
Āsana–Prāṇāyāma–Pratyāhāra (Posture, Breath-control, and Withdrawal of the Senses)
Le Seigneur Agni ouvre un enseignement de yoga à la fois technique et orienté vers la délivrance. Le pratiquant établit un lieu pur et un siège stable (ni trop haut ni trop bas), garni de couches de tissu, de peau de daim et d’herbe kuśa. Le corps aligné (buste, tête, cou) et le regard fixé à la pointe du nez (nasāgra-dṛṣṭi), le texte prescrit des placements protecteurs et stabilisateurs des talons et des mains, soulignant l’immobilité et l’unicité de l’attention comme préalables à la contemplation intérieure du Suprême. Il définit ensuite le prāṇāyāma comme l’allongement et la retenue réglés du prāṇa, exposant la triade classique—recaka (expiration), pūraka (inspiration), kumbhaka (rétention)—et des mesures/types de durée (kanyaka, madhyama, uttama) servant de métriques de régulation. Les bienfaits sont présentés médicalement et spirituellement : santé, vigueur, voix, teint, diminution des doṣa, tout en avertissant qu’une discipline du souffle non maîtrisée peut aggraver les maladies. Japa et dhyāna sont dits indispensables au “garbha” (graine intérieure/état de concentration), culminant dans une doctrine de conquête des sens : les sens engendrent ciel et enfer ; le corps est un char, les sens des chevaux, le mental le cocher, et le prāṇāyāma le fouet. Enfin, pratyāhāra est défini comme le retrait des sens de l’océan des objets, exhortant à se sauver soi-même en prenant refuge dans l’« arbre de la connaissance ».
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे यमनियमा नामैकसप्तत्यधिकत्रिशततमो ऽध्यायः अथ द्विसप्त्यधिकत्रिशततमो ऽध्यायः आसनप्राणायामप्रत्याहाराः अग्निर् उवाच आसनं कमलाद्युक्तं तद्बद्ध्वा चिन्तयेत्परं शुचौ देशे प्रतिष्ठाप्य स्थिरमासनमात्मनः
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa s’achève le chapitre 371, intitulé « Yama et Niyama ». Commence maintenant le chapitre 372 : « Posture, maîtrise du souffle et pratyāhāra (retrait des sens) ». Agni dit : « Ayant adopté une posture telle que le siège du lotus et l’ayant fixée fermement (en s’asseyant avec stabilité), qu’on contemple le Suprême. En un lieu pur, après avoir établi pour soi un siège immobile, (qu’on poursuive). »
Verse 2
नात्युच्छ्रितं नातिनीचं चेलाजिनकुशोत्तरं तत्रैकाग्रं मनः कृत्वा यातचित्तेन्द्रियक्रियः
Sur un siège ni trop élevé ni trop bas, recouvert d’un tissu, d’une peau de daim et d’herbe kuśa, là, ayant rendu l’esprit unifié en un seul point, qu’on réfrène les opérations du mental et des sens.
Verse 3
उपविश्यासने युञ्ज्याद्योगमात्मविशुद्धये समकायशीरग्रीवं धारयन्नचलं स्थिरः
Assis sur un siège approprié, qu’on pratique le yoga pour la purification de soi, en maintenant le corps, la tête et le cou alignés et égaux—immobiles et stables.
Verse 4
सम्प्रेक्ष्य नासिकाग्रं स्वन्दिशश्चानवलोकयन् पार्ष्णिभ्यां वृषणौ रक्षंस् तथा प्रजननं पुनः
Fixant le regard sur la pointe du nez et sans regarder autour de soi dans ses directions, qu’on protège les testicules avec les deux talons et, de même, qu’on préserve l’organe générateur.
Verse 5
उरुभ्यामुपरिस्थाप्य वाहू तिर्यक् प्रयत्नतः दक्षिणं करपृष्ठञ्च न्यसेद्धामतलोपरि
Plaçant les deux avant-bras sur les cuisses, on doit, par un effort délibéré, tenir les bras en travers; puis poser le dos de la main droite sur la paume de la main gauche.
Verse 6
उन्नम्य शनकैर् वक्रं मुखं विष्टभ्य चाग्रतः प्राणः स्वदेहजो वायुस्तस्यायामो निरोधनं
Ayant doucement redressé le corps pas à pas, et maintenant la bouche sous contrôle face à l’avant, le prāṇa—le souffle vital né dans son propre corps—doit être allongé et retenu; cette rétention réglée est appelée prāṇāyāma.
Verse 7
नासिकापुटमङ्गुल्या पीड्यैव च परेण च आदरं रेचयेद्वायुं रेचनाद्रेचकः स्मृतः
Après avoir pressé une narine avec le doigt et expiré par l’autre, on doit expulser le souffle avec attention; parce qu’il consiste en expulsion, on l’appelle recaka (l’expiration).
Verse 8
वाह्येन वायुना देहं दृतिवत् पूरयेद्यथा तथा पुर्णश् च सन्तिष्ठेत् पूरणात् पूरकः स्मृतः
De même qu’on remplit le corps du souffle extérieur comme un soufflet, ainsi, une fois entièrement rempli, on doit demeurer stable; parce que c’est un remplissage (pūraṇa), on l’appelle Pūraka (l’inspiration).
Verse 9
न भुञ्चति न गृह्णाति वायुमन्तर्वाहिःस्थितम् सम्पूर्णकुम्भवत्तिष्ठेदचलः स तु कुम्भकः
Quand on n’expire ni n’inspire, et que le souffle demeure établi au-dedans (sans aller au-dehors), on reste immobile comme une jarre entièrement pleine : cela s’appelle kumbhaka (rétention du souffle).
Verse 10
कन्यकः सकृदुद्घातः स वै द्वादशमात्रिकः मध्यमश् च द्विरुद्घातश् चतुर्विंशतिमात्रिकः
Le mètre nommé Kanyaka possède un seul udghāta (relèvement d’ouverture) et compte douze mātrā (unités de temps). Le mètre nommé Madhyama a un udghāta double et comprend vingt-quatre mātrā.
Verse 11
उत्तमश् च त्रिरुद्घातः षट्त्रिंशत्तालमात्रिकः स्वेदकम्पाभिधातानाम् जननश्चोत्तमोत्तमः
Et le (mètre/type) nommé Uttama est triple quant à son udghāta (relèvement initial) ; il mesure trente-six tāla-mātrā. Il engendre les variétés dites Sveda et Kampa, et c’est pourquoi il est « le meilleur parmi les meilleurs ».
Verse 12
अजितान्नारुहेद्भूमिं हिक्काश्वासादयस् तथा जिते प्राणे खल्पदोजविन्मूत्रादि प्रजायते
Si l’on n’a pas maîtrisé le prāṇa (souffle vital), on ne doit pas gravir un terrain élevé ; sinon surviennent le hoquet, la dyspnée et des affections semblables. Mais lorsque le prāṇa est conquis (mis sous discipline), les troubles tels que le déséquilibre de la flegme (kapha), les perturbations des selles et de l’urine, et autres, sont régulés et ne font plus obstacle.
Verse 13
आरोग्यं शीघ्रगामित्वमुत्साहः स्वरसौष्ठवम् बलवर्णप्रसादश् च सर्वदोषक्षयः फलं
Le résultat est : la bonne santé, la rapidité de mouvement, l’ardeur, l’excellence de la voix, ainsi que la clarté de la force et du teint—avec, de surcroît, la diminution de tous les doṣa (humeurs/déséquilibres) du corps.
Verse 14
जपध्यानं विनागर्भः स गर्भस्तत्समन्वितः इन्द्रियाणां जयार्थाय स गर्भं धारयेत्परं
Sans japa (récitation) ni méditation, il n’est point de « garbha » véritable ; mais ce « garbha » devient accompli lorsqu’il s’y trouve conjoint. Pour vaincre les sens, il faut maintenir fermement ce « garbha » suprême (état-graine de concentration intérieure).
Verse 15
ज्ञानवैराग्ययुक्ताभ्यां प्राणायामवशेन च इन्द्रियांश् च विनिर्जित्य सर्वमेव जितं भवेत्
Pourvu de connaissance et de détachement, et par la maîtrise du prāṇāyāma, ayant dompté les sens, on en vient véritablement à avoir tout conquis.
Verse 16
इन्द्रियाण्येव तत्सर्वं यत् स्वर्गनरकावुभौ निगृहीतविसृष्टानि स्वर्गाय नरकाय च
Tout cela, en vérité, ce sont les sens : le ciel et l’enfer—tous deux—naissent d’eux ; lorsque les sens sont contenus, ils mènent au ciel, et lorsqu’ils sont lâchés, ils mènent à l’enfer.
Verse 17
शरीरं रथमित्याहुरिन्द्रियाण्यस्य वाजिनः मनश् च सारथिः प्रोक्तः प्राणायामः कशःस्मृतः
Ils déclarent que le corps est un char ; ses sens en sont les chevaux. Le mental est dit être le cocher, et le prāṇāyāma (discipline du souffle) est rappelé comme le fouet.
Verse 18
ज्ञानवैराग्यरश्मिभ्यां सायया विधृतं मनः शनैर् निश्चलताम् एति प्राणायामैकसंहितम्
Le mental, retenu par la rêne faite des rayons de la connaissance et du détachement, parvient peu à peu à l’immobilité grâce à la discipline unifiée du prāṇāyāma (régulation du souffle).
Verse 19
जलविन्दुं कुशाग्रेण मासे मासे पिवेत्तु यः संवत्सरशतं साग्रं प्राणयामश् च तत्समः
Quiconque boit une seule goutte d’eau (prise) à la pointe d’un brin de kuśa, mois après mois, le mérite de cette pratique est égal au mérite d’un prāṇāyāma accompli pendant cent années entières, et davantage.
Verse 20
इन्द्रियाणि प्रसक्तानि प्रविश्य विषयोदधौ कन्यस इति ञ प्राणायामो ऽङ्कुश इति झ आहृत्य यो निगृह्णाति प्रत्याहारः स उच्यते
Lorsque les sens, par attachement, sont entrés dans l’océan des objets des sens, celui qui les ramène et les maîtrise—comme par le prāṇāyāma, l’« aṅkuśa » (aiguillon)—est appelé pratyāhāra, le retrait des sens.
Verse 21
उद्धरेदात्मनात्मानं मज्जमानं यथाम्भसि भोगनद्यतिवेगेन ज्ञानवृक्षं समाश्रयेत्
Que l’homme se relève lui-même par lui-même, tel celui qui s’enfonce dans l’eau, lorsqu’il est emporté par le courant impétueux du fleuve des jouissances sensibles ; qu’il prenne refuge dans l’arbre de la connaissance.
It emphasizes precise practice-setup (seat height and layers), posture alignment and gaze-fixation, the definitions of recaka–pūraka–kumbhaka, and measured regulation via mātrā/tāla-based types (kanyaka, madhyama, uttama).
It frames bodily steadiness and breath-regulation as tools for purification and indriya-jaya, integrating japa and dhyāna to stabilize the ‘garbha’ (inner seed-state), thereby enabling pratyāhāra and refuge in knowledge—steps that support Brahma-vidyā and liberation.