
Tvaritājñānam (Knowledge of Tvaritā, the Swift Goddess) — Agni Purana, Adhyāya 314 (as introduced after 313)
Le Seigneur Agni passe d’un inventaire de mantras à un manuel tantrique‑rituel centré sur Tvaritā (la Déesse prompte) et sur des techniques connexes de protection et de subjugation. Le chapitre s’ouvre sur le mantra de Tvaritā, riche en bīja, et sur le culte par nyāsa, avec des variantes de visualisation (à deux bras et à huit bras), l’établissement de l’ādhāra-śakti, le siège de lotus, la monture-lion et les placements sur les membres (hṛd-ādi). Il expose ensuite une séquence de maṇḍala selon les directions : adoration de Gāyatrī et d’un ensemble de śakti féminines, puis placements centraux et gardiens du seuil (Jayā, Vijayā, Kiṅkara). Viennent des offrandes nāma-vyāhṛti aux rois nāga (Ananta, Kulikā, Vāsuki, Śaṅkhapāla, Takṣaka, Mahāpadma, Karkoṭa, Padma/Padmā) et une praxis diagrammatique : tracer un Nigraha-cakra de 81 padas, préciser les supports d’écriture et l’emplacement du nom du sādhya. La seconde moitié développe des procédures de protection farouche et orientées vers māraṇa, avec des éléments de Kālī/Kālarātrikā, l’imagerie des frontières de Yama et des énoncés protecteurs codés ; elle donne des recettes d’encre, des lieux liminaires d’inscription (terrain de crémation/carrefour) et des sites de dépôt (sous le kumbha, dans une termitière, sous l’arbre vibhītaka). Un Anugraha-cakra complémentaire est décrit avec des matériaux auspicieux, puis un ordonnancement en grille des lettres Rudra/vidyā menant à des formulations de Pratyaṅgirā et à un cakra combiné Nigraha–Anugraha de 64 positions. La conclusion présente un noyau Amṛtī/Vidyā (krīṃ saḥ hūṃ), un encerclement tri-hrīṃ et des modes d’usage (talisman, chuchotement à l’oreille) pour dissiper ennemis et désespoir, illustrant la synthèse purānique entre théorie du mantra, ingénierie du yantra et effets rituels sous discipline dharmique.
Verse 1
ं फट् स्वाहा इत्य् आग्नेये महापुराणे नानामन्त्रा नाम द्वादशाधिकत्रिशततमो ऽध्यायः अथ त्रयोदशाधिकत्रिशततमो ऽध्यायः त्वरिताज्ञानम् अग्निर् उवाच ॐ ह्रीं हूं खे छे क्षः स्त्रीं ह्रूं क्षे ह्रीं फट् त्वरितायैनमः त्वरितां पूजयेन्न्यस्य द्विभुजाञ्चाष्टवाहुकां आधारशक्तिं पद्मञ्च सिंहे देवीं हृदादिकम्
«…ṃ phaṭ svāhā» — ainsi s’achève, dans l’Agni Mahāpurāṇa, le chapitre 313 (312 plus un) intitulé «Mantras divers». Commence maintenant le chapitre 314 (313 plus un) : «Connaissance de Tvaritā (la Déesse prompte)». Agni dit : «Oṃ hrīṃ hūṃ khe che kṣaḥ strīṃ hrūṃ kṣe hrīṃ phaṭ — hommage à Tvaritā.» Après avoir accompli le nyāsa, on doit adorer Tvaritā — la visualisant à deux bras et aussi à huit bras ; en établissant l’Ādhāra-Śakti, le siège de lotus, et la Déesse sur un siège-lion, avec le nyāsa au cœur et aux autres membres.
Verse 2
पूर्वादौ गायत्रीं यजेन्मण्डले वै प्रणीतया हुंकारां खेचरीं चण्डां छेदनीं क्षेपणींस्त्रियाः
En commençant par le quartier de l’Est, on doit adorer Gāyatrī dans le maṇḍala, dûment conduite selon le rite prescrit ; et (adorer aussi) les puissances féminines (śakti) nommées Huṃkārā, Khecarī, Caṇḍā, Chedanī et Kṣepaṇī.
Verse 3
हुंकारां क्षेमकारीञ्च फट्कारीं मध्यतो यजेत् जयाञ्च विजयां द्वारि किङ्करञ्च तदग्रतः
Au centre, on doit adorer Huṃkārā, Kṣemakārī et Phaṭkārī ; à l’entrée, on place et vénère Jayā et Vijayā, et, devant cela, Kiṅkara.
Verse 4
लिलैहीमैश् च सर्वाप्त्यै नामव्याहृतिभिस् तथा अनन्ताय नमः स्वाहा कुलिकाय नमः स्वधा
Et, par des énonciations douces et plaisantes, avec la syllabe « hīṃ », pour l’obtention de tous les buts, on emploiera pareillement les formules de nom (nāma-vyāhṛti) : « Hommage à Ananta — svāhā » ; « Hommage à Kulikā — svadhā ».
Verse 5
स्वाहा वासुकिराजाय शङ्खपालाय वौषट् तक्षकाय वषन्नित्यं महापद्माय वै नमः
« Svāhā » pour le roi Vāsuki ; « vauṣaṭ » pour Śaṅkhapāla ; « vaṣaṭ/vasan » pour Takṣaka, constamment ; et, en vérité, hommage à Mahāpadma.
Verse 6
स्वाहा कर्कोटनागाय फट् पद्माय च वै नमः लिखेन्निग्रहचक्रन्तु एकाशीतिपदैर् नरः
« (Qu’on écrive le mantra :) “Svāhā au nāga Karkoṭa ; Phaṭ ; et, en vérité, hommage à Padmā.” » Un homme doit inscrire le Nigraha-cakra (roue-diagramme de contrainte/protection) avec quatre-vingt-un éléments syllabiques (pada).
Verse 7
वस्ते पटे तरौ भूर्जे शिलायां यष्टिकासु च मध्ये कोष्ठे साध्यनाम पूर्वादौ पट्टिकासु च
Sur un vêtement, sur une étoffe, sur un arbre, sur de l’écorce de bouleau (bhūrja), sur une pierre, et aussi sur de petites baguettes : dans le compartiment central (du diagramme) on écrira le nom de ce qui doit être accompli (sādhya) ; et de même sur les bandelettes/étiquettes du début, en commençant par le côté oriental.
Verse 8
ॐ ह्रीं क्षूं छन्द छन्द चतुरः कण्ठकान् कालरात्रिकां ऐशादावम्बुपादौ च यमराज्यञ्च वाह्यतः कालीनारवमाली कालीनामाक्षमालिनी
Om—avec les bījas hrīṃ et kṣūṃ—invocation répétée des quatre chandas (mètres); pose/protège les gardiens de la gorge; invoque Kālarātrikā. Depuis le quartier d’Īśāna et au-delà, établis les « pieds d’eau » comme support purificateur et, au dehors, le domaine de Yama. Ainsi Kālī est parée d’une guirlande de cris/grondements, et Kālī porte l’akṣa-mālā, chapelet des syllabes.
Verse 9
मामोदेतत्तदोमोमा रक्षत स्वस्व भक्षवा यमपाटटयामय मटमो टट मोटमा
Protège-moi—que cette incantation ne défaille pas. Garde-moi de tous côtés. Ô vous qui dévorez votre propre part, retirez-vous ! Chassez la voie/les agents de Yama (la mort) et ôtez l’affliction—que les forces nuisibles soient repoussées.
Verse 10
वामो भूरिविभूमेया टट रीश्व श्वरी टट यमराजाद्वाह्यतो वं तं तोयं मारणात्मकं
« Voici le rite vāmā (de la gauche) » : « bhūri-vibhū-meyā, ṭaṭ, rīśva, śvarī, ṭaṭ »—et « vaṃ, taṃ ». L’eau ainsi investie possède une nature de māraṇa (destruction), comme si elle était tirée de Yamarāja.
Verse 11
कज्जलं निम्बनिर्यासमज्जासृग्विषसंयुतम् काकपक्षस्य लेखन्या श्मशाने वा चतुष्पथे
Du noir de suie (lampblack) mêlé à l’exsudat de neem, à la moelle, au sang et au poison—doit être écrit avec un calame fait d’une plume de corbeau, soit au śmaśāna (lieu de crémation), soit à un carrefour à quatre voies.
Verse 12
निधापयेत् कुम्भाधस्ताद्वल्मीके वाथ निक्षिपेत् विभीतद्रुमशास्वाधो यन्त्रं सर्वारिमर्दनम्
On doit déposer le yantra sous un kumbha (vase rituel), ou bien le placer dans une termitière; ou encore sous les branches d’un arbre vibhītaka. Ce yantra est le « broyeur de tous les ennemis ».
Verse 13
लिखेच्चानुग्रहञ्चक्रं शुक्लपत्रे ऽथ भूर्जके लाक्षया कुङ्कुमेनाथ स्फटिकाचन्दनेन वा
On doit dessiner l’Anugraha-cakra (la « roue de la grâce ») sur une feuille blanche (papier) ou, à défaut, sur de l’écorce de bouleau, avec de la laque, ou du safran, ou encore une pâte de santal mêlée de sphaṭika (cristal).
Verse 14
भुवि भित्तौ पूर्वदले नाम मध्यमकोष्ठके खण्डे तु वारिमध्यस्थं ॐ हंसो वापि पट्टिशम्
Sur le sol ou sur un mur—sur le pétale oriental—on écrira le Nom; et dans le compartiment (case) central. Dans la partie prescrite, au milieu du champ/récipient d’eau, on inscrira soit « Oṁ haṁsaḥ », soit le symbole/nom de l’arme « paṭṭiśa » (hache de guerre), conformément à la règle.
Verse 15
लक्ष्मीश्लोकं शिवादौ च राक्षसादिक्रमाल्लिखेत् श्रीःसाममोमा सा श्रीः सानौ याज्ञे ज्ञेया नौसा
On écrira le verset de Lakṣmī, en commençant par le mot « Śiva », selon la suite qui débute par « Rākṣasa » et ainsi de suite. Dans cette formule, « Śrīḥ » doit être compris comme « Sāma » ; « Omā » est ce même « Śrīḥ » ; et, dans le contexte du yajña, il doit être connu comme « Sā-nau » (aussi lu « Nau-sā »).
Verse 16
माया लीला लाली यामा याज्ञे ज्ञेया नौसा माया यत्र ज्ञेया वहिः शीघ्रा दिक्षुरं कलसं वहिः
« Māyā, Līlā, Lālī, Yāmā » : ces termes doivent être compris dans le rite du yajña. « Nausā » (la barque) est Māyā ; et partout où elle doit être reconnue, elle est placée/énoncée à l’extérieur. « Śīghrā » est également placée/énoncée à l’extérieur ; de même « Dikṣuram » et « Kalaśam » doivent être pris comme extérieurs.
Verse 17
पद्मस्थं पद्मचक्रञ्च भृत्युजित् स्वर्गगन्धृतिं शान्तीनां परमा सान्तिः सौभाग्यादिप्रदायकम्
Assis sur un lotus, portant le disque de lotus ; vainqueur de la servitude, soutien du parfum du ciel : telle est la pacification suprême parmi les pacifications, dispensatrice de bonne fortune et d’autres fruits auspiceux.
Verse 18
रुद्रे रुद्रसमाः कार्याः कोष्ठकास्तत्र ता लिखेत् ओमाद्याह्रूंफडन्ता च आदिवर्णमथानुतः
Pour le culte de Rudra, on doit établir des compartiments (koṣṭhaka, grille de syllabes) conformes à Rudra ; on les y inscrira, en commençant par « Oṃ » et en finissant par « hrūṃ phaḍ » ; ensuite, on écrira les lettres initiales selon l’ordre prescrit.
Verse 19
विद्यावर्णक्रमेनेव संज्ञाञ्च वषडन्तिकां पूर्वपदे इति ञ अधस्थात् प्रत्यङ्गिरैषा सर्वकामार्थसाधिका
Dans l’ordre même des syllabes du vidyā-mantra, on placera aussi la saṃjñā (nom ou marque désignée) se terminant par la formule « vaṣaḍ » ; et, dans le membre antérieur (pūrvapada), on ajoutera la syllabe « ña ». Ainsi, dans la disposition inférieure, c’est Pratyaṅgirā, apte à accomplir tous les buts et objets désirés.
Verse 20
एकाशीतिपदे सर्वामादिवर्णक्रमेण तु आदिमं यावदन्तं स्याद्वषडन्तञ्च नाम वै
Dans le quatre-vingt-unième élément, tous (les noms) doivent être disposés selon l’ordre des lettres initiales ; du début à la fin, le nom est véritablement celui qui se termine par l’exclamation « vaṣaṭ ».
Verse 21
एषा प्रत्यङ्गिरा चान्या सर्वकार्यादिसाधनी निग्रहानुग्रहञ्चक्रञ्चतुःषष्टिपदैर् लिखेत्
Ceci est une autre forme de Pratyaṅgirā, efficace pour accomplir toutes les entreprises et les fins connexes. On inscrira le Nigraha–Anugraha Cakra (le diagramme de « Contrainte et Grâce ») avec soixante-quatre compartiments/positions.
Verse 22
अमृती सा च विद्या च क्रीं सः हूं नामाथ मध्यतः फट्काराद्यां पत्रगतां त्रिह्रींकारेण वेष्टयेत्
Cette formule est appelée « Amṛtī » et aussi « Vidyā ». On placera au centre la bīja « krīṃ », avec « saḥ » et « hūṃ » ; et l’inscription commençant par « phaṭ », écrite sur une feuille, sera entourée (enveloppée) par l’énonciation de « hrīṃ » trois fois.
Verse 23
कुम्भववद्धारिता सर्वशत्रुहृत् सर्वदायिका विषन्नश्येत् कर्णजपादक्षराद्यैश् च दण्डकैः
Lorsqu’il est maintenu fermement comme une jarre (c’est-à-dire fixé comme talisman ou rite de protection), il devient celui qui ôte tous les ennemis et qui accorde tous les dons ; l’abattement est détruit en le murmurant à l’oreille, et de même par la récitation des formules métriques commençant par les syllabes (akṣara-ādi) ainsi que des strophes daṇḍaka.
Precise ritual engineering: dik-krama maṇḍala placements, āvaraṇa-śakti listing, and the construction/inscription rules for multiple cakras (Nigraha 81-pada; Nigraha–Anugraha 64-pada), including substrates, central sādhya-name placement, and bīja-sequence/letter-order grids tied to vidyā-mantras.
It frames tantric efficacy as disciplined sādhana: nyāsa and mantra precision cultivate concentration and sacralize the body-mind, while protective/restraint-and-grace diagrams model dharmic control of forces—channeling worldly aims (bhukti) through regulated rites aligned to spiritual steadiness and ethical containment.