
अध्यायः २८६ — गजचिकित्सा (Elephant Medicine)
Ce chapitre opère la transition formelle depuis l’adhyāya précédent et présente la gaja-cikitsā, discipline ayurvédique spécialisée, essentielle aux écuries royales et au succès sur le champ de bataille. Par la voix de Pālakāpya s’adressant à Lomapāda, le texte définit d’abord les marques (lakṣaṇa) d’un éléphant de bon augure et digne de service : nombre d’ongles, saisonnalité du musth, asymétrie des défenses, qualité de la voix, largeur des oreilles et mouchetures de la peau, tout en rejetant les types nains ou difformes. Il relie ensuite la conduite des éléphants au rājadharma et à la victoire militaire, affirmant que la conquête dépend d’éléphants de guerre disciplinés et d’une réglementation ordonnée du camp. La thérapeutique suit un ordre pratique : préparation du lieu (sans courants d’air, prêt pour l’oléation), soins externes (thérapies de l’épaule, massage), remèdes internes (préparations de ghee/huile, décoctions, lait, bouillon de viande) et interventions ciblées pour des troubles précis—pâleur de type pāṇḍu, distension ānāha, évanouissement, céphalée (avec nasya), affections des pieds, tremblements, diarrhée, tuméfaction de l’oreille, obstruction de la gorge, rétention urinaire, maladies de peau, troubles vermineux, états consumptifs, coliques, et prise en charge des abcès (incision jusqu’à oléation/lavement). La conclusion traite du régime et de la diététique (hiérarchie des grains, aliments fortifiants, aspersion saisonnière) et conserve une dimension martiale et rituelle : fumigations pour la victoire, lavages oculaires et collyre, ainsi qu’une consécration de la vue liée aux mantras, illustrant la fusion propre à l’Agni Purāṇa entre médecine, science guerrière et efficacité sacrée.
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे कल्पसागरो नाम पञ्चाशीत्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः अथ षडशीत्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः गजचिकित्सा पालकाप्य उवाच गजलक्ष्म चिकित्साञ्च लोमपाद यदामि ते दीर्घहस्ता महोच्छ्वासाः प्रसस्तास्ते महिष्णवः
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa s’achève le chapitre 285, intitulé « Kalpa-sāgara ». Commence maintenant le chapitre 286 : « Médecine de l’éléphant ». Pālakāpya dit : « Ô Lomapāda, je t’enseignerai le traitement des maladies et des marques pathologiques des éléphants. Ces éléphants sont loués comme excellents—à longue trompe et au souffle profond—dignes des écuries royales ».
Verse 2
विंशत्यष्टादशनखाः शीतकालमदाश् च ये दक्षिणञ्चोन्नतन्दन्तं वृंहितं जलदोपमं
Les éléphants qui ont vingt-huit ongles, qui entrent en musth durant la saison froide, dont la défense droite est relevée, et dont le barrissement est grave, semblable à un nuage de pluie, sont décrits comme des types auspicieux et excellents.
Verse 3
कर्णौर् च विपूलौ येषां सूक्ष्मविन्द्वन्वितत्वचौ ते धार्या न तथा धार्या वामना ये च सङ्कुशाः
Ceux dont les oreilles sont larges et dont la peau porte de fines mouchetures (de minuscules points) doivent être tenus pour convenables; mais ceux qui sont nains, ou dont les oreilles sont recourbées comme un aiguillon de conduite (sankuśa), ne doivent pas être admis de la même manière.
Verse 4
हस्तिन्यः पार्श्वगर्भिण्यो च मूढा मतङ्गजाः वर्णं सत्वं बलं रूपं कान्तिः संहननञ्जवः
Chez les éléphantes, chez celles qui conçoivent par le flanc (c’est-à-dire deviennent pleines sans accouplement approprié) et chez les mâles à l’esprit obtus, il faut apprécier la couleur, le tempérament, la force, la forme, l’éclat, la compacité de la constitution et la vitesse.
Verse 5
सप्तस्थितो गजश्चेदृक् सङ्ग्रामेरीञ्जयेत्स च कुञ्जराः परमा शोभा शिविरस्य बलस्य च
Si l’éléphant est ainsi disposé selon les sept positions (canoniques), il procure la victoire au combat; et les éléphants de guerre sont la splendeur suprême du camp militaire comme de l’armée.
Verse 6
आयत्तं कुञ्जरैश् चैव विजयं पृथिवीक्षितां पाकलेषु च सर्वेषु कर्तव्यमनुवासनं
La conquête des souverains de la terre dépend en vérité des éléphants de guerre; et dans tous les camps et garnisons, il faut faire observer la discipline et un ordre bien réglé.
Verse 7
घृततैलपरीपाकं स्थानं वातविवर्जितं स्कन्धेषु च क्रिया कर्या तथा पालकवन्नृपाः
Qu’on aménage un lieu préparé avec du ghee (ghṛta) et de l’huile, à l’abri des courants d’air (vāta) ; et que l’on accomplisse de même le traitement thérapeutique des épaules—ô rois—avec soin, comme on veillerait sur un enfant.
Verse 8
गोमूत्रं पाण्डुरोगेषु रजनीभ्यां घृतन्द्विज आनाहे तैलसिक्तस्य निषेकस्तस्य शस्यते
Pour les affections de type pāṇḍu-roga (pâleur/anémie), l’urine de vache est prescrite ; et l’on emploie aussi du ghee mêlé aux deux rajanī (deux variétés de curcuma). Ô deux-fois-né, dans les cas d’ānāha (distension abdominale par vent obstrué), la thérapie par aspersion/versement (niṣeka) avec de l’huile est recommandée.
Verse 9
लवणैः पञ्चभिर्मश्रा प्रतिपानाय वारुणी धन्वन्तरिरुवाचेति ञ मर्दना इति ञ विडङ्गत्रिफलाव्योषसैन्धवैः कवलान् कृतान्
La vāruṇī (liqueur médicinale fermentée) mêlée aux cinq sels doit être prise comme boisson d’accompagnement après la prise (véhicule post-dose). Ainsi parla Dhanvantari. Une préparation nommée « Mardanā » (composé de trituration/frottement) se fait en formant des boulettes buccales (kavala) avec viḍaṅga, triphalā, vyoṣa et saindhava (sel gemme).
Verse 10
मूर्छासु भोजयेन्नागं क्षौद्रन्तोयञ्च पाययेत् अग्यङ्गः शिरसः शूले नस्यञ्चैव प्रशस्यते
En cas d’évanouissement (mūrcchā), on doit administrer le nāga (plomb) comme aliment et faire boire aussi de l’eau miellée. Pour la céphalée, le massage huileux de la tête et la thérapie nasale (nasya) sont véritablement recommandés.
Verse 11
नागानां स्नेहपुटकः पादरोगानुपक्रमेत् पश्चात् कल्ककषायेण शोधनञ्च विधीयते
Pour les affections des pieds, on commence le traitement par un snehapuṭaka (cataplasme oléagineux) préparé avec le nāga (plomb). Ensuite, on procède à la purification/épuration (śodhana) au moyen d’une pâte (kalka) et d’une décoction (kaṣāya).
Verse 12
शिखितित्तिरिलावानां पिप्पलीमरिचान्वितैः रसैः सम्भोजयेन्नगं वेपथुर्यस्य जायते
Chez celui chez qui surviennent des tremblements (vepathu), on doit administrer le nāga (plomb) en le rendant ingérable avec les sucs exprimés (rasa) de paon et de perdrix, mêlés à pippalī (poivre long) et marica (poivre noir).
Verse 13
बालबिल्वं तथा लोध्रं धातकी सितया सह अतीसारविनाशाय पिण्डीं भुञ्जीत कुञ्जरः
Pour détruire la diarrhée (atisāra), l’éléphant doit manger une boulette (piṇḍī) faite de bilva tendre, de lodhra et de dhātakī, mêlée de sucre.
Verse 14
नस्यं करग्रहे देयं घृतं लयणसंयुतम् मागधीनागराजाजीयवागूर्मुस्तसाधिता
Pour la thérapie nasale (nasya), on doit administrer le ghee en le tenant dans la paume; il doit être mêlé de sel gemme et préparé (médicamenté) avec māgadhī (pippalī), nāgara (gingembre sec), ajājī (cumin), yavāgū (bouillie de riz) et mustā (Cyperus rotundus).
Verse 15
उत्कर्णके तु दातव्या वाराहञ्च तथा रसम् दशमूलकुलत्थाम्लकाकमाचीविपाचितम्
Dans l’affection dite utkarṇaka (oreille saillante ou enflée), on doit administrer aussi de la graisse/essence de sanglier; et de même un suc médicinal préparé par décoction de daśamūla, de kulattha, d’agents acidifiants et de kākamācī.
Verse 16
तैलमूषणसंयुक्तं गलग्रहगदापहम् अष्टभिर्लवणैः पिष्ठैः प्रसन्नाः पाययेद्घृतम्
Le ghee, préparé avec de l’huile et un adjuvant chauffant (piquant), dissipe les troubles d’obstruction de la gorge (galagraha) et les maladies de la gorge. Lorsqu’il est bien clarifié et mêlé à une pâte faite des huit sels, on doit administrer ce ghee à boire.
Verse 17
मूत्रभङ्गे ऽथ वा वीजं क्वथितं त्रपूषस्य च त्वग्दोषेषु पिवेन्निम्बं वृषं वा क्वथितं द्विपः
En cas de mūtrabhanga (obstruction ou rétention d’urine), on doit boire une décoction des graines de trapūṣa (concombre). Pour les troubles de la peau, on doit boire une décoction de neem, ou bien une décoction de vṛṣa (vāsā).
Verse 18
गवां मूत्रं विडङ्गानि कृमिकोष्ठेषु शस्यते शृङ्गवेरकणाद्राक्षाशर्कराभिः शृतं पयः
Dans les affections abdominales dues aux vers, l’urine de vache et le viḍaṅga (fausse poivre noir) sont recommandés ; de même, on conseille du lait bouilli avec gingembre sec, poivre long, raisins secs et sucre.
Verse 19
क्षतक्षयकरं पानं तथा मांसरसः शुभः मुद्गोदनं व्योषयुतमरुचौ तु प्रशस्यते
Pour les états de blessure thoracique et de consomption (kṣata et kṣaya), on recommande une boisson reconstituante ; de même, un bouillon de viande sain est bénéfique. En cas d’inappétence (aruci), le riz cuit avec le mung (mudga-odana) mêlé au vyoṣa (la triade piquante) est particulièrement loué.
Verse 20
त्रिवृद्व्योषाग्निदन्त्यर्कश्यामाक्षीरेभपिप्पली एतैर् गुल्महरः स्नेहः कृतश् चैव तथापरः
Avec trivṛt, les trois piquants (vyoṣa), citraka, dantī, arka, śyāmā, du lait et pippalī—à l’aide de ces substances on prépare un sneha (préparation huileuse médicinale) qui apaise le gulma (masse abdominale) ; et une autre variante se fait de même.
Verse 21
भेदनद्रावणाभ्यङ्गस्नेहपानानुवासनैः सर्वानेव समुत्पन्नन् विद्रवान् समुपाहरेत्
Par l’incision (ouverture), des mesures favorisant la liquéfaction/suppuration, le massage à l’huile, la prise interne de corps gras médicinaux (sneha-pāna) et le lavement huileux (anuvāsana), on doit traiter tous les abcès (vidradhi) apparus.
Verse 22
यष्टिकं मुद्गसूपेन शारदेन तथा पिवेत् बालबिल्वैस् तथा लेपः फटुरोगेषु शस्यते
On doit boire yaṣṭikā avec une soupe de mung (mudga-sūpa), et de même selon le régime de l’automne (śārada). En outre, un cataplasme préparé avec de jeunes fruits de bilva est recommandé dans les cas de phaṭu-roga (affection de type fissurant/crevassant).
Verse 23
विडङ्गेन्द्रयवौ हिङ्गु सरलं रजनीद्वयम् पूर्वाह्णे पाययेत् पिण्डान् सर्वशूलोपशान्तये
Dans la matinée, on administrera des piṇḍa (bolus) préparés avec viḍaṅga, indrayava, hiṅgu, sarala et les deux rajanī (deux variétés de curcuma), afin d’apaiser totalement toutes sortes de coliques et de douleurs.
Verse 24
प्रधानभोजने तेषां यष्टिकव्रीहिशालयः मध्यमौ यवगोधूमौ शेषा दन्तिनि चाधमाः
Parmi ces céréales, pour les repas principaux, les meilleures sont les riz fins : yaṣṭika, vrīhi et śāli. L’orge (yava) et le blé (godhūma) sont de rang moyen ; les autres variétés—telles que dantini—sont tenues pour inférieures.
Verse 25
यवश् चैव तथैवेक्षुर्नागानां बलवर्धनः नागानां यवसं शुष्कं तथा धातुप्रकोपणं
L’orge (yava) et, de même, la canne à sucre (ikṣu) accroissent la vigueur des nāga. Mais, pour les nāga, le fourrage sec (yavasa) aggrave aussi les dhātu (constituants du corps) et suscite le désordre.
Verse 26
मदक्षिणस्य नागस्य पयःपानं प्रशस्यते दीपनीयैस् तथा द्रव्यैः शृतो मांसरसः शुभः
Pour le nāga atteint de l’état nommé mada-kṣiṇa (épuisement après l’ivresse), la prise de lait est louée ; de même, un bouillon de viande cuit avec des substances dīpanīya (stimulants digestifs) est bénéfique et salutaire.
Verse 27
वायसः कुक्कुरश्चोभौ काकोलूककुलो हरिः भवेत् क्षौद्रेण संयुक्तः पिण्डो युद्धे महापदि
Dans la grande détresse du combat, un piṇḍa (boulette d’appât) mêlé de miel devient efficace pour attirer un corbeau et un chien, ainsi que des bandes de corbeaux et de hiboux ; il sert aussi de moyen pour détourner ou repousser l’ennemi.
Verse 28
कटुमत्स्यविडङ्गानि क्षारः कोषातकी पयः हरिद्रा चेति धूपोयं कुञ्जरस्य जयावहः
Substance de poisson âcre, viḍaṅga, alcali (kṣāra), latex laiteux de koṣātakī et curcuma : tel est l’encens de fumigation (dhūpa) ; il apporte la victoire à l’éléphant.
Verse 29
पिप्पलीतण्डुलास्तैलं माध्वीकं माक्षिकम् तथा नेत्रयोः परिषेकोयं दीपनीयः प्रशस्यते
L’aspersion/lavage des yeux (pariṣeka) préparé avec pippalī, grains de riz, huile, mādhvīka (hydromel/ferment de miel) et miel est loué comme dīpanīya, stimulant qui ranime et clarifie la fonction oculaire.
Verse 30
पूरीषञ्चटकायाश् च तथा पारावतस्य च क्षीरवृक्षकरीषाश् च प्रसन्नयेष्टमञ्जनं
Pour donner clarté et contentement aux yeux, l’añjana (collyre) de choix se prépare avec les fientes du moineau, de même celles du pigeon, et aussi avec le « fumier » des arbres à lait (kṣīra-vṛkṣa), c’est-à-dire leur latex/exsudat.
Verse 31
मुद्ग्यूषेणेति ज , ञ च मदाय हीति ञ क्षीरवृक्षकरीराश्चेति ञ अनेनाञ्जितनेत्रस्तु करोति कदनं रणे उत्पलानि च नीलानि सुस्तन्तगरमेव च
«(Récite) ‘mudgyūṣeṇa’ avec les syllabes ja et ña ; (et) ‘madāya hi’ avec ña ; (et) ‘kṣīra-vṛkṣa-karīrāḥ’ avec ña.» Par cette application mantrique, les yeux oints, on cause l’abattage au combat ; et l’on fait apparaître/commande aussi les lotus bleus et le poison nommé sustantagara.
Verse 32
तण्डुलोदकपिष्टानि नेत्रनिर्वापनं परम् नखवृद्धौ नखच्छेदस्तैलसेकश् च मास्यपि
Les pâtes préparées avec de l’eau de riz sont un remède excellent pour rafraîchir et apaiser les yeux. Quand les ongles poussent trop, on prescrit de les couper ; et même chaque mois, on recommande une onction par versement d’huile (oléation).
Verse 33
शय्यास्थानं भवेच्चास्य करीषैः पांशुभिस् तथा शरन्निदाघयोः सेकः सर्पिषा च तथेष्यते
Son lieu de repos (aire de couchage) doit être préparé avec de la bouse séchée et de la poussière de terre fine. En automne et en été, l’aspersion ou l’onction de ghee (beurre clarifié) est également prescrite.
It prioritizes gaja-lakṣaṇa (selection markers) and a protocol-driven therapeutic system—environment control, oleation/purification procedures, dietetics, and disease-specific formulations—explicitly tied to stable discipline and battlefield readiness.
By framing veterinary medicine as rājadharma and a form of protective service, it treats technical competence (bhukti) as dharmically sanctified action that sustains order, reduces suffering, and supports the conditions for disciplined spiritual life (mukti-oriented practice).
Yes. The text links elephant health to victory logistics, includes victory-oriented fumigation, ocular preparations, and a mantra layer—showing the Agni Purāṇa’s characteristic integration of medical and martial sciences.