Adhyaya 240
Raja-dharmaAdhyaya 24068 Verses

Adhyaya 240

Mantra-śakti, Dūta-Carā (Envoys & Spies), Vyasana (Calamities), and the Sapta-Upāya of Nīti

Ce chapitre s’ouvre sur l’insistance de Rāma : la mantra-śakti (puissance du conseil stratégique) surpasse la seule prouesse personnelle, et la gouvernance est présentée comme une science appliquée du discernement. Le savoir y est défini comme cognition, confirmation, levée du doute et décision résiduelle ; puis le « mantra » est formalisé en un conseil à cinq membres : alliés, moyens, évaluation du lieu et du temps, et contre-mesures en l’adversité (la réussite se marque par la clarté d’esprit, la foi, l’aptitude opérationnelle et une prospérité favorable). Le texte avertit que le conseil est détruit par l’ivresse, la négligence, la luxure et la parole imprudente ; il décrit ensuite l’envoyé idéal, les trois degrés d’envoyés, ainsi que le protocole d’entrée en territoire hostile et l’art de lire l’intention ennemie. Il développe la doctrine du renseignement : agents déclarés et espions clandestins déguisés par métiers. Puis il classe les calamités (vyasana) en divines et humaines, prescrivant śānti et remèdes politiques ; et énumère les préoccupations essentielles de l’État : recettes–dépenses, daṇḍanīti, refoulement de l’ennemi, réponse aux désastres, protection du roi et du royaume. Il diagnostique les défaillances des ministres, du trésor, des forteresses et du caractère royal (addictions et vices de gouvernement), aborde la sécurité du camp, et conclut par les sept upāyas—sāma, dāna, bheda, daṇḍa, upekṣā, indrajāla, māyā—avec sous-types et limites éthiques, dont la retenue envers les brāhmaṇas et l’usage tactique de l’illusion pour abattre le moral des ennemis.

Shlokas

Verse 1

चत्वार्तिंशदधिकद्विशततमो ऽध्यायः उभयोरित्यादिः, स्वयं व्रजेदित्यन्तः पाठः ज पुस्तके नास्ति बलोत्करमिति ग , घ , ज , ञ च अथ चत्वारिंशदधिकद्विशततमो ऽध्यायः समादिः राम उवाच प्रभवोत्साहशक्तिभ्यां मन्त्रशक्तिः प्रशस्यते प्रभावोत्साहवान् काव्यो जितो देवपुरोधसा

Chapitre 240 (240.1), note de leçon : le chapitre deux-cent-quarantième commence par « ubhayor… » et s’achève par « svayaṃ vrajet » ; cette leçon n’est pas dans le manuscrit J. La leçon « balotkaram » se trouve dans G, Gh, J, Ñ. Puis le chapitre s’ouvre ainsi : Rāma dit : Entre deux puissances—l’efficacité (prabhāva) et l’ardeur/énergie personnelle (utsāha)—la puissance des mantras (mantra-śakti) est louée. Même un poète pourvu d’efficacité et d’énergie fut jadis vaincu par le chapelain des dieux.

Verse 2

मन्त्रयेतेह कार्याणि नानाप्तैर् नाविपश्चिता अशक्यारम्भवृत्तीनां कुतः क्लेशादृते फलं

En ce monde, ceux qui ne sont ni dignes de confiance ni clairvoyants délibèrent sur les entreprises; mais pour ceux qui ont l’habitude d’entreprendre l’impossible, quel résultat pourrait-il y avoir—sinon peine et détresse ?

Verse 3

अविज्ञातस्य विज्ञानं विज्ञातस्य च निश् चयः अर्थद्वैधस्य सन्देहच्छेदनं शेषदर्शनं

La connaissance est : (1) la saisie de ce qui était auparavant inconnu ; (2) l’établissement certain de ce qui est déjà connu ; (3) la coupe du doute lorsque le sens se présente de deux façons ; et (4) le discernement de ce qui demeure, l’intelligence décisive.

Verse 4

सहायाः साधनोपाया विभागो देशकालयोः विपत्तेश् च प्रतीकारः पञ्चाङ्गो मन्त्र इष्यते

Le « mantra » (conseil stratégique) est tenu pour quintuple : (1) les alliés, (2) les moyens et procédés d’exécution, (3) l’examen du lieu et du temps, et (4) les contre-mesures dans l’adversité.

Verse 5

मनःप्रसादः श्रद्धा च तथा करणपाटवं सहायोत्थानसम्पच्च कर्मणां सिद्धिलक्षणं

Sérénité de l’esprit, foi inébranlable, habileté dans les instruments et moyens d’exécution, et prospérité née du soutien des alliés : tels sont les signes de la réussite des entreprises.

Verse 6

मदः प्रमादः कामश् च सुप्तप्रलपितानि च भिन्दन्ति मन्त्रं प्रच्छन्नाः कामिन्यो रमतान्तथा

L’ivresse, l’insouciance et la convoitise—ainsi que les paroles proférées dans le sommeil—brisent (trahissent) le conseil secret ; de même les femmes amoureuses et dissimulées, pour ceux qui se livrent au plaisir.

Verse 7

प्रगल्भः स्मृतिमान्वाग्मीशस्त्रे शास्त्रे च निष्ठितः अभ्यस्तकर्मा नृपतेर्दूतो भवितुर्मर्हति

Celui qui est hardi, doté d’une mémoire sûre, éloquent, solidement établi tant dans la science des armes que dans les traités savants, et bien exercé à ses devoirs, est apte à devenir l’envoyé du roi.

Verse 8

निसृष्टार्थो मितार्थश् च तथा शासनहारकः सामर्थ्यात् पादतो हीनो दूतस्तु त्रिविधः स्मृतः

L’envoyé est traditionnellement tenu pour triple : (1) celui qui reçoit une mission pleine, (2) celui qui reçoit une mission limitée, et (3) celui qui ne fait que porter l’ordre écrit du souverain ; quant à la capacité, chacun est inférieur au précédent d’un quart.

Verse 9

नाविज्ञातं पुरं शत्रोः प्रविशेच्च न शंसदं नय इष्यते इति ख , घ च शासनशासक इति ख , छ च कालमीक्षेत कार्यार्थमनुज्ञातश् च निष्पतेत्

On ne doit pas pénétrer dans la cité de l’ennemi sans l’avoir d’abord reconnue, ni entrer dans l’assemblée (ennemie). Une telle conduite est approuvée comme naya, c’est‑à‑dire une politique juste. Il faut agir comme porteur d’ordres et comme administrateur, selon le besoin. Ayant observé le moment propice pour accomplir l’objet, et après avoir obtenu l’autorisation, on doit alors se retirer.

Verse 10

छिद्रञ्च शत्रोर्जानीयात् कोषमित्रबलानि च रागापरागौ जानीयाद् दृष्टिगात्रविचेष्टितैः

Il faut connaître les failles de l’ennemi, ainsi que son trésor, ses alliés et sa force militaire ; et discerner ses goûts et ses aversions à partir de son regard, de ses traits corporels et de ses gestes.

Verse 11

कुर्याच्चतुर्विधं स्तोर्त्रं पक्षयोरुभयोरपि तपस्विव्यञ्जनोपेतैः सुचरैः सह संवसेत्

Il faut composer un stotra, un hymne de louange, en quatre formes, applicable aux deux côtés (ou aux deux parties) ; et demeurer en compagnie des vertueux, pourvus des marques du tapas (austérité) et d’une conduite droite.

Verse 12

चरः प्रकाशो दूतः स्यादप्रकाशश् चरो द्विधा बणिक् कृषीबलो लिङ्गी भिक्षुकाद्यात्मकाश् चराः

L’espion qui agit au grand jour doit être tenu pour un envoyé (messager) ; l’espion secret est de deux sortes. Les espions peuvent prendre l’apparence d’un marchand, d’un ouvrier agricole, d’un ascète portant un signe religieux, d’un mendiant, et d’autres déguisements semblables.

Verse 13

यायादरिं व्यसनिनं निष्फले दूतचेष्टिते प्रकृतव्यसनं यत्स्यात्तत् समीक्ष्य समुत्पतेत्

Si l’ennemi est en détresse et que l’effort de l’envoyé demeure sans fruit, alors—après avoir examiné quel nouveau malheur (ou danger) peut naître de la situation—il doit se retirer promptement (et partir).

Verse 14

अनयाद्व्यस्यति श्रेयस्तस्मात्तद्व्यसनं स्मृतं हुताशनो जलं व्याधिर्दुर्भिक्षं मरकं तथा

Ce par quoi le bien-être (śreyas) est bouleversé est, pour cette raison, appelé « calamité » (vyasana). Ces calamités sont : l’embrasement (feu), l’inondation (eau), la maladie, la famine et la mortalité épidémique (peste).

Verse 15

इति पञ्चविधं दैवं व्यसनं मानुषं परं दैवं पुरुषकारेण शान्त्या च प्रशमन्नयेत्

Ainsi, la calamité quintuple issue de daiva (destin/causes divines) et la calamité issue de l’action humaine—et même le daiva supérieur (plus puissant)—doivent être apaisées par l’effort personnel et par des rites de propitiation (śānti).

Verse 16

उत्थापितेन नीत्या च मानुषं व्यसनं हरेत् मन्त्रो मन्त्रफलावाप्तिः कार्यानुष्ठानमायतिः

Par une politique bien appliquée et une initiative prudente, on doit écarter la calamité d’origine humaine. Un « mantra » est ce qui procure l’obtention du fruit du mantra ; et l’accomplissement correct d’une action est ce qui en assure l’achèvement réussi.

Verse 17

आयव्ययौ दण्डनीतिरमित्रप्रतिषेधनं व्यसनस्य प्रतीकारो राज्यराजाभिरक्षणं

Recettes et dépenses, la science du daṇḍanīti (châtiment et gouvernement), la répulsion des ennemis, les remèdes contre les calamités, et la protection du royaume et du roi—tels sont les objets essentiels de l’art de gouverner.

Verse 18

इत्यमात्यस्य कर्मेदं हन्ति सव्यसनान्वितः हिरण्यधान्यवस्त्राणि वाहनं प्रजया भवेत्

Ainsi, telle est la conduite prescrite à l’amātya (ministre) : celui qui est enlacé par les vices ruine sa charge et son dessein. Par suite, il en vient à perdre l’or, les grains, les vêtements, les véhicules, et même sa descendance.

Verse 19

तथान्ये द्रव्यनिचया दन्ति सव्यसना प्रजा प्रजानामापदिस्थानां रक्षणं कोषदण्डयोः

De même, il faut entretenir d’autres réserves de richesses (ressources) ; et les sujets—même enclins aux vices—doivent être contenus et disciplinés. La sauvegarde du peuple en temps de calamité dépend du trésor et du pouvoir de châtier.

Verse 20

दृष्टिवक्त्रविचेष्टितैर् इति ग , घ , छ , झ , ञ च स्वचरैर् इति ज विफले इति घ , झ , ञ च पौराद्याश्चोपकुर्वन्ति संश्रयादिह दुर्दिनं तूष्णीं युद्धं जनत्राणं मित्रामित्रपरिग्रहः

Par l’expression « dṛṣṭi-vaktra-viceṣṭitaiḥ » on entend les lettres ga, gha, cha, jha et ña ; par « svacaraiḥ » on entend la lettre ja ; par « viphale » on entend les lettres gha, jha et ña. En outre, les citadins et autres apportent ici leur concours par dépendance (en quête de refuge) : lors des calamités, du silence, de la guerre, de la protection du peuple, et dans le choix des amis et des ennemis.

Verse 21

सामन्तादि कृते दोषे नश्येत्तद्व्यसनाच्च तत् भृत्यानां भरणं दानं प्रजामित्रपरिग्रहः

Lorsqu’une faute de gouvernement naît des sāmanta (vassaux feudataires) et autres semblables, il faut la neutraliser—ainsi que la calamité qui découle de ce malheur. (Le roi doit assurer) l’entretien des serviteurs, l’octroi de dons, et la sauvegarde du peuple et des alliés.

Verse 22

धर्मकामादिभेदश् च दुर्गसंस्कारभूषणं कोषात्तद्व्यसनाद्धन्ति कोषमूलो हि भूपतिः

La distinction des buts tels que le dharma et le kāma, ainsi que la préparation et l’ornement convenables des fortifications, sont soutenues par le trésor ; et lorsque le trésor tombe dans l’infortune, elles sont détruites. Car la puissance du roi a sa racine dans le trésor.

Verse 23

मित्रामित्रावनीहेमसाधनं रिपुमर्दनं दूरकार्याशुकारित्वं दण्डात्तद्व्यसनाद्धरेत्

Par le daṇḍa (le châtiment), le roi doit assurer : la juste régulation des amis et des ennemis, l’acquisition de terres et d’or, l’écrasement des adversaires, et l’exécution rapide même des affaires lointaines ; ainsi il écarte les calamités nées du désordre.

Verse 24

सस्तम्भयति मित्राणि अमित्रं नाशयत्यपि धनाद्यैर् उपकारित्वं मित्रात्तद्व्यसनाद्धरेत्

Par la richesse et des moyens semblables, on doit affermir les alliés et aussi détruire l’ennemi ; par des dons et autres procédés, on obtient l’assistance de l’allié et on le délivre de sa calamité.

Verse 25

राजा सव्यसनी हन्याद्राजकार्याणि यानि च वाग्दण्डयोश् च पारुष्यमर्थदूषणमेव च

Le roi doit châtier celui qui s’adonne aux vices pour avoir négligé ou perverti les devoirs royaux, et aussi pour la dureté de la parole et du châtiment corporel, ainsi que pour la corruption des richesses (malversations financières).

Verse 26

पानं स्त्री मृगया द्यूतं व्यसनानि महीपतेः आलस्यं स्तब्धता दर्पः प्रमादो द्वैधकारिता

Boire, les femmes (débauche), la chasse et le jeu sont les addictions d’un roi ; de même la paresse, la raideur (l’entêtement), l’orgueil, la négligence et la duplicité.

Verse 27

इति पूर्वोपदिष्टञ्च सचिवव्यसनं स्मृतं अनावृष्टिश् च पीडादौ राष्ट्रव्यसनमुच्यते

Ainsi, ce qui a été enseigné auparavant est retenu comme le « vyasana » (calamité) concernant les ministres ; et la sécheresse (anāvṛṣṭi), avec des afflictions telles que l’oppression et autres, est déclarée calamité du royaume (de l’État).

Verse 28

विशीर्णयन्त्रप्राकारपरिखात्वमशस्त्रता क्षीणया सेनया नद्धं दुर्गव्यसनमुच्यते

Lorsque les engins, les remparts et les fossés d’une forteresse sont en ruine, lorsqu’il y a pénurie d’armes et qu’elle n’est tenue que par une garnison épuisée, cet état est appelé « durgavyasana » (calamité de la forteresse).

Verse 29

व्ययीकृतः परिक्षिप्तो ऽप्रजितो ऽसञ्चितस् तथा दषितो दरसंस्थश् च कोषव्यसनमुच्यते

On dit que le trésor est en « koṣavyasana » (calamité du trésor) lorsqu’il est : (i) dépensé, (ii) dilapidé/vidé, (iii) non accru (sans revenu), (iv) non accumulé, (v) corrompu ou souillé, et (vi) confié au « dara », c’est‑à‑dire placé entre les mains des femmes ou des dépendants du foyer.

Verse 30

उपरुद्धं परिक्षिप्तममानितविमानितं संस्तम्भयतीत्यादिः, मित्रात्तद्व्यसनाद्धरेदित्यन्तः पाठः छपुअतके नास्ति अभूतं व्याधितं श्रान्तं दूरायातन्नवागतं

Celui qui est entravé, encerclé, méprisé ou humilié doit être affermi et soutenu (et ainsi de suite). La leçon finale : « on doit le tirer de cette calamité par l’entremise d’un ami » ne se trouve pas dans l’édition Chapu. (Il faut aussi aider) celui qui est sans ressources, malade, épuisé, venu de loin ou nouvellement arrivé.

Verse 31

परिक्षीणं प्रतिहतं प्रहताग्रतरन्तथा आशानिर्वेदभूयिष्ठमनृतप्राप्तमेव च

Il devient entièrement épuisé, contrarié et abattu ; sa force la plus éminente est brisée. Alors il est submergé par le désespoir quant à ses espérances, et ce qui est obtenu se révèle faux (ou décevant) en vérité.

Verse 32

कलत्रगर्भन्निक्षिप्तमन्तःशल्पं तथैव च विच्छिन्नवीवधासारं शून्यमूलं तथैव च

De même, un corps étranger (pointe de flèche/écharde) logé dans une cavité vitale, et une plaie dont les tissus essentiels de soutien sont sectionnés, ainsi que celle dont la racine (base, appui) est détruite : tout cela est tenu pour dépourvu de possibilité de guérison.

Verse 33

अस्वाम्यसंहतं वापि भिन्नकूटं तथैव च दुष्पार्ष्णिग्राहमर्थञ्च बलव्यसनमुच्यते

Des biens amassés sans propriétaire légitime, des objets provenant d’un dépôt brisé ou falsifié, et une richesse acquise par saisie coercitive : tout cela est qualifié de « malheur né de la force » (balavyasana).

Verse 34

दैवोपपीडितं मित्रं ग्रस्तं शत्रुबलेन च कामक्रोधादिसंयुक्तमुत्साहादरिभिर्भवेत्

Un ami accablé par le destin, ou submergé par la puissance de l’ennemi, et habité par le désir, la colère et autres passions : un tel homme, par un zèle mal orienté, devient un ennemi.

Verse 35

अर्थस्य दूषणं क्रोधात् पारुष्यं वाक्यदण्डयोः कामजं मृगया द्यूतं व्यसनं पानकं स्त्रियः

De la colère naît la corruption des biens; et la rudesse surgit dans la parole comme dans le châtiment. Du désir naissent la chasse et le jeu; et les vices d’addiction sont la boisson et la débauche avec les femmes.

Verse 36

वाक्पारुष्यं परं लोके उद्वेजनमनर्थकं असिद्धसाधनं दण्डस्तं युक्त्यानयेन्नृपः

La dureté de parole est une faute grave en ce monde : elle suscite une agitation inutile et n’aboutit à aucun bien. Aussi le roi doit-il, avec discernement, lui appliquer une peine appropriée.

Verse 37

उद्वेजयति भूतानि दण्डपारुष्यवान् नृपः भूतान्युद्वेज्यमानानि द्विषतां यान्ति संश्रयं

Le roi dur dans le châtiment et la contrainte épouvante les êtres; et les êtres ainsi effrayés vont chercher refuge auprès de ses ennemis.

Verse 38

विवृद्धाः शत्रवश् चैव विनाशाय भवन्ति ते दूष्यस्य दूषणार्थञ्च परित्यागो महीयसः

Lorsque les ennemis s’accroissent en puissance, ils deviennent réellement la cause de la destruction. Et, pour blâmer ce qui mérite le blâme, le renoncement à cela par un grand homme est un principe d’un grand poids.

Verse 39

अर्थस्य नीतितत्त्वज्ञैर् अर्थदूषणमुच्यते पानात् कार्यादिनो ज्ञानं मृगयातो ऽरितः क्षयः

Ceux qui connaissent les vrais principes de la politique décrivent ainsi les « corruptions de la richesse » : de la boisson naît la perte du discernement quant aux devoirs et aux affaires; de la chasse vient le dommage; et des ennemis vient la ruine.

Verse 40

जितश्रमार्थं मृगयां विचरेद्रक्षिते वने धर्मार्थप्राणमाशादि द्यूते स्यात् कलहादिकं

Pour surmonter la fatigue, on peut pratiquer la chasse dans une forêt protégée (royale). Mais dans le jeu d’argent naissent l’espoir et d’autres passions, et cela détruit le dharma, la richesse et même la vie, engendrant querelles et autres maux.

Verse 41

कालातिपातो धर्मार्थपीरा स्त्रीव्यसनाद्भवेत् पानदोषात् प्राणनाशः कार्याकार्याविनिश् चयः

De l’addiction aux femmes naissent la perte du temps et l’affliction (diminution) du dharma et de l’artha; du vice de la boisson naissent la destruction de la vie et l’incapacité de discerner ce qu’il faut faire ou ne pas faire.

Verse 42

स्कन्धावारनिवेशज्ञो निमित्तज्ञो रिपुं जयेत् स्कन्धावारस्य मध्ये तु सकोषं नृपतेर्गृहं

Celui qui sait établir un campement militaire et comprendre les présages vaincra l’ennemi. Au centre même du camp doit se trouver la demeure du roi, avec le trésor.

Verse 43

मौलीभूतं श्रेणिसुहृद्द्विषदाटविकं बलं राजहर्म्यं समावृत्य क्रमेण विनिवेशयेत्

Les ayant disposés en un cercle tel une couronne, on placera pas à pas les forces composées de gens des guildes, d’alliés amis, de contingents ennemis capturés ou contraints, et de troupes des tribus forestières, en encerclant le palais royal de toutes parts.

Verse 44

सैन्यैकदेशः सन्नद्धः सेनापतिपुरःसरः परिभ्रमेच्चत्वरांश् च मण्डलेन वहिर् निशि

La nuit, un détachement de l’armée—entièrement armé et précédé par le commandant—doit patrouiller à l’extérieur, en mouvement circulaire, en couvrant aussi les carrefours et places.

Verse 45

वार्ताः स्वका विजानीयाद्दरसीमान्तचारिणः निर्गच्छेत् प्रविशेच्चैव सर्व एवोपलक्षितः

Il doit s’assurer des rapports de ses propres agents qui circulent le long de la frontière et des routes limitrophes ; et chacun—qu’il sorte ou qu’il entre—doit être observé et dûment identifié.

Verse 46

सामदानं च भेदश् च दण्डोपेक्षेन्द्रजालकं मायोपायाः सप्त परे निक्षिपेत्साधनाय तान्

Sāma (conciliation), dāna (dons ou incitations), bheda (division, semer la discorde), daṇḍa (châtiment ou force), upekṣā (négligence stratégique), indra-jāla (illusion, artifice), et māyā (expédients trompeurs) : tels sont les sept moyens ; le sage doit les déployer selon ce qui convient pour atteindre le but.

Verse 47

चतुर्विधं स्मृतं साम उपकारानुकीर्तनात् मिथःसम्बन्ह्दकथनं मृदुपूर्वं च भाषणं

La conciliation (sāma) est déclarée quadruple : (1) rappeler et louer les bienfaits reçus ou accordés, (2) évoquer les actes d’assistance, (3) invoquer les relations et liens réciproques, et (4) s’adresser à l’autre par une parole douce et courtoise.

Verse 48

आयाते दर्शनं वाचा तवाहमिति चार्पणं यः सम्प्राप्तधनोत्सर्ग उत्तमाधममध्यमः

Lorsqu’un homme arrive (en suppliant ou en hôte), celui qui lui accorde une audience respectueuse (darśana) et, par la parole, consacre le don en disant : « Ceci est à toi ; je suis à toi », puis renonce aux richesses venues en sa main, doit être tenu—selon la manière et l’esprit de l’offrande—pour de rang supérieur, inférieur ou moyen.

Verse 49

प्रतिदानं तदा तस्य गृहीतस्यानुमोदनं द्रव्यदानमपूर्वं च स्वयङ्ग्राहप्रवर्तनं

Alors il convient : (i) d’offrir à cette personne un don en retour, (ii) d’exprimer son assentiment à ce qui a été accepté, (iii) de donner des biens matériels encore jamais donnés, et (iv) d’encourager une acceptation volontaire (recevoir sans contrainte ni sollicitation).

Verse 50

देयश् च प्रतिमोक्षश् च दानं पञ्चविधं स्मृतं स्नेहरागापनयनसंहर्षोत्पादनं तथा

Le don (dāna) est mémorisé comme quintuple : (1) deya, le don simple et direct ; (2) pratimokṣa, le don offert pour la délivrance ou la rédemption ; (3) dāna, l’acte même de donner ; (4) l’éloignement de l’affection-adhérence et de l’attachement (sneha-rāga-apanayana) ; et (5) l’éveil de la joie et de l’enthousiasme (saṃharṣa-utpādana).

Verse 51

मिथो भेदश् च भेदज्ञैर् भेदश् च त्रिविधः स्मृतः बधो ऽर्थहरणं चैव परिक्लेशस्त्रिधा दमः

Ceux qui sont versés dans la science de la dissension déclarent que « bheda » (créer la division) est réciproque, c’est-à-dire dresser les uns contre les autres, et qu’il est mémorisé comme triple. De même, la contrainte ou répression (dama) est triple : mise à mort, confiscation des biens, et harcèlement ou affliction.

Verse 52

प्रकाशश्चाप्रकाशश् च लोकद्विष्टान् प्रकाशतः उद्विजेत हतैर् लोकस्तेषु पिण्डः प्रशस्यते

Qu’on agisse au grand jour ou avec discrétion, il faut se tenir à l’écart de ceux que le peuple hait ; car lorsque de tels hommes sont anéantis, la collectivité s’apaise, et les offrandes de boulettes de nourriture (piṇḍa) faites pour eux sont tenues pour convenables.

Verse 53

परिवेशयेदिति ख तथैव सुप्रवर्तनमिति ज , ट च विशेषेणोपनिषिद्योगैर् हन्याच्छस्त्रादिना द्विषः जातिमात्रं द्विजं नैव हन्यात् सामोत्तरं वशे

«Il doit faire (les gens) encercler»—telle est la leçon Kha ; de même, «il doit mettre (la force) en bonne marche/engagement»—selon les leçons Ja et Ṭa. En recourant tout particulièrement à des moyens secrets et stratégiques, on doit frapper les ennemis hostiles par les armes et autres procédés. Mais on ne doit jamais tuer un brāhmaṇa pour la seule raison de sa naissance ; il faut le soumettre par la conciliation (sāma) et par un règlement ou contrepartie appropriée.

Verse 54

प्रलिम्पन्निव चेतांसि दृष्ट्वासाधु पिबन्निव ग्रसन्निवामृतं साम प्रयुञ्जीत प्रियं वचः

Voyant les esprits comme s’ils étaient enduits (de passion ou d’illusion), et voyant l’homme mauvais comme s’il buvait ce qui est nuisible, on doit recourir à la conciliation par une parole agréable—comme on avalerait du nectar.

Verse 55

मिथ्याभिशस्तः श्रीकाम आहूयाप्रतिमानितः राजद्वेषी चातिकर आत्मसम्भावितस् तथा

Celui qui a été faussement accusé ; celui qui convoite la richesse ; celui qui, bien que convoqué, a été déshonoré ; celui qui hait le roi ; et de même celui qui est d’une agressivité excessive et plein de suffisance : de tels hommes doivent être tenus en suspicion comme adversaires possibles.

Verse 56

विच्छिन्नधर्मकामार्थः क्रुद्धो मानी विमानितः अकारणात् परित्यक्तः कृतवैरो ऽपि सान्त्वितः

Celui dont les poursuites de dharma, de désir et de prospérité (dharma–kāma–artha) ont été brisées ; celui qui est en colère ; l’orgueilleux ; l’outragé ; celui qui a été abandonné sans raison ; et même celui qui a noué une inimitié : un tel homme peut encore être apaisé par la conciliation.

Verse 57

हृतद्रव्यकलत्रश् च पूजार्हो ऽप्रतिपूजितः एतांस्तु भेदयेच्छत्रौ स्थितान्नित्यान् सुशङ्कितान्

Celui à qui l’on a ravi les biens et l’épouse, et celui qui est digne d’honneurs mais n’a pas été honoré comme il convient—si on les trouve demeurant dans le camp ennemi et constamment soupçonneux—doivent être utilisés pour y susciter la dissension.

Verse 58

आगतान् पूजयेत् कामैर् निजांश् च प्रशमन्नयेत् सामदृष्टानुसन्धानमत्युग्रभयदर्शनं

Il doit honorer ceux qui sont venus en leur accordant des attentions désirables, et apaiser aussi les siens. Qu’il poursuive le sāma (conciliation) comme voie directrice, mais, au besoin, qu’il montre une crainte extrêmement redoutable—l’apparence d’une puissance sévère—afin de détourner les menaces.

Verse 59

प्रधानदानमानं च भेदोपायाः प्रकीर्तिताः मित्रं हतं काष्ठमिव घुणजग्धं विशीर्यते

Sont proclamés comme moyens (de politique) le sāma (conciliation), le dāna (don), le māna (honneur) et le bheda (division). Une amitié, une fois frappée à mort, se désagrège—comme du bois rongé par les termites.

Verse 60

त्रिशक्तिर्देशकालज्ञो दण्डेनास्तं नयेदरीन् मैत्रीप्रधानं कल्याणबुद्धिं सान्त्वेन साधयेत्

Doué de la triple puissance de l’État et connaissant le lieu et le temps, il doit mener les ennemis à la ruine par le châtiment. Mais celui qui est surtout guidé par l’amitié et une intention bienveillante doit être gagné par le sāma (conciliation).

Verse 61

लुब्धं क्षीणञ्च दानेन मित्रानन्योन्यशङ्कया दण्डस्य दर्शनाद्दुष्टान् पुत्रभ्रातादि सामतः

Gagne le cupide et l’affaibli par le dāna (dons) ; tiens les alliés en respect par la suspicion mutuelle ; réprime les méchants en montrant la puissance du châtiment ; et apaise son propre cercle—fils, frères et autres—par le sāma (conciliation).

Verse 62

दानभेदैश् चमूमुख्यान् योधान् जनपददिकान् सामान्ताटविकान् भेददण्डाभ्यामपराद्धकान्

Par les dons et par l’art de susciter la dissension, on doit tenir en main les chefs de l’armée, les combattants, ainsi que ceux qui sont liés aux campagnes et à leurs groupes; quant aux vassaux des frontières et aux tribus des forêts, on les traite par la division et le châtiment; ceux qui ont fauté doivent être réglés par séparation et peine.

Verse 63

देवताप्रतिमानन्तु पूजयान्तर्गतैर् नरैः पुमान् स्त्रीवस्त्रसंवीतो निशि चाद्भुतदर्शनः

Mais lorsque des hommes, depuis l’intérieur (du sanctuaire ou de l’enceinte interne), rendent un culte à l’icône de la divinité, un homme, vêtu d’habits féminins, apparaît la nuit et offre une vision prodigieuse.

Verse 64

दानभेदैश् चैव मुख्यान् पौरानिति ज वेतालोल्कापिशाचानां शिवानां च स्वरूपकी कामतो रूपधारित्वं शस्त्राग्न्यश्माम्बुवर्षणं

Et ils sont classés selon les variétés de dons (offrandes), ainsi que selon les principales classes dites ‘paura’ ; ainsi sont décrites les formes caractéristiques des vetāla, des olkā, des piśāca, et aussi des śiva (une catégorie d’êtres). Ils ont le pouvoir de prendre des formes à volonté et de faire pleuvoir armes, feu, pierres et eau.

Verse 65

तमो ऽनिलो ऽनलो मेघ इति माया ह्य् अमानुषी जघान कीचकं भीम आस्थितः स्त्रीरूपतां

«Ténèbres, vent, feu, nuage» : telle était la māyā non humaine (surnaturelle). Ayant pris une forme féminine, Bhīma abattit Kīcaka.

Verse 66

अन्याये व्यसने युद्धे प्रवृत्तस्यानिवारणं उपेक्षेयं स्मृता भ्रातोपेक्षितश् च हिडिम्बया

Dans une situation d’injustice, de calamité ou de guerre, ne pas retenir celui qui s’est précipité dans l’action est déclaré coupable «d’omission»; et, pour exemple, un frère aussi fut négligé par Hiḍimbā.

Verse 67

मेघान्धकारवृष्ट्यग्निपर्वताद्भुतदर्शनं दरस्थानं च सैन्यानां दर्शनं ध्वजशालिनां

L’apparition de spectacles merveilleux (et de mauvais augure)—tels que l’obscurité née des nuages, la pluie, le feu et les montagnes—ainsi que la disposition étrange des troupes, et la vision de forces portant des étendards (d’une manière inhabituelle), doivent être tenues pour des présages.

Verse 68

छिन्नपाटितभिन्नानां संसृतानां च दर्शनं इतीन्द्रजालं द्विषताम्भोत्यर्थमुपकल्पयेत्

On doit mettre en œuvre un indrajāla (déploiement d’illusion) qui fasse voir aux ennemis comme réels ceux qui ont été tranchés, tailladés ou brisés—et même ceux qui ont déjà quitté la vie—comme s’ils se mouvaient encore, afin de déconcerter et renverser le camp adverse.

Frequently Asked Questions

Here ‘mantra’ is strategic counsel, defined as five-limbed planning: securing allies, selecting practical means, judging place and time, and preparing countermeasures for adversity—grounded in discernment and secrecy.

It presents three envoy grades—fully commissioned, limited commission, and mere order-carrier—implying different authority and discretion levels, which shapes negotiation risk, intelligence gathering, and accountability.

Calamities include fire, flood, disease, famine, and epidemic mortality (daiva), alongside human-caused crises; the text prescribes both śānti (propitiatory stabilization) and decisive policy action to restore order.

They are sāma (conciliation), dāna (gifts/inducements), bheda (division), daṇḍa (punishment/force), upekṣā (strategic neglect), indrajāla (illusion-display), and māyā (deceptive expedients), to be applied according to context.