
Dhruva-vaṁśa Continuation: Utkala’s Renunciation, Aṅga’s Sacrifice, and the Birth of Vena (Prelude to Pṛthu)
Après le départ de Dhruva Mahārāja vers la demeure de Viṣṇu, Vidura, ému de bhakti, interroge Maitreya au sujet des Pracetās et de la glorification de Dhruva par Nārada, reliant ainsi la dévotion personnelle de Dhruva au récit plus vaste de la lignée royale. Maitreya retrace d’abord la succession : Utkala refuse le trône, absorbé dans la réalisation de Brahman et le bhakti-yoga, paraissant fou aux yeux des mondains ; Vatsara devient donc roi, et la dynastie se poursuit à travers les descendants jusqu’à Cākṣuṣa Manu et sa lignée, aboutissant à Aṅga et à la naissance de Vena. Le chapitre bascule ensuite de la généalogie à la crise : l’aśvamedha d’Aṅga échoue car les demi-dieux n’acceptent pas les offrandes, révélant un obstacle karmique—l’absence de fils. En orientant le sacrifice vers Hari (Viṣṇu), les prêtres obtiennent un prasāda divin qui engendre un fils ; mais Vena grandit cruel et impie, poussant Aṅga à renoncer au royaume et au foyer. La peine du peuple et l’assemblée des sages préparent immédiatement le terrain pour le règne de Vena, sa confrontation avec les brāhmaṇas, et l’avènement de Pṛthu dans la suite du récit.
Verse 1
सूत उवाच निशम्य कौषारविणोपवर्णितंध्रुवस्य वैकुण्ठपदाधिरोहणम् । प्ररूढभावो भगवत्यधोक्षजेप्रष्टुं पुनस्तं विदुर: प्रचक्रमे ॥ १ ॥
Sūta dit : Après avoir entendu le sage Maitreya, fils de Kuṣārava, décrire l’ascension de Dhruva Mahārāja vers la demeure de Vaikuṇṭha, Vidura fut envahi d’une émotion dévotionnelle profonde envers Bhagavān Adhokṣaja. Il se remit alors à questionner Maitreya comme suit.
Verse 2
विदुर उवाच के ते प्रचेतसो नाम कस्यापत्यानि सुव्रत । कस्यान्ववाये प्रख्याता: कुत्र वा सत्रमासत ॥ २ ॥
Vidura demanda : Ô toi dont les vœux sont purs, qui étaient les Pracetās ? De qui étaient-ils les fils, dans quelle lignée furent-ils renommés, et où accomplirent-ils le grand sacrifice satra ?
Verse 3
मन्ये महाभागवतं नारदं देवदर्शनम् । येन प्रोक्त: क्रियायोग: परिचर्याविधिर्हरे: ॥ ३ ॥
Vidura dit : Je tiens Nārada pour le grand mahā-bhāgavata, celui qui a eu la vision directe du Seigneur. C’est lui qui a exposé le kriyā-yoga et la méthode pāñcarātrika du service dévotionnel envers Hari.
Verse 4
स्वधर्मशीलै: पुरुषैर्भगवान् यज्ञपूरुष: । इज्यमानो भक्तिमता नारदेनेरित: किल ॥ ४ ॥
Tandis que les dévots, fidèles à leur devoir, adoraient le Seigneur, le Yajña-Puruṣa, par des sacrifices pour le satisfaire, le sage Nārada chanta les qualités transcendantes de Dhruva Mahārāja.
Verse 5
यास्ता देवर्षिणा तत्र वर्णिता भगवत्कथा: । मह्यं शुश्रूषवे ब्रह्मन् कार्त्स्न्येनाचष्टुमर्हसि ॥ ५ ॥
Ô brāhmane, quels récits de Bhagavān le devarṣi Nārada a-t-il décrits là-bas, et comment a-t-il glorifié le Seigneur ? Je brûle de les entendre ; explique-les-moi entièrement, je t’en prie.
Verse 6
मैत्रेय उवाच ध्रुवस्य चोत्कल: पुत्र: पितरि प्रस्थिते वनम् । सार्वभौमश्रियं नैच्छदधिराजासनं पितु: ॥ ६ ॥
Maitreya répondit : Cher Vidura, lorsque Mahārāja Dhruva partit pour la forêt, son fils Utkala ne voulut pas accepter le trône opulent de son père, destiné au souverain de toutes les terres de ce monde.
Verse 7
स जन्मनोपशान्तात्मा नि:सङ्ग: समदर्शन: । ददर्श लोके विततमात्मानं लोकमात्मनि ॥ ७ ॥
Dès sa naissance, Utkala eut l’âme apaisée, sans attachement et d’une vision égale. Il voyait le Paramātmā répandu dans le monde, et voyait le monde entier demeurer en Paramātmā.
Verse 8
आत्मानं ब्रह्म निर्वाणं प्रत्यस्तमितविग्रहम् । अवबोधरसैकात्म्यमानन्दमनुसन्ततम् ॥ ८ ॥ अव्यवच्छिन्नयोगाग्निदग्धकर्ममलाशय: । स्वरूपमवरुन्धानो नात्मनोऽन्यं तदैक्षत ॥ ९ ॥
Par l'expansion de sa connaissance du Brahman Suprême, il s'était libéré des chaînes du corps. Le feu du bhakti-yoga ayant brûlé toutes les impuretés, il ne voyait que le Seigneur Suprême.
Verse 9
आत्मानं ब्रह्म निर्वाणं प्रत्यस्तमितविग्रहम् । अवबोधरसैकात्म्यमानन्दमनुसन्ततम् ॥ ८ ॥ अव्यवच्छिन्नयोगाग्निदग्धकर्ममलाशय: । स्वरूपमवरुन्धानो नात्मनोऽन्यं तदैक्षत ॥ ९ ॥
Par l'expansion de sa connaissance du Brahman Suprême, il s'était libéré des chaînes du corps. Le feu du bhakti-yoga ayant brûlé toutes les impuretés, il ne voyait que le Seigneur Suprême.
Verse 10
जडान्धबधिरोन्मत्तमूकाकृतिरतन्मति: । लक्षित: पथि बालानां प्रशान्तार्चिरिवानल: ॥ १० ॥
Bien qu'il ne le fût pas en réalité, Utkala paraissait sot, aveugle, sourd et fou aux yeux des gens ordinaires. Il restait tel un feu couvert de cendres.
Verse 11
मत्वा तं जडमुन्मत्तं कुलवृद्धा: समन्त्रिण: । वत्सरं भूपतिं चक्रुर्यवीयांसं भ्रमे: सुतम् ॥ ११ ॥
Pour cette raison, les ministres et les aînés de la famille crurent qu'Utkala était dépourvu d'intelligence et fou. Ainsi, son jeune frère nommé Vatsara, fils de Bhrami, fut élevé au trône royal.
Verse 12
स्वर्वीथिर्वत्सरस्येष्टा भार्यासूत षडात्मजान् । पुष्पार्णं तिग्मकेतुं च इषमूर्जं वसुं जयम् ॥ १२ ॥
Le roi Vatsara avait une épouse très chère nommée Svarvithi, qui donna naissance à six fils : Pusparna, Tigmaketu, Isa, Urja, Vasu et Jaya.
Verse 13
पुष्पार्णस्य प्रभा भार्या दोषा च द्वे बभूवतु: । प्रातर्मध्यन्दिनं सायमिति ह्यासन् प्रभासुता: ॥ १३ ॥
Puṣpārṇa eut deux épouses, Prabhā et Doṣā. De Prabhā naquirent trois fils : Prātar, Madhyandinam et Sāyam.
Verse 14
प्रदोषो निशिथो व्युष्ट इति दोषासुतास्त्रय: । व्युष्ट: सुतं पुष्करिण्यां सर्वतेजसमादधे ॥ १४ ॥
Doṣā eut trois fils : Pradoṣa, Niśitha et Vyuṣṭa. L’épouse de Vyuṣṭa, Puṣkariṇī, enfanta un fils très puissant nommé Sarvatejā.
Verse 15
स चक्षु: सुतमाकूत्यां पत्न्यां मनुमवाप ह । मनोरसूत महिषी विरजान्नड्वला सुतान् ॥ १५ ॥ पुरुं कुत्सं त्रितं द्युम्नं सत्यवन्तमृतं व्रतम् । अग्निष्टोममतीरात्रं प्रद्युम्नं शिबिमुल्मुकम् ॥ १६ ॥
De Sarvatejā et de son épouse Ākūti naquit un fils nommé Cākṣuṣa, qui, à la fin du manvantara, devint le sixième Manu. L’épouse royale de Cākṣuṣa Manu, Naḍvalā (Virajā), enfanta des fils sans défaut : Puru, Kutsa, Trita, Dyumna, Satyavān, Ṛta, Vrata, Agniṣṭoma, Atīrātra, Pradyumna, Śibi et Ulmuka.
Verse 16
स चक्षु: सुतमाकूत्यां पत्न्यां मनुमवाप ह । मनोरसूत महिषी विरजान्नड्वला सुतान् ॥ १५ ॥ पुरुं कुत्सं त्रितं द्युम्नं सत्यवन्तमृतं व्रतम् । अग्निष्टोममतीरात्रं प्रद्युम्नं शिबिमुल्मुकम् ॥ १६ ॥
De Sarvatejā et de son épouse Ākūti naquit un fils nommé Cākṣuṣa, qui, à la fin du manvantara, devint le sixième Manu. L’épouse royale de Cākṣuṣa Manu, Naḍvalā (Virajā), enfanta des fils sans défaut : Puru, Kutsa, Trita, Dyumna, Satyavān, Ṛta, Vrata, Agniṣṭoma, Atīrātra, Pradyumna, Śibi et Ulmuka.
Verse 17
उल्मुकोऽजनयत्पुत्रान्पुष्करिण्यां षडुत्तमान् । अङ्गं सुमनसं ख्यातिं क्रतुमङ्गिरसं गयम् ॥ १७ ॥
Ulmuka engendra, de son épouse Puṣkariṇī, six fils éminents. Leurs noms furent Aṅga, Sumanā, Khyāti, Kratu, Aṅgirā et Gaya.
Verse 18
सुनीथाङ्गस्य या पत्नी सुषुवे वेनमुल्बणम् । यद्दौ:शील्यात्स राजर्षिर्निर्विण्णो निरगात्पुरात् ॥ १८ ॥
Sunīthā, l’épouse d’Aṅga, enfanta un fils nommé Vena, au naturel fort pervers. Affligé par la mauvaise conduite de Vena, le saint roi Aṅga se détacha, quitta cité et royaume, et partit pour la forêt.
Verse 19
यमङ्ग शेपु: कुपिता वाग्वज्रा मुनय: किल । गतासोस्तस्य भूयस्ते ममन्थुर्दक्षिणं करम् ॥ १९ ॥ अराजके तदा लोके दस्युभि: पीडिता: प्रजा: । जातो नारायणांशेन पृथुराद्य: क्षितीश्वर: ॥ २० ॥
Ô Vidura, la malédiction des grands sages est invincible tel un éclair. Ainsi, lorsqu’ils maudirent le roi Vena dans leur colère, il mourut. Après sa mort, faute de roi, voleurs et brigands prospérèrent; le royaume devint sans règle et le peuple souffrit cruellement. Voyant cela, les sages prirent la main droite de Vena comme bâton de barattage, et de ce barattage, le Seigneur Viṣṇu, en tant qu’aṁśa de Nārāyaṇa, se manifesta comme le roi Pṛthu, l’empereur primordial du monde.
Verse 20
यमङ्ग शेपु: कुपिता वाग्वज्रा मुनय: किल । गतासोस्तस्य भूयस्ते ममन्थुर्दक्षिणं करम् ॥ १९ ॥ अराजके तदा लोके दस्युभि: पीडिता: प्रजा: । जातो नारायणांशेन पृथुराद्य: क्षितीश्वर: ॥ २० ॥
Sans roi, voleurs et brigands opprimèrent le peuple; le royaume devint sans gouvernement et tous souffrirent. Alors les sages barattèrent la main droite de Vena, et le Seigneur Viṣṇu, en tant qu’aṁśa de Nārāyaṇa, se manifesta comme le roi Pṛthu, premier souverain de la terre.
Verse 21
विदुर उवाच तस्य शीलनिधे: साधोर्ब्रह्मण्यस्य महात्मन: । राज्ञ: कथमभूद्दुष्टा प्रजा यद्विमना ययौ ॥ २१ ॥
Vidura demanda : Ô saint, trésor de vertu, grande âme amie de la culture brāhmanique, comment le roi Aṅga, si doux, put-il avoir un fils mauvais comme Vena, au point de se détourner et d’abandonner son royaume ?
Verse 22
किं वांहो वेन उद्दिश्य ब्रह्मदण्डमयूयुजन् । दण्डव्रतधरे राज्ञि मुनयो धर्मकोविदा: ॥ २२ ॥
Vidura demanda : Qu’y avait-il chez Vena pour que les sages, versés dans le dharma, aient voulu appliquer le brahma-daṇḍa, la malédiction suprême, au roi Vena, lui-même porteur du bâton du châtiment ?
Verse 23
नावध्येय: प्रजापाल: प्रजाभिरघवानपि । यदसौ लोकपालानां बिभर्त्योज: स्वतेजसा ॥ २३ ॥
Les sujets ne doivent jamais outrager le roi, même s’il semble parfois commettre une faute grave. Car par sa vaillance et l’éclat de sa propre puissance, le roi surpasse en influence tous les autres chefs.
Verse 24
एतदाख्याहि मे ब्रह्मन् सुनीथात्मजचेष्टितम् । श्रद्दधानाय भक्ताय त्वं परावरवित्तम: ॥ २४ ॥
Ô brāhmaṇa, raconte-moi les actes de Véna, fils de Sunīthā. Tu connais les choses du passé et de l’avenir; je suis un dévot plein de foi, aussi daigne m’expliquer cela.
Verse 25
मैत्रेय उवाच अङ्गोऽश्वमेधं राजर्षिराजहार महाक्रतुम् । नाजग्मुर्देवतास्तस्मिन्नाहूता ब्रह्मवादिभि: ॥ २५ ॥
Śrī Maitreya répondit : Ô Vidura, jadis le grand roi Aṅga, rāja-ṛṣi, entreprit le grand sacrifice appelé aśvamedha. Les brāhmaṇas experts y invitèrent les devas, mais malgré leurs efforts, aucun deva ne vint ni ne se manifesta en ce yajña.
Verse 26
तमूचुर्विस्मितास्तत्र यजमानमथर्त्विज: । हवींषि हूयमानानि न ते गृह्णन्ति देवता: ॥ २६ ॥
Alors les prêtres, stupéfaits, dirent au roi Aṅga, l’officiant : « Ô roi, nous versons correctement les oblations, le ghee et autres havis, mais les devas ne les acceptent pas. »
Verse 27
राजन् हवींष्यदुष्टानि श्रद्धयासादितानि ते । छन्दांस्ययातयामानि योजितानि धृतव्रतै: ॥ २७ ॥
Ô roi, les offrandes et les objets du sacrifice que tu as rassemblés avec foi sont purs et sans souillure. Et les hymnes védiques sont chantés en ayātayāma, sans aucune faute, par les brāhmaṇas aux vœux fermes, selon le rite.
Verse 28
न विदामेह देवानां हेलनं वयमण्वपि । यन्न गृह्णन्ति भागान् स्वान् ये देवा: कर्मसाक्षिण: ॥ २८ ॥
Ô roi, nous ne voyons pas la moindre raison pour que les devas se sentent offensés ou négligés; pourtant, les devas, témoins du sacrifice, n’acceptent pas leurs parts. Nous ignorons pourquoi il en est ainsi.
Verse 29
मैत्रेय उवाच अङ्गो द्विजवच: श्रुत्वा यजमान: सुदुर्मना: । तत्प्रष्टुं व्यसृजद्वाचं सदस्यांस्तदनुज्ञया ॥ २९ ॥
Maitreya dit : le roi Aṅga, qui présidait le sacrifice, ayant entendu les paroles des brāhmaṇas, fut profondément accablé. Avec leur permission, il rompit le silence et interrogea tous les prêtres présents dans l’enceinte sacrificielle.
Verse 30
नागच्छन्त्याहुता देवा न गृह्णन्ति ग्रहानिह । सदसस्पतयो ब्रूत किमवद्यं मया कृतम् ॥ ३० ॥
Le roi Aṅga dit : Bien qu’invités, les devas ne viennent pas et, ici même, ils n’acceptent pas les parts qui leur reviennent. Ô chefs de l’assemblée, dites-moi : quelle offense ai-je commise ?
Verse 31
सदसस्पतय ऊचु: नरदेवेह भवतो नाघं तावन् मनाक्स्थितम् । अस्त्येकं प्राक्तनमघं यदिहेदृक् त्वमप्रज: ॥ ३१ ॥
Les chefs de l’assemblée dirent : Ô roi, en cette vie nous ne voyons en toi aucun péché, pas même dans ton esprit; tu n’es nullement fautif. Mais il existe une faute d’une vie antérieure, à cause de laquelle, malgré toutes tes qualités, tu n’as pas de fils.
Verse 32
तथा साधय भद्रं ते आत्मानं सुप्रजं नृप । इष्टस्ते पुत्रकामस्य पुत्रं दास्यति यज्ञभुक् ॥ ३२ ॥
Ainsi, ô roi, que la bénédiction soit sur toi. Hâte-toi de prendre les moyens d’obtenir un fils vertueux. Si tu accomplis le sacrifice avec le désir d’un fils, le Seigneur Suprême, jouisseur du yajña, sera satisfait et te l’accordera.
Verse 33
तथा स्वभागधेयानि ग्रहीष्यन्ति दिवौकस: । यद्यज्ञपुरुष: साक्षादपत्याय हरिर्वृत: ॥ ३३ ॥
Lorsque Hari, le Yajña-puruṣa en personne, est convié pour accomplir ton désir d’un fils, tous les demi-dieux viennent avec Lui et reçoivent leur part du sacrifice.
Verse 34
तांस्तान् कामान् हरिर्दद्याद्यान् यान् कामयते जन: । आराधितो यथैवैष तथा पुंसां फलोदय: ॥ ३४ ॥
Quels que soient les désirs qu’un homme nourrit, Hari, lorsqu’Il est adoré, les accorde; selon l’adoration, ainsi s’élève le fruit pour les êtres humains.
Verse 35
इति व्यवसिता विप्रास्तस्य राज्ञ: प्रजातये । पुरोडाशं निरवपन् शिपिविष्टाय विष्णवे ॥ ३५ ॥
Ainsi, les brāhmaṇas, décidés à obtenir une descendance pour le roi Aṅga, offrirent le puroḍāśa à Viṣṇu Śipiviṣṭa, établi dans le cœur de tous les êtres.
Verse 36
तस्मात्पुरुष उत्तस्थौ हेममाल्यमलाम्बर: । हिरण्मयेन पात्रेण सिद्धमादाय पायसम् ॥ ३६ ॥
Dès que l’oblation fut versée dans le feu, un être surgit de l’autel, paré d’une guirlande d’or et d’un vêtement blanc, portant un vase d’or rempli de pāyasa, riz cuit dans le lait.
Verse 37
स विप्रानुमतो राजा गृहीत्वाञ्जलिनौदनम् । अवघ्राय मुदा युक्त: प्रादात्पत्न्या उदारधी: ॥ ३७ ॥
Avec l’assentiment des prêtres, le roi, au cœur généreux, prit la préparation dans ses paumes jointes; l’ayant respirée avec joie, il en offrit une part à son épouse.
Verse 38
सा तत्पुंसवनं राज्ञी प्राश्य वै पत्युरादधे । गर्भं काल उपावृत्ते कुमारं सुषुवेऽप्रजा ॥ ३८ ॥
Bien que la Reine n'ait pas eu de fils, après avoir mangé cette nourriture sacrée, elle tomba enceinte de son mari et donna naissance à un fils en temps voulu.
Verse 39
स बाल एव पुरुषो मातामहमनुव्रत: । अधर्मांशोद्भवं मृत्युं तेनाभवदधार्मिक: ॥ ३९ ॥
Ce garçon est né partiellement dans la dynastie de l'irréligion. Son grand-père était la mort personnifiée, et le garçon a grandi en tant que son disciple ; il est devenu une personne grandement irréligieuse.
Verse 40
स शरासनमुद्यम्य मृगयुर्वनगोचर: । हन्त्यसाधुर्मृगान् दीनान् वेनोऽसावित्यरौज्जन: ॥ ४० ॥
Après avoir préparé son arc et ses flèches, le garçon cruel avait l'habitude d'aller dans la forêt et de tuer inutilement des cerfs innocents, et dès qu'il arrivait, tous les gens s'écriaient : « Voici le cruel Vena ! Voici le cruel Vena ! »
Verse 41
आक्रीडे क्रीडतो बालान् वयस्यानतिदारुण: । प्रसह्य निरनुक्रोश: पशुमारममारयत् ॥ ४१ ॥
Le garçon était si cruel que, tout en jouant avec de jeunes garçons de son âge, il les tuait très impitoyablement, comme s'ils étaient des animaux destinés à l'abattoir.
Verse 42
तं विचक्ष्य खलं पुत्रं शासनैर्विविधैर्नृप: । यदा न शासितुं कल्पो भृशमासीत्सुदुर्मना: ॥ ४२ ॥
Après avoir vu le comportement cruel et impitoyable de son fils, Vena, le roi Anga l'a puni de différentes manières pour le réformer, mais n'a pas pu le ramener sur le chemin de la douceur. Il en fut ainsi grandement affligé.
Verse 43
प्रायेणाभ्यर्चितो देवो येऽप्रजा गृहमेधिन: । कदपत्यभृतं दु:खं ये न विन्दन्ति दुर्भरम् ॥ ४३ ॥
Le roi se dit en lui-même : Ceux qui n’ont pas de fils sont certes fortunés. Ils ont dû adorer le Seigneur dans des vies passées, et ainsi n’endurent pas le malheur insupportable qu’apporte un mauvais fils.
Verse 44
यत: पापीयसी कीर्तिरधर्मश्च महान्नृणाम् । यतो विरोध: सर्वेषां यत आधिरनन्तक: ॥ ४४ ॥
Un fils pécheur fait s’évanouir la bonne renommée d’un homme. Ses actes irréligieux au foyer nourrissent l’adharma et les querelles entre tous, ne produisant qu’une inquiétude sans fin.
Verse 45
कस्तं प्रजापदेशं वै मोहबन्धनमात्मन: । पण्डितो बहु मन्येत यदर्था: क्लेशदा गृहा: ॥ ४५ ॥
Qui, s’il est réfléchi et intelligent, désirerait un fils si vain ? Un tel fils n’est qu’un lien d’illusion pour l’âme et rend la maison misérable.
Verse 46
कदपत्यं वरं मन्ये सदपत्याच्छुचां पदात् । निर्विद्येत गृहान्मर्त्यो यत्क्लेशनिवहा गृहा: ॥ ४६ ॥
Alors le roi pensa : Un mauvais fils vaut mieux qu’un bon fils, car le bon fils engendre l’attachement au foyer, tandis que le mauvais fils ne le fait pas. Le mauvais fils rend la maison semblable à l’enfer, et l’homme intelligent s’en détache aisément.
Verse 47
एवं स निर्विण्णमना नृपो गृहा- न्निशीथ उत्थाय महोदयोदयात् । अलब्धनिद्रोऽनुपलक्षितो नृभि- र्हित्वा गतो वेनसुवं प्रसुप्ताम् ॥ ४७ ॥
Ainsi absorbé par ces pensées, le roi Aṅga ne put dormir la nuit et devint totalement indifférent à la vie de foyer. Un jour, au cœur de la nuit, il se leva de sa couche et laissa la mère de Vena (son épouse) plongée dans un profond sommeil ; renonçant à tout attachement pour son royaume d’immense opulence, il quitta silencieusement sa maison, sans être vu de quiconque, et prit le chemin de la forêt.
Verse 48
विज्ञाय निर्विद्य गतं पतिं प्रजा: पुरोहितामात्यसुहृद्गणादय: । विचिक्युरुर्व्यामतिशोककातरा यथा निगूढं पुरुषं कुयोगिन: ॥ ४८ ॥
Lorsqu’on comprit que le roi, dans le détachement, avait quitté son foyer, les citoyens, prêtres, ministres, amis et tous les autres furent accablés d’un immense chagrin. Ils se mirent à le chercher à travers le monde, comme un yogi peu mûr cherche en lui le Paramatma caché.
Verse 49
अलक्षयन्त: पदवीं प्रजापते- र्हतोद्यमा: प्रत्युपसृत्य ते पुरीम् । ऋषीन् समेतानभिवन्द्य साश्रवो न्यवेदयन् पौरव भर्तृविप्लवम् ॥ ४९ ॥
Ne trouvant aucune trace du roi malgré leurs recherches, les citoyens, abattus, revinrent à la cité, où les grands sages s’étaient assemblés en raison de son absence. Les yeux pleins de larmes, ils se prosternèrent et rapportèrent en détail qu’ils n’avaient pu le trouver nulle part.
Vidura’s question introduces the next major narrative arc (the Pracetās and their devotional achievements). The Bhāgavata uses this inquiry as a hinge: from Dhruva’s concluded episode to the continuation of dynastic history that will intersect with the Pracetās, Nārada, and the restoration of dharma through exemplary rulers.
The text presents Utkala as internally fixed in self-realization—seeing the Supersoul in all and all in the Supersoul—while externally indifferent to social performance. Like “fire covered with ashes,” his spiritual potency is concealed; worldly observers misread his nonconformity as incapacity, illustrating how transcendence can be misunderstood when judged by material norms.
The priests diagnose no present offense in Aṅga’s conduct or ritual execution, but identify a prior-life karmic impediment manifesting as childlessness. Since yajña is meant for Hari as the ultimate enjoyer, they redirect the sacrifice toward Viṣṇu; when Hari is properly worshiped, the demigods—being His empowered administrators—naturally receive their shares.
Bhāgavata theology allows for complex karmic inheritance and the autonomy of the jīva: a virtuous parent may receive a difficult progeny due to residual karma and the incoming soul’s dispositions. The narrative uses this to teach detachment, the limits of material arrangements, and the need for divine-centered dharma rather than mere social respectability.
Aṅga’s renunciation is triggered by grief and disillusionment with Vena’s incorrigible cruelty, revealing how adharma in leadership corrodes the very purpose of rulership. His disappearance creates a power vacuum, leading to social disorder and the sages’ intervention—setting up Vena’s later actions, his punishment, and the eventual advent of Pṛthu as dharma-restorer.