
Pṛthu Mahārāja Meets the Four Kumāras: Bhakti as the Boat Across Saṁsāra
Tandis que les citoyens louent Pṛthu Mahārāja, les quatre Kumāras descendent, reconnus à leur éclat et à leurs siddhi. Pṛthu se lève avec empressement, les accueille selon le śāstra, les vénère et honore le caraṇāmṛta comme modèle d’accueil des dévots accomplis. Il glorifie la présence des brāhmaṇa et des Vaiṣṇava comme la véritable sanctification de la vie de foyer, à l’opposé des demeures opulentes dépourvues de dévots. Puis il demande aux Kumāras—amis des âmes conditionnées—comment ceux que brûle le saṁsāra peuvent atteindre rapidement le but suprême. Sanat-kumāra répond que l’attachement ferme aux pieds de lotus de Bhagavān, cultivé par le bhakti-yoga (quête, adoration, śravaṇa-kīrtana) et l’évitement des fréquentations dictées par les sens, déracine la convoitise et les nœuds karmiques. Il analyse l’agitation du mental, la perte de mémoire et la vanité de l’obsession pour artha-kāma, exhortant à rechercher sérieusement la mokṣa par l’abandon au Paramātmā. Pṛthu offre tout aux sages; ils le bénissent et le louent, et le chapitre se tourne vers son règne continu, prospère mais détaché, empreint de bhakti, prélude à la description de son gouvernement exemplaire.
Verse 1
मैत्रेय उवाच जनेषु प्रगृणत्स्वेवं पृथुं पृथुलविक्रमम् । तत्रोपजग्मुर्मुनयश्चत्वार: सूर्यवर्चस: ॥ १ ॥
Maitreya dit : Tandis que les citoyens louaient ainsi le très puissant roi Pṛthu, les quatre Kumāras, éclatants comme le soleil, arrivèrent en ce lieu.
Verse 2
तांस्तु सिद्धेश्वरान् राजा व्योम्नोऽवतरतोऽर्चिषा । लोकानपापान् कुर्वाणान् सानुगोऽचष्ट लक्षितान् ॥ २ ॥
Voyant l’éclat des quatre Kumāras, maîtres de toutes les perfections mystiques, le roi et ses compagnons les reconnurent lorsqu’ils descendaient du ciel, purifiant les mondes par leur lumière.
Verse 3
तद्दर्शनोद्गतान् प्राणान् प्रत्यादित्सुरिवोत्थित: । ससदस्यानुगो वैन्य इन्द्रियेशो गुणानिव ॥ ३ ॥
À leur vue, le souffle de Pṛthu Mahārāja sembla jaillir d’empressement; avec ses officiers et ses compagnons, il se leva en hâte pour les accueillir, comme l’âme conditionnée dont les sens sont aussitôt attirés par les guṇas de la nature.
Verse 4
गौरवाद्यन्त्रित: सभ्य: प्रश्रयानतकन्धर: । विधिवत्पूजयां चक्रे गृहीताध्यर्हणासनान् ॥ ४ ॥
Lorsque les grands sages acceptèrent l’accueil selon les śāstras et prirent place sur les sièges honorifiques offerts par le roi, celui-ci, saisi par leur gloire, inclina aussitôt la tête avec humilité et rendit un culte dû aux quatre Kumāras.
Verse 5
तत्पादशौचसलिलैर्मार्जितालकबन्धन: । तत्र शीलवतां वृत्तमाचरन्मानयन्निव ॥ ५ ॥
Ensuite, le roi prit l’eau ayant lavé les pieds de lotus des Kumāras et en aspergea sa chevelure. Par ce geste de respect, il montra l’exemple de l’accueil dû à une âme spirituellement accomplie.
Verse 6
हाटकासन आसीनान् स्वधिष्ण्येष्विव पावकान् । श्रद्धासंयमसंयुक्त: प्रीत: प्राह भवाग्रजान् ॥ ६ ॥
Les quatre grands sages, plus âgés même que Śiva, étaient assis sur un trône d’or et semblaient tels un feu flamboyant sur l’autel. Mahārāja Pṛthu, avec foi, respect et maîtrise de soi, leur adressa ces paroles avec joie.
Verse 7
पृथुरुवाच अहो आचरितं किं मे मङ्गलं मङ्गलायना: । यस्य वो दर्शनं ह्यासीद्दुर्दर्शानां च योगिभि: ॥ ७ ॥
Pṛthu dit : « Ô grands sages, vous êtes l’incarnation même de l’auspice. Quel acte méritoire ai-je donc accompli pour obtenir si aisément votre darśana ? Même pour les yogīs, vous voir est extrêmement rare. »
Verse 8
किं तस्य दुर्लभतरमिह लोके परत्र च । यस्य विप्रा: प्रसीदन्ति शिवो विष्णुश्च सानुग: ॥ ८ ॥
Pour celui qui a la satisfaction des brāhmaṇas et des vaiṣṇavas, qu’y a-t-il de plus rare à obtenir en ce monde ou dans l’au-delà ? De plus, l’auspicieux Śiva et le Seigneur Viṣṇu, qui les accompagnent, lui accordent aussi leur grâce.
Verse 9
नैव लक्षयते लोको लोकान् पर्यटतोऽपि यान् । यथा सर्वदृशं सर्व आत्मानं येऽस्य हेतव: ॥ ९ ॥
Bien que vous parcouriez tous les mondes, les gens ne vous reconnaissent pas ; de même, ils ne reconnaissent pas le Paramātmā, le Témoin qui voit tout, bien qu’il demeure dans le cœur de chacun.
Verse 10
अधना अपि ते धन्या: साधवो गृहमेधिन: । यद्गृहा ह्यर्हवर्याम्बुतृणभूमीश्वरावरा: ॥ १० ॥
Même sans grande richesse, un maître de maison est glorifié lorsque des saints dévots viennent chez lui. Le maître et les serviteurs qui offrent eau, siège et objets d’accueil aux hôtes éminents, ainsi que la demeure elle-même, sont pareillement sanctifiés.
Verse 11
व्यालालयद्रुमा वै तेष्वरिक्ताखिलसम्पद: । यद्गृहास्तीर्थपादीयपादतीर्थविवर्जिता: ॥ ११ ॥
Au contraire, même comblée d’opulence, la demeure où l’on ne laisse jamais entrer les dévots du Seigneur et où l’on ne garde pas d’eau pour laver leurs pieds sacrés doit être tenue pour un arbre abritant des serpents venimeux.
Verse 12
स्वागतं वो द्विजश्रेष्ठा यद्व्रतानि मुमुक्षव: । चरन्ति श्रद्धया धीरा बाला एव बृहन्ति च ॥ १२ ॥
Mahārāja Pṛthu souhaita la bienvenue aux quatre Kumāras, les appelant les meilleurs des brāhmaṇas. Il dit : Depuis votre naissance vous observez avec foi les vœux de brahmacarya; bien que versés dans la voie de la délivrance, vous demeurez comme de petits enfants.
Verse 13
कच्चिन्न: कुशलं नाथा इन्द्रियार्थार्थवेदिनाम् । व्यसनावाप एतस्मिन्पतितानां स्वकर्मभि: ॥ १३ ॥
Pṛthu Mahārāja interrogea les sages : Ô vénérables seigneurs, ceux qui, par leurs propres actes, sont tombés dans cette existence matérielle périlleuse et ne visent que la jouissance des sens, peuvent-ils connaître quelque bien ou bonne fortune ?
Verse 14
भवत्सु कुशलप्रश्न आत्मारामेषु नेष्यते । कुशलाकुशला यत्र न सन्ति मतिवृत्तय: ॥ १४ ॥
Il n’est pas besoin de demander votre bonne ou mauvaise fortune, car vous êtes ātmārāmas, toujours absorbés dans la félicité du Soi. En vous n’existent pas ces mouvements mentaux qui imaginent l’auspicieux et l’inauspicieux; comment parler alors de chance ou de malchance ?
Verse 15
तदहं कृतविश्रम्भ: सुहृदो वस्तपस्विनाम् । सम्पृच्छे भव एतस्मिन् क्षेम: केनाञ्जसा भवेत् ॥ १५ ॥
Je suis pleinement assuré que des êtres saints comme toi sont les seuls amis de ceux qui brûlent dans le feu de l’existence matérielle. C’est pourquoi je demande : comment, en ce monde, atteindre promptement le bien suprême et le but ultime de la vie ?
Verse 16
व्यक्तमात्मवतामात्मा भगवानात्मभावन: । स्वानामनुग्रहायेमां सिद्धरूपी चरत्यज: ॥ १६ ॥
La Personnalité Suprême de Dieu, l’Âme des êtres réalisés et Celui qui éveille la conscience de l’âme, désire toujours élever les êtres vivants, qui sont Ses parcelles. Pour leur accorder une grâce particulière, le Seigneur parcourt le monde sous la forme de sages réalisés comme toi.
Verse 17
मैत्रेय उवाच पृथोस्तत्सूक्तमाकर्ण्य सारं सुष्ठु मितं मधु । स्मयमान इव प्रीत्या कुमार: प्रत्युवाच ह ॥ १७ ॥
Le grand sage Maitreya poursuivit : Ayant entendu les paroles du roi Pṛthu — pleines d’essence, justes, mesurées et douces à l’oreille — Sanat-kumāra, le meilleur des célibataires, sourit avec satisfaction et commença à répondre ainsi.
Verse 18
सनत्कुमार उवाच साधु पृष्टं महाराज सर्वभूतहितात्मना । भवता विदुषा चापि साधूनां मतिरीदृशी ॥ १८ ॥
Sanat-kumāra dit : Mon cher roi, tu as posé une excellente question. Comme ton cœur recherche le bien de tous les êtres, cette question est bénéfique pour tous. Bien que tu sois savant et que tu saches, tu questionnes ainsi, car telle est la conduite des saints ; une telle intelligence sied à ta position.
Verse 19
सङ्गम: खलु साधूनामुभयेषां च सम्मत: । यत्सम्भाषणसम्प्रश्न: सर्वेषां वितनोति शम् ॥ १९ ॥
L’assemblée des sādhus est, en vérité, approuvée par les deux—celui qui parle et celui qui écoute—car les échanges, questions et réponses y répandent la paix et le bonheur véritable pour tous.
Verse 20
अस्त्येव राजन् भवतो मधुद्विष: पादारविन्दस्य गुणानुवादने । रतिर्दुरापा विधुनोति नैष्ठिकी कामं कषायं मलमन्तरात्मन: ॥ २० ॥
Ô roi, tu as déjà l’inclination de glorifier les pieds de lotus de Madhudviṣa, la Personne Suprême. Un tel attachement est très difficile à obtenir; mais lorsqu’il devient une foi inébranlable, il purifie de lui-même la convoitise et les souillures au plus profond du cœur.
Verse 21
शास्त्रेष्वियानेव सुनिश्चितो नृणां क्षेमस्य सध्र्यग्विमृशेषु हेतु: । असङ्ग आत्मव्यतिरिक्त आत्मनि दृढा रतिर्ब्रह्मणि निर्गुणे च या ॥ २१ ॥
Les Écritures, après mûre réflexion, ont tranché que le bien ultime des hommes est le détachement de l’idée d’être le corps, et l’accroissement d’un attachement ferme au Seigneur Suprême, Parabrahman nirguṇa, au-delà des modes de la nature.
Verse 22
सा श्रद्धया भगवद्धर्मचर्यया जिज्ञासयाध्यात्मिकयोगनिष्ठया । योगेश्वरोपासनया च नित्यं पुण्यश्रव:कथया पुण्यया च ॥ २२ ॥
Cet attachement s’accroît par la śraddhā, la pratique du dharma dévotionnel, l’enquête sur le Seigneur, la constance dans le bhakti-yoga, l’adoration quotidienne du Yogeśvara, et l’écoute ainsi que le chant des récits saints de Ses gloires, vertueux en eux-mêmes.
Verse 23
अर्थेन्द्रियारामसगोष्ठ्यतृष्णया तत्सम्मतानामपरिग्रहेण च । विविक्तरुच्या परितोष आत्मनि विना हरेर्गुणपीयूषपानात् ॥ २३ ॥
On progresse spirituellement en ne s’associant pas à ceux qui ne cherchent que l’argent et la jouissance des sens, et en évitant même ceux qui les fréquentent. Il faut façonner sa vie de sorte qu’on ne puisse être en paix sans boire le nectar de la glorification de Hari. Ainsi s’élève-t-on en se dégoûtant du goût des plaisirs des sens.
Verse 24
अहिंसया पारमहंस्यचर्यया स्मृत्या मुकुन्दाचरिताग्र्यसीधुना । यमैरकामैर्नियमैश्चाप्यनिन्दया निरीहया द्वन्द्वतितिक्षया च ॥ २४ ॥
Celui qui vise l’élévation spirituelle doit être non-violent, suivre les traces des grands ācāryas paramahaṁsa, se souvenir sans cesse du nectar suprême des divertissements de Mukunda, observer yama et niyama sans désir matériel et, ce faisant, ne médire de personne. Le dévot doit mener une vie simple et apprendre à tolérer les dualités sans être troublé.
Verse 25
हरेर्मुहुस्तत्परकर्णपूर गुणाभिधानेन विजृम्भमाणया । भक्त्या ह्यसङ्ग: सदसत्यनात्मनि स्यान्निर्गुणे ब्रह्मणि चाञ्जसा रति: ॥ २५ ॥
Le dévot doit faire croître peu à peu le service de bhakti en écoutant sans cesse les qualités transcendantes de Śrī Hari, parure des oreilles des bhaktas. Par cette bhakti, dépassant les guṇa matériels, il devient détaché de l’irréel et s’établit aisément dans l’amour pour le Brahman nirguṇa, Śrī Bhagavān Lui-même.
Verse 26
यदा रतिर्ब्रह्मणि नैष्ठिकी पुमा- नाचार्यवान् ज्ञानविरागरंहसा । दहत्यवीर्यं हृदयं जीवकोशं पञ्चात्मकं योनिमिवोत्थितोऽग्नि: ॥ २६ ॥
Lorsque, par la grâce de l’ācārya, la connaissance et le détachement s’éveillent avec force et que la rati de l’homme s’établit fermement en Śrī Bhagavān, alors le jīva demeurant dans le cœur, enveloppé des cinq éléments, consume l’entourage matériel comme le feu né du bois consume le bois lui-même.
Verse 27
दग्धाशयो मुक्तसमस्ततद्गुणो नैवात्मनो बहिरन्तर्विचष्टे । परात्मनोर्यद्वयवधानं पुरस्तात् स्वप्ने यथा पुरुषस्तद्विनाशे ॥ २७ ॥
Quand les désirs matériels sont consumés et que l’homme est libéré de toutes les guṇa, il ne voit plus de distinction entre actes extérieurs et intérieurs. Alors s’anéantit la différence entre l’ātman et le Paramātman qui semblait exister avant la réalisation de soi, comme à la fin d’un rêve il n’y a plus de séparation entre le rêve et le rêveur.
Verse 28
आत्मानमिन्द्रियार्थं च परं यदुभयोरपि । सत्याशय उपाधौ वै पुमान् पश्यति नान्यदा ॥ २८ ॥
Lorsque l’âme vit pour la satisfaction des sens, elle engendre des désirs variés et se trouve ainsi soumise aux désignations (upādhi). Mais lorsqu’elle est en position transcendante, elle ne s’intéresse à rien d’autre qu’à accomplir la volonté du Seigneur.
Verse 29
निमित्ते सति सर्वत्र जलादावपि पूरुष: । आत्मनश्च परस्यापि भिदां पश्यति नान्यदा ॥ २९ ॥
Ce n’est qu’à cause de causes diverses qu’un homme voit partout une différence entre lui-même et autrui, tout comme le reflet du corps paraît se manifester différemment sur l’eau, sur l’huile ou dans un miroir.
Verse 30
इन्द्रियैर्विषयाकृष्टैराक्षिप्तं ध्यायतां मन: । चेतनां हरते बुद्धे: स्तम्बस्तोयमिव ह्रदात् ॥ ३० ॥
Lorsque les sens, attirés par les objets, courent vers la jouissance, le mental s’agite. À force de contempler sans cesse ces objets, la conscience véritable de l’intelligence s’éteint presque, comme l’eau d’un lac que les roseaux du rivage aspirent peu à peu.
Verse 31
भ्रश्यत्यनुस्मृतिश्चित्तं ज्ञानभ्रंश: स्मृतिक्षये । तद्रोधं कवय: प्राहुरात्मापह्नवमात्मन: ॥ ३१ ॥
Quand on s’écarte de la conscience originelle, la réminiscence du cœur s’effondre; et lorsque la mémoire s’éteint, la connaissance se corrompt. Les sages nomment cela ‘l’auto-voilement de l’âme’ (ātma-apahnava), l’oubli de sa propre nature.
Verse 32
नात: परतरो लोके पुंस: स्वार्थव्यतिक्रम: । यदध्यन्यस्य प्रेयस्त्वमात्मन: स्वव्यतिक्रमात् ॥ ३२ ॥
Dans ce monde, rien n’entrave davantage le véritable bien de l’homme que de juger d’autres choses plus agréables que la réalisation du Soi.
Verse 33
अर्थेन्द्रियार्थाभिध्यानं सर्वार्थापह्नवो नृणाम् । भ्रंशितो ज्ञानविज्ञानाद्येनाविशति मुख्यताम् ॥ ३३ ॥
Méditer sans cesse sur l’argent et sur la manière de l’employer pour la jouissance des sens détruit les intérêts de tous. Privé de connaissance, de discernement et de bhakti, on tombe dans des naissances telles que celles des arbres et des pierres.
Verse 34
न कुर्यात्कर्हिचित्सङ्गं तमस्तीव्रं तितीरिषु: । धर्मार्थकाममोक्षाणां यदत्यन्तविघातकम् ॥ ३४ ॥
Ceux qui désirent ardemment traverser l’océan de l’ignorance ne doivent jamais s’associer à la qualité d’obscurité (tamas), car les activités hédonistes sont les plus grands obstacles au dharma, à l’artha, au kama et, finalement, au moksha.
Verse 35
तत्रापि मोक्ष एवार्थ आत्यन्तिकतयेष्यते । त्रैवर्ग्योऽर्थो यतो नित्यं कृतान्तभयसंयुत: ॥ ३५ ॥
Parmi les quatre buts de l’existence, la libération (mokṣa) doit être tenue pour suprême et prise avec le plus grand sérieux. Dharma, artha et kāma sont voués à la destruction sous la loi inflexible de la nature : la mort.
Verse 36
परेऽवरे च ये भावा गुणव्यतिकरादनु । न तेषां विद्यते क्षेममीशविध्वंसिताशिषाम् ॥ ३६ ॥
Les états de vie supérieurs et inférieurs que nous tenons pour des bénédictions n’apparaissent qu’en raison du mélange et de l’échange des guṇas de la nature matérielle. En vérité, ils n’ont aucune sécurité durable, car tous seront détruits par le Souverain suprême.
Verse 37
तत्त्वं नरेन्द्र जगतामथ तस्थूषां च देहेन्द्रियासुधिषणात्मभिरावृतानाम् । य: क्षेत्रवित्तपतया हृदि विश्वगावि: प्रत्यक् चकास्ति भगवांस्तमवेहि सोऽस्मि ॥ ३७ ॥
Ô roi Pṛthu, comprends le Bhagavān, la Personne Suprême, qui demeure dans le cœur de tous les êtres, mobiles ou immobiles, comme Seigneur du champ (kṣetra) et témoin intérieur auprès de l’âme individuelle. Les jīvas sont voilées par le corps grossier et le corps subtil faits de prāṇa et d’intelligence.
Verse 38
यस्मिन्निदं सदसदात्मतया विभाति माया विवेकविधुति स्रजि वाहिबुद्धि: । तं नित्यमुक्तपरिशुद्धविशुद्धतत्त्वं प्रत्यूढकर्मकलिलप्रकृतिं प्रपद्ये ॥ ३८ ॥
En Lui, l’univers apparaît par māyā comme cause et effet, comme s’il était réel et irréel; mais celui qui transcende l’illusion par le discernement—comme se dissipe l’idée d’un serpent dans une corde—comprend que le Paramātmā est éternellement libre, parfaitement pur, vérité immaculée, et sans tache du karma. À Lui seul je m’abandonne.
Verse 39
यत्पादपङ्कजपलाशविलासभक्त्या कर्माशयं ग्रथितमुद्ग्रथयन्ति सन्त: । तद्वन्न रिक्तमतयो यतयोऽपि रुद्ध स्रोतोगणास्तमरणं भज वासुदेवम् ॥ ३९ ॥
Par la bhakti qui se plaît à servir les orteils du lotus des pieds du Seigneur, les saints dénouent aisément le nœud dur des désirs karmiques. Mais ceux qui sont sans dévotion—même jñānīs et yogīs—ne parviennent pas à arrêter les vagues de la jouissance des sens. C’est pourquoi adore Vāsudeva, Śrī Kṛṣṇa, fils de Vasudeva.
Verse 40
कृच्छ्रो महानिह भवार्णवमप्लवेशां षड्वर्गनक्रमसुखेन तितीर्षन्ति । तत्त्वं हरेर्भगवतो भजनीयमङ्घ्रिं कृत्वोडुपं व्यसनमुत्तर दुस्तरार्णम् ॥ ४० ॥
L’océan de l’ignorance est très difficile à traverser, infesté de requins et de crocodiles dangereux, les six ennemis intérieurs. Les non-dévots cherchent à le franchir par de rudes austérités; mais nous recommandons simplement de prendre refuge aux pieds de lotus, dignes d’adoration, du Seigneur Hari, tels une barque, et l’on surmonte alors ce vaste péril.
Verse 41
मैत्रेय उवाच स एवं ब्रह्मपुत्रेण कुमारेणात्ममेधसा । दर्शितात्मगति: सम्यक्प्रशस्योवाच तं नृप: ॥ ४१ ॥
Maitreya dit : Ainsi éclairé par le fils de Brahmā —l’un des Kumāras, parfait en intelligence spirituelle— le roi vit clairement la voie de l’âme. L’ayant loué comme il convient, il lui adressa ces paroles.
Verse 42
राजोवाच कृतो मेऽनुग्रह: पूर्वं हरिणार्तानुकम्पिना । तमापादयितुं ब्रह्मन् भगवन् यूयमागता: ॥ ४२ ॥
Le roi dit : Ô brāhmaṇa, ô puissant ! Jadis, le Seigneur Hari, compatissant envers les affligés, m’a accordé Sa miséricorde sans cause et a संकेतé que vous viendriez en ma demeure; pour confirmer cette grâce, vous êtes tous venus.
Verse 43
निष्पादितश्च कार्त्स्न्येन भगवद्भिर्घृणालुभि: । साधूच्छिष्टं हि मे सर्वमात्मना सह किं ददे ॥ ४३ ॥
Mon cher brāhmaṇa, vous êtes vous aussi compatissants comme le Seigneur, et vous avez donc exécuté l’ordre entièrement. Il est dès lors de mon devoir de vous offrir quelque chose; mais tout ce que je possède n’est que comme des restes laissés par de grands sādhus. Que puis-je donner, même avec ma propre personne ?
Verse 44
प्राणा दारा: सुता ब्रह्मन् गृहाश्च सपरिच्छदा: । राज्यं बलं मही कोश इति सर्वं निवेदितम् ॥ ४४ ॥
Le roi poursuivit : Ainsi, ô brāhmaṇas, ma vie, mon épouse, mes enfants, ma demeure avec tout son mobilier, mon royaume, ma force, mes terres et surtout mon trésor, je vous offre tout cela.
Verse 45
सैनापत्यं च राज्यं च दण्डनेतृत्वमेव च । सर्व लोकाधिपत्यं च वेदशास्त्रविदर्हति ॥ ४५ ॥
Seul celui qui est parfaitement instruit selon les principes du savoir védique mérite d’être chef des armées, souverain du royaume, dispensateur du châtiment et maître de la terre entière; ainsi Mahārāja Pṛthu offrit tout aux Kumāras.
Verse 46
स्वमेव ब्राह्मणो भुङ्क्ते स्वं वस्ते स्वं ददाति च । तस्यैवानुग्रहेणान्नं भुञ्जते क्षत्रियादय: ॥ ४६ ॥
Le brāhmaṇa se nourrit de ses propres biens, se vêt de ses propres biens et fait l’aumône avec ses propres biens; et c’est par sa miséricorde que les kṣatriya et les autres peuvent manger.
Verse 47
यैरीदृशी भगवतो गतिरात्मवाद एकान्ततो निगमिभि: प्रतिपादिता न: । तुष्यन्त्वदभ्रकरुणा: स्वकृतेन नित्यं को नाम तत्प्रतिकरोति विनोदपात्रम् ॥ ४७ ॥
Qui pourrait s’acquitter envers ces grandes âmes, compatissantes comme des nuées, qui ont rendu un service illimité en exposant, avec ferme conviction et preuves védiques, la voie de la réalisation de soi en relation avec Bhagavān, pour notre éveil? Hormis leur offrir de l’eau dans les paumes jointes pour leur satisfaction, quel retour est possible? De telles personnalités ne sont satisfaites que par leurs propres actes, qu’elles répandent dans la société humaine par une miséricorde sans bornes.
Verse 48
मैत्रेय उवाच त आत्मयोगपतय आदिराजेन पूजिता: । शीलं तदीयं शंसन्त: खेऽभवन्मिषतां नृणाम् ॥ ४८ ॥
Maitreya dit : Ainsi honorés par Mahārāja Pṛthu, les quatre Kumāras, maîtres du bhakti-yoga, furent grandement réjouis. Ils apparurent dans le ciel, louèrent le caractère du roi, et tous les virent.
Verse 49
वैन्यस्तु धुर्यो महतां संस्थित्याध्यात्मशिक्षया । आप्तकाममिवात्मानं मेन आत्मन्यवस्थित: ॥ ४९ ॥
Parmi les grandes personnalités, Vainya Pṛthu fut le premier grâce à sa ferme assise dans l’enseignement spirituel. Établi en lui-même, il demeura satisfait comme celui qui a atteint tout succès dans la compréhension transcendante.
Verse 50
कर्माणि च यथाकालं यथादेशं यथाबलम् । यथोचितं यथावित्तमकरोद्ब्रह्मसात्कृतम् ॥ ५० ॥
Satisfait en lui-même, le Mahārāja Pṛthu accomplit ses devoirs aussi parfaitement que possible, selon le temps, la situation, la force et les moyens. Dans toutes ses actions, son unique but était de satisfaire la Vérité Absolue, le Bhagavān; ainsi agit-il comme il se doit.
Verse 51
फलं ब्रह्मणि संन्यस्य निर्विषङ्ग: समाहित: । कर्माध्यक्षं च मन्वान आत्मानं प्रकृते: परम् ॥ ५१ ॥
Pṛthu Mahārāja offrit les fruits de ses actes au Brahman (au Bhagavān), demeurant sans attachement et profondément recueilli. Il tenait le Seigneur pour le maître de toute action et se considérait comme le serviteur éternel de la Personne Suprême, au-delà de la nature matérielle.
Verse 52
गृहेषु वर्तमानोऽपि स साम्राज्यश्रियान्वित: । नासज्जतेन्द्रियार्थेषु निरहंमतिरर्कवत् ॥ ५२ ॥
Bien qu’entouré de l’opulence née de la prospérité de tout son empire, Mahārāja Pṛthu demeura au foyer en tant que chef de famille. N’étant jamais porté à employer ses richesses pour la jouissance des sens, il resta détaché, tel le soleil, que rien n’affecte en toute circonstance.
Verse 53
एवमध्यात्मयोगेन कर्माण्यनुसमाचरन् । पुत्रानुत्पादयामास पञ्चार्चिष्यात्मसम्मतान् ॥ ५३ ॥
Ainsi, établi dans l’adhyātma-yoga (le bhakti-yoga), Mahārāja Pṛthu accomplit ses activités comme il se doit et engendra cinq fils avec son épouse Arci. En vérité, ces fils naquirent selon son propre désir.
Verse 54
विजिताश्वं धूम्रकेशं हर्यक्षं द्रविणं वृकम् । सर्वेषां लोकपालानां दधारैक: पृथुर्गुणान् ॥ ५४ ॥
Après avoir engendré cinq fils—Vijitāśva, Dhūmrakeśa, Haryakṣa, Draviṇa et Vṛka—Mahārāja Pṛthu continua de gouverner le monde. À lui seul, il porta toutes les qualités des devas lokapālas qui président aux autres planètes.
Verse 55
गोपीथाय जगत्सृष्टे: काले स्वे स्वेऽच्युतात्मक: । मनोवाग्वृत्तिभि: सौम्यैर्गुणै: संरञ्जयन् प्रजा: ॥ ५५ ॥
Dévot parfait du Seigneur Acyuta, Mahārāja Pṛthu voulut protéger la création du Seigneur en comblant les citoyens selon leurs désirs variés ; ainsi, par la pensée, la parole, l’action et une conduite douce, il les contentait en tout.
Verse 56
राजेत्यधान्नामधेयं सोमराज इवापर: । सूर्यवद्विसृजन् गृह्णन् प्रतपंश्च भुवो वसु ॥ ५६ ॥
Mahārāja Pṛthu devint aussi célèbre comme roi que Soma-rāja, le roi de la lune. Il était également puissant et exigeant comme le dieu Soleil, qui dispense chaleur et lumière tout en prélevant les eaux des mondes.
Verse 57
दुर्धर्षस्तेजसेवाग्निर्महेन्द्र इव दुर्जय: । तितिक्षया धरित्रीव द्यौरिवाभीष्टदो नृणाम् ॥ ५७ ॥
Mahārāja Pṛthu était si puissant qu’on ne pouvait désobéir à ses ordres, tout comme on ne peut vaincre le feu. Il était invincible comme Indra ; et pourtant, il était patient comme la terre et, pour exaucer les désirs des hommes, semblable au ciel lui-même.
Verse 58
वर्षति स्म यथाकामं पर्जन्य इव तर्पयन् । समुद्र इव दुर्बोध: सत्त्वेनाचलराडिव ॥ ५८ ॥
De même que la pluie comble les désirs de tous, Mahārāja Pṛthu satisfaisait chacun. Il était comme l’océan, dont nul ne peut sonder la profondeur, et comme le mont Meru, roi des montagnes, inébranlable dans son dessein.
Verse 59
धर्मराडिव शिक्षायामाश्चर्ये हिमवानिव । कुवेर इव कोशाढ्यो गुप्तार्थो वरुणो यथा ॥ ५९ ॥
L’intelligence et l’instruction de Mahārāja Pṛthu étaient merveilleuses, semblables à celles de Yamarāja, gardien de la justice. Son opulence égalait l’Himālaya, réservoir de gemmes et de métaux. Il était riche comme Kuvera, et ses secrets demeuraient cachés comme ceux de Varuṇa : nul ne pouvait les dévoiler.
Verse 60
मातरिश्वेव सर्वात्मा बलेन महसौजसा । अविषह्यतया देवो भगवान् भूतराडिव ॥ ६० ॥
Par la force du corps et des sens, le Mahārāja Pṛthu était tel le vent qui va partout; et par une puissance irrésistible, il ressemblait à Bhagavān dans l’expansion de Rudra, Sadāśiva.
Verse 61
कन्दर्प इव सौन्दर्ये मनस्वी मृगराडिव । वात्सल्ये मनुवन्नृणां प्रभुत्वे भगवानज: ॥ ६१ ॥
Par la beauté, il était tel Kandarpa; par la réflexion et la fermeté, tel un lion. Par l’affection, tel Svāyambhuva Manu; et par l’autorité de gouverner, tel Bhagavān Brahmā.
Verse 62
बृहस्पतिर्ब्रह्मवादे आत्मवत्त्वे स्वयं हरि: । भक्त्या गोगुरुविप्रेषु विष्वक्सेनानुवर्तिषु । ह्रिया प्रश्रयशीलाभ्यामात्मतुल्य: परोद्यमे ॥ ६२ ॥
En science spirituelle, il égalait Bṛhaspati; en maîtrise de soi, il était comme Hari Lui-même. Dans la bhakti, il suivait les dévots—disciples de Viṣvaksena—attachés à la protection des vaches et au service du maître spirituel et des brāhmaṇas. Par pudeur sacrée et douceur respectueuse, il était accompli; et dans l’action philanthropique, il œuvrait comme pour son propre être.
Verse 63
कीर्त्योर्ध्वगीतया पुम्भिस्त्रैलोक्ये तत्र तत्र ह । प्रविष्ट: कर्णरन्ध्रेषु स्त्रीणां राम: सतामिव ॥ ६३ ॥
Dans tout l’univers—mondes supérieurs, intermédiaires et inférieurs—la renommée de Pṛthu Mahārāja fut chantée à haute voix. Femmes et saints entendirent ses gloires suaves, pareilles aux gloires du Seigneur Rāmacandra.
This act honors caraṇāmṛta as spiritually purifying and models śāstric etiquette: a ruler becomes truly glorious by humility before realized devotees. In Bhāgavata theology, the Lord’s mercy flows through His devotees; reverence to them accelerates purification and anchors kingship in service rather than pride.
He defines it as detachment from the bodily concept and steady attachment to the Supreme Lord beyond the guṇas. This attachment is cultivated through bhakti practices—hearing, chanting, worship, and inquiry—and it naturally cleanses lust from the heart, making liberation meaningful and stable.
Those absorbed in money-making and sense gratification—and even those who keep such association—should be avoided, because that association agitates the mind, strengthens anarthas, and obstructs dharma, artha, kāma, and especially mokṣa. The chapter frames bad association as the practical root of spiritual decline.
Because without devotion to the Lord’s lotus feet, the ‘hard-knotted’ desires for fruitive activity persist. Sanat-kumāra presents bhakti as uniquely effective: service to Bhagavān redirects desire itself, whereas mere restraint or analysis often fails against entrenched saṁskāras.
The Lord’s lotus feet are compared to boats that carry one safely across saṁsāra, which is dangerous like an ocean filled with sharks (temptations, anarthas, karmic reactions). The teaching emphasizes śaraṇāgati—taking shelter—over relying solely on austerity or self-powered methods.