Adhyaya 324
Mantra-shastraAdhyaya 32423 Verses

Adhyaya 324

Rudra-śānti (रुद्रशान्ति)

Ce chapitre achève le segment rituel et théologique consacré à la Rudra-śānti, cadre d’apaisement qui accorde la puissance redoutable de Rudra à un équilibre de bon augure. Dans la trajectoire mantra-śāstra de l’Agni Purana, ces enseignements de śānti servent de pont entre dévotion et technique : le pratiquant s’approche de Rudra non seulement comme d’une divinité à louer, mais comme d’une force à harmoniser par des rites correctement formulés. La place du chapitre indique le passage de l’apaisement et de la stabilisation (śānti) vers des procédures tantriques plus fines et une véritable « ingénierie » des mantras dans l’adhyāya suivant. Selon la logique encyclopédique de l’Agneya Vidyā, la śānti n’est pas une piété isolée ; c’est une opération fondamentale préparant le pratiquant, l’espace rituel et l’environnement subtil à la mantra-siddhi ultérieure, avec règles de temporalité, correspondances des éléments et marqueurs de lignée.

Shlokas

Verse 1

इत्य् आग्नेये महापुराणे रुद्रशान्तिर्नाम त्रयोविंशत्यधिकत्रिशततमो ऽध्यायः अथ चतुर्विंशत्यधिकत्रिशततमो ऽध्यायः अंशकादिः ईश्वर उवाच रुद्राक्षकटकं धार्यं विषमं सुसमं दृडम् एकत्रिपञ्चवदनं यथालाभन्तु धारयेत्

Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa s’achève le chapitre trois-cent-vingt-quatre, nommé « Rudra-śānti ». Commence maintenant le chapitre trois-cent-vingt-cinq, « Aṃśaka et sujets connexes ». Le Seigneur dit : « Qu’on porte un bracelet de graines de rudrākṣa — qu’elles soient irrégulières ou bien formées, pourvu qu’elles soient solides. Qu’on porte des graines à une, trois ou cinq “faces” (mukha), selon ce qui est disponible. »

Verse 2

द्विचतुःषण्मुखं शस्तमव्रणं तीव्रकण्ठकं दक्षवाहौ शिखादौ च धारयेच्चतुराननं

Qu’on visualise (ou qu’on installe rituellement) la forme divine louée comme ayant deux, quatre ou six visages, sans défaut ni blessure, avec une gorge/un cou farouche ; et qu’on place la (forme) à quatre visages (Brahmā) sur le bras droit, au sommet du chignon (śikhā) et en d’autres points supérieurs.

Verse 3

अब्रह्मचारी ब्रह्मचारी अस्नातः स्नातको भवेत् हैमी वा मुद्रिका धार्या शिवमन्त्रेण चार्च्य तु

Qu’on n’observe pas le brahmacarya ou qu’on l’observe, et même si l’on n’a pas encore accompli le bain cérémoniel, on devient comme un snātaka (celui qui a achevé le rite du bain). Qu’on porte un anneau d’or et qu’on adore au moyen du mantra de Śiva.

Verse 4

कार्येति ख शिवः शिखा तथा ज्योतिः सवित्रश्चेतिगोचराः गोचरन्तु कुलं ज्ञेयं तेन लक्ष्यस्तु दीक्षितः

« Kārya », « Kha », « Śiva », « Śikhā », « Jyotis » et « Savitr » — tels sont les termes à considérer comme des « gocara » (indicateurs opératifs). Par l’ensemble des gocara, on reconnaît le kula (lignée/clan) ; ainsi l’initié (dīkṣita) est correctement identifié.

Verse 5

प्राजापत्यो महीपालः कपोतो ग्रन्थिकः शिवे कुटिलाश् चैव वेतालाः पद्महंसाः शिखाकुले

Dans le (cortège/domaine) de Śiva se trouvent : le Prājāpatya, le Mahīpāla (Protecteur de la Terre), Kapota, Granthika ; de même les Kuṭila et les Vetāla ; et les Padmahaṃsa dans le Śikhākula (groupe de la Śikhā).

Verse 6

धृतराष्ट्रा वकाः काका गोपाला ज्योतिसंज्ञके कुटिका साठराश् चैव गुटिका दण्डिनो ऽपरे

Dans la terminologie technique du Jyotiṣa, on emploie ces appellations : Dhṛtarāṣṭrā, Vakāḥ (hérons), Kākāḥ (corbeaux), Gopālāḥ (vachers) ; de même Kuṭikā, ainsi que les Sāṭhara ; et d’autres sont appelés Guṭikā et Daṇḍin.

Verse 7

सावित्री गोचरे चैवमेकैकस्तु चतुर्विधः सिद्धाद्यंशकमाख्यास्ये येन मन्त्रःसुसिद्धिदः

Ainsi, quant au gocara (champ d’application) de la Sāvitrī (Gāyatrī), chaque pratique est quadruple. J’exposerai les éléments en commençant par « siddhi », grâce auxquels le mantra devient dispensateur d’accomplissement parfait.

Verse 8

भूमौ तु मातृका लेख्याः कूटषण्डाववर्जिताः मन्त्राक्षराणि विश्लिष्य अनुस्वारं नयेत् पृथक्

Sur le sol, on doit écrire la mātrikā (série alphabétique / suite de syllabes-semences), en omettant les groupements kūṭa et ṣaṇḍa. Après avoir dissocié les syllabes du mantra, on placera l’anusvāra (ṃ) séparément.

Verse 9

साधकस्य तु या संज्ञा तस्या विश्लेषणं चरेत् मन्त्रस्यादौ तथा चान्ते साधकार्णानि योजयेत्

Quant à l’appellation (nom d’initiation) du pratiquant, on doit en faire l’analyse en la séparant en ses syllabes constitutives. Ensuite, au début comme à la fin du mantra, on ajoutera selon la règle les syllabes (lettres) du pratiquant.

Verse 10

सिद्धः साध्यः सुशिद्धो ऽरिः संज्ञातो गणयेत् क्रमात् मन्त्रस्यादौ तथा चान्ते सिद्धिदः स्याच्छतांशतः

Après avoir identifié les catégories opératives du mantra comme « Siddha », « Sādhya », « Su-siddha » et « Ari », on les calculera dans l’ordre prescrit. Lorsqu’on les place au début et aussi à la fin du mantra, celui-ci devient dispensateur de réussite, donnant des résultats au centuple.

Verse 11

सिद्धादिश्चान्तसिद्धश् च तत्क्षणादेव सिध्यति सुसिद्धादिः सुसिद्धन्तःसिद्धवत् परिकल्पयेत्

Un mantra dont le commencement est « siddha » et la fin « śānta-siddha » s’accomplit à l’instant même. On doit aussi composer un mantra commençant par « su-siddha » et se terminant par « su-siddhānta », en le tenant pour un siddha-mantra, c’est-à-dire déjà parfait.

Verse 12

अरिमादौ तथान्ते च दूरतः परिवर्जयेत् सिद्धः सुसिद्धश् चैकार्थे अरिः साध्यस्तथैव च

Il faut éviter le son/le mot « ari » au début comme à la fin, en le tenant à distance. Dans un sens unique visé, l’expression est dite « siddha » et « susiddha » ; de même, « ari » et « sādhya » reçoivent aussi cette désignation.

Verse 13

आदौ सिद्धः स्थितो मन्त्रे तदन्ते तद्वदेव हि मध्ये रिपुसहस्राणि न दोषाय भवन्ति हि

Lorsque l’élément « siddha », déjà parfait, est placé au début d’un mantra, et de même lorsqu’il est placé à la fin, alors même des milliers de forces hostiles au milieu ne deviennent en rien un défaut (doṣa).

Verse 14

मायाप्रसादप्रणवेनांशकः ख्यातमन्त्रके ब्रह्मांशको ब्रह्मविद्या विष्ण्वङ्गो वैष्णवःस्मृतः

Dans la classe bien connue des mantras, celui qui est constitué du Praṇava (Oṃ) avec les bīja « māyā » et « prasāda » est appelé Aṃśaka-mantra. Ce qui est une portion de Brahmā est nommé Brahma-vidyā ; et ce qui est un aṅga (membre/partie) de Viṣṇu est mémorisé comme Vaiṣṇava.

Verse 15

विष्ण्वंश इति ञ रुद्रांशको भवेद्वीर इन्द्रांशश्चेश्वरप्रियः नागांशो नागस्तब्धाक्षो यक्षांशो भूषणप्रियः

Celui qui porte la lignée/la portion de Viṣṇu est désigné par la syllabe « ña ». Celui qui porte une portion de Rudra devient héroïque ; celui qui porte une portion d’Indra est cher au Seigneur (et dévoué à Īśvara). Celui qui porte une portion des Nāgas est de nature nāga, au regard fixe et sans clignement ; celui qui porte une portion des Yakṣas aime les parures.

Verse 16

गन्धर्वांशो ऽतिगीतादि भीमांशो राक्षसांशकः दैर्यांशः स्याद् युद्धकार्यो मानी विद्याधरांशकः

Celui qui possède l’élément des Gandharva excelle dans le chant et les arts semblables. Celui qui porte l’élément de Bhīma participe de la nature des Rākṣasa. Celui qui a l’élément Dairya est apte aux œuvres de la guerre. Celui qui est fier, au cœur élevé, participe de l’élément des Vidyādhara.

Verse 17

पिशाचांशो मलाक्रान्तो मन्त्रं दद्यान्निरीक्ष्य च मन्त्र एकात् फडन्तः स्यात् विद्यापञ्चाशतावधि

Si quelqu’un est affligé par une influence de piśāca et submergé par l’impureté, on doit administrer (réciter/appliquer) le mantra en observant le patient et les signes. À partir du premier mantra, il doit se clore par l’exclamation « phaṭ », jusqu’à un ensemble de cinquante vidyā-mantras.

Verse 18

बाला विंशाक्षरान्ता च रुद्रा द्वाविंशगायुधा तत ऊर्ध्वन्तु ये मन्त्रा दृद्धा यावच्छतत्रयं

Le mantra Bālā s’achève en vingt syllabes ; le mantra Rudrā est « armé » de vingt-deux. Au-delà, les mantras solidement établis s’étendent jusqu’à un maximum de trois cents syllabes.

Verse 19

अकारादिहकारन्ताः क्रमात् पक्षौ सितासितौ अनुस्वारविसर्गेण विना चैव स्वरा दश

En commençant par ‘a’ et en finissant par ‘ha’, il y a, dans l’ordre, deux séries : le groupe « blanc » (śita) et le groupe « noir » (asita). Et, en excluant anusvāra et visarga, les voyelles sont au nombre de dix.

Verse 20

ह्रस्वाः शुक्ला दीर्घाः श्यामांस्तिथयःप्रतिपम्मुखाः उदिते शान्तिकादीनि भ्रमिते वश्यकादिकम्

Les tithi (jours lunaires), à partir de Pratipad, sont de deux sortes : ceux du côté lumineux (śukla) sont « courts », tandis que ceux du côté sombre (śyāma/kṛṣṇa) sont « longs ». Quand un tithi est en phase udita (en « montée »), on prescrit des rites tels que śānti et autres apaisements ; quand il est en état bhramita (dévié/déplacé), on accomplit des rites tels que vaśya (attraction/soumission) et les opérations connexes.

Verse 21

भ्रामिते सन्धयो द्वेषोच्चाटने स्तम्भने ऽस्तकम् इहावाहे शान्तिकाद्यं पिङ्गले कर्षणादिकम्

Dans la (forme de maṇḍala/de divinité) appelée Bhrāmita, le rite vise la réconciliation (sandhi). Dans la forme employée pour la haine et l’expulsion (dveṣa–uccāṭana), il vise l’immobilisation (stambhana). Ici, lors de l’invocation (āvāha), il concerne les rites d’apaisement commençant par śānti ; et dans (la forme) Piṅgala, il sert à l’attraction et aux opérations connexes (karṣaṇa, etc.).

Verse 22

मारणोच्चाटनादीनि विषुवे पञ्चधा पृथक् अधरस्य गृहे पृथ्वी ऊर्ध्वे तेजो ऽन्तरा द्रवः

Des actes tels que le māraṇa (mise à mort) et l’uccāṭana (expulsion), et autres semblables, doivent être disposés au viṣuva (équinoxe) en cinq divisions distinctes. Dans la « maison » inférieure (région) se trouve la Terre ; au-dessus se trouve le Feu ; et au milieu se trouve l’élément fluide (l’Eau).

Verse 23

रन्ध्रपार्श्वे वहिर्वायुः सर्वं व्याप्य महेश्वरः स्तम्भनं पार्थिवे शान्तिर्जले वश्यादि तेजसे वायौ स्याद् भ्रमणं शून्ये पुण्यं कालं समभ्यसेत्

Au côté des randhra (ouvertures du corps) opère le vāyu, le souffle vital allant vers l’extérieur. Maheśvara pénètre tout. Dans l’élément terre (pārthiva) se trouve le rite d’immobilisation (stambhana) ; dans l’élément eau (jala) se trouve l’apaisement (śānti) ; dans l’élément feu (tejas) se trouvent les rites de vaśyādi (vaśya et apparentés) ; dans l’élément vent (vāyu) se trouve le rite de bhramaṇa (égarement/errance). Dans le vide/éther (śūnya) réside le mérite (puṇya) ; il faut pratiquer la sādhana du Temps (kāla-sādhana).

Frequently Asked Questions

The chapter’s emphasis is the ritual function of śānti as a stabilizing operation—positioned as a prerequisite layer before advanced mantra classifications and operational rites are introduced.

By framing Rudra’s power as something to be reconciled through dharmic rite, it cultivates inner steadiness and ritual readiness—supporting both protective worldly outcomes and disciplined spiritual progress.