
वेदव्यास-परम्परा तथा प्रणव-ब्रह्म-स्तुति
Maitreya confirme le siddhānta : tout est de Viṣṇu, en Viṣṇu et issu de Viṣṇu ; puis il demande comment, âge après âge, le Seigneur, en tant que Vedavyāsa, divise sans cesse le Veda. Parāśara répond par le principe essentiel : à chaque Dvāpara, Viṣṇu devient Vyāsa et réorganise l’unique Veda en plusieurs divisions pour le bien des êtres dont la force et la capacité diminuent, comparant le Veda à un arbre aux branches innombrables. Il affirme que, dans le Vaivasvata Manvantara, cela s’est produit vingt-huit fois, et il énumère la succession des vingt-huit Vyāsas—depuis Svayambhū et Prajāpati, incluant Uśanā, Bṛhaspati, Savitṛ, Mṛtyu, Indra, Vasiṣṭha et d’autres—jusqu’à la généalogie menant à Parāśara puis à Kṛṣṇa Dvaipāyana ; il mentionne aussi un Vyāsa futur (Drauṇi). Le chapitre prend ensuite un ton d’hymne : le Brahman est établi comme Oṁ (praṇava), source et essence des Vedas, cause de la création et de la dissolution, finalement identifié à Vāsudeva/Paramātman. La différenciation du Veda et son unité totale reposent toutes deux sur l’unique Ananta Bhagavān, connaissance même et promulgateur de toutes les śākhās.
Verse 1
ज्ञातम् एतन् मया त्वत्तो यथा सर्वम् इदं जगत् विष्णुर् विष्णौ विष्णुतश् च न परं विद्यते ततः
De toi j’ai compris cette vérité : tout cet univers est de Vishnu—il existe comme Vishnu, repose en Vishnu et procède de Vishnu; au-delà de Lui, il n’est aucune réalité suprême.
Verse 2
एतत् तु श्रोतुम् इच्छामि व्यस्ता वेदा महात्मना वेदव्यासस्वरूपेण यथा तेन युगे युगे
Je désire entendre ceci : comment, âge après âge, le grand être, prenant la forme et la charge de Vedavyāsa, met en ordre et divise les Védas, encore et encore, à chaque yuga.
Verse 3
यस्मिन् यस्मिन् युगे व्यासो यो य आसीन् महामुने तं तम् आचक्ष्व भगवञ् शाखाभेदांश् च मे वद
Ô grand sage, ô vénérable Bhagavān, dis-moi : en chaque yuga, qui fut Vyāsa ? Explique-moi aussi les divisions et les branches (śākhā) issues du Veda.
Verse 4
वेदद्रुमस्य मैत्रेय शाखाभेदैः सहस्रशः न शक्यो विस्तरो वक्तुं संक्षेपेण शृणुष्व तम्
Ô Maitreya, le Veda est tel un grand arbre aux milliers de branches; on ne peut en dire toute l’étendue, écoute donc de moi son essence en bref.
Verse 5
द्वापरे द्वापरे विष्णुर् व्यासरूपी महामुने वेदम् एकं स बहुधा कुरुते जगतो हितः
Ô grand sage, à chaque Dvāpara-yuga, Viṣṇu Lui-même—prenant la forme de Vyāsa—ordonne l’unique Veda en de multiples divisions, pour le bien du monde.
Verse 6
वीर्यं तेजो बलं चाल्पं मनुष्याणाम् अवेक्ष्य च हिताय सर्वभूतानां वेदभेदान् करोति सः
Voyant que la vigueur, l’éclat et la force des hommes sont limités, il—par compassion, pour le bien de tous les êtres—introduisit des distinctions dans le Veda, afin que sa vérité soit approchée selon la capacité de chacun.
Verse 7
यया स कुरुते तन्वा वेदम् एकं पृथक् प्रभुः वेदव्यासाभिधाना तु सा मूर्तिर् मधुविद्विषः
Par cette puissance même incarnée, le Seigneur sépare l’unique Veda en parties distinctes; et cette forme du Tueur de Madhu est connue sous le nom de « Vedavyāsa ».
Verse 8
यस्मिन् मन्वन्तरे ये ये व्यासास् तांस् तान् निबोध मे यथा च भेदः शाखानां व्यासेन क्रियते मुने
Dans chaque Manvantara, quels que soient les Vyāsa, apprends-les de moi l’un après l’autre; et, ô sage, comprends aussi comment le Vyāsa opère la distinction des branches védiques (śākhā).
Verse 9
अष्टाविंशतिकृत्वो वै वेदो व्यस्तो महर्षिभिः वैवस्वते ऽन्तरे तस्मिन् द्वापरेषु पुनः पुनः
Dans ce Manvantara de Vaivasvata, aux âges de Dvāpara, les grands ṛṣi ont, maintes fois, ordonné et redivisé le Veda—vingt-huit fois au total.
Verse 10
वेदव्यासा व्यतीता ये अष्टाविंशति सत्तम चतुर्धा यैः कृतो वेदो द्वापरेषु पुनः पुनः
Les Veda‑Vyāsa déjà passés sont au nombre de vingt-huit; et par eux, aux âges de Dvāpara, l’unique Veda fut, maintes fois, ordonné en quatre divisions.
Verse 11
द्वापरे प्रथमे व्यस्ताः स्वयं वेदाः स्वयंभुवा द्वितीये द्वापरे चैव वेदव्यासः प्रजापतिः
Au premier Dvāpara, Svayambhū (Brahmā) ordonna lui-même les Veda; et au second Dvāpara, Prajāpati—en tant que Veda‑Vyāsa—accomplit cette même mise en ordre.
Verse 12
तृतीये चोशना व्यासश् चतुर्थे च बृहस्पतिः सविता पञ्चमे व्यासो मृत्युः षष्ठे स्मृतः प्रभुः
Au troisième, Uśanā (Śukra) est le Vyāsa; au quatrième, Bṛhaspati. Au cinquième, Savitṛ est le Vyāsa; et au sixième, le Seigneur est commémoré comme Mṛtyu (la Mort).
Verse 13
सप्तमे च तथैवेन्द्रो वसिष्ठश् चाष्टमे स्मृतः सारस्वतश् च नवमे त्रिधामा दशमे स्मृतः
Dans le septième Manvantara, Indra est pareillement établi ; dans le huitième, on se souvient du grand ṛṣi Vasiṣṭha. Dans le neuvième est proclamé Sārasvata, et dans le dixième est rappelé Tridhāmā.
Verse 14
एकादशे तु त्रिवृषा भारद्वाजस् ततः परम् त्रयोदशे चान्तरिक्षो वर्णी चापि चतुर्दशे
Dans le onzième, on se souvient de Trivṛṣā ; puis, dans le douzième, de Bhāradvāja. Dans le treizième se tient Antarikṣa, et dans le quatorzième aussi Varṇī—énumérés selon l’ordre juste.
Verse 15
त्रय्यारुणः पञ्चदशे षोडशे तु धनंजयः क्रतुंजयः सप्तदशे ऋणज्यो ऽष्टादशे स्मृतः
Dans le quinzième, on le rappelle comme Trayyāruṇa ; dans le seizième, comme Dhanaṃjaya. Dans le dix-septième, comme Kratuṃjaya ; et dans le dix-huitième, comme Ṛṇajya—plusieurs noms pour un seul principe au fil du temps.
Verse 16
ततो व्यासो भरद्वाजो भरद्वाजात् तु गौतमः गौतमाद् उत्तमो व्यासो हर्यात्मा यो ऽभिधीयते
Puis vint Vyāsa ; de Vyāsa naquit Bhāradvāja, et de Bhāradvāja naquit Gautama. De Gautama surgit l’excellent Vyāsa, nommé Haryātmā, «dont l’âme est Hari».
Verse 17
अथ हर्यात्मनो वेनः स्मृतो वाजश्रवास् तु यः सोमः शुष्मायणस् तस्मात् तृणबिन्दुर् इति स्मृतः
Or, de Haryātmā on se souvient de Vena ; et de Vena, de Vājaśravas, aussi connu comme Soma, fils de Śuṣmāyaṇa. De lui surgit celui que l’on célèbre sous le nom de Tṛṇabindu.
Verse 18
ऋक्षो ऽभूद् भार्गवस् तस्माद् वाल्मीकिर् यो ऽभिधीयते तस्माद् अस्मत्पिता शक्तिर् व्यासस् तस्माद् अहं मुने
De Bhārgava naquit Ṛkṣa ; de lui vint le sage renommé Vālmīki. De Vālmīki naquit notre père Śakti ; de Śakti vint Vyāsa ; et de Vyāsa, ô muni, je naquis.
Verse 19
जातुकर्णो ऽभवन् मत्तः कृष्णद्वैपायनस् ततः अष्टाविंशतिर् इत्य् एते वेदव्यासाः पुरातनाः
De moi naquit Jātukarṇa ; puis vint Kṛṣṇa Dvaipāyana (Vyāsa). Ainsi, on dit que ceux-ci sont vingt-huit Vyāsa anciens, vénérables ordonnateurs du Veda d’âge en âge.
Verse 20
एको वेदश् चतुर्धा तु यैः कृतो द्वापरादिषु
Le Veda est en vérité un ; mais dans l’âge de Dvāpara et dans ceux qui suivent, ce sont ces sages qui le disposent en quatre formes.
Verse 21
भविष्ये द्वापरे चापि द्रौणिर् व्यासो भविष्यति व्यतीते मम पुत्रे ऽस्मिन् कृष्णद्वैपायने मुनौ
Dans un Dvāpara futur aussi, le fils de Droṇa, Drauṇi, sera le Vyāsa, lorsque ce sage, mon fils Kṛṣṇa Dvaipāyana, aura quitté ce monde.
Verse 22
ध्रुवम् एकाक्षरं ब्रह्म ओम् इत्य् एवं व्यवस्थितम् बृहत्वाद् बृंहणत्वाच् च तद् ब्रह्मेत्य् अभिधीयते
La Réalité impérissable est le Brahman d’une seule syllabe, établi comme « Oṁ ». Et parce qu’Il est vaste et qu’Il fait croître et s’étendre toute chose, on Le nomme « Brahman ».
Verse 23
प्रणवावस्थितं नित्यं भूर् भुवः स्वर् इतीर्यते ऋग्यजुःसामाथर्वाणं यत् तस्मै ब्रह्मणे नमः
Hommage au Brahman éternel qui demeure comme le Praṇava (Oṃ) ; qui est proclamé comme l’énonciation sacrée « Bhūḥ, Bhuvaḥ, Svaḥ » ; et qui est l’essence même d’où sont connus les Veda Ṛg, Yajus, Sāman et Atharvan.
Verse 24
जगतः प्रलयोत्पत्तौ यत् तत् कारणसंज्ञितम् महतः परमं गुह्यं तस्मै सुब्रह्मणे नमः
Hommage au Brahman suprême, mystère au-delà de tout, connu comme la Cause : le principe par lequel adviennent la dissolution et la naissance de l’univers.
Verse 25
अगाधापारम् अक्षय्यं जगत्संमोहनालयम् संप्रकाशप्रवृत्तिभ्यां पुरुषार्थप्रयोजनम्
Il est insondable et sans rivage, impérissable ; demeure même de l’envoûtement qui égare le monde. Par ses deux puissances—illumination et action—il devient le fondement suprême et la fin dernière des buts humains (puruṣārtha).
Verse 26
सांख्यज्ञानवतां निष्ठा गतिः शमदमात्मनाम् यत् तद् अव्यक्तम् अमृतं प्रवृत्तिर् ब्रह्म शाश्वतम्
Cette Réalité est l’aboutissement stable de ceux qui possèdent la connaissance sāṅkhya, le refuge ultime des âmes exercées à la paix et à la maîtrise de soi : c’est l’Inmanifesté, l’Immortel, le fondement d’où s’écoule toute manifestation, le Brahman éternel.
Verse 27
प्रधानम् आत्मयोनिश् च गुहासत्त्वं च शब्द्यते अविभागं तथा शुक्रम् अक्षरं बहुधात्मकम्
Ce premier principe inmanifesté est nommé de bien des façons : Pradhāna, la source née d’elle-même, et la réalité intérieure cachée dans la caverne du cœur. Il est indivis ; il est la semence pure et lumineuse ; il est impérissable—et pourtant support de formes multiples.
Verse 28
परमब्रह्मणे तस्मै नित्यम् एव नमो नमः यद् रूपं वासुदेवस्य परमात्मस्वरूपिणः
À Lui, le Brahman suprême, je rends hommage sans cesse; dont la forme est Vāsudeva et dont la nature est le Paramātman.
Verse 29
एतद् ब्रह्म त्रिधाभेदम् अभेदम् अपि स प्रभुः सर्वभूतेष्व् अभेदो ऽसौ भिद्यते भिन्नबुद्धिभिः
Ce Brahman même—le Seigneur souverain—bien qu’on parle d’une triple distinction, est en vérité indivis. Il n’est pas différent en tous les êtres; mais les esprits qui divisent l’imaginent divisé.
Verse 30
स ऋङ्मयः साममयः सर्वात्मा स यजुर्मयः ऋग्यजुःसामसारात्मा स एवात्मा शरीरिणाम्
Il est fait du Ṛg, fait du Sāman, le Soi intérieur de tous; il est aussi fait du Yajus. Il est l’essence la plus intime du Ṛg, du Yajus et du Sāman; Lui seul est l’Ātman demeurant dans les êtres incarnés.
Verse 31
स भिद्यते वेदमयः स वेदं करोति भेदैर् बहुभिः सशाखम् शाखाप्रणेता स समस्तशाखा ज्ञानस्वरूपो भगवान् अनन्तः
Lui dont l’essence est le Veda apparaît comme la différenciation du Veda; et par d’innombrables distinctions il façonne l’unique Veda en de multiples branches avec leurs lignées. Il est le promulgateur des écoles védiques, et pourtant il est la totalité de toutes les branches. Bhagavān Ananta est la Connaissance elle-même, vivante.
Because human vigor and capacity decline; out of compassion and for loka-hita, Viṣṇu assumes the Vyāsa function to reorganize the one Veda into accessible divisions and branches so dharma and knowledge remain practicable.
Twenty-eight Vyāsas are said to have arranged the Veda repeatedly in the Dvāpara ages within the Vaivasvata Manvantara.
It praises Brahman as Oṁ (praṇava), the essence behind Ṛg-Yajus-Sāman-Atharvan and the cause of creation/dissolution, and identifies that supreme Brahman’s form as Vāsudeva, the Paramātman—non-different within all beings.