
यजुर्वेदशाखाः, याज्ञवल्क्य–वैशम्पायनसंवादः, सूर्यस्तुतिः (Yajurveda branches and Yājñavalkya’s solar revelation)
Parāśara dit à Maitreyā que Vaiśampāyana, disciple de Vyāsa, fait naître vingt-sept branches du Yajurveda et les transmet par lignée. Yājñavalkya, fils de Brahmarāta, est présenté comme un disciple discipliné et connaisseur du dharma. Le récit rappelle ensuite un ancien pacte des sages au sujet de Mahāmeru : Vaiśampāyana le transgresse et, à la suite d’une insulte, tue l’enfant de sa sœur, encourant la faute de brahma-hatyā. Il ordonne à ses disciples d’accomplir pour lui un vœu d’expiation. Yājñavalkya, se prévalant d’un tejas supérieur, propose de le faire seul ; le maître, irrité, lui commande de « rendre » ce qu’il a appris. Yājñavalkya rejette les mantras Yajus ; d’autres brāhmaṇas, devenus des oiseaux tittirī, les recueillent—d’où la tradition Taittirīya. Puis Yājñavalkya pratique le prāṇāyāma et loue Sūrya (Savitr/Bhāskara/Vivasvān) comme source des trois Veda, forme de Viṣṇu, seigneur du temps et purificateur des actes. Sūrya apparaît sous forme de cheval et lui accorde des Yajus inconnus appelés Ayātayāma ; ceux qui les apprennent sont nommés Vājin, et quinze lignées Vājasaneyin, à commencer par les Kāṇva, procèdent de Yājñavalkya.
Verse 1
यजुर्वेदतरोः शाखाः सप्तविंशन् महामतिः वैशम्पायननामासौ व्यासशिष्यश् चकार वै
Du grand arbre du Yajurveda, le sage Vaiśampāyana—disciple de Vyāsa—fit naître en vérité vingt-sept branches sacrées.
Verse 2
शिष्येभ्यः प्रददौ ताश् च जगृहुस् ते ऽप्य् अनुक्रमात्
Il remit ces branches à ses disciples ; et eux, dans une succession ordonnée, les reçurent selon la lignée de transmission.
Verse 3
याज्ञवल्क्यस् तु तस्याभूद् ब्रह्मरातसुतो द्विज शिष्यः परमधर्मज्ञो गुरुवृत्तिपरः सदा
Et parmi ses disciples se trouvait Yājñavalkya—ô deux-fois-né—fils de Brahmarāta : connaisseur du Dharma suprême, toujours voué au service et à la conduite due au maître.
Verse 4
ऋषिर् यो ऽद्य महामेरौ समाजेनागमिष्यति तस्य वै सप्तरात्रात् तु ब्रह्महत्या भविष्यति
Quel que soit le sage qui, en ce jour même, monte au Mahāmeru avec une assemblée mondaine, après sept nuits naîtra pour lui le péché de brahma-hatyā.
Verse 5
पूर्वम् एवं मुनिगणैः समयो ऽभूत् कृतो द्विज वैशम्पायन एकस् तु तं व्यतिक्रान्तवांस् तदा
Autrefois, ô deux-fois-né, les assemblées de sages avaient établi un tel pacte ; pourtant, alors, Vaiśampāyana seul transgressa cet engagement.
Verse 6
स्वस्रीयं बालकं सो ऽथ पदा स्पृष्टम् अघातयत्
Alors il abattit le jeune fils de sa sœur, car l’enfant l’avait touché du pied ; selon le dharma des rois, c’était une offense très grave.
Verse 7
शिष्यान् आह च भोः शिष्या ब्रह्महत्यापहं व्रतम् चरध्वं मत्कृते सर्वे न विचार्यम् इदं तथा
Puis il s’adressa à ses disciples : « Ô disciples, accomplissez pour moi le vœu qui efface le péché de brahmahatyā. Vous tous devez l’observer pour mon bien ; ne doutez ni ne discutez. »
Verse 8
अथाह याज्ञवल्क्यस् तं किम् एभिर् भगवन् द्विजैः क्लेशितैर् अल्पतेजोभिश् चरिष्ये ऽहम् इदं व्रतम्
Alors Yājñavalkya lui dit : « Vénérable seigneur, que me faut-il de ces dvijas, accablés de peine et de faible éclat spirituel ? J’accomplirai seul cette observance sacrée. »
Verse 9
ततः क्रुद्धो गुरुः प्राह याज्ञवल्क्यं महामतिः मुच्यतां यत् त्वयाधीतं मत्तो विप्रावमानक
Alors le maître, enflammé de colère, dit à Yājñavalkya : « Rends—relâche—tout ce que tu as appris de moi, ô toi qui as outragé un brāhmaṇa. »
Verse 10
निस्तेजसो वदस्य् एतान् यस् त्वं ब्राह्मणपुंगवान् तेन शिष्येण नार्थो ऽस्ति ममाज्ञाभङ्गकारिणा
Tu parles comme si tu étais privé d’éclat spirituel, alors que tu es le plus éminent des brāhmaṇas. Je n’ai que faire d’un disciple qui brise mon ordre et viole la discipline.
Verse 11
याज्ञवल्क्यस् ततः प्राह भक्त्यैतत् ते मयोदितम् ममाप्य् अलं त्वयाधीतं यन् मया तद् इदं द्विज
Alors Yājñavalkya dit : «Par bhakti je te l’ai déclaré. Ô deux-fois-né, pour moi aussi cela suffit : ce que j’avais appris, tu l’as désormais appris ; ce qui était à moi est, en vérité, devenu tien.»
Verse 12
इत्य् उक्त्वा रुधिराक्तानि सरूपाणि यजूंषि सः छर्दयित्वा ददौ तस्मै ययौ च स्वेच्छया मुनिः
Ayant ainsi parlé, le sage, comme en les vomissant, fit sortir les formules du Yajus—encore tachées de sang mais gardant leur juste forme—les lui remit; puis, de son plein gré, le muni s’en alla.
Verse 13
यजूंष्य् अथ विसृष्टानि याज्ञवल्क्येन वै द्विज जगृहुस् तित्तिरीभूत्वा तैत्तिरीयास् तु ते ततः
Ensuite, les mantras du Yajus rejetés par Yājñavalkya furent recueillis par les sages deux-fois-nés ; devenus des perdrix (tittirī), ils les rassemblèrent—d’où leur nom, dès lors : les Taittirīya.
Verse 14
ब्रह्महत्या व्रतं चीर्णं गुरुणा चोदितैस् तु यैः चरकाध्वर्यवस् ते तु चरणान् मुनिसत्तम
Ces prêtres Caraka-adhvaryu qui, sur l’injonction de leur précepteur, entreprirent et menèrent à terme le vœu d’expiation pour la brahma-hatyā : ô le meilleur des sages, leurs pieds mêmes sont dignes de vénération.
Verse 15
याज्ञवल्क्यो ऽपि मैत्रेय प्राणायामपरायणः तुष्टाव प्रणतः सूर्यं यजूंष्य् अभिलषंस् ततः
Ô Maitreya, Yājñavalkya aussi, tout entier voué à la discipline du prāṇāyāma, se prosterna et loua le dieu Soleil ; car il désirait obtenir les mantras du Yajus, et c’est par cette bhakti qu’il les implora.
Verse 16
नमः सवित्रे द्वाराय मुक्तेर् अमिततेजसे ऋग्यजुःसामभूताय त्रयीधामवते नमः
Hommage à Savitr, porte de la délivrance, à l’éclat incommensurable. Hommage à Celui qui est devenu Ṛg, Yajus et Sāman, sanctuaire des trois Veda.
Verse 17
नमो ऽग्नीषोमभूताय जगतः कारणात्मने भास्कराय परं तेजः सौषुम्णम् उरु बिभ्रते
Hommage à Bhāskara, de nature Agni et Soma, Soi causal de l’univers, qui porte, vaste et suprême, l’éclat transcendant nommé lumière Sauṣumnā.
Verse 18
कलाकाष्ठानिमेषादिकालज्ञानात्मने नमः ध्येयाय विष्णुरूपाय परमाक्षररूपिणे
Hommage à Celui dont l’essence est la connaissance du Temps—kalā, kāṣṭhā, nimeṣa et toutes ses mesures; au Suprême digne de méditation, de forme Viṣṇu, demeurant comme l’Imperissable suprême.
Verse 19
बिभर्ति यः सुरगणान् आप्यायेन्दुं स्वरश्मिभिः स्वधामृतेन च पितॄंस् तस्मै तृप्त्यात्मने नमः
Hommage à Celui dont la nature est l’accomplissement parfait : il soutient les cohortes des dieux, nourrit la Lune de ses propres rayons et rassasie les ancêtres du nectar de sa demeure divine.
Verse 20
हिमाम्बुघर्मवृष्टीनां कर्ता भर्ता च यः प्रभुः तस्मै त्रिकालभूताय नमः सूर्याय वेधसे
Hommage à ce Soleil, Seigneur et ordonnateur, créateur et soutien du froid, de l’eau, de la chaleur et de la pluie; à Celui qui est la réalité des trois temps, l’intelligence souveraine qui mesure le monde.
Verse 21
अपहन्ति तमो यश् च जगतो ऽस्य जगत्पतिः सत्त्वधामधरो देवो नमस् तस्मै विवस्वते
Hommage à Vivasvān (le Soleil), Seigneur divin de cet univers, souverain du monde : il dissipe les ténèbres et soutient la demeure du sattva, pureté lumineuse.
Verse 22
सत्कर्मयोग्यो न जनो नैवापः शौचकारणम् यस्मिन्न् अनुदिते तस्मै नमो देवाय भास्वते
Tant qu’il ne s’est pas levé, nul n’est apte aux œuvres justes, et même les eaux ne deviennent pas cause de pureté. À ce Dieu rayonnant, Bhāsvat, prosternation.
Verse 23
स्पृष्टो यदंशुभिर् लोकः क्रियायोग्यो ऽभिजायते पवित्रताकारणाय तस्मै शुद्धात्मने नमः
Quand le monde est touché par Ses rayons, il devient apte aux actes sacrés et à la juste observance. À l’Âme pure, cause de toute purification, hommage.
Verse 24
नमः सवित्रे सूर्याय भास्कराय विवस्वते आदित्यायादिभूताय देवादीनां नमो नमः
Hommage à Savitṛ, à Sūrya, au resplendissant Bhāskara, à Vivasvān ; hommage à Āditya, source primordiale des êtres. À celui qui est à la tête des dieux, encore et encore, prosternation.
Verse 25
हिरण्मयं रथं यस्य केतवो ऽमृतधारिणः वहन्ति भुवनालोकचक्षुषस् तं नमाम्य् अहम्
Je me prosterne devant Celui dont le char est d’or ; dont les rayons, porteurs d’ambroisie immortelle, entraînent l’Œil qui illumine les mondes.
Verse 26
इत्य् एवमादिभिस् तेन स्तूयमानः स्तवै रविः वाजिरूपधरः प्राह व्रीयताम् इति वाञ्छितम्
Ainsi loué par ces hymnes et d’autres encore, Ravi, le Soleil, prenant la forme d’un cheval, déclara : «Choisis la grâce désirée ; demande ce que tu veux.»
Verse 27
याज्ञवल्क्यस् तदा प्राह प्रणिपत्य दिवाकरम् यजूंषि तानि मे देहि यानि सन्ति न मे गुरौ
Alors Yājñavalkya, s’inclinant avec révérence devant Divākara, dit : «Accorde-moi les mantras du Yajus qui ne se trouvent pas auprès de mon maître.»
Verse 28
एवम् उक्तो ददौ तस्मै यजूंषि भगवान् रविः अयातयामसंज्ञानि यानि वेत्ति न तद्गुरुः
Ainsi sollicité, le bienheureux Ravi lui donna les formules du Yajus — celles, célèbres, dites Ayātayāma — que même son (ancien) maître ne connaissait pas.
Verse 29
यजूंषि यैर् अधीतानि तानि विप्रैर् द्विजोत्तम वाजिनस् ते समाख्याताः सूर्यो ऽश्वः सो ऽभवद् यतः
Ô meilleur des deux-fois-nés ! Les brahmanes qui apprirent ces hymnes du Yajus furent appelés Vājina, car de cette même source le Soleil devint Cheval.
Verse 30
शाखाभेदास् तु तेषां वै दश पञ्च च वाजिनाम् कण्वाद्याः सुमहाभागा याज्ञवल्क्यप्रवर्तिताः
Parmi ces Vājina, il existe en vérité quinze branches distinctes. Les plus illustres sont les écoles fortunées commençant par les Kāṇva, mises en mouvement et transmises par Yājñavalkya.
After Yājñavalkya ejects the Yajus-mantras, other brāhmaṇas are said to become tittirī (partridge) birds and gather the scattered formulas; from this event they are called Taittirīyas.
The stuti presents the solar principle as a manifest locus of Vedic revelation and cosmic order—time-measure, purification, and the fitness for dharmic action—while explicitly grounding that power in Viṣṇu as the supreme imperishable reality (paramākṣara), consistent with Viṣṇu as Jagat-kāraṇa.