
Dānādi-māhātmya — The Glory of Gifts, Manuscript-Donation, and Purāṇic Transmission
Ce chapitre (introduit juste après la clôture de celui sur les branches védiques) se tourne vers le dāna comme instrument central du dharma et comme moyen de préserver la Révélation par les lignées de transmission. Puṣkara y expose un programme de dons porteurs de mérite, liés aux repères calendaires : jours de pleine lune, mois, nakṣatra, équinoxes et ayana. Une insistance particulière porte sur le « savoir comme don » : faire mettre par écrit les enseignements sacrés et les offrir selon la règle, surtout les textes d’Itihāsa et de Purāṇa. Le propos entremêle des dāna symboliques de dhenu (vache d’eau, vache de jaggery/sucre brut, vache de sésame) et des formes d’or emblématiques (lion, tortue, poisson, haṃsa, garuḍa) avec des mentions des corpus purāṇiques, de leurs décomptes de vers et de leurs lignées révélatoires (par ex. Agni à Vasiṣṭha ; Bhava à Manu ; Sāvarṇi à Nārada). Le chapitre culmine en un modèle ritualisé pour honorer récitateurs et manuscrits durant les cycles de récitation du Bhārata, prescrivant repas, vénération et dons répétés. Le fil théologique affirme que préserver, transmettre et soutenir généreusement la littérature du dharma procure le bien-être mondain (āyuḥ, ārogya) et les fins suprêmes (svarga, mokṣa).
Verse 1
इत्याग्नेये महापुराणे वेदशाखादिकीर्तिनं नाम सप्तत्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः अथैकसप्तत्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः दानादिमाहत्म्यं पुष्कर उवाच ब्रह्मणाभिहितं पूर्वं यावन्मात्रं मरीचये लक्षार्धाद्धन्तु तद्ब्राह्मं लिखित्वा सम्प्रदापयेत्
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa s’achève le deux-cent-soixante-onzième chapitre, intitulé «Énumération des branches védiques et autres». Commence maintenant le deux-cent-soixante-douzième chapitre, «La gloire des dons et des actes connexes». Puṣkara dit : «Quelle que soit la mesure de l’enseignement sacré jadis exposé par Brahmā à Marīci, pour cet enseignement de Brahmā il convient d’offrir la moitié d’un lakh (unités/monnaie) et, après l’avoir fait mettre par écrit, de le remettre dûment en don».
Verse 2
वैशाख्याम्पौर्णमास्याञ्च स्वर्गार्थी जलधेनुमत् पाद्मं द्वादशसाहस्रं द्यैष्ठे दद्याच्च धेनुमत्
À la pleine lune de Vaiśākha, celui qui aspire au ciel doit offrir le don appelé «Jala-dhenu» (la “Vache d’Eau”). Au mois de Jyeṣṭha, il convient d’offrir un don Padma de douze mille (unités) et, en outre, une vache en don.
Verse 3
वराहकल्पवृत्तान्तमधिकृत्य पराशरः त्रयोविंशतिसाहस्रं वैष्णवं प्राह चार्पयेत्
Prenant pour base le récit du Varāha-kalpa, Parāśara exposa un Purāṇa vaiṣṇava de vingt-trois mille vers, et il doit être transmis (légué) par la suite.
Verse 4
जलधेनुमदाषाढ्यां विष्णोः पदमवाप्नुयात् चतुर्दशसहस्राणि वायवीयं हरिप्रियं
En offrant une « vache d’eau » (jaladhenu) avec l’offrande d’Āṣāḍha, on atteint la demeure de Viṣṇu ; cet acte procure quatorze mille mérites, de nature Vāyavīya et cher à Hari.
Verse 5
श्वेतकल्पप्रसङ्गेन धर्मान् वायुरिहाब्रवीत् दद्याल्लिखित्वा तद्विप्रे श्रावण्यां गुडधेनुमत्
Au fil du récit du Śvetakalpa, Vāyu énonça ici les règles du Dharma : qu’on les fasse mettre par écrit et que, le jour de Śrāvaṇī, on donne à un brāhmane une « guḍadhenu », offrande-vache dont la substance principale est le jaggery (sucre non raffiné).
Verse 6
यत्राधिकृत्य गायत्रीं कीर्त्यते धर्मविस्तरः वृत्रासुरबधोपेतं तद्भागवतमुच्यते
Le (Purāṇa) où, prenant la Gāyatrī pour point de départ, est proclamée une vaste exposition du dharma, et où figure la mise à mort du démon Vṛtrāsura, est appelé le Bhāgavata (Purāṇa).
Verse 7
सारस्वतस्त कल्पस्य प्रोष्ठपद्यान्तु तद्ददेत् अष्टादशसहस्राणि हेमसिंहसमन्वितं
Dans le rite Sārasvata (kalpa), à l’occasion de Proṣṭhapadā, on doit offrir cela—dix-huit mille (unités de richesse)—accompagné d’un lion d’or comme figure emblématique.
Verse 8
यत्राह नारदो धर्मान् वृहत्कल्पाश्रितानिहं पञ्चविंशसहस्राणि नारदीयं तदुच्यते
Le (traité) où Nārada exposa ici les lois (dharmas) fondées sur le Grand Kalpa—au nombre de vingt-cinq mille (vers)—est appelé le Nāradiya.
Verse 9
सधेनुञ्चाश्विने दद्यात्सिद्धिमात्यन्तिकीं लभेत् यत्राधिकृत्य शत्रूनान्धर्माधर्मविचारणा
On doit donner une vache en don aux Aśvin ; par là, on obtient la siddhi ultime. Dans ce contexte, en prenant pour objet les ennemis, on examine ce qui est dharma et ce qui est adharma.
Verse 10
कार्त्तिक्यां नवसाहस्रं मार्कण्डेयमथार्पयेत् अग्निना यद्वशिष्ठाय प्रोक्तञ्चाग्नेयमेव तत्
Dans le (Purāṇa) nommé Kārttikya, il y a neuf mille vers ; ensuite, il convient d’assigner le décompte du (Purāṇa) Mārkaṇḍeya. Et ce qu’Agni enseigna à Vasiṣṭha est, à vrai dire, l’Agneya (Purāṇa) lui-même.
Verse 11
लिखित्वा पुस्तकं दद्यान्मार्गशीर्ष्यां स सर्वदः द्वादशैव सहस्राणि सर्वविद्यावबोधनं
Après avoir recopié un livre, on doit le donner en don au mois de Mārgaśīrṣa ; un tel donateur devient, en tout temps, dispensateur (de connaissance). Le mérite est dit de douze mille, éveillant l’intelligence de toutes les sciences.
Verse 12
चतुर्दशसहस्राणि भविष्यं सूर्यसम्भवं भवस्तु मनवे प्राह दद्यात् पौष्यां गुडादिमत्
Le Bhaviṣya (Purāṇa), né du Soleil, comprend quatorze mille vers. Bhava l’enseigna à Manu : sous la nakṣatra Puṣyā, on doit faire un don composé de jaggery (guda) et d’objets similaires.
Verse 13
सावर्णिना नारदाय ब्रह्मवैवर्तमीरितं रथान्तरस्य वृत्तान्तमष्टादशसहस्रकं
Par Sāvarṇi, le Brahmavaivarta (Purāṇa) fut proclamé à Nārada — contenant le récit de Rathāntara — et s’étendant à dix-huit mille vers.
Verse 14
माघ्यान्दद्याद्वराहस्य चरितं ब्रह्मलोकभाक् यत्रग्निलिङ्गमध्यस्थो धर्मान्प्राह महेश्वरः
Au mois de Māgha, on doit faire don, en aumône, du récit de Varāha (le Sanglier divin). Par ce mérite, on devient participant de Brahmaloka, car c’est la narration sacrée où Maheśvara, siégeant au sein de l’Agni-liṅga, proclama les lois du dharma.
Verse 15
आग्नेयकल्पे तल्लिङ्गमेकादशसहस्रकम् तद्दत्वा शिवमाप्नोति फाल्गुन्यां तिलधेनुमत्
Dans l’Agneya-kalpa (le rite décrit ici), ce liṅga—(réalisé selon la mesure de) onze mille—lorsqu’il est donné en donation, fait atteindre Śiva; et au mois de Phālguna, on doit aussi offrir une « vache de sésame » (tila-dhenu).
Verse 16
चतुर्दशसहस्राणि वाराहं विष्णुणेरितम् भूमौ वराहचरितं मानवस्य प्रवृत्तितः
Quatorze mille (versets) constituent le Varāha (Purāṇa/enseignement), proclamé par Viṣṇu; sur la terre, il expose les actes de Varāha, disposés selon la tradition humaine du récit.
Verse 17
सहेमगरुडञ्चैत्र्यां पदमाप्नोति वैष्णवम् सर्वविद्यावधारणमिति ञ चतुरशीतिसाहस्रं स्कान्दं स्कन्देरितं महत्
Dans l’observance sacrée appelée Caitrī, il atteint l’état vaiṣṇava, la demeure de Viṣṇu, avec le mérite symbolisé par le Garuḍa d’or; et il acquiert la faculté de retenir et de maîtriser toutes les branches du savoir. Ainsi est proclamé le grand Skanda-Purāṇa, composé de quatre-vingt-quatre mille (versets), tel que l’a énoncé Skanda.
Verse 18
अधिकृत्य सधर्मांश् च कल्पे तत्पुरुषे ऽर्पयेत् वामनं दशसाहस्रं धौमकल्पे हरेः कथां
Après avoir accompli comme il se doit la procédure prescrite, on doit l’offrir à Tatpuruṣa dans ce Kalpa, avec les dharmas connexes. Dans le Vāmana-kalpa, il est dit qu’il compte dix mille (versets/unités) ; et dans le Dhauma-kalpa, c’est le récit de Hari (Viṣṇu).
Verse 19
दद्यात् शरदि विषुवे धर्मार्थादिनिबोधनम् कूर्मञ्चाष्टसहस्रञ्च कूर्मोक्तञ्च रसातले
À l’équinoxe d’automne, on doit offrir en don un manuel d’instruction enseignant le Dharma, l’Artha et le reste; et aussi une tortue, huit mille (pièces/cauris), ainsi que ce que le Kūrma(-purāṇa) prescrit au sujet de Rasātala.
Verse 20
इन्द्रद्युम्नप्रसङ्गेन दद्यात्तद्धेमकूर्मवत् त्रयोदशसहस्राणि मात्स्यं कल्पादितो ऽब्रवीत्
En lien avec l’épisode d’Indradyumna, on doit faire ce don à la manière d’une tortue d’or; le Matsya (Purāṇa) a déclaré—à partir de la section du Kalpa—que son mérite équivaut à treize mille.
Verse 21
मत्स्यो हि मनवे दद्याद्विषुवे हेममत्स्यवत् गारुडञ्चाष्टसाहस्रं विष्णूक्तन्तार्क्षकल्पके
En vérité, à l’équinoxe on doit donner à un brāhmaṇa un poisson—fait d’or, en forme de poisson. De même, dans le Tārkṣa-kalpa proclamé par Viṣṇu, il est dit que ce qui concerne le Gāruḍa procure huit mille (en mérite).
Verse 22
विश्वाण्डाद्गरुडोत्पत्तिं तद्दद्याद्धेमहंसवत् ब्रह्मा ब्रह्माण्डमाहात्म्यमधिकृत्याब्रबीत्तु यत्
Il doit raconter la naissance de Garuḍa à partir de l’Œuf cosmique (Viśvāṇḍa), en la présentant à la manière du Haṃsa d’or. Ainsi parla Brahmā, prenant pour sujet la grandeur du Brahmāṇḍa (l’Œuf cosmique).
Verse 23
तच्च द्वादशसाहस्रं ब्रह्माण्डं तद्द्विजे ऽर्पयेत् भारते पर्वसमाप्तौ वस्त्रगन्धस्रगादिभिः
Et ce Brahmāṇḍa Purāṇa de douze mille (vers) doit être remis à ce brāhmaṇa; et, à l’achèvement d’un parvan du Bhārata (Mahābhārata), on doit l’honorer par des vêtements, des parfums, des guirlandes et autres offrandes semblables.
Verse 24
वाचकं पूजयेदादौ भोजयेत् पायसैर् द्विजान् गोभूग्रामसुवर्णादि दद्यात्पर्वणि पर्वणि
D’abord, il convient d’honorer le récitant ; puis de nourrir les « deux-fois-nés » (dvija) de riz au lait (pāyasa). Et à chaque occasion sacrée (parvan), on doit offrir des dons tels que des vaches, des terres, des villages, de l’or et autres semblables.
Verse 25
समाप्ते भारते विप्रं संहितापुस्तकान्यजेत् शुभे देशे निवेश्याथ क्षौमवस्त्रादिनावृतान्
Lorsque la récitation (ou l’achèvement) du Mahābhārata est terminée, ô brāhmane, il faut déposer les volumes du texte compilé (saṃhitā), les placer en un lieu propice, puis les couvrir de lin (kṣauma) et autres étoffes semblables.
Verse 26
नरनारयणौ पूज्यौ पुस्तकाः कुसुमादिभिः गो ऽन्नभूहेम दद्वाथ भोजयित्वा क्षमापयेत्
Il faut vénérer Nara et Nārāyaṇa, et honorer aussi les livres par des fleurs et autres offrandes. Puis, après avoir donné une vache, de la nourriture, des terres et de l’or, et après avoir nourri les personnes dignes, on doit demander pardon pour toute faute commise dans le rite.
Verse 27
महादानानि देयानि रत्नानि विविधानि च मासकौ द्वौ त्रयश् चैव मासे मासे प्रदापयेत्
Il faut faire de grands dons (mahādāna) et offrir aussi des gemmes de diverses sortes. Et, chaque mois, on doit donner une mesure de deux ou trois māṣakas.
Verse 28
अयनादौ श्राबकस्य दानमादौ विधीयते श्रोतृभिः सकलैः कार्यं श्रावके पूजनं द्विज
Au début de l’ayāna (le cours solsticial), il est prescrit d’offrir d’abord des dons au śrāvaka, le fidèle laïc. Tous les auditeurs doivent accomplir le culte du śrāvaka, ô brāhmane.
Verse 29
इतिहासपुराणानां पुस्तकानि प्रयच्छति पूजयित्वायुरारोग्यं स्वर्गमोक्षमवाप्नुयात्
Celui qui offre en don des livres des Itihāsa et des Purāṇa, après les avoir d’abord honorés, obtient longue vie et santé sans maladie, et parvient au ciel ainsi qu’à la délivrance (mokṣa).
It elevates textual transmission into a primary form of dāna: writing out sacred instruction and donating manuscripts of Itihāsa–Purāṇa is treated as a meritorious act that supports both social dharma and liberation.
By linking disciplined giving, correct timing, and reverence for scripture/recitation to puṇya (svarga, health, longevity) while explicitly extending the fruit to mokṣa through honoring and donating dharma-literature.