Adhyaya 341
Sahitya-shastraAdhyaya 34133 Verses

Adhyaya 341

Explanation of Abhinaya and Related Topics (अभिनयादिनिरूपणम्) — Agni Purana, Chapter 341

Le Seigneur Agni définit l’abhinaya comme le moyen discipliné par lequel le sens devient directement présent au public, et le classe en quatre assises : sāttvika (manifestation involontaire née de l’émotion), vācika (la parole), āṅgika (le geste du corps) et āhārya (costume/ornement). Il aborde ensuite l’usage intentionnel du rasa et des éléments poétiques connexes, en soulignant que l’intention de l’auteur est le régulateur de l’expression signifiante. Les principaux rasas sont exposés avec leurs subdivisions : śṛṅgāra comme union et séparation, le vipralambha étant encore divisé en pūrvānurāga, pravāsa, māna et karuṇātmaka ; hāsa avec des degrés de sourire et de rire ; et des remarques sur karuṇa, raudra, vīra, bhayānaka et vībhatsa, avec leurs causes génératrices et leurs signes corporels. Le chapitre passe ensuite du rasa aux embellisseurs du kāvya—les alaṅkāras—surtout les śabdālaṅkāras, en listant et définissant des procédés tels que chāyā (styles « ombre » imitatives), mudrā/śayyā, ukti avec six types d’énoncés, yukti (liaison artificieuse du mot et du sens), gumphanā (tressage compositionnel) et vākovākya (dialogue), incluant vakrokti et kākū. Partout, la méthode d’Agni est taxinomique : l’esthétique est enseignée comme un śāstra dont la structure et l’intention protègent le dharma tout en affinant la puissance artistique.

Shlokas

Verse 1

इत्य् आग्नेये महापुराणे अलङ्कारे नृत्यादावङ्गकर्मनिरूपणम् नाम चत्वरिंशदधिकत्रिशततमो ऽध्यायः अथैकचत्वारिंशदधिकत्रिशततमो ऽध्यायः अभिनयादिनिरूपणं अग्निर् उवाच आभिमुख्यन्नयन्नर्थान्विज्ञेयो ऽभिनयो बुधैः चतुर्धा सम्भवः सत्त्ववागङ्गाहरणाश्रयः

Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa, au sein de la section sur la poétique (alaṅkāra), s’achève le chapitre intitulé « Détermination des mouvements du corps dans la danse et les arts connexes », le chapitre 340. Commence maintenant le chapitre 341 : « Exposé de l’abhinaya et des sujets afférents ». Agni dit : « Ce par quoi les significations sont amenées directement devant (le public) est connu des savants sous le nom d’abhinaya (représentation dramatique). Il se manifeste en quatre formes, fondées sur (1) sattva, l’émotion intérieure, (2) vāc, la parole, (3) aṅga, le geste corporel, et (4) āhārya, le costume et l’ornementation. »

Verse 2

स्तम्भादिः सात्त्विको वागारम्भो वाचिक आङ्गिकः शरीरारम्भ आहार्यो बुद्ध्यारम्भप्रवृत्तयः

À partir d’états tels que stambha (stupeur), on décrit l’expression sāttvika (involontaire, née de l’émotion). L’expression qui commence par la parole est vācika (verbale) ; celle qui est corporelle est āṅgika (gestuelle) ; celle qui commence par le costume et l’apprêt extérieur est āhārya (costumique) ; et les activités qui prennent naissance dans l’intellect (buddhi) sont également comptées parmi ces modes de jeu.

Verse 3

रसादिविनियोगो ऽथ कथ्यते ह्य् अभिमानतः तमन्तरेण सर्वे षामपार्थैव स्वतन्त्रता

On expose maintenant l’usage approprié du rasa et des autres éléments, en tenant véritablement compte de l’intention (abhimāna) ; car sans ce dessein, l’« indépendance » de chacun n’est qu’une vaine absurdité.

Verse 4

सम्भोगो विप्रलम्भश् च शृङ्गारो द्विविधः स्मृतः प्रच्छन्नश् च प्रकाशश् च तावपि द्विविधौ पुनः

Le sentiment érotique (śṛṅgāra) est tenu, selon la tradition, pour double : l’union (sambhoga) et la séparation (vipralambha). Et, de nouveau, chacun d’eux est encore de deux sortes : caché (pracchanna) et ouvertement exprimé (prakāśa).

Verse 5

विप्रलम्भाभिधानो यः शृङ्गारः स चतुर्विधः पूर्वानुरागानाख्यः प्रवामकरुणात्मकः

La forme de śṛṅgāra dite vipralambha (amour dans la séparation) est quadruple : (1) pūrvānurāga, l’amour avant l’union ; (2) pravāsa, la séparation due au départ ou à l’absence ; (3) māna, la séparation née de l’orgueil froissé ; et (4) karuṇa-ātmaka, la séparation empreinte de pathétique.

Verse 6

एतेभ्यो ऽन्यतरं जायमानमम्भोगलक्षणम् विवर्तते चतुर्धैव न च प्रागतिवर्तते

Né de l’un quelconque de ces fondements, le sens suggéré (vyañjanā), dont le trait est de faire advenir l’intention visée, se déploie en quatre modes et ne dépasse pas le principe énoncé plus haut.

Verse 7

स्त्रीपुंसयोस्तदुदयस्तस्य निर्विर्तिका रतिः निखिलाः सात्त्विकास्तत्र वैवर्ण्यप्रलयौ विना

De l’union conjointe de la femme et de l’homme naît en eux rati, la jouissance amoureuse qui réjouit. Et, dans cet acte, toutes les dispositions sont sāttvika, sans altération du teint (lueur vitale) et sans effondrement ni épuisement.

Verse 8

धर्मार्थकाममोक्षैश् च शृङ्गार उपचीयते आलम्वनविशेषैश् च तद्विशेषैर् निरन्तरः

Le śṛṅgāra-rasa se fortifie par les thèmes de dharma, artha, kāma et mokṣa ; et il se déploie sans cesse grâce à des ālambana particuliers (personnes ou objets de support) et à leurs traits propres.

Verse 9

शृङ्गारं द्विविधं विद्याद्वाङ्नेपथ्यक्रियात्मकम् हासश् च तुर्विधो ऽलक्ष्यदन्तः स्मित इतीरितः

Il faut savoir que le Śṛṅgāra (rasa érotique/sentimental) est de deux sortes : (i) exprimé par la parole et par le costume–l’apparence scénique, et (ii) exprimé par les actions. Quant au Hāsa (rasa du rire), on le dit quadruple ; la forme où les dents ne paraissent pas est appelée « smita » (sourire doux).

Verse 10

किञ्चिल्लक्षितदन्ताग्रं हसितं फुल्ललोचनम् विहसितं सस्वनं स्याज्जिह्मोपहसितन्तु तत्

Quand seules les pointes des dents apparaissent légèrement, on l’appelle hasita (sourire léger), avec les yeux épanouis. Lorsqu’il est accompagné de son, on l’appelle vihasita (rire audible) ; mais le rire de travers, oblique, est nommé jihmopahasita (rire moqueur de biais).

Verse 11

सशब्दं पापहसितमशब्दमतिहासितं यश्चासौ करुणो नाम स रसस्त्रिविधो भवेत्

Le rire accompagné de son est appelé pāpa-hāsita (rire grossier, tapageur). Le rire sans son est appelé ati-hāsita (rire silencieux ou excessif). Ainsi, la rasa nommée Karuṇa (compassion/affliction) est comprise comme triple.

Verse 12

धर्मोपघातजश्चित्तविलासजनितस् तथा शोकः शोकाद्भवेत् स्थायी कः स्थायी पूर्वजो मतः

Le chagrin (śoka) naît de l’atteinte ou de la violation du dharma, et surgit aussi des diverses fluctuations de l’esprit (citta-vilāsa). Du chagrin, dit-on, procède l’état durable (sthayin-bhāva). Quelle émotion les anciens tenaient-ils pour l’état durable primordial ?

Verse 13

अङ्गनेपथ्यवाक्यैश् च रौद्रो ऽपि त्रिविधो रसः तस्य निर्वर्तकः क्रोधः स्वेदो रोमाञ्चवपथुः

Par le jeu du corps, la présentation scénique du costume–de l’apparence, et le dialogue prononcé, le Raudra (rasa de la fureur) est lui aussi triple. Son agent producteur est la colère (krodha) ; ses manifestations physiques sont la sueur, le hérissement des poils (romāñca) et le tremblement (vapathu).

Verse 14

दानवीरो धर्मवीरो युद्धवीर इति त्रयम् वीरस्तस्य च निष्पत्तिहेतुरुत्साह इष्यते

Le « héros » est de trois sortes : héros dans le don, héros dans le dharma (la rectitude) et héros au combat ; et la cause reconnue qui mène cet héroïsme à son accomplissement est l’utsāha, l’ardeur—la résolution courageuse.

Verse 15

आरम्भेषु भवेद्यत्र वीरमेवानुवर्तते भयानको नाम रसस्तस्य निर्वर्तकं भयं

L’humeur esthétique qui naît dans des entreprises effrayantes et s’accompagne spécialement du sentiment héroïque (vīra) est appelée Bhayānaka-rasa ; son déterminant générateur est la peur.

Verse 16

उद्वेजनः क्षोभणश् च वीभत्सो द्विविधः स्मृतः उद्वेजनः स्यात् प्लुत्याद्यैः क्षोभणो रुधिरादिभिः

Le Vībhatsa (dégoût) est tenu pour double : (1) udvejana et (2) kṣobhaṇa. Udvejana naît de cris effrayants et autres semblables ; kṣobhaṇa naît du sang et de matières répugnantes analogues.

Verse 17

जगुप्सारम्भिका तस्य सात्त्विकांशो निवर्तते काव्यशोभाकरान् धर्मानलङ्कारान् प्रचक्ष्यते

Lorsque le dégoût (jagupsā) devient en cela l’humeur initiatrice, sa composante sāttvika se retire ; c’est pourquoi sont maintenant exposés les principes qui embellissent la poésie, à savoir les ornements poétiques (alaṅkāras).

Verse 18

अलङ्करिष्णवस्ते च शब्दमर्थमुभौ त्रिधा ये व्युत्पत्त्यादिना शब्दमलङ्कर्तुमिह क्षमाः

Et ceux qui sont capables d’orner ici la parole—par la dérivation (vyutpatti) et autres procédés—classent à triple titre la parole (śabda) comme le sens (artha).

Verse 19

शब्दालङ्कारमाहुस्तान् काव्यमीमांसका विदः छाया मुद्रा तथोक्तिश् च युक्तिर्गुम्फनया सह

Les savants enquêteurs de la poétique (kāvyamīmāṃsakāḥ) déclarent que voici les ornements de la parole (śabdālaṅkāra) : chāyā, mudrā, tathokti et yukti, avec gumphanā (entrelacement et agencement artistique).

Verse 20

वाकोवाक्यमनुप्रासश्चित्रं दुष्करमेव च ज्णेया नवालङ्कृतयः शब्दानामित्यसङ्करात्

Vākovākya, anuprāsa, citra, et aussi duṣkara : il faut les comprendre comme les neuf ornements des mots (figures fondées sur le son), puisqu’ils se distinguent en ne se mêlant pas les uns aux autres.

Verse 21

तत्रान्योक्तेरनुकृतिश्छाया सापि चत्रुव्विधा लोकच्छेकार्भकोक्तीनामेकोक्तेरनुकारतः

Dans ce contexte, la « ombre » (chāyā) est l’imitation (anukṛti) de la parole d’autrui ; et elle est quadruple, née de l’imitation d’un seul énoncé, comme on le voit dans les propos du commun, des esprits fins et des enfants.

Verse 22

आभाणकोक्तिर्लोकोक्तिः सर्वसामान्य एव ताः यानुधावति लोकोक्तिश्छायामिच्छन्ति तां बुधाः

Un « dire ābhāṇaka », c’est-à-dire un proverbe (lokokti), est d’une portée entièrement générale. Cette même « ombre » proverbiale que poursuit la parole commune, les savants la recherchent aussi.

Verse 23

छेका विदग्धा वैदग्ध्यं कलासु कुशला मतिः तामुल्लिखन्ती छेकोक्तिश्छाया कविभिरिष्यते

Un esprit habile et raffiné—versé dans les arts et pourvu de vaidakdhya (finesse cultivée)—lorsqu’il esquisse et fait écho à cette manière d’expression raffinée, est tenu par les poètes pour chāyā, à savoir chekokti (parole ingénieuse).

Verse 24

अव्युत्पन्नोक्तिरखिलैर् अर्भकोक्त्योपलक्ष्यते तेनार्भकोक्तिश्छाया तन्मात्रोक्तिमनुकुर्वती

Toute parole non formée ou peu raffinée est reconnue comme « arbha-kokti » (parole enfantine) ; ainsi, la « chāyā » (ombre poétique) dite arbha-kokti est celle qui n’imite que ce seul type d’énonciation.

Verse 25

विप्लुताक्षरमश्लीलं वचो मत्तस्य तादृशी या सा भवति मत्तोक्तिश्छायोक्ताप्यतिशोभते

Même une parole aux syllabes brouillées et même des mots indécents—lorsqu’ils sont ceux d’un ivrogne—prennent exactement ce caractère ; mais une expression dite « mattokti » (parole d’ivresse), fût-elle seulement imitée comme une ombre poétique, peut encore paraître d’un grand charme.

Verse 26

अभिप्रायविशेषेण कविशक्तिं विवृण्वती मुत्प्रदायिनीति सा मुद्रा सैव शय्यापि नो मते

Le procédé qui, par une intention de sens particulière, déploie la puissance d’expression du poète et fait advenir le sens visé s’appelle « mudrā » ; selon nous, ce même terme est aussi « śayyā ».

Verse 27

उक्तिः सा कथ्यते यस्यामर्थको ऽप्युपपत्तिमान् लोकयात्रार्थविधिना धिनोति हृदयं सतां

On appelle « ukti » (énoncé poétique juste) celle où même un sens ordinaire—pourvu d’un raisonnement valable—par une manière de dire conforme à l’usage du monde, captive le cœur des gens de bien.

Verse 28

उभौ विधिनिषेधौ च नियमानियमावपि विकल्पपरिसङ्ख्ये च तदीयाः षडथोक्तयः

On enseigne ici six sortes d’énoncés : injonction et prohibition ; restriction et non-restriction ; ainsi que l’option et l’exclusion (par implication) (parisaṅkhyā).

Verse 29

अयुक्तयोरिव मिथो वाच्यवाचकयोर्द्वयोः योजनायै कल्प्यमाना युक्तिरुक्ता मनीषिभिः

Pour deux éléments sans lien réciproque—le sens exprimé (vācya) et le mot qui exprime (vācaka)—le raccord construit afin de les relier est ce que les sages nomment ‘yukti’ (connexion rationnelle/interprétative).

Verse 30

पदञ्चैव पदार्थश् च वाक्यं वाक्यर्थमेव च विषयो ऽस्त्याः प्रकरणं प्रपञ्चश्चेति षड्विधः

Un śāstra (enseignement) est sextuple dans sa structure : le mot (pada), le sens du mot (padārtha), la phrase (vākya), le sens de la phrase (vākyārtha), son sujet (viṣaya), sa section thématique (prakaraṇa) et son développement étendu (prapañca).

Verse 31

गुम्फना रचनाचर्या शब्दार्थक्रमगोचरा शब्दानुकारादर्थानुपूर्वार्थेयं क्रमात्त्रिधा

La ‘gumphanā’ (tissage/structuration) est la discipline de la composition portant sur l’agencement successif des mots et des sens. Elle est triple, selon l’ordre : (i) fondée sur l’imitation/l’ordonnancement des mots (śabdānukāra), (ii) fondée sur la suite ordonnée des sens (arthānupūrva), et (iii) fondée sur la suite ordonnée des deux, mot et sens.

Verse 32

उक्तिप्रत्युक्तिमद्वाक्यं वाकोवाक्यं द्विधैव तत् ऋजुवक्रोक्तिभेदेन तत्राद्यं सहजं वचः

Une composition faite d’énoncé et de contre‑énoncé est appelée vākovākya (dialogue) et elle est de deux sortes. Selon la distinction entre parole droite (ṛju‑ukti) et parole oblique/indirecte (vakra‑ukti), la première est une diction naturelle et directe.

Verse 33

सा पूर्वप्रश्निका प्रश्नपूर्विकेति द्विधा भवेत् वक्रोक्तिस्तु भवेड्भङ्ग्या काकुस्तेन कृता द्विधा

Cette figure est de deux sortes : (1) pūrvapraśnikā, « question préalable », et (2) praśnapūrvikā, « menée par la question ». La vakrokti (expression oblique) naît d’une bhaṅgī, un tournant de l’énonciation ; et par ce même tournant, la kākū (intonation suggestive/insinuation) devient elle aussi double.

Frequently Asked Questions

The chapter emphasizes systematic classification: fourfold abhinaya; detailed sub-typing of rasas (especially śṛṅgāra and hāsa); and a catalog of śabdālaṅkāras including chāyā, mudrā/śayyā, yukti, gumphanā, and vākovākya with vakrokti and kākū.

By subordinating aesthetic technique to abhiprāya (intended purport) and dharma, it frames performance and poetry as disciplined vidyā: refinement of emotion, speech, and conduct becomes a supportive means to puruṣārtha, integrating cultured enjoyment (kāma) with ethical order and ultimately mokṣa.