Adhyaya 337
Sahitya-shastraAdhyaya 33727 Verses

Adhyaya 337

Nāṭaka-nirūpaṇam (Exposition of Drama / Dramatic Genres and Plot-Structure)

Le Seigneur Agni entreprend une exposition méthodique du nāṭya en énumérant d’abord les genres dramatiques et les formes performatives‑littéraires reconnues (rūpaka et formes apparentées), établissant ainsi la taxinomie du théâtre comme domaine de śāstra. Il distingue ensuite l’application générale et l’application particulière dans la lakṣaṇā (sens indicatif) et dans les règles dramaturgiques, en précisant que certains éléments traversent tout drame—rasa, bhāva, vibhāva–anubhāva, abhinaya, aṅka et la progression dramatique (sthiti). Il expose le pūrvaraṅga comme fondement procédural de la représentation, incluant les éléments de nāndī, les salutations et bénédictions, ainsi que l’introduction formelle du sūtradhāra, avec attention portée à l’éloge de la lignée et à la compétence de l’auteur. Le chapitre définit les dispositifs de prologue/ouverture (āmukha/prastāvanā, pravṛttaka, kathodghāta, prayoga, prayogātiśaya) et établit l’itivṛtta (intrigue) comme le « corps » du drame, divisé en siddha (traditionnel) et utprekṣita (créé par le poète). Enfin, il détaille l’architecture de l’intrigue par cinq arthaprakṛtis et cinq sandhis, soulignant la nécessité de préciser le temps et le lieu pour un déroulement narratif cohérent.

Shlokas

Verse 1

इत्य् आग्नेये महापुराणे अलङ्कारे काव्यादिलक्षणं नाम षट्त्रिंशदधिकत्रिशततमो ऽध्यायः जुष्टमिति ज , ट च अथ सप्तत्रिंशदधिकत्रिशततमो ऽध्यायः नाटकनिरूपणम् अग्निर् उवाच नाटकं सप्रकरणं डिम ईहामृगो ऽपि वा ज्ञेयः समवकारश् च भवेत् प्रहसनन्तथा

Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa, dans la section d’Alaṅkāra (poétique), s’achève le chapitre intitulé « Définitions de la poésie et des formes apparentées », le trois-cent-trente-sixième (Adhyāya 336). (Note textuelle : « juṣṭam iti » — les lettres ja et ṭa.) Commence maintenant le trois-cent-trente-septième chapitre, « Exposé du théâtre ». Agni dit : Il faut connaître les genres dramatiques comme étant : Nāṭaka, Prakaraṇa, Ḍima, Īhāmṛga ; ainsi que Samavakāra, et pareillement Prahasana.

Verse 2

व्यायोगभाणवीथ्यङ्कत्रोटकान्यथ नाटिका सट्टकं शिल्पकः कर्णा एको दुर्मल्लिका तथा

Il existe encore les formes dramatiques suivantes : Vyāyoga, Bhāṇa, Vīthī, Aṅka, Troṭaka ; ainsi que Nāṭikā, Saṭṭaka, Śilpaka, Karṇā, Eka et Durmallikā.

Verse 3

प्रस्थानं भाणिका भाणी गोष्ठी हल्लीशकानि च काव्यं श्रीगदितं नाट्यरासकं रासकं तथा

Prasthāna, Bhāṇikā, Bhāṇī, Goṣṭhī, Hallīśaka, Kāvyā, Śrī-gadita, Nāṭya-rāsaka, et aussi Rāsaka : telles sont des formes reconnues de composition littéraire et dramatique.

Verse 4

उल्लाप्यकं प्रेङ्क्षणञ्च सप्तविंशतिरेव तत् सामान्यञ्च विशेषश् च लक्षणस्य द्वयी गतिः

« Ullāpyaka » et « Preṅkṣaṇa » : avec eux, le total est bien de vingt-sept. Et la marche de la lakṣaṇā (sens secondaire/indicatif) est double : le général (sāmānya) et le particulier (viśeṣa).

Verse 5

सामान्यं सर्वविषयं शेषः क्वापि प्रवर्तते पूर्वरङ्गे निवृत्ते द्वौ देशकालावुभावपि

Le « général » (sāmānya) s’applique à tous les sujets ; le « résiduel » (śeṣa) s’emploie, là où il convient, selon le besoin. Et lorsque le rite préliminaire (pūrvaraṅga) est achevé, il faut également préciser l’un et l’autre : le lieu et le temps.

Verse 6

रसभावविभावानुभावा अभिनयास् तथा अङ्कः स्थितिश् च सामान्यं सर्वत्रैवोपसर्पणात्

Rasa, bhāva, vibhāva et anubhāva, ainsi que les modes de représentation (abhinaya), l’acte (aṅka) et la progression dramatique (sthiti) — tout cela est « général » (commun au théâtre), car cela pénètre et s’applique partout.

Verse 7

विशेषो ऽवसरे वाच्यः सामान्यं पूर्वमुच्यते त्रिवर्गसाधनन्नाट्यमित्याहुः करणञ्च यत्

Le particulier (viśeṣa) doit être énoncé lorsque l’occasion se présente ; le principe général est dit d’abord. Le théâtre (nāṭya), dit-on, est un moyen d’accomplir les trois buts de la vie (dharma, artha et kāma) ; et il en va de même de ce qu’on appelle « karaṇa » (unité technique de performance).

Verse 8

इतिकर्तव्यता तस्य पूर्वरङ्गो यथाविधि नान्दीमुखानि द्वात्रिंशदङ्गानि पूर्वरङ्गके

Sa procédure (ce qu’il convient de faire) est le pūrvaraṅga, à accomplir selon la règle ; dans le pūrvaraṅga se trouvent les sections introductives de bénédiction (nāndīmukhas) et trente-deux éléments constitutifs (aṅgas).

Verse 9

देवतानां नमस्कारो गुरूणामपि च स्तुतिः गोब्राह्मणनृपादीनामाशीर्वादादि गीयते

Au commencement, on doit chanter (ou réciter) les salutations aux divinités, les louanges aux maîtres, ainsi que les bénédictions et autres vœux pour les vaches, les brahmanes, les rois et les autres.

Verse 10

नान्द्यन्ते सूत्रधारो ऽसौ रूपकेषु निबध्यते गुरुपूर्वक्रमं वंशप्रशंसा पौरुषं कवेः

Dans les compositions dramatiques (rūpaka), le Sūtradhāra doit être introduit à la fin de la Nāndī ; et, dans le prologue, il convient d’exposer la succession traditionnelle des maîtres, l’éloge de la lignée, ainsi que le mérite ou la compétence du poète.

Verse 11

सम्बन्धार्थौ च काव्यस्य पञ्चैतानेष निर्दिशेत् नटी विदूषको वापि पारिपार्श्विक एव वा

Il doit exposer ces cinq constituants de l’œuvre poétique, y compris son sambandha (lien) et son artha (sens), que l’énoncé soit prononcé par l’actrice, par le Vidūṣaka (bouffon) ou par le Pāripārśvika (personnage d’accompagnement).

Verse 12

सहिताः सूत्रधारेण संलापं यत्र कुर्वते चित्रैर् वाक्यैः स्वकार्योत्थैः प्रस्तुताक्षेपिभिर्मिथः

Là où, avec le Sūtradhāra, ils dialoguent l’un avec l’autre, au moyen de paroles saisissantes issues de leurs propres visées dramatiques et comportant des interventions pointues, pertinentes au contexte : telle est la manière de cette conversation théâtrale.

Verse 13

आमुखं तत्तु विज्ञेयं बुधैः प्रस्तावनापि सा प्रवृत्तकं कथोद्घातः प्रयोगातिशयस् तथा

Les sages doivent savoir que l’« āmukha » est aussi la « prastāvanā » (introduction préliminaire) ; de même, il existe des procédés d’ouverture nommés pravṛttaka, kathodghāta et prayogātiśaya.

Verse 14

आमुखस्य त्रयो भेदा वीजांशेषूपजायते कालं प्रवृत्तमाश्रित्य सूत्रधृग्यत्र वर्णयेत्

L’āmukha (prologue) est de trois sortes ; il naît en rapport avec le bīja (la semence de l’intrigue) et l’aṃśeṣa (la part restante). En tenant compte du temps ou de l’étape déjà mise en mouvement, l’auteur—qui tient le fil de l’action—doit l’y décrire.

Verse 15

तदाश्रयश् च पात्रस्य प्रवेशस्तत् प्रवृत्तकं सूत्रधारस्य वाक्यं वा यत्र वाक्यार्थमेव वा

L’entrée (praveśa) d’un personnage qui s’appuie sur ce qui précède est appelée pravṛttaka ; ou bien c’est la parole du Sūtradhāra, là où seul le sens visé de la phrase est transmis.

Verse 16

गृहीत्वा प्रविशेत् पात्रं कथोद्घातः स उच्यते प्रयोगेषु प्रयोगन्तु सूत्रधृग्यत्र वर्णयेत्

Lorsqu’un personnage, après avoir saisi (un sujet ou un accessoire), entre en scène, on appelle cela kathodghāta («ouverture narrative»). Et, dans une représentation, la partie où le Sūtradhāra expose la mise en œuvre pratique de la scène est dite prayoga («application/production théâtrale»).

Verse 17

ततश् च प्रविशेत् पात्रं प्रयोगातिशयो हि सः शरीरं नाटकादीनामितिवृत्तं प्रचक्षते

Ensuite, le personnage doit entrer, car telle est l’excellence de la représentation. On déclare que l’itivṛtta (l’intrigue) est le corps même des drames et des autres œuvres théâtrales.

Verse 18

सिद्धमुत्प्रेक्षितञ्चेति तस्य भेदाबुभौ स्मृतौ सिद्धमागमदृष्टञ्च सृष्टमुत्प्रेक्षितं कवेः

Ses deux divisions sont traditionnellement retenues comme ‘siddha’ et ‘utprekṣita’. ‘Siddha’ est ce qui se voit dans l’āgama (la tradition transmise), tandis que ‘utprekṣita’ est ce que le poète façonne (sṛṣṭa) par son imagination créatrice.

Verse 19

वीजं विन्दुः पताका च प्रकरी कार्यमेव च अर्थप्रकृतयः पञ्च पञ्च चेष्टा अपि क्रमात्

Les cinq éléments structuraux de l’intrigue (arthaprakṛti), dans l’ordre, sont : vīja (la Semence), vindu (le Point/la Goutte), patākā (l’Épisode/l’Étendard), prakarī (l’épisode mineur) et kārya (l’action/le résultat). Corrélativement, il existe aussi cinq mouvements dramatiques progressifs (ceṣṭā) selon la même suite.

Verse 20

प्रारम्भश् च प्रयत्नश् च प्राप्तिः सद्भाव एव च नियता च फलप्राप्तिः फलयोगश् च पञ्चमः

Le commencement et l’effort soutenu, l’obtention, et certes la juste disposition (bonne intention), avec l’acquisition assurée du fruit—tels sont les cinq liens de la réussite (le cinquième étant l’attache au résultat).

Verse 21

मुखं प्रतिमुखं गर्भो विमर्षश् च तथैव च तथा निर्वहणञ्चेति क्रमात् पञ्चैव सन्धयः

Dans l’ordre requis, les articulations de l’intrigue (sandhi) sont bien au nombre de cinq : mukha (Ouverture), pratimukha (Contre-ouverture), garbha (Développement), vimarśa (Délibération/point de retournement) et nirvahaṇa (Résolution).

Verse 22

अल्पमात्रं समुद्दिष्टं बहुधा यत् प्रसर्पति फलावसानं यच्चैव वीजं तदभिधीयते

Ce qui n’est d’abord indiqué qu’en faible mesure, mais se déploie de multiples façons et s’achève en son fruit (résultat), cela est appelé le « bīja », la ‘semence’ poétique.

Verse 23

यत्र वीजसमुत्पत्तिर्नानार्थरससम्भवा काव्ये शरीरानुगतं तन्मुखं परिकीर्तितं

Dans le poème, la partie où surgit d’abord le « bīja » (semence)—capable de produire de multiples sens et saveurs esthétiques (rasa)—et qui est liée au corps de la composition, est déclarée être le « mukha », l’ouverture.

Verse 24

इष्टस्यार्थस्य रचना वृत्तान्तस्यानुपक्षयः रागप्राप्तिः प्रयोगस्य गुह्यानाञ्चैव गूहनम्

La composition doit exposer le sens visé ; le récit ne doit ni faiblir ni se rompre ; l’emploi de l’expression doit engendrer une saveur esthétique (rāga) ; et les choses secrètes doivent, assurément, être tenues cachées.

Verse 25

आश् चर्यवदभिख्यातं प्रकाशानां प्रकाशनम् अङ्गहीनं नरो यद्वन्न श्रेष्ठं काव्यमेव च

Célébrée comme « merveilleuse » et comme l’illuminateur de toutes les illuminations—telle est aussi la poésie : si elle manque de ses membres constitutifs, elle n’est pas excellente, tout comme un homme ne l’est pas lorsqu’il est privé de membres du corps.

Verse 26

देशकालौ विना किञ्चिन्नेतिवृत्तं प्रवर्तते अतस्तयोरुपादाननियमात् पदमुच्यते

Aucun récit (itivṛtta) ne peut se dérouler d’aucune manière sans lieu ni temps. C’est pourquoi, puisqu’il existe une règle établie selon laquelle ces deux éléments doivent être énoncés, on emploie le terme « pada » (pour cette mention requise).

Verse 27

देशेषु भारतं वर्षं काले कृतयुगत्रयं नर्ते ताभ्यां प्राणभृतां सुखदुःखोदयः क्वचित् सर्गे सर्गादिवार्ता च प्रसज्जन्ती न दुष्यति

Parmi toutes les régions, Bhārata-varṣa est la première ; et dans l’ordre du temps, les trois yuga commençant par Kṛta sont prééminents. En dehors de ces deux repères, pour les êtres vivants l’apparition du bonheur et de la souffrance ne survient qu’à l’occasion. Et la discussion sur le sarga—récits de la création et sujets connexes—lorsqu’elle est menée selon la doctrine du sarga, n’est pas blâmable.

Frequently Asked Questions

The chapter emphasizes a complete dramaturgical scaffold: (1) a 27-type taxonomy of dramatic/literary forms; (2) pūrvaraṅga procedure with nāndī and 32 aṅgas; and (3) plot engineering through itivṛtta divisions, five arthaprakṛtis (bīja–kārya), and five sandhis (mukha–nirvahaṇa), anchored by explicit place-time (deśa-kāla).

By defining drama as a means toward the trivarga (dharma, artha, kāma) and by disciplining aesthetic production through śāstric order (rasa, bhāva, abhinaya, and structured plot), it aligns cultural practice with dharmic formation—making artistic mastery a legitimate Agneya vidyā that supports inner cultivation alongside worldly competence.