
Chapter 340 — नृत्यादावङ्गकर्मनिरूपणम् (Explanation of Bodily Actions in Dance and Performance)
Le Seigneur Agni passe des considérations sur l’alaṅkāra à une technique tournée vers le nāṭya, définissant l’expression corporelle (aṅgakarma) comme issue (1) de variétés déterminées de mouvement et (2) des actions des membres majeurs (aṅga) et mineurs (pratyaṅga), fondées sur une posture initiale de soutien. Il énumère des modes d’expression raffinés, souvent marqués comme féminins/śṛṅgāra—līlā, vilāsa, vicchitti, vibhrama, kilakiñcita, moṭṭāyita, kuṭṭamita, vivvoka, lalita—et précise des sous-définitions telles que kiñcid-vilāsa et kilakiñcita (mélange d’indices affectifs comme le rire et les pleurs). Le chapitre cartographie ensuite l’expression selon l’anatomie—tête, mains, poitrine, flancs, hanches/taille, jambes et pieds—en distinguant l’activité spontanée des membres/sous-membres de l’effort volontaire. Suit un catalogue technique : 13 mouvements de tête, 7 actions des sourcils, typologies du regard/dṛṣṭi liées aux rasa et bhāva (dont une subdivision en 36 et un ensemble de 8), 9 opérations oculaires/tārakā, 6 nasales, 9 respiratoires, ainsi que des listes de défauts du visage et du cou. Enfin, les gestes des mains sont classés en simples et joints (13 joints, tels Añjali, Kapota, Karkaṭa, Svastika), de nombreuses formes de hasta sont nommées (Patāka, Tripatāka, Kartarīmukha, etc.), des variantes textuelles sont signalées, et l’exposé s’achève par des taxonomies des actions du torse/abdomen/flancs/jambes/pieds pour la danse et le théâtre, présentant l’esthétique incarnée comme une vidyā śāstrique précise au sein du dharma.
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे अलङ्कारे रीतिनिरूपणं नामोनचत्वारिंशदधिकत्रिशततमो ऽध्यायः अथ चत्वारिंशदधिकत्रिशततमो ऽध्यायः नृत्यादावङ्गकर्मनिरूपणं अग्निर् उवाच चेष्टाविशेषमप्यङ्गप्रत्यङ्गे कर्म चानयोः शरीरारम्भमिच्छन्ति प्रायः पूर्वो ऽवलाश्रयः
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa, s’achève le trois-cent-quarantième chapitre, intitulé « Exposé du Rīti (style poétique) dans l’Alaṅkāra (poétique) ». Commence maintenant le trois-cent-quarantième chapitre : « Exposé des actions du corps (aṅga-karman) dans la danse et les arts de la représentation connexes ». Agni dit : « Dans la performance, les variétés particulières de mouvement, ainsi que les actions des membres principaux et des membres secondaires—ces deux éléments sont généralement tenus pour le commencement de l’expression corporelle, reposant surtout sur l’appui d’abord établi (c’est-à-dire la posture initiale servant de base aux mouvements ultérieurs). »
Verse 2
लीला विलासो विछित्तिर्विभ्रमं किलकिञ्चितं मोट्टायितं कुट्टमितं विव्वोको ललितन्तथा
«Līlā» (jeu), «vilāsa» (badinage gracieux), «vicchitti» (variété charmante), «vibhrama» (feinte coquette), «kilakiñcita» (léger frémissement amoureux), «moṭṭāyita» (balancement ou cambrure délicate), «kuṭṭamita» (moue pudique, bouderie feinte), «vivvoka» (regard de côté suggestif) et aussi «lalita» (grâce fine) : tels sont les modes d’expression féminine/érotique raffinée.
Verse 3
विकृतं क्रीडितं केलिरिति द्वादशधैव सः लीलेष्टजनचेष्टानुकरणं संवृतक्षये
«Vikṛta», «krīḍita» et «keli» : ainsi, en vérité, cela est de douze sortes. Dans la «līlā», il y a imitation des gestes des êtres aimés, accomplie avec réserve et dissimulation, jusqu’à son terme.
Verse 4
विशेषान् दर्शयन् किञ्चिद्विलासः सद्भिरिष्यते हसितक्रान्दितादीनां सङ्करः किलकिञ्चितं
Un léger et gracieux jeu d’expression, révélant des distinctions subtiles, est approuvé par les connaisseurs raffinés sous le nom de « kiñcid-vilāsa » ; et le mélange (saṅkara) du rire, des pleurs et autres états semblables est appelé « kilakiñcita ».
Verse 5
विकारः कोपि विव्वोको ललितं सौकुमार्यतः शिरः पाणिरुरः पार्श्वङ्कटिरङ्घ्रिरिति क्रमात्
Le « vikāra » est une modification du corps, un mouvement expressif distinct ; le « lalita » est ce qui naît de la délicatesse (saukumārya). Selon l’ordre, cela s’applique à la tête, aux mains, à la poitrine, aux flancs, à la taille/aux hanches et aux pieds.
Verse 6
अङ्गानि भ्रूलतादीनि प्रत्यङ्गान्यभिजानते सङ्क्षिप्तकरपातौ चेति ज अङ्गप्रत्यङ्गयोः कर्म प्रयत्नजनितं विना
On distingue les « aṅga » (membres principaux) et les « pratyaṅga » (membres subsidiaires), tels que la « liane du sourcil »—c’est-à-dire le sourcil expressif et les parties semblables ; de même, la contraction et l’abaissement des mains. L’activité des membres et sous-membres peut survenir même sans être produite par un effort délibéré.
Verse 7
न प्रयोगः क्वचिन्मुख्यन्तिरश्चीनञ्च तत् क्वचित् आकम्पितं कम्पितञ्च धूतं विधूतमेव च
Parfois il n’y a pas d’application directe ; parfois c’est de face, et parfois de côté. De même, cela peut se manifester comme un frémissement initial, un tremblement complet, une secousse ou une secousse violente.
Verse 8
परिवाहितमाधूतमवधूतमथाचितं निकुञ्चितं परावृत्तमुत्क्षिप्तञ्चाप्यधोगतम्
Balayé en rond, secoué, rejeté, puis rassemblé ; fléchi/contracté, ramené en arrière, soulevé, et aussi poussé vers le bas : tels sont les modes décrits du mouvement ou du maniement.
Verse 9
ललितञ्चेति विज्ञेयं त्रयोदशविधं शिरः भ्रूकर्म सप्तधा ज्ञेयं पातनं भ्रूकुटीमुखं
« Lalita » doit aussi être compris comme une catégorie. Ainsi, les mouvements/positions de la tête sont à connaître comme étant au nombre de treize. Les actions des sourcils sont à connaître comme étant au nombre de sept ; « pātana » est l’action où le visage se contracte en un froncement (bhrūkuṭī-mukha).
Verse 10
दृष्तिस्त्रिधा रमस्थायिसञ्चारिप्रतिबन्धना षट्त्रिंशद्भेदविधुरा रसजा तत्र चाष्टधा
L’appréhension esthétique (dṛṣṭi) est triple : elle est liée à la délectation (rama), à l’émotion stable (sthāyī), aux émotions transitoires (sañcārī) et aux facteurs d’entrave (pratibandha). On dit qu’elle comporte, dans ses subdivisions, trente-six variétés issues du rasa ; et, dans ce cadre, elle est aussi octuple.
Verse 11
नवधा तारकाकर्म भ्रमणञ्चलनादिकं षोढा च नासिका ज्ञेया निश्वासो नवधा मतः
L’opération « tārakā » est de neuf sortes, comprenant des procédés tels que la rotation et le mouvement oscillatoire, etc. Le canal nasal doit être compris comme sextuple ; et l’acte de respirer (niśvāsa) est tenu pour nonuple.
Verse 12
षोटौष्ठकर्मकं पापं सप्तधा चिवुकक्रिया कलुषादिमुखं षोढा ग्रीवा नवविधा स्मृता
Les difformités tenues pour fautives concernant les lèvres sont dites au nombre de seize. Les anomalies du menton sont de sept sortes. Les défauts de la bouche/du visage—à commencer par « kaluṣa » (souillé, assombri)—sont de seize sortes. Et les défauts du cou sont mémorisés comme étant au nombre de neuf.
Verse 13
असंयुतः संयुतश् च भूम्ना हस्तः प्रमुच्यते पताकस्त्रिपाताकश् च तथा वै कर्तरीमुखः
Les gestes de la main (hastas), en général, sont enseignés comme étant de deux sortes : non joints (asaṃyuta) et joints (saṃyuta). Parmi eux figurent le Patāka, le Tripatāka et, de même, le Kartarīmukha.
Verse 14
अर्धचन्द्रोत्करालश् च शुकतुण्डस्तथैव च सुष्टिश् च शिखरश् चैव कपित्थः खेटकामुखः
Et (ces formes d’armes) sont nommées Ardhacandra-utkarāla, Śukatuṇḍa ; de même Suṣṭi et Śikhara ; ainsi que Kapittha et Kheṭakāmukha.
Verse 15
सूच्यास्यः पद्मकोषो हि शिराः समृगशीर्षकाः कांमूलकालपद्मौ* च चतुरभ्रमरौ तथा
L’instrument nommé Sūcyāsya (« à bouche d’aiguille ») a la forme d’un bouton de lotus ; sa « tête » (partie supérieure) est façonnée comme une tête de cerf. Sa racine/base est semblable au lotus, et il est encore décrit comme quadruple, avec des tours spiralés « pareils à des abeilles ».
Verse 16
हंसास्यहंसपक्षौ च सन्दंशमुकुलौ तथा आकल्पितं कल्पितञ्चेति ख काङ्गूलकालपद्माविति ञ कांमूलकालपद्मौ काङ्गूलकालपद्मौ एतत्पाठद्वयं न समीचीनं उर्णनाभस्ताम्रचूडश् चतुर्विंशतिरित्यमी
« (On les nomme :) “à face de cygne” et “à ailes de cygne” ; de même “en forme de pinces” et “en forme de bouton” ; aussi “non agencé” et “agencé” — ainsi lit la recension kha. La recension ña lit “kāṅgūla–kāla–padma” ; (une autre a) “kāṃmūla–kāla–padma” / “kāṅgūla–padma”. Ces deux variantes ne sont pas satisfaisantes. “semblable à l’araignée” et “à crête cuivrée” — ces éléments sont au nombre de vingt-quatre. »
Verse 17
असंयुतकराः प्रोक्ताः संयुतास्तु त्रयोदश अञ्जलिश् च कपोतश् च कर्कटः स्वस्तिकस् तथा
Les gestes d’une seule main (asaṃyuta-hasta) ont été énoncés ; les gestes des mains jointes (saṃyuta-hasta) sont au nombre de treize—à savoir : Añjali, Kapota, Karkaṭa, et aussi Svastika (parmi eux).
Verse 18
कटको वर्धमानश्चाप्यसङ्गो निषधस् तथा दोलः पुष्पपुटश् चैव तथा मकर एव च
‘Kaṭaka’, ‘Vardhamāna’, ‘Asaṅga’, ‘Niṣadha’, ‘Dola’, ‘Puṣpa-puṭa’ et ‘Makara’—ce sont là aussi des noms/types (de formes ornementales ou de motifs de décor) reconnus.
Verse 19
गजदन्तो वहिस्तम्भो वर्धमानो ऽपरे कराः उरः पञ्चविधं स्यात्तु आभुग्ननर्तनादिकम्
« Défense d’éléphant », « pilier de feu » et « croissant » : ces mudrā de la main et d’autres encore sont décrits. Les mouvements de la poitrine (uraḥ) sont dits de cinq sortes, à commencer par ābhugna et nartana (mouvement de type dansé), etc.
Verse 20
उदरन्दुरतिक्षामं खण्डं पूर्णमिति त्रिधा पार्श्वयोः पञ्चकर्माणि जङ्घाकर्म च पञ्चधा अनेकधा पादकर्म नृत्यादौ नाटके स्मृतम्
Dans le jeu dramatique et la danse, les mouvements sont traditionnellement classés ainsi : pour l’abdomen, trois modes : « saillant/bombé », « excessivement amaigri », « fragmenté/par sections » et « plein » (comme ensemble normatif) ; pour les flancs, cinq sortes d’actions ; pour les jambes (tibias), cinq également ; et pour les pieds, des pas de multiples espèces dans la danse, etc., comme on s’en souvient en dramaturgie.
It formalizes embodied performance as śāstra by enumerating precise taxonomies: expressive modes (e.g., līlā, vilāsa, kilakiñcita), anatomical application (head-to-feet), head movements (13), eyebrow actions (7), gaze/dṛṣṭi systems tied to rasa and bhāvas (including a 36-fold subdivision), breath/nasal/ocular operations, and the twofold hasta system (asaṃyuta/saṃyuta) with named examples.
By treating aesthetic discipline as dhārmic training: controlled movement, gaze, and gesture refine attention, regulate emotion (bhāva) in relation to rasa, and align creative expression with ordered knowledge—supporting ethical culture and inner steadiness that can be integrated into a mukti-oriented life.
Because performance-technical lists were transmitted across recensions; noting pāṭha-bheda preserves scholarly integrity and signals that the Agni Purāṇa functions as a compendium drawing from (and sometimes differing across) established nāṭya traditions.