
L’Adhyāya 5 prend la forme d’un dialogue d’instruction : Vyāsa prie Sanatkumāra d’indiquer quelles catégories d’êtres, par une faute persistante, deviennent la cause (hetu) des grands enfers (mahā-naraka). Sanatkumāra commence par ordonner les méfaits selon les trois instruments de l’action—mānasa (mental), vācika (verbal) et kāyika (corporel)—et expose, pour chacun, quatre schémas, offrant une taxonomie éthique concise. Le chapitre se tourne ensuite vers des offenses proprement śaiva : haïr Mahādeva, dénigrer les maîtres de Śiva-jñāna, et mépriser le guru ainsi que les ancêtres. Il énumère encore des transgressions majeures touchant les biens sacrés et les institutions religieuses, telles que le vol de deva-dravya et la destruction des biens des dvija, les présentant comme des atteintes à l’ordre cosmique et à la transmission du savoir libérateur. L’enseignement intérieur affirme que la voie salvifique śaiva n’est pas seulement un rite, mais l’accord de la pensée, de la parole et du corps avec la révérence due à Śiva, au guru et à la sainteté des ressources du dharma ; sans cela, le rituel devient stérile et périlleux pour le karma.
Verse 1
व्यास उवाच । ये पापनिरता जीवा महानरकहेतवः । भगवंस्तान्समाचक्ष्व ब्रह्मपुत्र नमोऽस्तु ते
Vyāsa dit : «Ô Bienheureux, décris-moi ces êtres qui s’adonnent au péché et deviennent ainsi la cause des grands enfers. Ô fils de Brahmā, je me prosterne devant toi.»
Verse 2
सनत्कुमार उवाच । ये पापनिरता जीवा महानरकहेतवः । ते समासेन कथ्यंते सावधानतया शृणु
Sanatkumāra dit : Les êtres qui s’adonnent au péché deviennent la cause des grands enfers. Je vais les décrire brièvement — écoute avec une attention vigilante.
Verse 3
परस्त्रीद्रव्यसंकल्पश्चेतसाऽनिष्टचिंतनम् । अकार्याभिनिवेशश्च चतुर्द्धा कर्म मानसम्
Convoiter en son cœur l’épouse d’autrui ou les biens d’autrui, nourrir des pensées nuisibles, et s’obstiner dans ce qui ne doit pas être fait : telles sont, au nombre de quatre, les actions mentales.
Verse 4
अविबद्धप्रलापत्वमसत्यं चाप्रियं च यत् । परोक्षतश्च पैशुन्यं चतुर्द्धा कर्म वाचिकम्
L’action de la parole est quadruple : (1) bavardage incohérent et vain, (2) mensonge, (3) paroles dures ou déplaisantes, et (4) médisance proférée derrière le dos d’autrui.
Verse 5
इति श्रीशिवमहापुराणे पंचम्यामुमासंहितायां महापातकवर्णनं नाम पंचमोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, au Cinquième Livre appelé Umāsaṃhitā, s’achève le Cinquième Chapitre, intitulé «Description des grands péchés (Mahāpātakas)».
Verse 6
इत्येतद्वा दशविधं कर्म प्रोक्तं त्रिसाधनम् । अस्य भेदान्पुनर्वक्ष्ये येषां फलमनंतकम्
Ainsi a été proclamée cette discipline religieuse en dix formes, accomplie par trois moyens de pratique. Maintenant, je décrirai de nouveau ses subdivisions, dont les fruits sont sans fin.
Verse 7
ये द्विषंति महादेवं संसारार्णवतारकम् । सुमहत्पातकं तेषां निरयार्णवगामिनाम्
Ceux qui haïssent Mahādeva—celui qui fait traverser l’océan du saṃsāra—encourent un péché très redoutable; de tels êtres vont à l’océan de l’enfer (naraka).
Verse 8
ये शिवज्ञानवक्तारं निन्दंति च तपस्विनम् । गुरून्पितॄनथोन्मत्तास्ते यांति निरयार्णवम्
Ceux qui, dans l’illusion, outragent le maître qui enseigne la connaissance de Śiva, méprisent l’ascète et insultent leurs gurus et leurs pères—ceux-là tombent dans l’océan de l’enfer.
Verse 9
शिवनिन्दा गुरोर्निन्दा शिवज्ञानस्य दूषणम् । देवद्रव्यापहरणं द्विजद्रव्यविनाशनम्
Médire de Śiva, outrager le guru, dénigrer la connaissance de Śiva, dérober les biens des Deva (biens du temple et biens sacrés) et détruire les biens des dvija (les « deux-fois-nés ») : telles sont de lourdes fautes qui entravent la voie śaiva et l’essor de la bhakti véritable.
Verse 10
हरंति ये च संमूढाश्शिवज्ञानस्य पुस्तकम् । महांति पातकान्याहुरनन्तफलदानि षट्
Ceux qui, égarés, dérobent le livre qui transmet la connaissance de Śiva, sont dits encourir six grands péchés—des fautes aux conséquences sans fin.
Verse 11
नाभिनन्दंति ये दृष्ट्वा शिवपूजां प्रकल्पिताम् । न नमंत्यर्चितं दृष्ट्वा शिवलिंगं स्तुवंति न
Ceux qui, voyant le culte de Śiva dûment préparé, ne s’en réjouissent pas ; qui, voyant le Śiva-liṅga déjà adoré, ne s’inclinent pas ; et qui ne chantent pas sa louange—ceux-là demeurent privés de bhakti et de révérence envers le Seigneur.
Verse 12
यथेष्टचेष्टा निश्शंकास्संतिष्ठंते रमंति च । उपचारविनिर्मुक्ताश्शिवाग्रे गुरुसन्निधौ
Agissant à leur gré et sans aucune crainte, ils demeurent là et se réjouissent—affranchis des formalités du culte—devant Śiva, dans la présence même du Guru.
Verse 13
स्थानसंस्कारपूजां च ये न कुर्वंति पर्वसु । विधिवद्वा गुरूणां च कर्म्मयोगव्यवस्थिताः
Ceux qui, aux jours sacrés de fête, n’accomplissent ni la consécration ni le culte du lieu saint, et qui ne servent pas non plus les Gurus selon la règle—bien qu’ils se disent établis dans la discipline du karma‑yoga—ne suivent pas la voie śaiva prescrite de l’action juste.
Verse 14
ये त्यजंति शिवाचारं शिवभक्तान्द्विषंति च । असंपूज्य शिवज्ञानं येऽधीयंते लिखंति च
Ceux qui abandonnent la discipline de Śiva et haïssent les dévots de Śiva; et ceux qui étudient ou même copient la connaissance sacrée de Śiva sans l’avoir d’abord honorée par un culte révérencieux—de tels êtres agissent à l’encontre du dharma de Śiva.
Verse 15
अन्यायतः प्रयच्छंति शृण्वन्त्युच्चारयंति च । विक्रीडंति च लोभेन कुज्ञाननियमेन च
Ils le transmettent (l’enseignent ou le dispensent) d’une manière injuste; ils l’écoutent et le récitent aussi. Poussés par l’avidité, ils le traitent même comme un jouet—enchaînés aux disciplines d’une connaissance fallacieuse.
Verse 16
असंस्कृतप्रदेशेषु यथेष्टं स्वापयंति च । शिवज्ञानकथाऽऽक्षेपं यः कृत्वान्यत्प्रभाषते
Dans des lieux sans culture, ils dorment à leur guise; et celui qui, après avoir interrompu l’exposé sur la connaissance de Śiva, se met à parler d’autres choses—celui-là se détourne du chemin qui mène l’âme liée vers le Seigneur (Pati).
Verse 17
न ब्रवीति च यः सत्यं न प्रदानं करोति च । अशुचिर्वाऽशुचिस्थाने यः प्रवक्ति शृणोति च
Celui qui ne dit pas la vérité et ne pratique pas le don; celui qui est impur, ou qui parle et même écoute l’enseignement sacré en un lieu impur—celui-là déchoit de la juste conduite śaiva et devient inapte à une réalisation spirituelle plus élevée.
Verse 18
गुरुपूजामकृत्वैव यश्शास्त्रं श्रोतुमिच्छति । न करोति च शुश्रूषामाज्ञां च भक्तिभावतः
Quiconque souhaite entendre l’enseignement sacré sans avoir d’abord rendu un culte au Guru; et qui ne sert pas avec dévotion ni ne suit les instructions du Guru dans l’esprit de bhakti—celui-là n’est pas véritablement apte à recevoir la grâce de l’Écriture.
Verse 19
नाभिनन्दंति तद्वाक्यमुत्तरं च प्रयच्छति । गुरुकर्मण्यसाध्यं यत्तदुपेक्षां करोति च
Ils n’approuvent pas ses paroles, et pourtant ils lui répondent. Et toute tâche difficile à accomplir dans le service du Guru, ils la négligent également.
Verse 20
गुरुमार्त्तमशक्तं च विदेशं प्रस्थितं तथा । वैरिभिः परिभूतं वा यस्संत्यजति पापकृत्
Quiconque abandonne son Guru—lorsque le maître est affligé, affaibli, parti vers une terre étrangère, ou opprimé par des ennemis—celui-là commet le péché.
Verse 21
तद्भार्य्यापुत्रमित्रेषु यश्चावज्ञां करोति च । एवं सुवाचकस्यापि गुरोर्धर्मानुदर्शिनः
Et quiconque méprise son épouse, son fils et ses amis—de même, quiconque manque de respect même à un Guru à la parole juste, qui montre la voie du dharma—tombe dans une faute grave.
Verse 22
एतानि खलु सर्वाणि कर्माणि मुनिसत्तम । सुमहत्पातकान्याहुश्शिवनिन्दासमानि च
Ô meilleur des sages, toutes ces actions sont en vérité proclamées comme des péchés extrêmement graves, et l’on dit qu’elles égalent l’offense faite au Seigneur Śiva.
Verse 23
ब्रह्मघ्नश्च सुरापश्च स्तेयी च गुरुतल्पगः । महापातकिनस्त्वेते तत्संयोगी च पंचमः
Celui qui tue un brāhmane, celui qui boit des liqueurs enivrantes, le voleur et celui qui profane le lit du guru : ceux-là sont déclarés grands pécheurs (mahāpātakin) ; et, en cinquième, celui qui les fréquente est compté parmi eux.
Verse 24
क्रोधाल्लोभाद्भयाद्द्वेषाद्ब्राह्मणस्य वधे तु यः । मर्मांतिकं महादोषमुक्त्वा स ब्रह्महा भवेत्
Quiconque, poussé par la colère, l’avidité, la peur ou la haine, tue un brāhmaṇa—commettant ainsi un grand péché, grave et transperçant le cœur—devient un brahmahā (meurtrier d’un brāhmaṇa).
Verse 25
ब्राह्मणं यः समाहूय दत्त्वा यश्चाददाति च । निर्द्दोषं दूषयेद्यस्तु स नरो ब्रह्महा भवेत्
Celui qui fait venir un brāhmane et, après avoir donné le don promis, le reprend; et celui qui diffame un brāhmane sans faute—cet homme devient brahmahā, meurtrier de brāhmane.
Verse 26
यश्च विद्याभिमानेन निस्तेजयति सुद्विजम् । उदासीनं सभामध्ये ब्रह्महा स प्रकीर्तितः
Celui qui, par orgueil de son propre savoir, humilie un brāhmane véritablement vertueux, assis en silence au milieu de l’assemblée—un tel homme est déclaré brahmahā, coupable du péché le plus lourd.
Verse 27
मिथ्यागुणैर्य आत्मानं नयत्युत्कर्षतां बलात् । गुणानपि निरुद्वास्य स च वै ब्रह्महा भवेत्
Celui qui, par de fausses vertus, se hisse de force à une position de supériorité et va jusqu’à chasser les véritables vertueux—celui-là devient en vérité brahmahā, coupable d’un lourd péché.
Verse 28
गवां वृषाभिभूतानां द्विजानां गुरुपूर्वकम् । यस्समाचरते विप्र तमाहुर्ब्रह्मघातकम्
Ô brāhmane, celui qui outrage des vaches déjà montées par le taureau, et qui outrage de même un dvija—surtout son propre guru—est appelé brahma-ghātaka, meurtrier de brāhmane.
Verse 29
देवद्विजगवां भूमिं प्रदत्तां हरते तु यः । प्रनष्टामपि कालेन तमाहुर्ब्रह्मघातकम्
Quiconque s’empare d’une terre dûment donnée aux dieux, aux brahmanes ou aux vaches—même si, avec le temps, ce don paraît perdu ou oublié—est déclaré coupable de brahmahatyā, meurtre d’un brahmane.
Verse 30
देवद्विजस्वहरणमन्यायेनार्जितं तु यत् । ब्रह्महत्यासमं ज्ञेयं पातकं नात्र संशयः
Sache avec certitude que s’emparer, par des moyens injustes, des biens des dieux ou des deux-fois-nés (brahmanes) est un péché égal à la brahmahatyā ; il n’y a là aucun doute.
Verse 31
अधीत्य यो द्विजो वेदं ब्रह्मज्ञानं शिवात्मकम् । यदि त्यजति यो मूढः सुरापानस्य तत्समम्
Si un deux-fois-né, après avoir étudié le Véda—dont le vrai sens est la connaissance de Brahman et dont l’essence est Śiva—l’abandonne par égarement, cet acte est, en faute, égal à boire des liqueurs enivrantes.
Verse 32
यत्किंचिद्धि व्रतं गृह्य नियमं यजनं तथा । संत्यागः पञ्चयज्ञानां सुरापानस्य तत्समम्
Quel que soit le vœu (vrata) entrepris, quelle que soit la discipline (niyama) observée, et quel que soit le culte ou sacrifice (yajña) accompli—si l’on délaisse les cinq sacrifices quotidiens (pañca-yajñas), cet abandon est tenu pour équivalent à boire des boissons enivrantes.
Verse 33
पितृमातृपरित्यागः कूटसाक्ष्यं द्विजानृतम् । आमिषं शिवभक्तानामभक्ष्यस्य च भक्षणम्
Abandonner père et mère, porter un faux témoignage, mentir en tant que brahmane, s’emparer de la viande appartenant aux dévots de Śiva, et manger ce qui est interdit : tout cela est de lourdes transgressions qui entravent la voie de la Śiva-bhakti et enchaînent l’âme dans l’impureté.
Verse 34
वने निरपराधानां प्राणिनां चापघातनम् । द्विजार्थं प्रक्षिपेत्साधुर्न धर्मार्थं नियोजयेत्
Dans la forêt, l’homme juste ne doit ni blesser ni tuer des créatures sans faute au nom d’un prétendu mérite religieux. Même si c’était pour un brāhmaṇa, une telle violence doit être rejetée et ne jamais être instituée comme voie du dharma.
Verse 35
गवां मार्गे वने ग्रामे यैश्चैवाग्निः प्रदीयते । इति पापानि घोराणि ब्रह्महत्यासमानि च
Ceux qui allument le feu, ou le font allumer, sur les chemins du bétail—dans la forêt ou au village—commettent des fautes terribles, tenues pour égales au péché de tuer un brāhmaṇa (brahmahatyā).
Verse 36
दीनसर्वस्वहरणं नरस्त्रीगजवाजिनाम् । गोभूरजतवस्त्राणामौषधीनां रसस्य च
C’est le pillage de tout le moyen de subsistance des démunis—des hommes et des femmes, des éléphants et des chevaux; et pareillement la saisie des vaches, des terres, de l’argent, des vêtements, des remèdes, et même de leurs essences.
Verse 37
चन्दनागरुकर्पूरकस्तूरीपट्टवाससाम् । विक्रयस्त्वविपत्तौ यः कृतो ज्ञानाद् द्विजातिभिः
Si, en un temps sans détresse, les « deux-fois-nés » (dvija) se livrent sciemment au commerce—vendant santal, agaru, camphre, musc, soie et beaux vêtements—une telle conduite est tenue pour inconvenante : elle les enchaîne davantage au monde au lieu de les tourner vers la pureté et la délivrance orientées vers Śiva.
Verse 38
हस्तन्यासापहरणं रुक्मस्तेयसमं स्मृतम् । कन्यानां वरयोग्यानामदानं सदृशे वरे
Enlever de force ce qui a été déposé dans la main comme don engagé est déclaré équivalent au vol de l’or. De même, retenir une jeune fille digne du mariage et ne pas la donner à un époux convenable et de rang égal est tenu pour une faute semblable.
Verse 39
पुत्रमित्रकलत्रेषु गमनं भगिनीषु च । कुमारीसाहसं घोरमद्यपस्त्रीनिषेवणम्
La transgression sexuelle—s’approcher des épouses de son fils ou de ses amis, ou même de sa propre sœur—; l’atteinte à une jeune fille vierge; et l’horrible habitude de boire des liqueurs et de fréquenter une femme déchue : tout cela est condamné comme des fautes graves qui renforcent le pāśa (lien d’asservissement) et empêchent l’âme de se tourner vers Śiva.
Verse 40
सवर्णायाश्च गमनं गुरुभार्य्यासमं स्मृतम् । महापापानि चोक्तानि शृणु त्वमुपपातकम्
L’union avec une femme de son propre ordre social est déclarée équivalente au fait d’approcher l’épouse du maître. Les grands péchés ont été énoncés ; écoute maintenant tandis que j’explique les fautes secondaires (upapātaka).
The chapter argues that the gravest karmic failures are not only generic moral lapses but also doctrinal-relational ruptures—hatred of Mahādeva and contempt for Śiva-jñāna and the guru—because these destroy the conditions for liberation by rejecting the very source and transmission of saving knowledge.
The tri-part division encodes a Shaiva psychology of karma: intention (mānasa) seeds action, speech (vācika) externalizes and socializes intention, and bodily deed (kāyika) concretizes it in the world; purification must therefore be comprehensive, not merely ritualistic, because inner cognition can be karmically determinative even before outward action occurs.
Rather than focusing on a specific iconographic form of Umā or Śiva, the chapter foregrounds Śiva as Mahādeva—the transcendent-salvific referent of devotion and reverence—emphasizing correct orientation toward Śiva (and the teachers of Śiva-jñāna) as the decisive spiritual axis.