
Māheśvara-snāna: Lakṣa/Koṭi-homa, Protective Baths, Unguents, and Graha-Śānti
Ce chapitre s’ouvre sur un marqueur de transition depuis le Vināyaka-snāna précédent et présente le Māheśvara-snāna comme un bain rituel accroissant la victoire des rois et des chefs, rattaché à l’enseignement d’Uśanā à Bali. Le rite commence avant l’aube par l’aspersion/ablution du piédestal et de la divinité au moyen de pots d’eau, avec un mantra brisant la force des querelles et une formule de protection invoquant la puissance solaire farouche et Śiva en tant que Tripurāntaka, comparable au feu saṃvartaka. Après le bain, on offre des oblations de sésame et de riz; suivent le bain au pañcāmṛta et le culte de Śūlapāṇi. Le texte ordonne ensuite une taxinomie des substances de snāna—ghee, produits de la vache, lait/caillé, eau de kuśa, śatamūla, eau sanctifiée par la corne, et mélanges botaniques/médicinaux—en les reliant à des fruits précis: āyuḥ, lakṣmī, pāpa-kṣaya, rakṣā, medhā. Il élève le Viṣṇu-pāda-udaka au rang de bain suprême, ajoute un culte solitaire d’Arka avec ligature d’amulette, et propose des rites thérapeutiques pour pitta, atisāra, vāta, kapha par offrandes et bains onctueux. Enfin, il culmine dans un homa de grande ampleur (lakṣa/koṭi) dans un kuṇḍa carré avec offrandes prescrites, et une graha-pūjā au moyen de la Gāyatrī pour une śānti progressive et complète.
Verse 1
ये महापुराणे विनायकस्नानं नाम पञ्चषष्ट्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः वषट्कारसमन्वितैर् इति घ , ज , ञ , ट च अथ षट्षष्ठ्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः माहेश्वरस्नानलक्षकोटिहोमादयः पुष्कर उवाच स्नानं माहेश्वरं वक्ष्ये राजादेर्जयवर्धनम् दानवेन्द्राय बलये यज्जगादोशनाः पुरा
Dans ce Mahāpurāṇa s’achève le chapitre nommé « Bain de Vināyaka », le deux-cent-soixante-cinquième (compté comme deux cents plus soixante-cinq) ; sa formule de clôture est « avec l’énonciation “vaṣaṭ” », ainsi qu’on le lit dans les recensions Gha, Ja, Ña et Ṭa. Commence maintenant le deux-cent-soixante-sixième chapitre : « Le bain Māheśvara, (mérites) par lakhs et crores, offrandes au feu (homa) et rites connexes ». Puṣkara dit : Je vais exposer le bain Māheśvara (lié à Śiva), qui accroît la victoire des rois et des semblables — ce bain même qu’Uśanā (Śukra) enseigna jadis à Bali, seigneur des Dānavas.
Verse 2
भास्करे ऽनुदिते पीठे प्रातः संस्नापयेद् घटैः वादेषु भञ्जय ॐ मथ मथ सर्वपथिकान्योसौ युगान्तकाले दिधक्षति इमां पूजां रौद्रमूर्तिः सहस्रांशुः शुक्रः स ते रक्षतु जीवितं सम्बर्तकाग्नितुल्यश् च त्रिपुरान्तकरः शिवः सर्वदेवमयः सोपि तव रक्षतु जीवितं लिखि लिखि खिलि स्वाहा एवं स्नतस्तु मन्त्रेण जुहुयात्तिलतण्डुलम्
Avant le lever du Soleil, au matin, on doit baigner (le siège sacré/le pīṭha) avec des pots d’eau sur le piédestal. Dans les litiges et les affrontements hostiles, « brise » leur force. « Oṃ — baratte, baratte ! Celui qui, à la fin de l’âge, brûle tous les voyageurs : que cet être à la forme farouche — le Soleil aux mille rayons et Śukra — protège ta vie. Et Śiva, destructeur de Tripura, pareil au feu cosmique Saṃvartaka — lui aussi, constitué de tous les dieux — protège ta vie. likhi likhi, khili — svāhā. » Après s’être ainsi baigné par ce mantra, qu’on fasse des oblations avec du sésame et des grains de riz.
Verse 3
पञ्चामृतैस्तु संस्नाप्य पूजयेच्छूलपाणिनं स्नानान्यन्यानि वक्ष्यामि सर्वदा विजयाय ते
Après avoir baigné (la divinité) avec les cinq nectars (pañcāmṛta), qu’on adore Śūlapāṇi (Śiva, le porteur du trident). J’exposerai aussi d’autres bains rituels — des rites qui sont toujours pour ta victoire.
Verse 4
स्नानं घृतेन कथितमायुष्यवर्धनं परम् गोमयेन च लक्ष्मीः स्याद्गोमूत्रेणाघमर्दनम्
Le bain avec le ghee (ghṛta) est déclaré souverain pour accroître la longévité. Avec la bouse de vache naît la prospérité (Lakṣmī) ; avec l’urine de vache, le péché et l’impureté sont détruits.
Verse 5
क्षीरेण बलबुद्धिः स्याद्दध्ना लक्ष्मीविवर्धनं कुशोदकेन पापान्तः पञ्चगव्येन सर्वभाक्
Par le lait naissent la force et la clarté de l’intellect; par le caillé la prospérité s’accroît; par l’eau imprégnée de kuśa le péché prend fin; et par le pañcagavya on devient purifié et apte à prendre part à tout.
Verse 6
शतमूलेन सर्वाप्तिर्गोशृङ्गोदकतो ऽघजित् पलाशबिल्वकमलकुशस्नानन्तु सर्वदं
Par le bain (préparation) nommé Śatamūla, on obtient l’accomplissement complet des fruits désirés. Par l’eau sanctifiée au moyen d’une corne de vache, les péchés sont vaincus. Un bain avec palāśa, bilva, lotus et kuśa dispense tous les bienfaits.
Verse 7
वचा हरिद्रे द्वे मुस्तं स्नानं रक्षोहणं परं आयुष्यञ्च यशस्यञ्च धर्ममेधाविवर्धनम्
Un bain préparé avec vacā (acore), les deux haridrā (deux sortes de curcuma) et mustā (souchet) est la protection suprême contre les êtres malfaisants; il favorise longévité et renommée, et accroît la droiture (dharma) et l’intelligence.
Verse 8
हैमाद्भिश् चैव माङ्गल्यं रूप्यताम्रोदकैस् तथा रत्नोदकैस्तु विजयः सौभाग्यं सर्वगन्धकैः
Avec l’eau associée à l’or vient l’auspice; de même avec l’eau associée à l’argent et au cuivre. Avec l’eau imprégnée et vivifiée par les gemmes vient la victoire; et avec l’eau parfumée de toutes les essences vient la bonne fortune (saubhāgya).
Verse 9
फलाद्भिश् च तथारोग्यं धात्र्यद्भिः परमां श्रियम् तिलसिद्धार्थकैर् लक्ष्मीः सौभाग्यञ्च प्रियङ्गुणा
Par l’eau infusée de fruits on obtient la santé; par l’eau infusée de dhātrī/āmalakī on atteint la prospérité suprême. En se baignant avec le sésame et le siddhārthaka (moutarde blanche), on obtient Lakṣmī (la fortune), ainsi que saubhāgya et des qualités aimables.
Verse 10
पद्मोत्पलकदम्बैश् च श्रीर्बलं बलाद्रुमोदकैः विष्णुपादोदकस्नानं सर्वस्नानेभ्य उत्तमम्
Avec le lotus, le lotus bleu et les fleurs de kadamba, avec l’auspice et la force, et avec l’eau de l’arbre balā : se baigner dans l’eau qui a lavé les pieds de Viṣṇu est le suprême parmi tous les bains rituels.
Verse 11
एकाकी एककामायेत्येकोर्कं विधिवच्चरेत् अक्रन्दयतिसूक्तेन प्रबध्नीयान्मणिं करे
Étant seul et ne désirant qu’un seul but, on doit adorer rituellement le Soleil (Arka) selon la règle. Ensuite, au moyen de l’hymne commençant par « akrandayati… », on doit lier fermement la gemme (amulette) à la main.
Verse 12
कुष्ठपाठा वाचा शुण्ठी शङ्खलोहादिको मणिः सर्वेषामेवकामानामीश्वरो भगवान् हरिः
Kuṣṭha, pāṭhā, vācā et śuṇṭhī—avec un maṇi (gemme/amulette) tel que conque et fer—sont prescrits pour l’accomplissement de tous les désirs ; et le Seigneur, Bhagavān Hari, est le souverain de tous les désirs.
Verse 13
तस्य संपूजनादेव सर्वान्कामान्समश्नुते स्नापयित्वा घृतक्षीरैः पूजयित्वा च पित्तहा
Par le seul fait de lui rendre un culte complet, on obtient tous les buts désirés. Après avoir baigné (l’image/le liṅga) de ghee et de lait, puis l’avoir honoré, cela devient destructeur du pitta (désordre bilieux).
Verse 14
पञ्चमुद्गबलिन्दत्वा अतिसारात् प्रमुच्यते पञ्चगव्येन संस्नाप्य वातव्याधिं विनाशयेत्
En offrant un bali (oblation) de cinq mesures de haricots mungo, on est délivré de la diarrhée. En baignant (le patient) avec le pañcagavya (les cinq produits de la vache), on doit détruire les maladies issues du vāta.
Verse 15
द्विस्नेहस्नपनात् श्लेष्मरोगहा चातिपूजया घृतं तैलं तथा क्षौद्रं स्नानन्तु त्रिरसं परं
Par le bain avec deux substances onctueuses (dvi-sneha-snāna), les maladies issues du kapha (flegme) sont détruites. Pour une efficacité accrue, on prescrit le ghee, l’huile et le miel ; ce bain, pourvu des « trois saveurs/essences », est tenu pour excellent.
Verse 16
स्नानं घृताम्बु द्विस्नेहं समलं घृततैलकम् क्षौद्रमिक्षुरसं क्षीरं स्नानं त्रिमधुरं स्मृतम्
Le bain préparé avec de l’eau mêlée de ghee (ghṛtāmbu) est appelé « dvi-sneha », le bain à double onction, composé de ghee et d’huile de sésame. Le bain (mélange) de miel, de jus de canne à sucre et de lait est mémorisé comme « tri-madhura » (les trois douceurs).
Verse 17
घृतमिशुरसं तैलं क्षौद्रञ्च त्रिरसं श्रिये यवकामायेत्येकोर्कमिति क , छ च अनुलेपस्त्रिशुक्रस्तु कर्पूरोशीरचन्दनैः
L’huile mêlée de ghee et, de plus, de miel—préparée comme mélange des « trois essences » (tri-rasa)—s’emploie pour la prospérité (śrī). L’onguent nommé Triśukra est composé de camphre, de vétiver (uśīra) et de santal.
Verse 18
चन्दनागुरुकर्पूरमृगदर्पैः सकुङ्कुमैः पञ्चानुलेपनं विष्णोः सर्वकामफलप्रदं
L’onguent sacré en cinq éléments pour Viṣṇu—fait de santal, d’agaru, de camphre, de musc et de safran (kuṅkuma)—accorde les fruits de tous les buts désirés.
Verse 19
त्रिसुगन्धञ्च कर्पूरं तथा चन्दनकुङ्कुमैः मृगदर्पं सकर्पूरं मलयं सर्वकामदम्
« Trisugandha » et le camphre, de même avec le santal et le safran ; et le parfum de musc uni au camphre : ce composé nommé « Malaya » est dit accorder tous les buts désirés.
Verse 20
जातीफलं सकर्पूरं चन्दनञ्च त्रिशीतकम् पीतानि शुक्लवर्णानि तथा शुक्लानि भार्गव
La noix de muscade (jātīphala), avec le camphre et le bois de santal—ces trois sont des substances rafraîchissantes. On les classe parmi les drogues de teinte jaune pâle et blanche; de même, on les tient pour des substances « blanches » (śukla), ô Bhārgava.
Verse 21
कृष्णानि चैव रक्तानि पञ्चवर्णानि निर्दिशेत् उत्पलं पद्मजाती च त्रिशीतं हरिपूजने
Pour le culte de Hari (Viṣṇu), il convient de prescrire le choix de fleurs de cinq couleurs, incluant aussi les teintes sombres (noir/bleuâtre) et le rouge; telles que l’utpala (lotus bleu), la padma-jātī (une espèce de lotus) et la fleur triśīta, pour l’adoration de Hari.
Verse 22
कुङ्कुमं रक्तपद्मानि त्रिरक्तमुत्पलं धूपदीपादिभिः प्रार्च्य विष्णुं शान्तिर्भवेन्नृणां
Après avoir adoré Viṣṇu avec le safran (kuṅkuma), des lotus rouges, l’utpala d’un rouge profond (triple‑rouge), et avec l’encens, les lampes et autres offrandes, la paix (l’apaisement) naît pour les êtres humains.
Verse 23
चतुरस्रकरे कुण्डे ब्राह्मणाश्चाष्ट शोडश लक्षहोमङ्कोटिहोमन्तिलाज्ययवधान्यकैः
Dans un foyer sacrificiel (kuṇḍa) de forme carrée, le rite doit être accompli par huit ou seize brāhmaṇas, avec des oblations totalisant un lakh (100 000) ou même un koṭi (dix millions), en offrant sésame, ghee, orge et céréales.
Verse 24
ग्रहानभ्यर्च्य गायत्र्या सर्वशान्तिः क्रमाद्भवेत्
Après avoir dûment adoré les grahas (planètes) avec le mantra Gāyatrī, l’apaisement complet (de toutes les afflictions) se produit graduellement, selon l’ordre prescrit.
It is presented as a Śiva-related bath rite that increases victory (jaya-vardhana), especially for rulers and those engaged in conflict, while also functioning as a broad protective and purificatory discipline.
Bathing with Viṣṇu-pāda-udaka (water that has washed Viṣṇu’s feet, i.e., caraṇāmṛta) is declared the supreme (uttama) among all snānas.
It assigns specific rites and substances to conditions resembling doṣa disorders—e.g., ghee-and-milk worship as pitta-hara, pañcagavya bathing for vāta disorders, and double-unctuous bathing for kapha-related ailments.
It prescribes lakṣa or koṭi oblations in a square (caturasra) fire-pit, performed by eight or sixteen brāhmaṇas using tila, ājya, yava, and grains, culminating in graha worship with the Gāyatrī for complete pacification.