
Chapter 255: दायविभागकथनम् (On the Division of Inheritance)
Le Seigneur Agni passe des ordalies de preuve au dāya-vibhāga (partage de l’héritage), présentant le droit des biens familiaux comme une technologie du Dharma qui assure la stabilité sociale. Il décrit la latitude du père dans le partage—privilégier l’aîné ou égaliser les parts—et étend la logique d’égalité aux épouses, surtout lorsque le strīdhana n’a pas été intégralement remis. Sont ensuite donnés les règles du partage posthume, incluant dettes, droits résiduels des filles et exclusions telles que biens acquis par soi-même, dons d’amitié et gains liés au mariage. Le chapitre formalise aussi les principes de propriété commune, les droits sur les acquisitions paternelles et la part des fils nés après le partage. Il dresse la liste des classes d’héritiers et des filiations complexes (aurasa, kṣetraja, putrikā-suta, kānīna, paunarbhava, adoption et achat), en fixant l’ordre de succession et le devoir de piṇḍa. Les incapacités (patita, infirmité, maladie incurable) retirent la part d’héritage mais imposent l’entretien des dépendants et des épouses vertueuses. Enfin, il définit les sources du strīdhana, sa dévolution, les peines en litiges matrimoniaux, son usage en cas d’urgence, l’indemnisation pour la prise d’une coépouse, et les moyens de prouver le partage par témoins, actes et possession séparée des maisons et des champs.
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे दिव्यानि प्रमाणानि नाम चतुःपञ्चाशदधिकद्विशततमो ऽध्यायः अथ पञ्चपञ्चाशदधिकद्विशततमो ऽध्यायः दायविभागकथनम् अग्निर् उवाच विभागञ्चेत् पिता कुर्यादिच्छया विभजेत् सुतान् ज्येष्ठं वा श्रेष्ठभागेन सर्वे वा स्युः समांशिनः
Ainsi s’achève, dans l’Agni Mahāpurāṇa, le deux-cent-cinquante-quatrième chapitre intitulé « Les ordalies divines comme preuves ». Commence maintenant le deux-cent-cinquante-cinquième chapitre : « Exposé sur le partage de l’héritage ». Agni dit : Si le père procède au partage, il peut répartir les fils selon son désir — soit en accordant à l’aîné une part supérieure, soit en faisant de tous des cohéritiers à part égale.
Verse 2
यदि दद्यात् समानंशान् कार्याः पत्न्यः समांशिकाः न दत्तं स्त्रीधनं यासां भर्त्रा वा श्वशुरेन वा
Si le patrimoine du mari doit être réparti en parts égales, les épouses doivent être établies comme co-partageantes à part égale. Celles dont le strīdhana n’a pas été remis—par le mari ou par le beau-père—doivent recevoir ce qui leur est dû en conséquence.
Verse 3
शक्तस्थानीहमानस्य किञ्चिद्दत्वा पृथक् क्रिया न्यूनाधिकविभक्तानां धर्म्यश् च पितृना कृतः
Pour celui qui est présent ici en état de capacité, après lui avoir donné quelque chose comme part due, on doit accomplir un rite distinct ; et lorsque les parts ont été réparties inégalement (moindres ou plus grandes), il faut opérer un réajustement conforme au dharma, tel que l’ont établi les ancêtres.
Verse 4
विभजेयुः सुताः पित्रोरूर्ध्वमृक्थमृणं समम् मातुर्दुहितरः शेषमृणात्ताभ्य ऋते ऽन्नयः
Après le décès des parents, les fils doivent partager à parts égales l’héritage avec la dette. Les filles de la mère prennent le reste une fois la dette acquittée, sauf les grains de subsistance (provisions), exclus de leur part.
Verse 5
पितृद्रव्याविनाशेन यदन्यत् स्वयमर्जयेत् मैत्रमौद्वाहिकञ्चैव दायादानान्न तद्भवेत्
Tout ce qu’une personne acquiert par son propre effort sans entamer les biens du père, ainsi que ce qui est obtenu par amitié (don d’un ami) et ce qui est reçu à l’occasion du mariage, ne devient pas un bien héréditaire à partager entre les ayants droit.
Verse 6
सामान्यार्थसमुत्थाने विभागस्तु समः स्मृतः अनेकपितृकाणान्तु पितृतो भागकल्पना
Lorsque le bien à partager provient d’une source commune (acquisition conjointe), le partage est déclaré égal. Mais si les ayants droit ont des pères différents, la fixation des parts doit se faire selon le père propre à chacun.
Verse 7
भूर्यापिता महोपात्ता निबन्धो द्रव्यमेव वा तत्र स्यात् सदृशं स्वाम्यं पितुः पुत्रस्य चोभयोः
Qu’il s’agisse d’une terre acquise par le père, d’une richesse obtenue au prix d’un grand effort, d’un bien grevé d’une obligation (nibandha) ou de simples biens mobiliers, sur ce bien le père et le fils ont des droits de propriété d’égale nature.
Verse 8
विभक्तेषु सुतो जातः सवर्णायां विभागभाक् दृश्याद्वा तद्विभागः स्यादायव्ययविशोधितात्
Le fils né après le partage, d’une épouse de même varṇa, a droit à une part. Ou bien, sa part doit être fixée sur ce qui apparaît rester, après déduction des revenus et des dépenses de la maisonnée.
Verse 9
क्रमादभ्यागतं द्रव्यं हृतमभ्युद्धरेच्च यः दायादेभ्यो न तद्दद्याद्विद्यया लब्धमेव च
Celui qui, en temps voulu, recouvre un bien volé mais ne le remet pas aux héritiers légitimes—et de même retient ce qui a été acquis par le savoir—agit contre le dharma et encourt le blâme.
Verse 10
पितृभ्यां यस्य यद्दत्तं तत्तस्यैव धनं भवेत् पितुरूर्ध्वं विभजतां माताप्यंशं समं हरेत्
Tout ce que les parents ont donné à quelqu’un devient le bien propre de cette personne. Après le décès du père, lorsque les héritiers partagent la succession, la mère reçoit elle aussi une part égale.
Verse 11
असंस्कृतास्तु संस्कार्या भ्रातृभिः पूर्वसंस्कृतैः भागिन्यश् च निजादंशाद्दत्वांशन्तु तुरीयकं
Mais les sœurs qui n’ont pas encore reçu les saṃskāra (rites, tels que le mariage et les cérémonies connexes) doivent être pourvues comme il convient par les frères déjà consacrés auparavant. Et les sœurs aussi—en donnant sur leur propre part—doivent fournir un quart (turīyaka) pour cette prise en charge.
Verse 12
चतुःस्त्रिद्व्येकभागाः स्युर्वर्णशो ब्राह्मणात्मजाः क्षत्रजास्त्रिद्व्येकभागा विड्जास्तु द्व्येकभागिनः
Selon la répartition par varṇa, on dit que les fils d’un brāhmaṇa ont des parts de quatre, trois, deux et une ; les fils d’un kṣatriya ont des parts de trois, deux et une ; tandis que les fils d’un vaiśya ont des parts de deux et une.
Verse 13
अन्योन्यापहृतं द्रव्यं विभक्ते यत्तु दृश्यते तत् पुनस्ते समैर् अंशैर् विभजेरन्निति स्थितिः
Lorsqu’un bien soustrait réciproquement est constaté comme ayant déjà été partagé, il faut alors le partager de nouveau en parts égales : telle est la règle établie.
Verse 14
अपुत्रेण परक्षेत्रे नियोगोत्पादितः सुतः उभयोरप्यसावृक्थी पिण्डदाता च धर्मतः
Le fils engendré par niyoga dans le « champ » d’un autre homme (c’est-à-dire par l’épouse d’un homme sans fils) devient, selon le dharma, héritier des deux et aussi l’officiant légitime qui offre les piṇḍa (boules de riz funéraires).
Verse 15
औरसो धर्मपत्नीजस्तत्समः पुत्रिकासुतः क्षेत्रजः क्षेत्रजातस्तु सगोत्रेणेतरेण वा
Le fils aurasa, né de son propre corps, naît de l’épouse légitime selon le dharma ; égal à lui est le fils de la putrikā, c’est-à-dire le fils de la fille désignée comme « fils ». Quant au fils kṣetraja (« né du champ »), c’est celui qui naît dans l’épouse par un autre homme, qu’il soit du même lignage (sagotra) ou d’un lignage différent.
Verse 16
गृहे प्रच्छन्न उत्पन्नो गूढजस्तु सुतः स्मृतः कानीनः कन्यकाजातो मातामहसुतो मतः
Le fils né secrètement au sein de la maison est rappelé comme gūḍhaja, « né caché ». Le fils né d’une jeune fille non mariée est appelé kānīna, et il est tenu pour le fils du grand-père maternel.
Verse 17
क्षतायामक्षतायां वा जातः पौनर्भवः सुतः दद्यान्माता पिता वा यं स पुत्री दत्तको भवेत्
Le fils né d’une femme remariée—qu’elle soit dite ‘kṣatā’ (atteinte selon le rite ou le droit) ou ‘akṣatā’ (non atteinte)—est appelé fils paunarbhava. Et celui que la mère ou le père donne (en adoption) devient le ‘putrī-dattaka’, l’adopté « donné par la fille ».
Verse 18
क्रीतश् च ताभ्यां विक्रीतः कृत्रिमः स्यात् स्व्यं कृतः दत्तात्मा तु स्वयं दत्तो गर्भे वित्तः सहोढजः
Sont aussi reconnus le « fils acheté » et le fils « vendu par les deux (parents) ». Le fils ‘kṛtrima’ est celui qui est constitué fils par un arrangement ou un pacte; de même le ‘svayaṃ-kṛta’ (fait par soi-même). Le ‘dattātmā’ est celui qui se donne lui-même; le ‘garbhe-vitta’ est celui pour qui des biens sont fixés alors qu’il est encore dans le sein; et le ‘sahoḍhaja’ est l’enfant accepté avec la mère (lors du mariage).
Verse 19
उत्सृष्टो गृह्यते यस्तु सोपविद्धो भवेत् सुतः पिण्डदो ऽंशहरश् चैषां पूर्वाभावे परः परः
Mais le fils qui a été abandonné puis recueilli (dans une famille) est appelé fils apaviddha (reçu). Il a droit d’offrir le piṇḍa (boule de riz funéraire) et de recevoir une part d’héritage; et parmi ces (fils), en l’absence du précédent, le suivant dans l’ordre devient habilité, successivement.
Verse 20
सजातीयेष्वयं प्रोक्तस्तनयेषु मया विधिः जातो ऽपि दास्यां शूद्रस्य कामतो ऽंशहरो भवेत्
Cette règle, je l’ai énoncée au sujet des fils de même caste. Même un fils d’un Śūdra né d’une esclave peut, selon la volonté du père, devenir héritier d’une part.
Verse 21
मृते पितरि कुर्युस्तं भ्रातरस्त्वर्धभागिकं अभ्रातृको हरेत् सर्वं दुहितॄणां सुतादृते
Lorsque le père est mort, les frères doivent procéder à ce partage, les frères recevant des demi-parts. Mais s’il n’y a pas de frères, on peut prendre tout le patrimoine—à l’exception des fils des filles.
Verse 22
पत्नी दुहितरश् चैव पितरो भ्रातरस् तथा तत्सुतो गोत्रजो बन्धुः शिष्यः सब्रह्मचारिणः
L’épouse, les filles, les parents, et de même les frères; ainsi que leur fils, un parent du même lignage (gotra), un proche, le disciple et le condisciple brahmacārin.
Verse 23
एषामभावे पूवस्य धनभागुत्तरोत्तरः स्वर्यात्स्य ह्य् अपुत्रस्य सर्ववर्णेष्वयं विधिः
En l’absence de ceux-ci (les héritiers mentionnés), le suivant après le précédent succède à la part des biens, selon l’ordre prescrit. Cette règle vaut pour l’homme qui meurt sans fils, dans toutes les varṇas.
Verse 24
वानप्रस्थयतिब्रह्मचारिणामृक्थभागिनः क्रमेणाचार्यसच्छिष्यधर्मभ्रात्रेकतीर्थिनः
Les habitants de la forêt (vānaprastha), les renonçants (yati) et les étudiants célibataires (brahmacārin) ont droit à une part d’héritage; selon l’ordre prescrit, il en va de même du maître, du disciple digne, du frère juste selon le dharma et de l’unique compagnon de pèlerinage (au même tīrtha).
Verse 25
संसृष्टिनस्तु संसृष्टी सोदरस्य तु सोदरः दद्याच्चापहेरेच्चांशं जातस्य च मृतस्य च
Dans le cas des copropriétaires (saṃsṛṣṭin), le copropriétaire seul est compétent pour traiter le patrimoine commun; et dans le cas des frères utérins, un frère utérin peut à la fois attribuer et reprendre la part, qu’il s’agisse de celui qui vient de naître ou de celui qui est décédé.
Verse 26
अन्योदर्यस्तु संसृष्टी नान्योदर्यधनं हरेत् असंसृष्त्यपि चादद्यात्सोदर्यो नान्यमानृजः
Un frère d’une autre mère (anyodarya), même en communauté de biens (saṃsṛṣṭi), ne doit pas prendre le bien d’un autre frère d’une autre mère. Mais un frère plein (de la même mère) peut prendre même sans une telle communauté, et ne doit pas être traité comme un étranger.
Verse 27
पतितस्तत्सुतः क्लीवः पङ्गुरुन्मत्तको जडः अन्धो ऽचिकित्स्यरोगाद्या भर्तव्यास्तु निरंशकाः
Le déchu (patita) et son fils; l’impuissant; l’estropié; le fou; l’idiot; l’aveugle; et ceux atteints de maladies incurables et autres—bien qu’ils n’aient aucune part d’héritage—doivent néanmoins être entretenus.
Verse 28
औरसाः क्षेत्रजास्त्वेषां निर्दोषा भागहारिणः सुताश् चैषां प्रभर्तव्या यावद्वै भर्तृसात्कृताः
Parmi ceux-ci, les fils légitimes (aurasa) et les fils kṣetrajā sont sans faute et ont droit à une part d’héritage. Leurs fils aussi doivent être entretenus, tant qu’ils demeurent sous la protection et l’autorité reconnue du mari (chef de la maisonnée).
Verse 29
अपुत्रा योषितश् चैषां भर्तव्याः साधुवृत्तयः निर्वास्या व्यभिचारिण्यः प्रतिकूलास्तथैव च
Et parmi eux, les épouses sans enfants, si elles sont de bonne conduite, doivent être entretenues; mais les femmes adultères, et de même celles qui sont hostiles au mari ou au foyer, doivent être expulsées.
Verse 30
पितृमातृपतिभ्रातृदत्तमध्यग्न्युपागतं आधिवेदनिकुञ्चैव स्त्रीधनं परिकीर्तितं
Ce qui est donné par le père, la mère, le mari ou le frère, et ce qui est reçu au moment du rite nuptial du feu (agni), ainsi que le don ādhivedanika—tout cela est déclaré être le bien propre de la femme (strīdhana).
Verse 31
बन्धुदत्तं तथा शुल्कमन्वाधेयकमेव च अप्रजायामतीतायां बान्धवास्तदवाप्नुयुः
De même, les dons faits par les parents, le prix nuptial (śulka) et le don nuptial complémentaire (anvādheya)—lorsqu’une femme meurt sans descendance—ses parents (bāndhavas) recueilleront ces biens.
Verse 32
अप्रजास्त्रीधनं भ्रत्तुर्ब्राह्म्यादिषु चतुर्ष्वपि दुहितृणां प्रसूता चेच्छ्रेषे तु पितृगामि तत्
Si une femme meurt sans descendance, son strīdhana (biens propres) revient à son époux, et cela dans les quatre formes de mariage à commencer par le brāhma. Mais si elle a mis au monde des filles, il revient à ces filles; toutefois, dans les formes dites «supérieures», il revient à son père.
Verse 33
दत्वा कन्यां हरन् दण्ड्यो व्ययं दद्याच्च सोदयम् मृतायां दत्तमादद्यात् परिशोध्योभयव्ययम्
Si, après avoir donné une jeune fille en mariage, quelqu’un l’enlève ensuite, il est passible de châtiment; il doit en outre payer les dépenses, avec intérêts. Si la jeune fille est morte, le don (nuptial) remis peut être repris; et il doit acquitter les frais des deux parties.
Verse 34
दुर्भिक्षे धर्मकार्ये च व्याधौ संप्रतिरोधके गृहीतं स्त्रीधनं भर्ता न स्त्रिये दातुमर्हति
En cas de famine, pour l’accomplissement d’un devoir religieux, ou lors d’une maladie exigeant des mesures immédiates, le mari—ayant pris le strīdhana (bien propre de l’épouse)—n’est pas tenu de le restituer à la femme à cet instant.
Verse 35
अधिवित्तस्त्रियै दद्यादधिवेदनिकं समम् न दत्तं स्रीधनं यस्यै दत्ते त्वर्धं प्रकीर्तितम्
À l’épouse sur laquelle on prend une autre épouse (en introduisant une coépouse), on doit donner une compensation adhivedanika d’un montant égal. Si aucun strīdhana ne lui avait été donné auparavant, alors, en ce cas, la somme à donner est déclarée être la moitié.
Verse 36
विभागनिह्नवे ज्ञातिबन्धुसाक्ष्यभिलेखितैः विभागभावना ज्ञेया गृहक्षेत्रैश् च यौतिकैः
Lorsque le partage est nié ou dissimulé, la réalité et l’intention du partage doivent être établies par : (i) le témoignage des parents et proches, (ii) les registres et documents écrits, et aussi (iii) l’examen de la maison, des champs et autres biens détenus séparément à titre individuel.
A father may partition at his discretion, either granting the eldest a superior share or making all sons equal sharers.
By treating inheritance, maintenance duties, and evidentiary standards as Dharma-in-action—mechanisms that prevent conflict, protect dependents, and preserve social order, thereby supporting the puruṣārthas and the broader mokṣa-oriented life.