Adhyaya 322
Mantra-shastraAdhyaya 32221 Verses

Adhyaya 322

The Six Limbs (Ṣaḍaṅga) of the Aghora-Astra (अघोरास्त्राणि षडङ्गानि)

Ce chapitre passe du thème précédent de Pāśupata-Śānti à un exposé technique du ṣaḍaṅga de l’Aghora-Astra : six « membres » mantriques mis en œuvre par le japa, le homa, le nyāsa et le kavaca. Īśvara enseigne une formule brève fondée sur haṃsa pour dompter la mort et la maladie, et prescrit de vastes oblations avec l’herbe dūrvā pour śānti et puṣṭi. Le texte s’élargit ensuite à des vidyā apotropaïques et coercitives (mohanī, jṛmbhanī, vaśīkaraṇa, antardhāna), présentées comme un répertoire structuré, incluant des rites contre les voleurs, les ennemis et les afflictions des graha, avec Kṣetrapāla-bali et des motifs de renversement/retour. Aux actions rituelles (lavage du riz avec mantra, récitations au seuil, recettes de fumigation, compositions de tilaka) s’ajoutent des préoccupations pratiques—succès dans les litiges, attraction, fortune, remèdes pour la descendance—montrant le mélange encyclopédique du Purāṇa entre technologie mantrique et materia medica appliquée. Il s’achève sur une doctrine nettement śaiva : Īśāna et le Pañcabrahman (Sadyojāta, Vāmadeva, Aghora, Tatpuruṣa, Īśāna) sont invoqués par des attributions d’aṅga et un kavaca détaillé, reliant la puissance protectrice au centre théologique de Sadāśiva et à la promesse de jouissance et de libération.

Shlokas

Verse 1

इत्य् आग्नेये महापुराणे पाशुपतशान्तिर्नामैकविंशत्यधिकत्रिशततमो ऽध्यायः असाध्यमपीति ख अथ द्वाविंशत्यधिकत्रिशततमो ऽध्यायः षडङ्गान्यघोरास्त्राणि ईश्वर उवाच ॐ ह्रूं हंस+इति मन्त्रेण मृत्युरोगादि शास्यति लक्षाहुतिभिर्दूर्वाभिः शान्तिं पुष्टिं प्रसाधयेत्

Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa, le chapitre nommé « Pāśupata‑Śānti » est le trois-cent-vingt-et-unième. Ensuite commence le trois-cent-vingt-deuxième chapitre : « Les six membres (Ṣaḍaṅga) de l’Aghora‑Astra ». Le Seigneur (Īśvara) dit : « Par le mantra “Oṃ hrūṃ haṃsa”, on maîtrise la mort, la maladie et autres maux. Par cent mille (un lakh) oblations avec l’herbe dūrvā, on doit obtenir śānti (paix) et puṣṭi (nourrissement/prospérité). »

Verse 2

अथ वा प्रणवेनैव मायया वा षडानन दिव्यान्तरीक्षभौमानां शान्तिरुत्पातवृक्षके

Ou bien, ô Ṣaḍānana (Seigneur aux six visages), par le seul Pranava (Oṃ)—ou par la Māyā (formule protectrice)—s’opère l’apaisement des présages néfastes provenant des domaines divin, atmosphérique (ciel/espace) et terrestre, comme l’enseigne le rite concernant les signes de mauvais augure.

Verse 3

ॐ नमो भगवति गन्ङे कालि महाकालि मांसशोणितभोजने रक्तकृष्णमुखि वशमानय मानुषान् स्वाहा ॐ लक्षं जप्त्वा दशांशेन हुत्वा स्यात् सर्वकर्मकृत् वशं नयति शक्रादीन्मानुषेष्वेषु क कथा

«Oṃ. Hommage à la Déesse Bienheureuse—Gaṅgā, Kālī, Mahākālī—qui se repaît de chair et de sang, au visage rouge et noir : “Amène les êtres humains sous (mon) pouvoir—svāhā.” Oṃ. Après avoir répété ce mantra cent mille (un lakh) fois, puis offert au feu le dixième de ce nombre, on devient apte à accomplir tous les rites ; on peut soumettre même Indra (Śakra) et les semblables—que dire alors des hommes ordinaires ?»

Verse 4

अन्तर्धानकरी विद्या मोहनी जृम्भनी तथा वशन्नयति शत्रूणां शत्रुबुद्धिप्रमोहिनी

Il est une Vidyā qui fait disparaître, une Vidyā mohanī qui ensorcelle, et de même une jṛmbhanī qui hébète ou paralyse ; et il est une Vidyā qui met les ennemis sous contrôle, celle qui égare et trouble l’intelligence de l’adversaire.

Verse 5

कामधेनुरियं विद्या सप्तधा परिकीर्तिता मन्त्रराजं प्रवक्ष्यामि शत्रुचौरादिमोहनम्

Cette Vidyā est telle la Kāmadhenū, la vache qui exauce les souhaits, et elle a été proclamée sous sept formes. Je vais maintenant enseigner le Mantra-Roi qui égare ennemis, voleurs et autres semblables.

Verse 6

महाभयेषु सर्वेषु स्मर्तव्यं हरपूजितं लक्षं जप्त्वा तिलैर् होमः सिद्ध्येदुद्धरकं शृणु

Dans tous les grands périls, il faut se souvenir (du mantra/rite) vénéré par Hara (Śiva). Après l’avoir récité un lakh (100 000) fois, le homa avec des graines de sésame procure l’accomplissement. Écoute maintenant l’Uddhāraka, le rite de délivrance et de protection.

Verse 7

ॐ हले शूले एहि ब्रह्मसत्येन विष्णुसत्येन रुद्रसत्येन रक्ष मां वाचेश्वराय स्वाहा दुर्गात्तारयते यस्मात्तेन दुर्गा शिवा मता ॐ चण्डकपालिनि दन्तान् किटि क्षिटि गुह्ये फट् ह्रीं अनेन मन्त्रराजेन क्षालयित्वा तु तण्डुलान्

«Om. Ô (Déesse) du soc et du trident, viens ! Par la vérité de Brahmā, par la vérité de Viṣṇu, par la vérité de Rudra, protège-moi ; svāhā pour Vāceśvara, Seigneur de la Parole.» Puisqu’elle fait franchir les difficultés (durgā), on la tient pour Durgā, l’auspicieuse (Śivā). «Om. Ô Caṇḍakapālinī, la farouche porteuse de crâne : pour les dents, kiṭi kiṣiṭi ; au lieu secret, phaṭ ; hrīṃ.» Ayant lavé les grains de riz avec ce Mantra-Roi, on les emploie dans le rite.

Verse 8

त्रिंशद्वारानि जप्तानि तच्चौरेषु प्रदापयेत् दन्तैश्चूर्णानि शुक्लानि पतितानि हि शुद्धये

Après avoir récité (le mantra) aux trente seuils, on doit l’appliquer contre les voleurs. Et pour la purification lorsqu’on est tombé dans l’impureté, qu’on emploie les poudres blanches (raclements) produites par les dents.

Verse 9

अपिलजटाभारभास्वर विद्रावण त्रैलोक्यडामर दर भ्रम आकट्ट तोटय मोटय दह पच एवं सिद्धिरुद्रो ज्ञापयति यदि ग्रहोपगतः स्वर्गलोकं देवलोकं वा आरामविहाराचलं तथापि तमावर्तयिष्यामि वलिं गृह्ण ददामि ते स्वहेति क्षेत्रपालबलिं दत्वा ग्रहो न्यासाध्रदं व्रजेत् शत्रवो नाशमायान्ति रणे वैरगणक्षयः

«Ô toi, flamboyant sous le fardeau des jata (tresses emmêlées) — repousseur ! Ô Ḍāmara redoutable des trois mondes — terreur ! Égare ! Traîne dehors ! Frappe ! Broie ! Brûle ! Fais cuire !» Ainsi Rudra, parvenu à l’accomplissement, proclame l’efficacité : même si un ‘graha’ (esprit saisisseur) est allé au monde céleste ou au monde des dieux, ou vers un bosquet de plaisance, un lieu de promenade ou une montagne, je le ferai néanmoins revenir. «Reçois l’offrande (bali) ; je te la donne — svāhā !» Après avoir donné le bali au Kṣetrapāla (Gardien du lieu), le graha s’en va de l’endroit où le nyāsa a été établi. Les ennemis vont à la destruction ; au combat, les factions adverses sont anéanties.

Verse 10

हंसबीजन्तु विन्यस्य विषन्तु त्रिविधं हरेत् अगुरुञ्चन्दनं कुष्ठं कुङ्कुमं नागकेशरम्

Après avoir placé (ajouté) le haṃsabīja, on doit neutraliser les poisons de trois sortes, au moyen de bois d’agar (agarwood), de santal, de costus (kuṣṭha), de safran (kuṅkuma) et de nāgakeśara.

Verse 11

नखं वै देवदारुञ्च समं कृत्वाथ दूपकः माक्षिकेन समायुक्तो देहवस्त्रादिधूपनात्

Après avoir pris à parts égales le nakha et le deodāra (cèdre de l’Himalaya), qu’on prépare un dūpaka (fumigation). Mélangé à de la cire d’abeille et employé pour enfumer le corps, les vêtements et autres, il devient un encens de protection.

Verse 12

विवादे मोहने स्त्रीणां भण्डने कलहे शुभः कन्याया वरणे भाग्येमायामन्त्रेण मन्त्रितः

Consacré par le Māyā-mantra, cela est de bon augure et efficace : dans les litiges, pour l’envoûtement/l’attraction des femmes, dans les querelles et altercations, pour obtenir une jeune fille (en mariage) et dans les affaires de fortune.

Verse 13

ह्रीं रोचनानागपुष्पाणि कुङ्कुमञ्च महःशिला ललाटे तिलकं कृत्वा यं पश्येत्स वशी भवेत्

En traçant un tilaka sur le front avec rocanā, nāga-puṣpa, safran (kuṅkuma) et mahaḥśilā, et en prononçant « Hrīṁ », quiconque est regardé devient soumis (placé sous influence).

Verse 14

शतावर्यास्तु चूर्णन्तु दुग्धपीतञ्च पुत्रकृत् नागकेशरचूर्णन्तु घृतपक्वन्तु पुत्रकृत्

La poudre de śatāvarī, prise avec du lait, est dite favoriser l’obtention d’un fils. De même, la poudre de nāgakeśara, cuite dans du ghee et consommée, est dite favoriser l’obtention d’un fils.

Verse 15

पालाशवीजपानेन लमेत पुत्रकन्तथा ॐ उत्तिष्ठ चामुण्डे जम्भय मोहय अमुकं वशमानय स्वाहा निघ्नान्त्वति ख , छ च षड्विंशा सिद्धविद्या सा नदीतीरमृदा स्त्रियम्

En buvant une infusion de graines de palāśa, on rend même un enfant (putraka) docile. (Réciter :) «Oṃ, lève-toi, ô Cāmuṇḍā ; paralyse, égare et mets ‘amukaṃ’ sous domination — svāhā.» Puis, en prononçant «nighnāntu» avec les syllabes «kha» et «cha», on obtient la vingt-sixième vidyā accomplie (siddha-vidyā). Elle s’emploie avec de l’argile prise sur la berge d’une rivière, dans des rites concernant une femme.

Verse 16

कृत्वोन्मत्तरसेनैव नामालिख्यार्कपत्रके मूत्रोत्सर्गन्ततः कृत्वा जपेत्तामानयेत्स्त्रियम्

Après avoir préparé une essence enivrante/ensorcelante (unmatta-rasa), on écrira le nom de la femme sur une feuille d’arka (Calotropis). Puis, après avoir uriné dessus, on récitera le mantra prescrit ; ainsi, on attire la femme à soi.

Verse 17

ॐ क्षुंसः वषट् महामृत्युञ्जयो मन्त्रो जप्याद्धोमाच्च पुष्टिकृत् ॐ हंसः ह्रूं हूं स ह्रः सौंः मृतसञ्जीवनी विद्यां अष्टार्णा जयकृद्रणे

Le mantra Mahāmṛtyuñjaya — «Oṃ kṣuṃsaḥ, vaṣaṭ» — doit être répété en japa et offert aussi dans le homa (oblation au feu) ; il procure nourriture et vigueur. De même, «Oṃ haṃsaḥ hrūṃ hūṃ sa hraḥ sauṃḥ» : telle est la Vidyā Mṛtasañjīvanī à huit syllabes, qui donne la victoire au combat.

Verse 18

मन्त्रा ईशानमुख्याश् च धर्मकामादिदायकाः ईशानः सर्वविद्यानामीश्वरःसर्वभूतानां

Ces mantras — et, parmi eux, au premier rang ceux d’Īśāna — accordent le dharma, le kāma et d’autres buts. Īśāna est le Seigneur de toutes les branches du savoir et le Souverain de tous les êtres.

Verse 19

ब्रह्मणश्चाधिपतिर्ब्रह्म शिवो मे ऽस्तु सदाशिवः ॐ तत्पुरुषाय विद्महे महादेवाय धीमहि तन्नो रुद्रः प्रचोदयात् ॐ अघोरेभ्यो ऽथ घोरेभ्यो धोरहरेभ्यस्तु सर्वतः

Que Sadāśiva — qui est Brahmā et aussi le Seigneur (adhīpati) de Brahmā — me soit favorable en tant que Śiva. Oṃ : Nous connaissons (et contemplons) Tatpuruṣa ; nous méditons sur Mahādeva ; que ce Rudra nous inspire (nous illumine). Oṃ : Hommage aux formes non terribles (Aghora) et aussi aux formes terribles (Ghōra) — oui, à ceux qui ôtent la terreur — de toutes parts, en toutes directions.

Verse 20

सर्वेभ्यो नमस्ते रुद्ररूपेभ्यः ॐ वामदेवाय नमो ज्येष्ठाय नमः रुद्राय नमः कालाय नमः कलविकरणाय नमो बलविकरणाय नमो बलप्रमथनाय नमः सर्वभूतदमनाय नमो मनोन्मानाय नमः ॐ सद्योजातं प्रवक्ष्यामि सद्योजाताय वै नमः भवे भवे ऽनादिभवे भजस्व मां भवोद्भव

Salutations à toutes Tes formes en tant que Rudra. Oṁ—hommage à Vāmadeva; hommage à Jyeṣṭha; hommage à Rudra; hommage à Kāla (Temps/Mort); hommage à Celui qui distingue les parts (kalā-vikaraṇa); hommage à Celui qui distingue la force (bala-vikaraṇa); hommage à Celui qui broie et dompte la force (bala-pramathana); hommage au Dompteur de tous les êtres; hommage à Celui qui transcende et élève le mental. Oṁ—je vais maintenant proclamer « Sadyojāta »; hommage, certes, à Sadyojāta. En tout devenir—ô Bhava sans commencement—sois favorable envers moi, ô Bhavodbhava, source de tout devenir.

Verse 21

पञ्चब्रह्माङ्गषट्कञ्च वक्ष्ये ऽहं भुक्तिमुक्तिदं ॐ नमः परमात्मने पराय कामदाय परमेश्वराय योगाय योगसम्भवाय सर्वकराय कुरु सत्य भव भवोद्भव वामदेव सर्वकार्यकर पापप्रशमन सदाशिव प्रसन्न नमो ऽस्तु ते स्वाहा पञ्चब्रह्माङ्गफट्कारमिति ञ हृदयं सर्वार्थदन्तु सप्तत्यक्षरसंयुतं हा शिखा ॐ शिवात्मक महातेजः सर्वज्ञ प्रभुरावर्तय महाघोर कवच पिङ्गल नमः महाकवच शिवाज्ञया हृदयं बन्ध घूर्णय चूर्णय सूक्ष्मवज्रधर वज्रपाश धनुर्वज्राशनिवज्रशरीर मम शरीरमनुप्रविश्य सर्वदुष्टान् स्तम्भय हूं अक्षराणान्तु कवचं शतं पञ्चाक्षराधिकम्

Je vais exposer la formule à six membres (aṅga-ṣaṭka) du Pañcabrahman, qui confère à la fois jouissance mondaine et délivrance : « Oṁ—salutation au Soi suprême, au Transcendant, au dispensateur des désirs, au Seigneur suprême ; à Yoga et à la source du Yoga ; à l’agent de tout. Rends (cela) vrai ; sois (présent) ; ô Bhavodbhava ; ô Vāmadeva, accomplisseur de toutes les œuvres ; apaisant des péchés ; ô Sadāśiva, sois favorable—salutation à Toi ; svāhā. » On l’appelle la « formule phaṭ des membres du Pañcabrahman ». La syllabe « ña » est assignée au Cœur (hṛdaya) et accorde tous les buts ; elle est jointe à soixante-dix syllabes. La syllabe « hā » est assignée à la Touffe (śikhā). « Oṁ—ô Toi de nature Śiva, de grande splendeur, Seigneur omniscient, fais (cela) tourner/revenir ; ô Mahāghora—(voici) l’armure (kavaca) ; ô Piṅgala—salutation. » Par l’ordre de Śiva : « Lie le cœur ; fais tournoyer (les ennemis) ; réduis en poudre, ô subtil porteur du Vajra ; ô lasso de Vajra ; ô arc de Vajra ; ô Toi dont le corps est foudre-vajra—entre dans mon corps et paralyse tous les êtres mauvais—hūṃ. » L’armure protectrice est de cent syllabes, plus cinq syllabes encore.

Frequently Asked Questions

It repeatedly uses a standard tantric workflow: lakṣa-japa (100,000 repetitions) followed by daśāṃśa-homa (one-tenth oblations), then nyāsa/kavaca for embodiment and protection, and bali offerings (notably to Kṣetrapāla) for boundary-control and removal of afflictive forces.

The practical rites culminate in Īśāna and the Pañcabrahman framework, where Sadāśiva and the five faces (Sadyojāta, Vāmadeva, Aghora, Tatpuruṣa, Īśāna) become the doctrinal ground for aṅga-nyāsa and kavaca—recasting protection and power as expressions of Śiva’s sovereignty rather than isolated technique.