
Ṣāḍguṇya — The Six Measures of Foreign Policy (with Rāja-maṇḍala Theory)
Rāma présente la nīti comme une science disciplinée de la survie et de l’expansion de l’État, fondée sur une cartographie exacte du rāja-maṇḍala (cercle géopolitique). Le roi doit d’abord identifier le cercle à douze souverains autour du vijigīṣu (roi aspirant à la conquête) : l’ari (ennemi), le mitra (allié), les alliés successifs, ainsi que des acteurs de position tels que le pārṣṇigrāha (menace de l’arrière) et l’ākranda (raideur/perturbateur). Le texte définit des rôles stratégiques comme le roi madhyama (intermédiaire contigu entre l’ennemi et l’aspirant) et l’udāsīna (neutre extérieur, souvent plus puissant), et recommande une conduite différenciée : favoriser l’unité, contenir la division. La politique s’ordonne par des moyens essentiels—sandhi (traité/alliance), vigraha (hostilité/guerre), yāna (expédition), āsana (campement/attente)—avec des sous-types techniques et des critères pour refuser des alliances avec des personnes peu fiables. Le chapitre insiste sur la prudence : évaluer l’effet immédiat et l’issue future avant la guerre, reconnaître les racines de l’inimitié, user du dvaidhībhāva (politique double) et, au besoin, s’aligner sur la puissance la plus forte. Il se clôt sur une éthique du refuge et de la loyauté sous un protecteur noble lorsque l’on est submergé, reliant réalisme politique et retenue selon le dharma.
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे राजधर्मो नाम अष्टत्रिंशदधिकद्विशततमो ऽध्यायः अथोनचत्वारिंशदधिकद्विशततमो ऽध्यायः षाड्गुण्यं राम उवाच मण्डलं चिन्तयेत् मुख्यं राजा द्वादशराजकं अरिर्मित्रमरेर्मित्रं मित्रमित्रमतः परं
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa, le chapitre deux-cent-trente-huit est intitulé « Rājadharma (Devoirs des rois) ». Commence maintenant le chapitre deux-cent-trente-neuf, « Ṣāḍguṇya (les six mesures de la politique extérieure) ». Rāma dit : Le roi doit avant tout méditer le cercle royal (rāja-maṇḍala) composé de douze rois : l’ennemi ; l’allié de l’ennemi ; l’allié de l’allié de l’ennemi ; l’allié ; l’allié de l’allié ; et ceux qui se trouvent au-delà, successivement.
Verse 2
राज्यं राष्ट्रञ्चेति ख , छ , ञ च लक्षयेदिति ञ तथारिमित्रमित्रञ्च विजिगीषोः पुरः स्मृताः पार्ष्णिग्राहः स्मृतः पश्चादाक्रन्दस्तदनन्तरं
« Royaume » et « territoire/pays » — tels sont à comprendre (comme catégories pertinentes) selon les marqueurs traditionnels. De même, l’ennemi, l’allié de l’ennemi et son propre allié sont dits se tenir devant celui qui veut conquérir (vijigīṣu). Le « saisisseur du talon » (pārṣṇigrāha) est déclaré derrière lui, et le « perturbateur/raideur » (ākranda) vient ensuite.
Verse 3
आसारावनयोश् चैवं विजगीषाश् च मण्डलं अरेश् च विजिगीषोश् च मध्यमो भूम्यनन्तरः
Ainsi, pour le roi qui aspire à la conquête (vijigīṣu), le cercle (maṇḍala) est constitué des souverains voisins — alliés comme hostiles ; et le « roi médian » (madhyama) est celui dont le territoire est immédiatement contigu, placé entre l’ennemi (ari) et l’aspirant conquérant (vijigīṣu).
Verse 4
अनुग्रहे संहतयोर् निग्रहे व्यस्तयोः प्रभुः मण्डलाद्वहिरेतेषामुदासीनो बलाधिकः
En accordant sa faveur, le suzerain doit traiter avec ceux qui sont unis ; en réprimant ou en châtiant, avec ceux qui sont divisés. Le roi neutre—demeurant hors du mandala des États—les surpasse en puissance.
Verse 5
अनुग्रहे संहतानां व्यस्तानां च बुधे प्रभुः सन्धिञ्च विग्रहं यानमासानदि वदामि ते
Ô sage, pour la sauvegarde et l’essor des unis comme des dispersés, le Seigneur (le souverain) enseigne. Je t’exposerai sandhi (traité), vigraha (hostilité/guerre), yāna (marche/expédition), āsana (demeurer en position), et les autres moyens de la politique.
Verse 6
बलवद्विग्रहीतेन सन्धिं कुर्याच्छिवाय च कपाल उपहारश् च सन्तानः सङ्गतस् तथा
Pour le bienfaisant accomplissement (śiva), il faut conclure un sandhi (traité) même avec un agresseur puissant. Il convient aussi d’offrir un kapāla (crâne) comme don d’oblation ; et d’assurer pareillement la continuité de la lignée et la cohésion de l’alliance.
Verse 7
उपन्यासः प्रतीकारः संयोगः पुरुषान्तरः अदृष्टनर आदिष्ट आत्मापि स उपग्रहः
« Upanyāsa » (mise en avant d’un point), « pratīkāra » (contre-mesure/remède), « saṁyoga » (union ou conjonction), « puruṣāntara » (autre personne/changement de rôle), « adṛṣṭa-nara » (personne non vue), « ādiṣṭa » (celui qui est instruit/mandaté) et « upagraha » (procédé auxiliaire) : telles sont les catégories techniques ; et « ātmāpi » signifie que « même soi-même » peut entrer comme agent ou partie dans cette classification.
Verse 8
परिक्रमस् तथा छिन्नस् तथा च परदूषणं स्कन्धोपयेयः सन्धिश् च सन्धयः षोडशेरिताः
« Parikrama », « Chinna » et « Paradūṣaṇa », ainsi que « Skandhopayeya » et « Sandhi » : ceux-ci sont proclamés comme les seize variétés de sandhi (junctures dramatiques/poétiques).
Verse 9
परस्परोपकारश् च मैत्रः सम्बन्धकस् तथा उपहाराश् च चत्वारस्तेषु मुख्याश् च सन्धयः
L’entraide réciproque, l’amitié, l’établissement de liens et l’offrande de présents—telles sont les quatre formes principales d’alliance (sandhi) entre eux.
Verse 10
बालो वृद्धो दीर्घरोगस् तथा बन्धुवहिष्कृतः मौरुको भीरुकजनो लुब्धो लुब्धजनस् तथा
Un enfant, un vieillard, celui qui souffre d’une maladie de longue durée et celui que ses proches ont rejeté; de même, un sot, un timoré, un cupide et celui qui fréquente les cupides.
Verse 11
विरक्तप्रकृतिश् चैव विषयेष्वतिशक्तिमान् अनेकचित्तमन्त्रश् च देवब्राह्मणनिन्दकः
Par nature, il est détaché (de la conduite juste) et pourtant excessivement asservi aux objets des sens; son avis est changeant, l’esprit divisé, et il outrage les dieux ainsi que les brāhmaṇas.
Verse 12
दैवोपहतकश् चैव दैवनिन्दक एव च दुर्भिक्षव्यसनोपेतो बलव्यसनसङ्कुलः
Il est frappé par le destin et, de plus, blasphémateur de l’ordonnance divine; accablé par le fléau de la famine et empêtré dans les calamités qui s’abattent sur les troupes armées.
Verse 13
पुरःस्थिता इति ख , छ च मैत्रः सुखकरस्तथेति ग स्वदेशस्थो बहुरिपुर्मुक्तः कालेन यश् च ह सत्यधर्मव्यपेतश् च विंशतिः पुरुषा अमी
«Ceux qui se tiennent au premier rang»—ainsi le disent les leçons kha et cha. «L’homme amical est aussi celui qui procure le bien-être»—ainsi le dit la leçon ga. «Celui qui demeure dans son propre pays tout en ayant de nombreux ennemis; celui qui a été relâché en temps voulu; et celui qui s’est écarté de la vérité et du dharma»—ceux-là comptent parmi les vingt types de personnes énumérés ici.
Verse 14
एर्तैः सन्धिं न कुर्वीत विगृह्णीयात्तु केबलं परस्परापकारेण पुंसां भवति विग्रहः
Avec de tels hommes, on ne doit pas conclure d’alliance (sandhi) ; il convient plutôt d’adopter seulement une attitude d’hostilité (vigraha). Car, parmi les humains, le conflit naît du tort réciproque et des méfaits commis l’un envers l’autre.
Verse 15
आत्मनो ऽभ्युदयाकाङ्क्षी पीड्यमानः परेण वा देशकालबलोपेतः प्रारभेतेह विग्रहं
Le souverain qui recherche sa propre prospérité—ou qui est harcelé par un adversaire—lorsqu’il dispose d’un lieu, d’un temps et d’une force appropriés, doit entreprendre ici les hostilités (vigraha, la guerre).
Verse 16
राज्यस्त्रीस्थानदेशानां ज्ञानस्य च बलस्य च अपहारी मदो मानः पीडा वैषयिकी तथा
Mada (ivresse/égarement) et māna (orgueil) sont des voleurs : ils dérobent la royauté, les femmes (c’est-à-dire les liens), le lieu et le territoire, ainsi que le savoir et la force ; et de même il est un tourment né des objets des sens (viṣaya).
Verse 17
ज्ञानात्मशक्तिधर्माणां विघातो दैवमेव च मित्रार्थञ्चापमानश् च तथा बन्धुविनाशनं
L’entrave au savoir, à la puissance intérieure et au dharma ; la domination du destin seul ; la perte du bien ou de l’avantage d’un ami ; l’humiliation ; et aussi la ruine des parents : tout cela est compté parmi les calamités.
Verse 18
भूतानुग्रहविच्छेदस् तथा मण्डलदूषणं एकार्थाभिनिवेशत्वमिति विग्रहयोनयः
L’interruption des relations de sens visées ; l’altération du « maṇḍala », c’est-à-dire du cercle métrique ou de la structure du vers ; et l’attachement obsessionnel à un seul sens : tels sont, dit-on, les germes du vigraha (discordance/défaut) dans la composition.
Verse 19
सापत्न्यं वास्तुजं स्त्रीजं वाग्जातमपराधजं वैरं पञ्चविधं प्रोक्तं साधनैः प्रशमन्नयेत्
L’inimitié est dite de cinq sortes : née de la rivalité (avec une coépouse/une concurrente), des biens ou des terres, des femmes, de la parole, et de l’offense. Qu’on la pacifie par des moyens appropriés.
Verse 20
किञ्चित्फलं निष्फलं वा सन्दिग्धफलमेव च तदात्वे दोषजननमायत्याञ्चैव निष्फलं
Un acte peut donner un faible fruit, ou aucun, ou un fruit incertain ; il engendre des fautes sur-le-champ, et, à l’avenir, se révèle également sans fruit.
Verse 21
आयत्याञ्च तदात्वे च दोषसञ्जननं तथा अपरिज्ञातवीर्येण परेण स्तोभितो ऽपि वा
Il engendre des fautes tant dans l’avenir que dans l’immédiat présent ; de même, même si l’on est provoqué ou excité par autrui dont la force véritable n’a pas été reconnue, il ne faut pas agir à la légère.
Verse 22
परार्थं स्त्रीनिमित्तञ्च दीर्घकालं द्विजैः सह अकालदैवयुक्तेन बलोद्धतसखेन च
Pour l’avantage d’autrui, et les femmes servant d’occasion (d’enchevêtrement), durant longtemps on se trouve mêlé à la fréquentation des dvija (brahmanes) ; et aussi par l’association avec un ami grisé par sa force, poussé par un destin mal venu.
Verse 23
आत्मन इत्य् अदिः, विग्रहमित्यन्तः पाठः गपुस्तके नास्ति अवहार इति घ ज्ञानार्थशक्तिधर्माणामिति ञ तदात्वे फलसंयुक्तमायत्यां फलवर्जितं आयत्यां फलसंयुक्तं तदात्वे निष्फलं तथा
« Ātmana » est la leçon au début ; la leçon se terminant par « vigraham » ne se trouve pas dans le manuscrit Ga. (Autre variante :) « avahāra » dans le manuscrit Gha ; et « jñānārthaśaktidharmāṇām » dans le manuscrit Ña. Ce qui est lié à un fruit immédiat (tadātva-phala) est dépourvu de fruit futur (āyati-phala) ; et ce qui est lié à un fruit futur est pareillement sans fruit immédiat.
Verse 24
इतीमं षोडशविधन्नकुर्यादेव विग्रहं तदात्वायतिसंशुद्धं कर्म राजा सदाचरेत्
Ainsi, après avoir examiné ces seize considérations, le roi ne doit pas entreprendre la guerre ; au contraire, qu’il agisse toujours d’une manière purifiée, eu égard à la situation présente comme au résultat à venir.
Verse 25
हृष्टं पुष्टं बलं मत्वा गृह्णीयाद्विपरीतकं मित्रमाक्रन्द आसारो यदा स्युर्दृढभक्तयः
Après avoir estimé que les forces de l’allié sont joyeuses, bien pourvues et puissantes, qu’on entreprenne alors la contre-mesure (c’est-à-dire la stratégie inverse à son égard) ; et lorsque s’élèvent des cris de détresse et qu’afflue la calamité, qu’on agisse quand ses propres adhérents sont fermes dans leur fidélité.
Verse 26
परस्य विपरीतञ्च तदा विग्रहमाचरेत् विगृह्य सन्धाय तथा सम्भूयाथ प्रसङ्गतः
Lorsque la conduite de l’adversaire devient contraire à son propre intérêt, alors qu’on engage les hostilités. Après avoir d’abord rompu (les relations), qu’on conclue ensuite un traité ; et de même, l’on peut aussi reformer une alliance, selon l’exigence de la situation.
Verse 27
उपेक्षया च निपुणैर् यानं पञ्चविधं स्मृतं परस्परस्य सामर्थ्यविघातादासनं स्मृतं
Et selon la politique d’upekṣā (indifférence stratégique), les habiles déclarent que le yāna (marche/expédition) est de cinq sortes. L’āsana (demeurer campé/tenir position) est dit naître de l’entrave réciproque des puissances de chacun.
Verse 28
अरेश् च विजगीषोश् च यानवत् पञ्चधा स्मृतम् बलिनीर्द्विषतोर्मध्ये वाचात्मानं समर्पयन्
Pour un roi et pour celui qui aspire à conquérir, le yāna (marche/expédition) est enseigné comme étant de cinq sortes. Lorsqu’il fait face à deux puissances ennemies, qu’il—étant fort—confie son intention par la parole, se plaçant entre les deux adversaires.
Verse 29
द्वैधीभावेन तिष्ठेत काकाक्षिवदलक्षितः उभयोरपि सम्पाते सेवेत बलवत्तरं
Qu’il demeure dans l’attitude d’une politique double (dvaidhībhāva), dissimulant son intention tel « l’œil du corbeau » qui semble regarder des deux côtés ; et lorsque les deux partis se rencontrent, qu’il s’attache au plus puissant.
Verse 30
यदा द्वावपि नेच्छेतां संश्लेषं जातसंविदौ तदोपसर्पेत्तच्छत्रुमधिकं वा स्वयं व्रजेत्
Lorsque les deux partis—bien qu’en contact et dûment informés l’un de l’autre—ne désirent pas une union étroite (alliance), qu’on s’approche alors de cet ennemi pour agir avec lui ; ou bien qu’on aille soi-même vers celui qui est plus fort que cet ennemi afin d’obtenir appui.
Verse 31
उच्छिद्यमानो बलिना निरुपायप्रतिक्रियः कुलोद्धतं सत्यमार्यमासेवेत बलोत्कटं
Lorsqu’on est écrasé par une puissance plus forte, sans remède ni contre-mesure possible, qu’on s’attache à un noble de haute naissance et d’influence—véridique et honorable—puissant par la force.
Verse 32
तद्दर्शनोपास्तिकता नित्यन्तद्भावभाविता तत्कारितप्रश्रियता वृत्तं संश्रयिणः श्रुतं
La dévotion qui s’exprime par la quête de Sa vision (darśana) et par l’adoration, l’absorption intérieure constante en Son être même, et l’humilité née des actes accomplis pour Lui : telle est, selon la tradition transmise, la conduite de celui qui a pris refuge (en Lui).
It is the king’s geopolitical circle, mapped as a structured set of surrounding rulers (including enemy, ally, their allies, rear-threat, raider, intermediary, and neutral powers) used to decide alliance, war, and strategic posture.
The madhyama is the contiguous intermediary whose territory lies between the enemy and the aspirant conqueror; the udāsīna stands outside the circle and is often stronger, making him decisive for balancing power through alignment or neutrality.
It lists unreliable or destabilizing personality-types (e.g., immature, infirm, greedy, timid, fickle counsel, impious reviler, famine-struck, fate-disturbed) and recommends hostility or caution rather than binding alliances with them.
War is advised only when place, time, and strength are suitable, after weighing immediate vs future outcomes (tadātva/āyati), identifying roots of enmity, and avoiding rash action against an unassessed opponent.
It is a hedging posture: conceal intent, keep options open between two powers, and when forced by events, attach to the stronger side to preserve the state.