Adhyaya 35
Uma SamhitaAdhyaya 3542 Verses

Saṃjñā–Chāyā Upākhyāna: Sūrya-tejas, Substitution, and the Birth of Manu, Yama, and Yamunā

Cet adhyāya (dans le récit de Sūta) expose un épisode mythique et étiologique centré sur Sūrya (Vivasvān) et son épouse Saṃjñā (Tvāṣṭrī, aussi appelée Sureṇukā). Saṃjñā ne peut supporter l’intensité du tejas, l’éclat solaire de la forme de son époux, et en éprouve une détresse du corps et de l’esprit. Avant de partir chez son père, elle engendre une présence de substitution : Chāyā, « double-ombre » fait de māyā, et lui ordonne de demeurer au foyer sans dévier, en prenant soin des enfants de Saṃjñā. Le chapitre énumère leur descendance : Manu Śrāddhadeva, ainsi que les jumeaux Yama et Yamunā, et met en relief la tension entre apparence et réalité, devoir et endurance, ainsi que l’éthique du voilement. Sur le plan ésotérique, le récit devient une méditation sur le tejas comme attribut divin pouvant accabler les êtres incarnés, et sur chāyā comme mécanisme liminal préservant le dharma lorsque la présence directe devient impossible. Il fournit aussi un ancrage généalogique à des figures cosmologiques majeures : Manu, géniteur de l’ordre humain ; Yama, régulateur de la mort et de la justice ; et Yamunā, personnification sacrée du fleuve.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । विवस्वान्कश्यपाज्जज्ञे दाक्षायण्यां महाऋषेः । तस्य भार्याऽभवत्संज्ञा त्वाष्ट्री देवी सुरेणुका

Sūta dit : Du grand sage Kaśyapa, en Dākṣāyaṇī, fille de Dakṣa, naquit Vivasvān. Son épouse était Saṃjñā, la fille divine de Tvaṣṭṛ, appelée aussi Sureṇukā.

Verse 2

मुनेऽसहिष्णुना तेन तेजसा दुस्सहेन च । भर्तृरूपेण नातुष्यद्रूप यौवनशालिनी

Ô sage, elle—rayonnante de beauté et de jeunesse—ne put supporter cet éclat (tejas) irrésistible et insoutenable ; et même lorsqu’il se montrait sous la forme d’un époux, elle n’en était point satisfaite.

Verse 3

आदित्यस्य हि तद्रूपमसहिष्णुस्तु तेजसः । दह्यमाना तदोद्वेगमकरोद्वरवर्णिनी

Ne pouvant supporter l’ardeur flamboyante du Soleil sous cette forme, la dame au teint clair—brûlée par sa chaleur—fut saisie d’agitation et d’angoisse.

Verse 4

ऋषेऽस्यां त्रीण्यपत्यानि जनयामास भास्करः । संज्ञायां तु मनुः पूर्वं श्राद्धदेवः प्रजापतिः

Ô sage, en elle le dieu Soleil (Bhāskara) engendra trois enfants. Et de Saṃjñā, tout d’abord, naquit Manu—Śrāddhadeva, le Prajāpati.

Verse 5

यमश्च यमुना चैव यमलौ संबभूवतुः । एवं हि त्रीण्यपत्यानि तस्यां जातानि सूर्य्यतः

Yama et Yamunā naquirent comme une paire de jumeaux. Ainsi, d’elle (Saṃjñā) naquirent réellement trois enfants de Sūrya.

Verse 6

संवर्तुलं तु तद्रूपं दृष्ट्वा संज्ञा विवस्वतः । असहंती ततश्छायामात्मनस्साऽ सृजच्छुभाम्

Voyant cette forme éclatante et accablante de Vivasvān, Saṃjñā ne put la supporter ; alors, de son propre être, elle créa une forme d’ombre propice (Chāyā).

Verse 7

मायामयी तु सा संज्ञामवोचद्भक्तितश्शुभे । किं करोमीह कार्य्यं ते कथयस्व शुचिस्मिते

Alors celle qui était faite de Māyā parla avec dévotion : « Ô dame de bon augure, dis-moi : quelle tâche dois-je accomplir ici pour toi ? Parle, ô toi au sourire pur. »

Verse 8

संज्ञोवाच । अहं यास्यामि भद्रं ते ममैव भवनं पितुः । त्वयैतद्भवने सत्यं वस्तव्यं निर्विकारतः

Saṃjñā dit : « Je m’en irai — que l’auspice soit sur toi — vers la demeure de mon père. Mais toi, ô Satya, demeure vraiment dans cette maison, sans aucune altération ni trouble. »

Verse 9

इमौ मे बालकौ साधू कन्या चेयं सुमध्यमा । पालनीयाः सुखेनैव मम चेदिच्छसि प्रियम्

« Ces deux garçons sont mes enfants, bons et bien élevés, et cette jeune fille a la taille fine. Si tu désires ce qui m’est cher, veille sur eux avec douceur et garde-les dans le confort. »

Verse 10

छायोवाच । आकेशग्रहणाद्देवि सहिष्येऽहं सुदुष्कृतम् । नाख्यास्यामि मतं तुभ्यं गच्छ देवि यथासुखम्

Chāyā dit : « Ô Déesse, puisque tu m’as saisie par les cheveux, j’endurerai ce forfait si douloureux. Je ne te révélerai pas mon avis. Va, ô Devi, selon ton bon plaisir. »

Verse 11

सूत उवाच । इत्युक्ता साऽगमद्देवी व्रीडिता सन्निधौ पितुः । पित्रा निर्भर्त्सिता तत्र नियुक्ता सा पुनः पुनः

Sūta dit : « Ainsi interpellée, la Déesse s’en alla, honteuse, en présence de son père. Là, son père la réprimanda et, maintes fois, la pressa de reprendre la même conduite. »

Verse 12

अगच्छद्वडवा भूत्वाऽऽच्छाद्यरूपं ततस्त्वकम् । कुरुंस्तदोत्तरान्प्राप्य नृणां मध्ये चचार ह

Alors elle s’en alla, prenant la forme d’une jument et dissimulant son véritable aspect sous un voile. Parvenue aux terres des Kurus et aux régions du Nord, elle erra parmi les hommes.

Verse 13

संज्ञां तां तु रविर्मत्वा छायायां सुसुतं तदा । जनयामास सावर्णिं मनुं वै सविता किल

Mais Sūrya, la prenant pour Saṁjñā, engendra alors en Chāyā un fils noble ; en vérité, Savitṛ donna naissance à Sāvarṇi Manu.

Verse 14

संज्ञाऽनु प्रार्थिता छाया सा स्वपुत्रेऽपि नित्यशः । चकाराभ्यधिकं स्नेहं न तथा पूर्वजे सुते

Ainsi, pressée par Saṁjñā, Chāyā, jour après jour, manifesta un amour plus grand envers son propre fils, mais non de la même manière envers le fils aîné, né le premier.

Verse 15

अनुजश्चाक्षमस्तत्तु यमस्तं नैव चक्षमे । स सरोषस्तु बाल्याच्च भाविनोऽर्थस्य गौरवात्

Mais son frère cadet, Yama, ne put le supporter ; il ne le toléra point. Encore jeune, et attachant un grand poids à ce qu’il croyait devoir en découler, il fut rempli de colère.

Verse 16

छायां संतर्जयामास यदा वैवस्वतो यमः । तं शशाप ततः क्रोधाच्छाया तु कलुषीकृता

Lorsque Vaivasvata Yama menaça Chāyā, elle—troublée et souillée par l’agitation—le maudit dans sa colère.

Verse 17

चरणः पततामेष तवेति भृशरोषितः । यमस्ततः पितुस्सर्वं प्रांजलिः प्रत्यवेदयत्

Hors de lui de colère, Yama déclara : «Que ce pied s’abatte sur toi !» Puis, les mains jointes, il rapporta toute l’affaire à son père.

Verse 18

भृशं शाप भयोद्विग्नस्संज्ञावाक्यैर्विचेष्टितः । मात्रा स्नेहेन सर्वेषु वर्तितव्यं सुतेषु वै

Fortement ébranlé par la crainte d’une malédiction, il tenta de maîtriser la situation par des allusions et des paroles détournées. En vérité, une mère doit agir avec une tendre affection envers tous ses enfants, de manière égale.

Verse 19

स्नेहमस्मास्वपाकृत्य कनीयांसं बिभर्ति सा । तस्मान्मयोद्यतः पादस्तद्भवान् क्षंतुमर्हति

Mettant de côté son affection pour nous, elle soutient le plus jeune. Ainsi mon pied s’est levé dans la colère ; daigne pardonner cette offense.

Verse 20

शप्तोहमस्मि देवेश जनन्या तपतांवर । तव प्रसादाच्चरणो न पतेन्मम गोपते

Je suis maudit, ô Seigneur des dieux, par ma mère, la meilleure des ascètes. Mais par ta grâce, ô Protecteur et Seigneur, que mes pieds ne glissent pas ; que je ne tombe pas hors de la voie.

Verse 21

सवितोवाच । असंशयं पुत्र महद्भविष्यत्यत्र कारणम् । येन त्वामाविशत्क्रोधो धर्मज्ञं सत्यवादिनम्

Savita dit : «Sans aucun doute, mon fils, il y a derrière cela une grande cause. Pour quelle raison la colère est-elle entrée en toi, toi qui connais le dharma et dis la vérité ?»

Verse 22

न शक्यते तन्मिथ्या वै कर्त्तुं मातृवचस्तव । कृमयो मांसमादाय गमिष्यंति महीतले

Il n’est pas possible de rendre mensongère la parole de ta mère. Les vers emporteront la chair et ramperont sur la terre.

Verse 23

तद्वाक्यं भविता सत्यं त्वं च त्रातौ भविष्यसि । कुरु तात न संदेहं मनश्चाश्वास्य स्वं प्रभो

«Cette parole se révélera vraie, et toi aussi tu deviendras un protecteur (un sauveur). Fais-le, cher enfant, sans doute. Ô Seigneur, d’abord affermis et rassure ton propre esprit.»

Verse 24

सूत उवाच । इत्युक्त्वा तनयं सूर्यो यमसंज्ञं मुनीश्वर । आदित्यश्चाब्रवीत्तान्त्तु छायां क्रोधसमन्वितः

Sūta dit : Après avoir ainsi parlé à son fils nommé Yama, ô le meilleur des sages, le dieu Soleil (Āditya) s’adressa alors à Chāyā, rempli de colère.

Verse 25

सूर्य उवाच । हे प्रिये कुमते चंडि किं त्वयाऽऽचरितं किल । किं तु मेऽभ्यधिकः स्नेह एतदाख्यातुमर्हसि

Sūrya dit : «Ô bien-aimée—ô Caṇḍī à l’esprit égaré—qu’as-tu donc fait en vérité ? Pourtant, puisque mon affection pour toi est plus grande, tu dois me le dévoiler.»

Verse 26

सूत उवाच । सा रवेर्वचनं श्रुत्वा यथा तथ्यं न्यवेदयत् । निर्दग्धा कामरविणा सांत्वयामास वै तदा

Sūta dit : Ayant entendu les paroles de Ravi (le Soleil), elle rapporta l’affaire exactement telle qu’elle était en vérité. Puis, brûlée par le « soleil de Kāma », le désir, elle s’employa alors à consoler et à apaiser (celui/celle concerné(e)).

Verse 27

छायोवाच । तवातितेजसा दग्धा इदं रूपं न शोभते । असहंती च तत्संज्ञा वने वसति शाद्वले

Chāyā dit : «Brûlée par l’éclat surabondant de ta splendeur, cette forme ne rayonne plus de beauté. Ne pouvant supporter cet état, elle—connue justement sous ce nom—demeure dans la forêt, sur le tapis d’herbe.»

Verse 28

श्लाघ्या योगबलोपेता योगमासाद्य गोपते । अनुकूलस्तु देवेश संदिश्यात्ममयं मतम्

Ô Gopati, Seigneur des êtres, elle—digne de louange et pourvue de la force du yoga—ayant atteint l’absorption yogique, transmit à Deveśa, le Seigneur des dieux, favorablement disposé, un enseignement enraciné dans le Soi (Ātman).

Verse 29

रूपं निवर्तयाम्यद्य तव कांतं करोम्यहम् । सूत उवाच । तच्छ्रुत्वाऽपगतः क्रोधो मार्तण्डस्य विवस्वतः

«Aujourd’hui je retiendrai ma forme et je la rendrai agréable pour toi.» Sūta dit : À ces paroles, la colère de Mārtaṇḍa, Vivasvān, le dieu Soleil, s’apaisa.

Verse 30

भ्रमिमारोप्य तत्तेजः शातयामास वै मुनिः । ततो विभ्राजितं रूप तेजसा संवृतेन च

Plaçant cet éclat sur le disque tournant, le sage le fit tailler. Alors apparut une forme brillamment manifeste, bien que voilée par sa propre splendeur.

Verse 31

कृतं कांततरं रूपं त्वष्ट्रा तच्छुशुभे तदा । ततोभियोगमास्थाय स्वां भार्य्यां हि ददर्श ह

Alors Tvaṣṭṛ façonna une forme d'une beauté encore plus grande, et elle brilla magnifiquement. Aussitôt, mû par un désir intense, il regarda sa propre épouse.

Verse 32

अधृष्यां सर्वभूतानां तेजसा नियमेन च । सोऽश्वरूपं समास्थाय गत्वा तां मैथुनेच्छया

Inattaquable par tous les êtres, par la force de sa splendeur et le pouvoir de sa ferme résolution, il prit la forme d'un cheval et alla vers elle, poussé par le désir d'union.

Verse 33

मैथुनाय विचेष्टंतीं परपुंसोभिशंकया । मुखतो नासिकायां तु शुक्रं तत् व्यदधान्मुने

Ô sage, craignant qu'un autre homme ne s'approche d'elle alors qu'elle faisait des mouvements pour l'union, il fit en sorte que sa semence soit déchargée, passant de la bouche à la narine.

Verse 34

देवौ ततः प्रजायेतामश्विनौ भिषजां वरौ । नासत्यौ तौ च दस्रौ च स्मृतौ द्वावश्विनावपि

Ensuite naquirent les deux Aśvins divins, les plus éminents parmi les guérisseurs. On se souvient d’eux comme de Nāsatya et Dasra—oui, la paire appelée les deux Aśvins.

Verse 35

इति श्रीशिवमहापुराणे पञ्चम्यामुमासंहितायां मन्वन्तरकीर्तने वैवस्वतवर्णनं नाम पचत्रिंशोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—au sein du cinquième livre, l’Umāsaṃhitā, dans la section qui relate les Manvantaras—s’achève le trente-cinquième chapitre, intitulé «Description du Vaivasvata (Manvantara)».

Verse 36

पत्या तेन गृहं प्रायात्स्वं सती मुदितानना । मुमुदातेऽथ तौ प्रीत्या दंपतो पूर्वतोधिकम्

Avec son époux, Satī—le visage rayonnant de joie—retourna dans sa demeure. Puis ce couple divin se réjouit ensemble, dans un amour réciproque, plus encore qu’auparavant.

Verse 37

यमस्तु कर्मणा तेन भृशं पीडितमानसः । धर्मेण रंजयामास धर्मराज इमा प्रजाः

Mais Yama—l’esprit cruellement tourmenté par cet acte—réjouit ensuite ces êtres par la droiture du dharma. Ainsi Dharmarāja (Seigneur de la Justice) guida le peuple selon la règle du dharma.

Verse 38

लेभे स कर्मणा तेन धर्मराजो महाद्युतिः । पितॄणामाधिपत्यं च लोकपालत्वमेव च

Par cet acte même, le Dharmarāja, d’une grande splendeur, obtint la souveraineté sur les Pitṛs (le domaine des ancêtres) et aussi la dignité de Lokapāla, gardien des mondes.

Verse 39

मनुः प्रजापतिस्त्वासीत्सावर्णिस्स तपोधनः । भाव्यः स कर्मणा तेन मनोस्सावर्णिकेंतरे

Sāvarṇi fut en vérité Manu, le Prajāpati, seigneur de la descendance, trésor d’austérité. Par le mérite même de ses actes, il redeviendra Manu dans le Manvantara de Sāvarṇi, après Vaivasvata Manu.

Verse 40

मेरुपृष्ठे तपो घोरमद्यापि चरते प्रभुः । यवीयसी तयोर्या तु यमी कन्या यशस्विनी

Aujourd’hui encore, le Seigneur poursuit une austérité redoutable sur le dos du mont Meru. La fille cadette née de ce couple fut la jeune vierge illustre, Yamī.

Verse 41

अभवत्सा सरिच्छ्रेष्ठा यमुना लोकपा वनी । मनुरित्युच्यते लोके सावर्णिरिति चोच्यते

Alors Yamunā devint la plus éminente des rivières, protectrice des mondes, déesse de la forêt. Dans le monde, on la dit “Manu”, et on l’appelle aussi “Sāvarṇi”.

Verse 42

य इदं जन्म देवानां शृणुयाद्धारयेत्तु वा । आपदं प्राप्य मुच्येत प्राप्नुयात्सुमहद्यशः

Quiconque écoute ce récit de l’origine des dieux —ou même le garde en mémoire—, lorsque survient l’adversité, se trouve délivré de ce malheur et obtient une très grande renommée.

Frequently Asked Questions

The chapter narrates Saṃjñā’s inability to endure Sūrya’s intense tejas, her creation of Chāyā as a substitute to maintain household continuity, and the identification of her children with Sūrya—Manu (Śrāddhadeva), and the twins Yama and Yamunā.

Sūrya’s tejas symbolizes undiluted divine potency that can exceed embodied capacity; Chāyā functions as a liminal ‘mediating form’ (māyāmayī substitute) that preserves dharma and caregiving obligations when direct presence becomes existentially unsustainable.

No direct manifestation of Śiva or Umā/Gaurī is foregrounded in the sampled verses; instead, the adhyāya uses a solar-genealogical upākhyāna (Sūrya–Saṃjñā–Chāyā) as an instructive analog for themes relevant to Śaiva theology—power, mediation, and sustaining order.