadis il avait désiré Śukī.

Verse 12

विबुधासुरगन्धर्वमुनिसिद्धनरोरगा: । विजिता: सूर्यया दिक्षु क्‍वणयन्त्यैव नूपुरै: ॥ १२ ॥

Pendant que Śatadruti était mariée, les devas, les asuras, les gandharvas, les sages, les siddhas, les humains et les nāgas — bien qu’éminents — furent tous captivés, en tous lieux, par le tintement de ses grelots de cheville.

Verse 13

प्राचीनबर्हिष: पुत्रा: शतद्रुत्यां दशाभवन् । तुल्यनामव्रता: सर्वे धर्मस्‍नाता: प्रचेतस: ॥ १३ ॥

Le roi Prācīnabarhi engendra dix fils dans le sein de Śatadruti. Tous, égaux en nom et en vœu, étaient établis dans le dharma et furent connus comme les Pracetās.

Verse 14

पित्रादिष्टा: प्रजासर्गे तपसेऽर्णवमाविशन् । दशवर्षसहस्राणि तपसार्चंस्तपस्पतिम् ॥ १४ ॥

Sur l’ordre de leur père d’engendrer une descendance, les Pracetās entrèrent dans l’océan. Durant dix mille ans, ils pratiquèrent l’austérité et adorèrent le Maître de toute pénitence, Bhagavān, la Personne Suprême.

Verse 15

यदुक्तं पथि द‍ृष्टेन गिरिशेन प्रसीदता । तद्ध्यायन्तो जपन्तश्च पूजयन्तश्च संयता: ॥ १५ ॥

Les enseignements que le compatissant Girīśa (Śiva) leur donna en chemin, ils les méditèrent, les récitèrent en japa et les vénérèrent avec maîtrise de soi et grande attention.

Verse 16

विदुर उवाच प्रचेतसां गिरित्रेण यथासीत्पथि सङ्गम: । यदुताह हर: प्रीतस्तन्नो ब्रह्मन् वदार्थवत् ॥ १६ ॥

Vidura dit : Ô brāhmane, comment les Pracetās rencontrèrent-ils Giritra (Śiva) en chemin ? Comment Hara fut-il comblé de joie, et quel enseignement leur donna-t-il ? Par grâce, raconte-le avec justesse.

Verse 17

सङ्गम: खलु विप्रर्षे शिवेनेह शरीरिणाम् । दुर्लभो मुनयो दध्युरसङ्गाद्यमभीप्सितम् ॥ १७ ॥

Ô meilleur des brāhmaṇas, pour les êtres enfermés dans ce corps matériel, il est très difficile d’avoir un contact direct avec Śiva. Même les grands munis sans attache, bien qu’absorbés en méditation pour l’obtenir, ne l’atteignent pas aisément.

Verse 18

आत्मारामोऽपि यस्त्वस्य लोककल्पस्य राधसे । शक्त्या युक्तो विचरति घोरया भगवान् भव: ॥ १८ ॥

Bhagavān Bhava (Śiva) est pleinement satisfait en lui-même; pourtant, pour le bien du monde, il œuvre partout, accompagné de śakti redoutables telles que Kālī et Durgā.

Verse 19

मैत्रेय उवाच प्रचेतस: पितुर्वाक्यं शिरसादाय साधव: । दिशं प्रतीचीं प्रययुस्तपस्याद‍ृतचेतस: ॥ १९ ॥

Maitreya dit : Les vertueux Pracetās reçurent la parole de leur père comme un ordre sacré et, le cœur résolu, partirent vers l’ouest pour accomplir la tapasya.

Verse 20

ससमुद्रमुप विस्तीर्णमपश्यन् सुमहत्सर: । महन्मन इव स्वच्छं प्रसन्नसलिलाशयम् ॥ २० ॥

En chemin, les Pracetās virent un immense lac, presque aussi vaste que l’océan. Son eau était limpide et paisible, telle l’esprit d’une grande âme.

Verse 21

नीलरक्तोत्पलाम्भोजकह्लारेन्दीवराकरम् । हंससारसचक्राह्वकारण्डवनिकूजितम् ॥ २१ ॥

Dans ce grand lac s’épanouissaient des lotus bleus et rouges, utpala, kumuda et indīvara; sur les rives, cygnes, grues, cakravāka, kāraṇḍava et autres oiseaux d’eau chantaient avec douceur.

Verse 22

मत्तभ्रमरसौस्वर्यहृष्टरोमलताङ्‌घ्रिपम् । पद्मकोशरजो दिक्षु विक्षिपत्पवनोत्सवम् ॥ २२ ॥

Autour du lac se dressaient arbres et lianes; le doux bourdonnement des bourdons enivrés semblait les réjouir. Le pollen des lotus, emporté par le vent, se répandait en tous sens, comme en un jour de fête.

Verse 23

तत्र गान्धर्वमाकर्ण्य दिव्यमार्गमनोहरम् । विसिस्म्यू राजपुत्रास्ते मृदङ्गपणवाद्यनु ॥ २३ ॥

Là retentissait une musique gandharvique, divine et enchanteresse; en entendant les sons harmonieux et bien ordonnés du mṛdaṅga, du paṇava et d’autres tambours, les fils du roi furent saisis d’émerveillement.

Verse 24

तर्ह्येव सरसस्तस्मान्निष्क्रामन्तं सहानुगम् । उपगीयमानममरप्रवरं विबुधानुगै: ॥ २४ ॥ तप्तहेमनिकायाभं शितिकण्ठं त्रिलोचनम् । प्रसादसुमुखं वीक्ष्य प्रणेमुर्जातकौतुका: ॥ २५ ॥

À cet instant, du lac surgit le Seigneur Śiva, le plus éminent des demi-dieux, entouré de ses compagnons, tandis que les êtres célestes le glorifiaient par leurs chants. Son éclat était tel l’or en fusion, sa gorge bleutée, il avait trois yeux et un visage serein, plein de miséricorde. À sa vue, les Pracetās, saisis d’étonnement, se prosternèrent avec révérence.

Verse 25

तर्ह्येव सरसस्तस्मान्निष्क्रामन्तं सहानुगम् । उपगीयमानममरप्रवरं विबुधानुगै: ॥ २४ ॥ तप्तहेमनिकायाभं शितिकण्ठं त्रिलोचनम् । प्रसादसुमुखं वीक्ष्य प्रणेमुर्जातकौतुका: ॥ २५ ॥

Voyant Śiva, rayonnant tel l’or en fusion, à la gorge bleue, aux trois yeux et au visage serein et miséricordieux, les Pracetās, saisis d’émerveillement, se prosternèrent aux pieds de lotus du Seigneur.

Verse 26

स तान् प्रपन्नार्तिहरो भगवान्धर्मवत्सल: । धर्मज्ञान् शीलसम्पन्नान् प्रीत: प्रीतानुवाच ह ॥ २६ ॥

Le Seigneur Śiva, qui dissipe la détresse de ceux qui se réfugient en lui et chérit le dharma, fut grandement satisfait de ces princes, connaisseurs de la droiture et riches de nobles qualités; et, dans la joie, il leur parla ainsi.

Verse 27

श्रीरुद्र उवाच यूयं वेदिषद: पुत्रा विदितं वश्चिकीर्षितम् । अनुग्रहाय भद्रं व एवं मे दर्शनं कृतम् ॥ २७ ॥

Śrī Rudra dit : Vous êtes tous les fils de Vediṣad (Prācīnabarhi) ; je connais ce que vous vous apprêtez à accomplir. Pour votre bien et afin de vous accorder ma grâce, je me suis rendu visible à vos yeux.

Verse 28

य: परं रंहस: साक्षात्‍त्रिरगुणाज्जीवसंज्ञितात् । भगवन्तं वासुदेवं प्रपन्न: स प्रियो हि मे ॥ २८ ॥

Quiconque se réfugie en Bhagavān Vāsudeva, Śrī Kṛṣṇa, le souverain maître de la nature matérielle comme des êtres vivants, celui-là m’est véritablement très cher.

Verse 29

स्वधर्मनिष्ठ: शतजन्मभि: पुमान् विरिञ्चतामेति तत: परं हि माम् । अव्याकृतं भागवतोऽथ वैष्णवं पदं यथाहं विबुधा: कलात्यये ॥ २९ ॥

Celui qui demeure fidèle à son devoir propre (svadharma) et l’accomplit correctement durant cent naissances devient apte au poste de Brahmā; et s’il se qualifie davantage, il peut s’approcher de moi. Mais le bhāgavata qui se rend directement à Śrī Kṛṣṇa ou Viṣṇu dans une dévotion pure est aussitôt élevé aux mondes spirituels, à la demeure vaiṣṇava non manifestée; moi et les autres devas n’y parvenons qu’après la destruction de ce monde matériel.

Verse 30

अथ भागवता यूयं प्रिया: स्थ भगवान् यथा । न मद्भागवतानां च प्रेयानन्योऽस्ति कर्हिचित् ॥ ३० ॥

Vous êtes tous des bhāgavatas, des dévots du Seigneur; c’est pourquoi je vous estime et vous honore comme le Seigneur Lui-même. Et pour mes dévots, nul ne peut leur être plus cher que moi.

Verse 31

इदं विविक्तं जप्तव्यं पवित्रं मङ्गलं परम् । नि:श्रेयसकरं चापि श्रूयतां तद्वदामि व: ॥ ३१ ॥

À présent, je vais réciter un mantra transcendantal, pur et souverainement auspicious, qui conduit au bien suprême. Écoutez avec soin ce que je vais vous dire.

Verse 32

मैत्रेय उवाच इत्यनुक्रोशहृदयो भगवानाह ताञ्छिव: । बद्धाञ्जलीन् राजपुत्रान्नारायणपरो वच: ॥ ३२ ॥

Maitreya dit : Par sa miséricorde sans cause, l’auguste Bhagavān Śiva, grand dévot de Nārāyaṇa, poursuivit ses paroles adressées aux fils du roi, qui se tenaient les mains jointes.

Verse 33

श्रीरुद्र उवाच जितं त आत्मविद्वर्यस्वस्तये स्वस्तिरस्तु मे । भवताराधसा राद्धं सर्वस्मा आत्मने नम: ॥ ३३ ॥

Śrī Rudra dit—Ô Suprême Personnalité de Dieu, gloire à Toi. Tu es le plus élevé des êtres réalisés; puisque Tu es toujours de bon augure pour les sages, sois aussi de bon augure pour moi. Par Tes enseignements parfaits, l’adoration s’accomplit; Tu es le Paramātmā, je me prosterne devant Toi.

Verse 34

नम: पङ्कजनाभाय भूतसूक्ष्मेन्द्रियात्मने । वासुदेवाय शान्ताय कूटस्थाय स्वरोचिषे ॥ ३४ ॥

Hommage au Seigneur au nombril de lotus, âme des éléments subtils et maître des sens. Hommage à Vāsudeva, le plus paisible, immuable (kūṭastha) et resplendissant par Lui-même.

Verse 35

सङ्कर्षणाय सूक्ष्माय दुरन्तायान्तकाय च । नमो विश्वप्रबोधाय प्रद्युम्नायान्तरात्मने ॥ ३५ ॥

Hommage à Saṅkarṣaṇa, source des éléments subtils, maître de l’intégration et de la dissolution, invincible et comme Celui qui met fin. Hommage à Pradyumna, qui éveille l’univers, divinité de l’intelligence et Âme intérieure.

Verse 36

नमो नमोऽनिरुद्धाय हृषीकेशेन्द्रियात्मने । नम: परमहंसाय पूर्णाय निभृतात्मने ॥ ३६ ॥

Hommage, encore et encore, à Aniruddha, Hṛṣīkeśa, maître des sens et directeur du mental. Hommage au Paramahaṁsa, au Plénier, à Celui qui demeure dans une paix intérieure profonde.

Verse 37

स्वर्गापवर्गद्वाराय नित्यं शुचिषदे नम: । नमो हिरण्यवीर्याय चातुर्होत्राय तन्तवे ॥ ३७ ॥

Hommage au Seigneur qui ouvre la porte des mondes célestes et de la délivrance (apavarga), et qui demeure à jamais dans le cœur pur. Hommage à Celui dont la puissance est comme l’or (hiraṇya-vīrya), qui, sous la forme du feu, soutient les sacrifices védiques, à commencer par le cātur-hotra.

Verse 38

नम ऊर्ज इषे त्रय्या: पतये यज्ञरेतसे । तृप्तिदाय च जीवानां नम: सर्वरसात्मने ॥ ३८ ॥

Ô Seigneur, Tu soutiens les Pitṛlokas et tous les devas; Tu es la divinité présidant à la lune et le Maître des trois Veda. Source originelle de la plénitude de tous les êtres, à Toi, Âme de toute saveur, j’offre mes hommages.

Verse 39

सर्वसत्त्वात्मदेहाय विशेषाय स्थवीयसे । नमस्त्रैलोक्यपालाय सह ओजोबलाय च ॥ ३९ ॥

Mon Seigneur, Tu es la forme universelle immense qui renferme les corps individuels de tous les êtres. Tu es unique et grandiose. Au gardien des trois mondes, avec Ta vigueur et Ta force, j’offre mes hommages.

Verse 40

अर्थलिङ्गाय नभसे नमोऽन्तर्बहिरात्मने । नम: पुण्याय लोकाय अमुष्मै भूरिवर्चसे ॥ ४० ॥

Mon Seigneur, en déployant Tes vibrations transcendantes, Tu révèles le sens véritable de toute chose. Tu es le ciel qui pénètre tout, au dedans comme au dehors, et le but ultime des actes pieux accomplis en ce monde et au-delà. À Toi, d’un éclat immense, j’offre mes hommages encore et encore.

Verse 41

प्रवृत्ताय निवृत्ताय पितृदेवाय कर्मणे । नमोऽधर्मविपाकाय मृत्यवे दु:खदाय च ॥ ४१ ॥

Mon Seigneur, Tu es le témoin des fruits des actes pieux; Tu es l’élan vers l’action, le retrait, et les œuvres qui en résultent. Et puisque le fruit de l’adharma engendre des conditions de vie misérables, Tu es aussi la mort. Je T’offre mes hommages.

Verse 42

नमस्त आशिषामीश मनवे कारणात्मने । नमो धर्माय बृहते कृष्णायाकुण्ठमेधसे । पुरुषाय पुराणाय साङ्ख्ययोगेश्वराय च ॥ ४२ ॥

Ô Seigneur, Tu es le plus haut dispensateur de bénédictions, le Manu primordial, la cause de toutes les causes. Hommage au Dharma immense, à Śrī Kṛṣṇa dont l’intelligence n’est jamais entravée. Au Puruṣa originel, à l’Être très ancien, et au Maître du Sāṅkhya et du Yoga, j’offre mes prosternations encore et encore.

Verse 43

शक्तित्रयसमेताय मीढुषेऽहङ्कृतात्मने । चेतआकूतिरूपाय नमो वाचो विभूतये ॥ ४३ ॥

Ô Seigneur, accompagné des trois puissances, Tu es le souverain régulateur du karma, des actes des sens et de leurs fruits; ainsi Tu gouvernes le corps, le mental et les sens. Tu maîtrises aussi l’ego, connu comme Rudra, et Tu es la source de la connaissance et de l’énergie qui met en œuvre les injonctions védiques. Je me prosterne devant Toi.

Verse 44

दर्शनं नो दिद‍ृक्षूणां देहि भागवतार्चितम् । रूपं प्रियतमं स्वानां सर्वेन्द्रियगुणाञ्जनम् ॥ ४४ ॥

Ô Seigneur, nous désirons Ton darśana; accorde-nous de contempler la forme que vénèrent Tes dévots bhāgavatas. Parmi Tes multiples formes, révèle celle qui est la plus chère aux Tiens, celle qui satisfait parfaitement toutes les exigences des sens.

Verse 45

स्‍निग्धप्रावृड्‌घनश्यामं सर्वसौन्दर्यसङ्ग्रहम् । चार्वायतचतुर्बाहु सुजातरुचिराननम् ॥ ४५ ॥ पद्मकोशपलाशाक्षं सुन्दरभ्रु सुनासिकम् । सुद्विजं सुकपोलास्यं समकर्णविभूषणम् ॥ ४६ ॥

La beauté du Seigneur ressemble à un nuage sombre et lustré de la saison des pluies; Il est la quintessence de toute beauté. Il a quatre bras et un visage exquis; des yeux comme des pétales de lotus, de beaux sourcils et un nez noble. Ses dents brillent, ses joues sont charmantes, et ses deux oreilles sont pareillement ornées.

Verse 46

स्‍निग्धप्रावृड्‌घनश्यामं सर्वसौन्दर्यसङ्ग्रहम् । चार्वायतचतुर्बाहु सुजातरुचिराननम् ॥ ४५ ॥ पद्मकोशपलाशाक्षं सुन्दरभ्रु सुनासिकम् । सुद्विजं सुकपोलास्यं समकर्णविभूषणम् ॥ ४६ ॥

La beauté du Seigneur ressemble à un nuage sombre et lustré de la saison des pluies; Il est la quintessence de toute beauté. Il a quatre bras et un visage exquis; des yeux comme des pétales de lotus, de beaux sourcils et un nez noble. Ses dents brillent, ses joues sont charmantes, et ses deux oreilles sont pareillement ornées.

Verse 47

प्रीतिप्रहसितापाङ्गमलकै रूपशोभितम् । लसत्पङ्कजकिञ्जल्कदुकूलं मृष्टकुण्डलम् ॥ ४७ ॥ स्फुरत्किरीटवलयहारनूपुरमेखलम् । शङ्खचक्रगदापद्ममालामण्युत्तमर्द्धिमत् ॥ ४८ ॥

Le Seigneur est d’une beauté suprême grâce à son sourire ouvert et miséricordieux et au regard de côté qu’Il accorde à ses dévots. Ses cheveux noirs sont bouclés, et son vêtement jaune, flottant au vent, semble être le pollen safrané des lotus. Ses pendants étincelants, son casque rayonnant, ses bracelets, guirlandes, grelots de cheville et ceinture, ainsi que la conque, le disque, la massue et le lotus, et les colliers de gemmes, accroissent encore l’éclat naturel de la perle Kaustubha sur sa poitrine.

Verse 48

प्रीतिप्रहसितापाङ्गमलकै रूपशोभितम् । लसत्पङ्कजकिञ्जल्कदुकूलं मृष्टकुण्डलम् ॥ ४७ ॥ स्फुरत्किरीटवलयहारनूपुरमेखलम् । शङ्खचक्रगदापद्ममालामण्युत्तमर्द्धिमत् ॥ ४८ ॥

Le Seigneur rayonne d’une beauté incomparable grâce à Son sourire ouvert et miséricordieux et à Son regard de côté, plein de grâce, posé sur Ses dévots. Ses cheveux noirs et bouclés, et Son vêtement jaune flottant au vent, semblent être le pollen safrané du lotus qui s’envole. Ses pendants d’oreilles étincelants, son casque, ses bracelets, sa guirlande, ses grelots de cheville et sa ceinture, avec la conque, le disque, la massue et le lotus, ainsi que colliers et gemmes, rehaussent la splendeur naturelle du joyau Kaustubha sur Sa poitrine.

Verse 49

सिंहस्कन्धत्विषो बिभ्रत्सौभगग्रीवकौस्तुभम् । श्रियानपायिन्या क्षिप्तनिकषाश्मोरसोल्लसत् ॥ ४९ ॥

Les épaules du Seigneur sont telles celles d’un lion, puissantes et lumineuses. Sur elles scintillent sans cesse guirlandes, colliers et ornements. À Son cou de bon augure brille le joyau Kaustubha, et sur Sa poitrine sombre apparaît la marque Śrīvatsa, signe de la présence de la déesse Śrī (Lakṣmī). L’éclat de cette marque surpasse même la beauté d’un trait d’or sur la pierre de touche.

Verse 50

पूररेचकसंविग्नवलिवल्गुदलोदरम् । प्रतिसङ्‌क्रामयद्विश्वं नाभ्यावर्तगभीरया ॥ ५० ॥

L’abdomen du Seigneur est embelli par trois ondulations de chair. Par sa rondeur, il ressemble à une feuille de banian, et, lorsqu’Il inspire et expire, le frémissement de ces ondulations est d’une grâce exquise. Le tourbillon de Son nombril est si profond qu’on dirait que l’univers entier en a jailli et qu’il aspire pourtant à y retourner.

Verse 51

श्यामश्रोण्यधिरोचिष्णुदुकूलस्वर्णमेखलम् । समचार्वङ्‌घ्रिजङ्घोरुनिम्नजानुसुदर्शनम् ॥ ५१ ॥

La partie inférieure de la taille du Seigneur est sombre, couverte d’un vêtement jaune et d’une ceinture ornée de broderies d’or. Ses pieds de lotus, parfaitement symétriques, ainsi que ses mollets, ses cuisses et les articulations de ses jambes sont d’une beauté extraordinaire. En vérité, tout le corps du Seigneur paraît harmonieusement et parfaitement façonné.

Verse 52

पदा शरत्पद्मपलाशरोचिषा नखद्युभिर्नोऽन्तरघं विधुन्वता । प्रदर्शय स्वीयमपास्तसाध्वसं पदं गुरो मार्गगुरुस्तमोजुषाम् ॥ ५२ ॥

Ô Seigneur, mon Guru ! Tes deux pieds de lotus resplendissent comme des pétales de lotus épanouis en automne. La lumière des ongles de Tes pieds dissipe aussitôt l’obscurité du cœur de l’âme conditionnée. Je T’en prie, montre-moi Ta propre forme, celle qui chasse toute crainte et toute ténèbre du cœur du dévot. Seigneur, Tu es le maître spirituel suprême de tous; ainsi, les êtres voilés par l’ignorance peuvent être éclairés par Ta direction.

Verse 53

एतद्रूपमनुध्येयमात्मशुद्धिमभीप्सताम् । यद्भक्तियोगोऽभयद: स्वधर्ममनुतिष्ठताम् ॥ ५३ ॥

Ceux qui désirent purifier leur être doivent méditer sans cesse sur Tes pieds de lotus. Ceux qui accomplissent avec sérieux leur devoir propre et aspirent à l’absence de crainte doivent prendre refuge dans le bhakti-yoga.

Verse 54

भवान् भक्तिमता लभ्यो दुर्लभ: सर्वदेहिनाम् । स्वाराज्यस्याप्यभिमत एकान्तेनात्मविद्गति: ॥ ५४ ॥

Ô Seigneur, Tu es aisément accessible au dévot, mais Tu demeures difficile à atteindre pour tous les êtres incarnés. Plus désirable que la royauté céleste, Tu es la destination suprême des connaisseurs du Soi, voués à l’unique dévotion.

Verse 55

तं दुराराध्यमाराध्य सतामपि दुरापया । एकान्तभक्त्या को वाञ्छेत्पादमूलं विना बहि: ॥ ५५ ॥

Ô Seigneur, Tu es difficile à adorer et à atteindre par d’autres moyens, même pour les saints. Mais seule la bhakti exclusive Te satisfait; qui donc voudrait un autre chemin en dehors de la racine de Tes pieds ?

Verse 56

यत्र निर्विष्टमरणं कृतान्तो नाभिमन्यते । विश्वं विध्वंसयन् वीर्यशौर्यविस्फूर्जितभ्रुवा ॥ ५६ ॥

Celui qui s’est entièrement réfugié à Tes pieds de lotus, au point que la mort ne l’atteint plus, le Temps personnifié, Kṛtānta, n’ose l’approcher. Et pourtant, ce même Temps, par un simple frémissement de Tes sourcils, peut anéantir l’univers en un instant.

Verse 57

क्षणार्धेनापि तुलये न स्वर्गं नापुनर्भवम् । भगवत्सङ्गिसङ्गस्य मर्त्यानां किमुताशिष: ॥ ५७ ॥

Si, par chance, l’on s’associe à un dévot ne fût-ce qu’un bref instant, on ne tient plus pour comparables ni le ciel ni même la délivrance sans retour. Quel intérêt aurait-on alors pour les bénédictions des demi-dieux, soumis à la naissance et à la mort ?

Verse 58

अथानघाङ्‌घ्रेस्तव कीर्तितीर्थयो- रन्तर्बहि:स्‍नानविधूतपाप्मनाम् । भूतेष्वनुक्रोशसुसत्त्वशीलिनां स्यात्सङ्गमोऽनुग्रह एष नस्तव ॥ ५८ ॥

Ô Seigneur, Tes pieds de lotus, sans souillure, sont la source de tout auspice et détruisent la contamination du péché. Je T’implore de m’accorder l’association de Tes dévots, purifiés intérieurement et extérieurement par le culte de Tes pieds et pleins de miséricorde envers les âmes conditionnées : telle est Ta véritable grâce.

Verse 59

न यस्य चित्तं बहिरर्थविभ्रमं तमोगुहायां च विशुद्धमाविशत् । यद्भक्तियोगानुगृहीतमञ्जसा मुनिर्विचष्टे ननु तत्र ते गतिम् ॥ ५९ ॥

Le dévot dont le cœur a été entièrement purifié par le bhakti-yoga et favorisé par Bhakti-devī ne se laisse pas égarer par l’énergie externe, pareille à un puits obscur. Ainsi, délivré de toute souillure matérielle, il saisit avec joie Ton nom, Ta gloire, Ta forme et Tes līlā.

Verse 60

यत्रेदं व्यज्यते विश्वं विश्वस्मिन्नवभाति यत् । तत् त्वं ब्रह्म परं ज्योतिराकाशमिव विस्तृतम् ॥ ६० ॥

Ô Seigneur, le Brahman impersonnel s’étend partout, tel la lumière du soleil ou le ciel; et en ce Brahman l’univers entier se manifeste et resplendit. Ce Brahman suprême, cette lumière suprême, c’est Toi.

Verse 61

यो माययेदं पुरुरूपयासृजद् बिभर्ति भूय: क्षपयत्यविक्रिय: । यद्भेदबुद्धि: सदिवात्मदु:स्थया त्वमात्मतन्त्रं भगवन् प्रतीमहि ॥ ६१ ॥

Ô Bhagavān, par Ton énergie de māyā aux formes multiples, Tu crées cette manifestation cosmique, Tu la soutiens comme si elle était permanente, puis Tu la résorbes; pourtant Tu demeures immuable. Par sa détresse intérieure, l’être conditionné nourrit une pensée de séparation et Te croit distinct du monde; mais je Te reconnais comme le Paramātmā pleinement souverain.

Verse 62

क्रियाकलापैरिदमेव योगिन: श्रद्धान्विता: साधु यजन्ति सिद्धये । भूतेन्द्रियान्त:करणोपलक्षितं वेदे च तन्त्रे च त एव कोविदा: ॥ ६२ ॥

Ô Seigneur, Ta forme universelle se compose des cinq éléments, des sens, du mental, de l’intelligence, de l’ego matériel et du Paramātmā — Ton expansion partielle qui gouverne tout. Les yogīs non dévots, tels le karma-yogī et le jñāna-yogī, T’adorent aussi, chacun par ses actes, avec foi, en quête de perfection. Les Vedas et les śāstras qui en découlent proclament partout que Toi seul es digne d’adoration : telle est la conclusion experte de tous les Vedas.

Verse 63

त्वमेक आद्य: पुरुष: सुप्तशक्ति- स्तया रज:सत्त्वतमो विभिद्यते । महानहं खं मरुदग्निवार्धरा: सुरर्षयो भूतगणा इदं यत: ॥ ६३ ॥

Ô Seigneur, Tu es l’unique Purusha primordial, la cause de toutes les causes. Avant la création, Ton énergie de māyā demeure en sommeil; lorsqu’elle est mise en mouvement, les trois guṇa—sattva, rajas, tamas—agissent, et se manifestent le mahat, l’ego, l’éther, l’air, le feu, l’eau, la terre, ainsi que les devas et les sages; ainsi naît ce monde.

Verse 64

सृष्टं स्वशक्त्येदमनुप्रविष्ट- श्चचतुर्विधं पुरमात्मांशकेन । अथो विदुस्तं पुरुषं सन्तमन्त- र्भुङ्क्ते हृषीकैर्मधु सारघं य: ॥ ६४ ॥

Mon Seigneur, après avoir créé par Tes propres puissances, Tu entres dans la création par une portion de Toi-même et Tu demeures sous quatre formes. Présent dans le cœur des êtres, Tu sais comment ils jouissent de leurs sens. Le bonheur vanté de ce monde ressemble au plaisir des abeilles goûtant le miel amassé dans le rayon.

Verse 65

स एष लोकानतिचण्डवेगो विकर्षसि त्वं खलु कालयान: । भूतानि भूतैरनुमेयतत्त्वो घनावलीर्वायुरिवाविषह्य: ॥ ६५ ॥

Mon Seigneur, Toi, sous la forme du Temps, d’une vitesse farouche, entraînes les mondes. Ton autorité absolue ne se saisit pas directement, mais des actes du monde on déduit que tout est détruit en son temps—comme un être est dévoré par un autre. Le Temps disperse tout, tel le vent qui éparpille les nuées dans le ciel.

Verse 66

प्रमत्तमुच्चैरिति कृत्यचिन्तया प्रवृद्धलोभं विषयेषु लालसम् । त्वमप्रमत्त: सहसाभिपद्यसे क्षुल्लेलिहानोऽहिरिवाखुमन्तक: ॥ ६६ ॥

Mon Seigneur, les êtres, affolés par leurs projets et leurs soucis, deviennent avides et convoitent les objets des sens. Mais Toi, Tu demeures toujours vigilant; en temps voulu Tu les saisis soudain, tel le serpent qui attrape la souris et l’avale sans peine.

Verse 67

कस्त्वत्पदाब्जं विजहाति पण्डितो यस्तेऽवमानव्ययमानकेतन: । विशङ्कयास्मद्गुरुरर्चति स्म यद् विनोपपत्तिं मनवश्चतुर्दश ॥ ६७ ॥

Mon Seigneur, quel sage délaisserait Tes pieds de lotus, sachant que sans T’adorer sa vie entière est gâchée? Même notre père et maître spirituel, Brahmā, T’a vénéré sans hésitation, et les quatorze Manu ont suivi ses traces.

Verse 68

अथ त्वमसि नो ब्रह्मन् परमात्मन् विपश्चिताम् । विश्वं रुद्रभयध्वस्तमकुतश्चिद्भया गति: ॥ ६८ ॥

Ô Brahman, ô Paramātmā ! Les sages te reconnaissent comme le Brahman suprême et l’Âme suprême. Bien que l’univers redoute Rudra, le destructeur, pour les dévots éclairés Tu es la demeure et la voie sans crainte.

Verse 69

इदं जपत भद्रं वो विशुद्धा नृपनन्दना: । स्वधर्ममनुतिष्ठन्तो भगवत्यर्पिताशया: ॥ ६९ ॥

Fils du roi, accomplissez votre devoir royal avec un cœur pur. Récitez ce stotra en fixant l’esprit sur les pieds de lotus du Seigneur; ainsi viendra toute bénédiction, car le Bhagavān sera satisfait de vous.

Verse 70

तमेवात्मानमात्मस्थं सर्वभूतेष्ववस्थितम् । पूजयध्वं गृणन्तश्च ध्यायन्तश्चासकृद्धरिम् ॥ ७० ॥

Hari, la Personne Suprême, demeure dans le cœur de tous les êtres, et aussi dans le vôtre. C’est pourquoi adorez-le, chantez ses gloires et méditez sur Hari sans interruption.

Verse 71

योगादेशमुपासाद्य धारयन्तो मुनिव्रता: । समाहितधिय: सर्व एतदभ्यसताद‍ृता: ॥ ७१ ॥

Princes, sous forme de prière j’ai exposé la voie du yoga du chant du saint nom. Gardez ce stotra dans votre esprit, prenez le vœu des sages, et dans le silence, avec respect et attention, exercez-vous à cette méthode.

Verse 72

इदमाह पुरास्माकं भगवान् विश्वसृक्पति: । भृग्वादीनामात्मजानां सिसृक्षु: संसिसृक्षताम् ॥ ७२ ॥

Cette prière nous fut d’abord enseignée par le Bhagavān Brahmā, maître de tous les créateurs. À ses fils, conduits par Bhṛgu, qui désiraient créer, ce stotra fut aussi transmis pour l’œuvre de la création.

Verse 73

ते वयं नोदिता: सर्वे प्रजासर्गे प्रजेश्वरा: । अनेन ध्वस्ततमस: सिसृक्ष्मो विविधा: प्रजा: ॥ ७३ ॥

Lorsque le seigneur Brahmā ordonna à nous tous, les Prajāpati, d’engendrer les créatures, nous chantâmes ces louanges au Bhagavān, la Personne Suprême; l’obscurité de l’ignorance fut détruite, et nous pûmes créer des êtres de natures variées.

Verse 74

अथेदं नित्यदा युक्तो जपन्नवहित: पुमान् । अचिराच्छ्रेय आप्नोति वासुदेवपरायण: ॥ ७४ ॥

Le dévot voué à Vāsudeva, l’esprit constamment absorbé en Lui, qui récite ce stotra avec attention et révérence, obtient sans tarder le bien suprême, la plus haute perfection de l’existence.

Verse 75

श्रेयसामिह सर्वेषां ज्ञानं नि:श्रेयसं परम् । सुखं तरति दुष्पारं ज्ञाननौर्व्यसनार्णवम् ॥ ७५ ॥

Dans ce monde matériel, il existe divers accomplissements, mais parmi tous, la connaissance est tenue pour la plus haute; car c’est seulement sur la barque du savoir que l’homme traverse l’océan de l’ignorance, autrement infranchissable.

Verse 76

य इमं श्रद्धया युक्तो मद्गीतं भगवत्स्तवम् । अधीयानो दुराराध्यं हरिमाराधयत्यसौ ॥ ७६ ॥

Bien que le service dévotionnel et l’adoration du Seigneur Hari soient difficiles, celui qui, avec foi, récite ou lit ce stotra au Bhagavān composé et chanté par moi, pourra très aisément attirer la miséricorde de la Personne Suprême de Dieu.

Verse 77

विन्दते पुरुषोऽमुष्माद्यद्यदिच्छत्यसत्वरम् । मद्गीतगीतात्सुप्रीताच्छ्रेयसामेकवल्लभात् ॥ ७७ ॥

La Personne Suprême de Dieu est le but le plus cher de toutes les bénédictions de bon augure. Celui qui chante ce chant que j’ai chanté réjouit le Seigneur; et, ferme dans le service dévotionnel, il peut obtenir du Suprême ce qu’il désire.

Verse 78

इदं य: कल्य उत्थाय प्राञ्जलि: श्रद्धयान्वित: । श‍ृणुयाच्छ्रावयेन्मर्त्यो मुच्यते कर्मबन्धनै: ॥ ७८ ॥

Le dévot qui se lève à l’aube, les mains jointes et plein de foi, écoute ces prières chantées par le Seigneur Śiva et permet à d’autres de les entendre, se libère assurément des liens du karma intéressé.

Verse 79

गीतं मयेदं नरदेवनन्दना: परस्य पुंस: परमात्मन: स्तवम् । जपन्त एकाग्रधियस्तपो महत् चरध्वमन्ते तत आप्स्यथेप्सितम् ॥ ७९ ॥

Ô fils du roi, l’hymne que j’ai chanté est une louange destinée à réjouir la Personne Suprême, le Paramātmā. Récitez-le l’esprit concentré; il est aussi puissant qu’une grande austérité. À la fin, votre vie sera accomplie et vous obtiendrez sûrement ce que vous désirez.

Frequently Asked Questions

Because they were obedient and pious princes acting under their father’s order, they became fit recipients of divine guidance. Lord Śiva, as protector of sādhus and foremost Vaiṣṇava, manifested to redirect their mission of progeny-creation from mere prajā-vṛddhi (population increase) through karma to creation empowered by bhakti—ensuring their austerity would culminate in devotion to Hari rather than fruitive ambition.

The episode highlights the tension between kṣatriya administration and the saintly king’s compassion. Antardhāna’s restraint toward Indra reflects tolerance and freedom from envy, while his reluctance to punish and tax indicates detachment from coercive power. The Bhāgavata frames his resolution—engagement in sacrifice combined with realized devotional service—as the mature integration of duty with transcendence, culminating in attainment of the Lord’s planet.

Śiva explicitly states that those surrendered to Kṛṣṇa are dearest to him and that pure devotion grants immediate access to spiritual realms, whereas even exalted demigods attain those realms only after cosmic dissolution. The stotra positions demigods within the Lord’s governance but establishes Viṣṇu/Kṛṣṇa as the ultimate object of worship taught by the Vedas, with Śiva modeling ideal devotion.

Śiva presents the stotra as a mantra-like discipline: hear attentively, chant with reverence, fix the mind on the Lord’s lotus feet and personal form, and maintain continuous remembrance. He describes it as a form of nāma-yoga and stotra-sādhana that purifies the heart, frees one from bondage to karma, and quickly grants the highest perfection when practiced regularly (especially morning recitation and sharing with others).